SclYatico, Educmione delpittore storico, p
nant cette idée, en prenant les traits qui caractérisent le mieux les sentiments connus pour avoir dominé dans un homme, que Ton réussit, sinon à refaire son portrait, du moins à lui attribuer des traits si bien appropriés à son caractère, qu'on ne puisse plus se le figurer autrement
Ce qui importe surtout dans l'art chrétien, c'est d'être bien fixé sur les types de Notre-Seigneur, de la sainte Vierge et des principaux Saints. Nous nous en occuperons en parlant de chacun d'eux et des Saints en général.
L'artiste ne nous met que des corps sous les yeux ; mais au moyen de l'expression, c'est avec des âmes qu'il doit nous faire entrer en relation, et nous lui demandons de les faire parler avec vérité, puissance et beauté.
L'expression doit être modérée pour être vraie, contenue pour être forte, mesurée pour être belle.
Il est de fait que les affections de l'âme les plus vraies ne sont pas celles qui éclatent à l'extérieur avec le plus de violence.
Bien de plus facile, pour peindre ou l'admiration, ou la haine, ou la douleur, que d'étendre les bras, de contracter ses traits, d'incliner fortement la tête, d'ouvrir largement la bouche. Il est au contraire telle légère inflexion de l'œil ou du front, tel mouvement des lèvres, tel air de tête, telle direction de la main ou du regard, qui partent certainement du fond de l'âme. Puis, outre que l'expression, modérée dans sa force, est plus sûrement vraie dans la réalité même des impressions humaines , il s'agit surtout pour nous de la vérité de l'art, et nous devons rappeler à l'artiste qu'ayant à créer un monument destiné par le fait à rester immobile, il doit, s'il veut lui imprimer une apparence de mouvement et de vie, éviter de tels fracas, qu'il lui serait impossible de soutenir aucune comparaison prolongée avec une action aussi animée qu'il la suppose.
Les expressions modérées, en donnant à l'artiste plus de facilité pour se maintenir dans le vrai, le maintiennent aussi dans les meilleures conditions du beau et les plus capables d'atteindre un degré véritablement supérieur d'intensité et de force.
La force contenue est une force dont on est maître, dont on dispose, que l'on dirige ; si on ne la contient pas, elle vous échappe, ou plutôt elle vous a déjà échappé. Les explosions dans l'expression ne sont-elles pas, comme le dit le mot lui-même, comparables à une force d'autant plus impuissante désormais qu'elle a produit tout son effet? H n'y a de véritablement fort que ce qui dure. Pour qu'une impression de l'âme soit
forte d'une force soutenue et pénétrante, il faut que l'on voie d'où elle vient, où elle va, comme dans une sorte d'encadrement formé des impressions qui la précèdent et de celles qui la suivent. Or, comment pourraiton, avec une expression qui déborde, qui contracte tous les traits, occupe tons les membres, accorder une place à ces nuances délicates, où se peignent nos luttes intérieures les plus vives ?
Nous supposons le héros de la scène traité avec cette vigueur tempérée qui, dans la réalité, appartient aux grandes âmes et aux caractères supérieurs, et dont tout au moins doit se donner les apparences quiconque se pique de savoir-vivre et de nobles habitudes.
Si les personnages subalternes révélaient d'une façon trop saillante les expressions plus accentuées de la passion qui les domine , ils attireraient forcément une trop grande part de l'attention, et l'effet principal en serait proportionnellement diminué.
Il 7 a un grand parti à tirer des contrastes, mais il faut les employer avec discrétion, de crainte qu'ils n'éteignent l'expression principale, au lieu de la faire ressortir.
Les contrastes d'expression peuvent se manifester même entre des sentiments également vertueux, et servir à se faire valoir les uns les autres. Si alors surtout les caractères affectaient une opposition trop saillante , l'effet serait manqué ou affaibli.
Nul peut-être n'a été plus loin que le Beato Ângelico dans l'expression des sentiments de l'âme '. Nous le disons sans prétendre renfermer l'art dans le cercle des expressions mystiques. L'art chrétien doit aborder tontes les situations et toutes les expressions qui s'y rapportent, autant qu'elles peuvent offrir un bon enseignement, disons le mot, être un sujet d'édification. Bien loin de lui interdire l'énergie et la vigueur dans beaucoup de circonstances, nous lui en ferons un devoir. Mais c'est en pénétrant, le pinceau à la main, dans les mystérieuses profondeurs de l'âme, où l'homme se fait ce qu'il est, où l'on cesse de ne rien apercevoir dès que la source s'agite et se trouble ; c'est en s'efforçant de surprendre et d'exprimer ce qui en sort de plus intime qu'on se rendra capable de suivre l'âme elle-même et de l'interpréter dans toutes les complications de la vie.
Admettons que l'on fasse alors de l'éclat, de peur de paraître trop terne; qne l'on élargisse ses mouvements, si l'on craint qu'ils soient mal com-
1. Voir les exemples et les éclaircissements à la fin da volume.
pris, réputés froids et embarrassés ; qu'au lien de donner la prééminence aux sentiments réglés par la vertu et anx physionomies empreintes de sainteté, on donne le spectacle de passions qui les agitent, il en sera comme de Raphaël emportant de l'école du Pérugin le feu du ciel : lorsqu'il fléchit sous la pression d'un courant moins chrétien, toujours il conserva le don de rendre les âmes transparentes. Ce don de l'expression, le premier de tous en soi-même, le premier aussi parmi ceux de Kaphaël,est le seul qui lui assure, de l'aveu de tous les critiques, une prééminence incontestable sur tous ses rivaux.
