‹ Manuel de l'art chrétienChapitre 28 sur 157 · DISTRIBUTION DE LA LUMIÈRE · texte numérisé non relu

DISTRIBUTION DE LA LUMIÈRE

Parmi les effets de la lainière, il faut distinguer ceux qui dépendent de V opposition des clairs et des ombres, et que l'on comprend sous le nom abrégé de clair-obscur, et ceux qui sont produits par la variété des couleurs, et auxquels, en peinture, on donne le nom de coloris. Le ton se rapporte au clair-obscur, et ses termes extrêmes sont, dans la nature, le grand jour et l'obscurité ; dans la peinture, le blanc et le noir; la teinte se rapporte au coloris, et ses degrés sont ceux de l'échelle chromatique, en passant d'une couleur à une autre.

L'un des premiers soins de l'artiste sera de déterminer la manière d'éclairer son tableau. L'inondera-t-il de la lumière d'un jour éclatant? Adoucira-t-il cette lumière en la voilant? Se proposera- t-il un effet de soir ou de nuit? Les illuminations de l'autel, les flammes d'un incendie, le feu paisible du foyer peuvent fournir autant de centres lumineux aux effets très-différents. Le choix dépendra du sujet et de ses circonstances, mais aussi du caractère que l'on entend donner à son œuvre.

Il n'est pas non plus indifférent de faire venir sa lumière d'en haut, d'en bas, de côté, de face ou de derrière. En général, la lumière venant d'en haut, non pas perpendiculairement, mais avec une suffisante obliquité, est la plus avantageuse aux effets sages et modérés.

Le genre de lumière étant fixé quant à son intensité, quant à son point de départ et à sa direction, il faut se rendre compte des effets lumineux et des obscurcissements relatifs qui doivent en résulter.

En principe, la lumière s'afiaiblit d'autant plus qu'elle s'éloigne de son foyer ; mais s'il s'agit du soleil, cette observation demeure sans application, tant les différences sont minimes, comparées à l'éloignement où il est de nous. L'éloignement, au contraire, de notre œil ne fait pas que les objets soient moins éclairés, mais seulement qu'ils nous renvoient moins de lumière. En résulte-t-il, comme il semblerait tout d'abord, qu'il faille les peindre proportionnellement d'autant plus clairs qu'ils sont plus rapprochés? Cela n'est vrai que dans le cas où ils sont eux-mêmes plus clairs que le ton général de l'air remplissant l'espace qui nous en sépare ; car s'ils sont, au contraire, plus obscurs, ils le paraissent moins en s'éloignant. C'est-à-dire que, le ton de l'air constituant une moyenne, tous les clairs et les ombres tendent à s'en rapprocher, d'autant plus qu'ils y sont plongés davantage ; et, dans un plus grand éloignement, ils finissent par se confondre en un même ton. Ce n'est donc pas précisément par le plus ou le moins de clarté de ton que Ton peut faire sentir le plus ou le moins de distance : c'est parla distinction, l'affaiblissement ou la confusion des détails.

L'inclinaison des surfaces, soit par rapport à la source de la lumière, soit par rapport à l'œil, qui en est le but, a aussi pour effet de faire subir à leur ton une altération apparente. Yue obliquement, une surface claire paraît obscurcie ; une surface brune paraît éclaircie, et les surfaces d'un ton moyen ne changent pas. Cette loi de la nature avertit le peintre de la marche qu'il doit suivre : tous ses tons doivent rester relativement moyens, par comparaison avec les effets beaucoup plus montés ou beaucoup plus abaissés qui se proposent à son imitation. Après s'être rendu compte du maximum du clair et du maximum du brun dont il peut en réalité et convenablement disposer comme termes extrêmes , il établira ses tons intermédiaires dans un rapport correspondant avec ceux qu'ils auraient dans la nature, moitié par moitié, quart par quart, de manière à obtenir un affaiblissement graduel de tous les tons qui réponde à l'effet réel produit soit par l'éloignement, soit par l'obliquité. Il ne s'ensuit pas cependant qu'il y ait lieu ensuite, en toute circonstance, d'appliquer dans chaque partie d'un tableau le ton du degré correspondant à celui de la nature. La vivacité de la lumière se traduit dans l'art par une plus vive opposition du clair et des ombres ; et, pour l'obtenir, on est obligé de forcer plus sur les mêmes ombres, en plein soleil, par exemple, que sous l'abri d'un nuage, bien que, dans ce second cas, les objets, dans toutes leu.s parties, soient, en réalité, moins éclairés.

Page 1