‹ Manuel de l'art chrétienChapitre 20 sur 157 · DE L'ATTITUDE · texte numérisé non relu

DE L'ATTITUDE

Le visage est principalement le miroir de l'âme; cependant toutes les inflexions du corps concourent à notre gré, et souvent même contre notre intention, à révéler ce qui se passe au dedans de nous. La physionomie est la fleur de l'expression ; les attitudes, pour ainsi dire, en sont la tige, et les gestes en sont les branches. Il faut distinguer en effet entre les attitudes irréfléchies auxquelles on est porté selon ses dispositions intérieures, et le geste proprement dit, auquel nous recourons comme à un supplément de la parole. Ce sont surtout ces attitudes qui, pour être très-significatives, n'ont pas besoin d'être fortement accusées ; et même sous les yeux du public, quand on se sent regardé, pour peu que l'on ait idée de poser, il est rare qu'elles le soient dans la réalité.

Sous une impression d'orgueil ou de colère, le corps se monte et s'étend : avec celle-ci, par la tension des muscles ; avec celle-là, comme gonflé par l'air d'une respiration retenue. L'envieux et l'avare, au contraire, se courbent : l'un en rentrant sur lui-même ; l'autre en se penchant vers l'objet déterminé ou indéterminé de sa cupidité. Le courage, la majesté ajoutent à la taille, mais par le jeu plus facile des organes, sans rien de trop tendu ni d'outré. Ce jeu est plus ferme dans le sentiment du courage,

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car il prépare à Faction ; plus moelleux dans le sentiment de la majesté, qui se sent maîtresse des circonstances/ qui toujours demeure au moins reine d'elle-même.

La douleur abat, l'amour incline, la curiosité attire, la crainte éloigne, la compassion s'épanche, la haine se concentre.

Dans ces divers mouvements, les bonnes et les mauvaises affections se rencontrent et se croisent. L'on reconnaît toujours les bonnes et honnêtes surtout en ce qu'elles maintiennent dans un état de flexibilité et d'équilibre les organes qui se mettraient dans un état de contraction sous l'impression d'une passion plus ou moins désordonnée. Cette passion approche-t-elle de son paroxysme : la crispation arrive , la circulation s'arrête, le sang se glace, la colère n'est rouge qu'à ses premiers degrés, l'orgueil lui-même ne le demeure pas, puisqu'à la fin toutes les passions finissent par la pâleur, cet indice de la mort. Cependant toute pâleur n'est pas mauvaise. H 7 a des souffrances dans la vertu et des morts méritoires, comme il y a de saintes indignations. Toutes les passions ne crispent pas de la même manière, et les mouvements vertueux ne crispent jamais, bien qu'ils affectent les mêmes attitudes fondamentales que les passions auxquelles ils ressemblent.

Que l'artiste chrétien observe donc et qu'il médite. Nul ne saurait lui enseigner par des mots ce qu'il lui sera facile d'apprendre de ses yens et par ses propres réflexions.

Qu'il sache appeler la composition au secours de l'expression, expliquer les unes par les autres les expressions de ses divers personnages. Il en est un qui s'irrite, on le comprend mieux si l'on en aperçoit un autre qui s'apaise ou qui s'effraie. Il n'est rien que l'artiste ne puisse exprimer, s'il sait user de toutes les ressources de l'art.

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