Accordons qu'en laissant déborder l'expression avec une certaine exubérance, on obtienne vis-à-vis de la foule des succès plus prompts et plus brillants , l'efficacité pénétrante et soutenue, à laquelle le temps n'ôte aucun prestige, dont, au contraire, il accroît le charme, restera le propre d'une beauté plus solide. Dans tous les genres, la mesure est un6 des premières conditions de la beauté, et l'expression, plus qu'aucune autre partie de l'art, ne saurait être vraiment belle, si elle n'est harmonieusement mesurée.
<r Vinkelmann fait observer très-justement », dit Selvatico , t que les chefs-d'œuvre de l'art grec se distinguent par une noble simplicité et une certaine quiétude grandiose, quietà, tant de l'attitude que de l'expression. * C'est là ce que nous nommons la placidité. La placidité répond à la vertu païenne qui consistait à modérer ses passions, à ne les satisfaire qu'aveo mesure , afin de ne compromettre ni sa vie, ni sa santé, ni sa position! ni le succès de son rôle. La sérénité est le signe de la paix parfaite avco Dieu, do l'assujettissement complet de la nature à la grâce, de œ triomphe sur les mauvais penchants qui constitue la vertu chrétienne à son plus haut degré. La placidité est de l'essence du beau idéal, poursuivi par los Grecs, Au moyen de la sérénité , l'artiste s'élève, dans l'Homme-Dicu, dans la sainte Vierge et les Saints, à cette supériorité dVxprossion qui, même avec une moindre perfection de forme, constitue au profit do l'art chrétien l'idéal de l'idéal
1>R LA OONVRXAXCE D EXPRESSION
ks qualités générales d* lVxpivssion étant bien déterminées, il im- |xvrte de se fixer sur le choix de* |vnsées et des sentiments que l'on
fera exprimer à ses personnages, à raison du caractère qu'on leur attribue et des circonstances où on les place. Cest ce que nous appelons la convenance d'expression.
Cette convenance doit être calculée à raison du sujet que l'on traite, dn but que Ton doit se proposer en le traitant. Quand il s'agit d'édifier par le recueillement d'un auditoire tout entier suspendu à la parole d'un Saint, on ne serait que vulgaire si on se fondait sur ses observations journalières pour y introduire des attentions distraites et des jeux somnolents.
Selon la direction donnée au sujet, l'on peut choisir entre différentes séries d'expressions, qui lui seront également bien appopriées ; mais que ce ne soit jamais de telle manière que le sens chrétien y paraisse affaibli. Dans la plupart des tableaux modernes, les témoins d'un miracle se montrent étonnés, stupéfaits, ébahis, les bras étendus, le corps tourmenté, la bouche. béante. Les peintres auxquels les pensées de Dieu et les manifestations de sa puissance sont plus familières voient surtout dans le miracle an nouveau bienfait, une manifestation de la bonté divine ; ils n'admettent pas alors que chez les fidèles la surprise doive l'emporter, et que l'admiration soit sans amour.
L'artiste chrétien pourrait-il désirer une mission plus noble que celleci : exprimer en toutes circonstances, autant qu'il en est capable, les meilleures impressions que pourrait nous suggérer à nous-mêmes la situation donnée ? Et puisqu'il nous transporte aux temps et aux lieux où les choses se sont accomplies, n'est-ce pas pour nous faire penser et sentir, non comme nous aurions pu le faire, mais comme nous le devrions, si réellement les scènes se passaient sous nos yeux et si nous en étions les véritables acteurs?
La convenance d'expression est encore relative aux différents genres de peinture, et il fiant lui appliquer toutes les modifications auxquelles, sons ce rapport, la composition est également tenue de s'assujettir. La peinture monumentale demande des expressions plus graves, plus modérées, plus contenues, plus mesurées que des tableaux exécutés pour eux-mêmes, libres de tout engagement, sans corrélation directe avec l'architecture. Il sied peu à la peinture sur verre, avec les lignes arrêtées de ses silhouettes, de viser à l'expression des nuances les plus délicates de la physionomie ; il loi font des airs de tête fermes dans le sentiment principal et assez dégagés pour être facilement saisis , et cependant maintenus en harmonie
avec un ensemble de décorations immobiles.
L'oubli des conditions réelles en vue desquelles ont dû être faites les œuvres qu'il voit réunies sous ses yeux, expose le visiteur d'un musée à bien des erreurs de jugement ; mais les erreurs de l'artiste ont bien plus de conséquence, lorsque, travaillant pour une destination spéciale, il le fait en vue d'un succès de musée ; et l'expression étant de toutes les parties de son art celle qui est le plus comparable au discours, c'est surtout au point de vue où nous en parlons, qu'il nous sera permis de dire avec qui alors nous lui trouvons de la ressemblance. N'est-il pas comme un ministre de Dieu qui, chargé de parler en son nom dans son temple, au lieu de monter dans la chaire sacrée avec la voix grave, convaincue, soutenue du prêtre, toujours accueillie dans le respect et le silence, y porterait les agitations d'une tribune, les prétentions d'une académie, les débats d'une audience?
ni.