‹ Manuel de l'art chrétienChapitre 32 sur 157 · CHOIX DES COULEURS PAR RAPPORT A LEUR8 EFFETS · texte numérisé non relu

CHOIX DES COULEURS PAR RAPPORT A LEUR8 EFFETS

LORSQUE la lumière descend du ciel et que ses rayons, répartis, se répandent en couleurs avant d'avoir touché la terre, ses couleurs sont vives, fermes, et cependant douces et claires de ton : tellement que le mot de céleste semble fait pour leur aspect comme pour leur origine.

Divisées, au contraire, en mille manières, selon la variété des surfaces qu'elles rencontrent, et qui les réfléchissent sur la terre, elles ont rarement la même limpidité, et ordinairement elles prennent une teinte d'autant plus terreuse que les objets ont plus vieilli sous la forme où la lumière les rencontre : témoins la couleur du sol, celle des rochers, l'éoorce des arbres, ou seulement la différence des teintes d'automne, des teintes de l'âge mûr, comparativement à celles du printemps, à celles de la jeunesse.

Tel est l'effet des achromatismes qu'engendre rapidement le choc des forces de la nature : tout se fane, tout se détruit, tout meurt dans les choses terrestres ; et, pour conserver la vie, il faut une sorte de création continuelle.

La beauté, cependant, la vigueur, l'harmonie ne sont pas exclusivement le privilège des choses naissantes ou qui recommencent H est des forces qui se développent dans la lutte, comme des caractères qui se trempent et se dessinent au milieu des difficultés ; il est des tons magnifiques au milieu du jour, et c'est à son déclin, et vers celui de l'année, qu'apparaissent dans les teintes les contrastes les plus faciles à saisir, et surtout les plus faciles à rendre. Mais voyez ce qu'il faut d'ombres, ce qu'il faut de mélanges, d'atténuations, ce qu'il faut de terreux, enfin, dans les couleurs pour rendre les effets de la nature comme l'ont fait et ont dû le faire les peintres les plus célèbres sous ce rapport ; puis transportez-vous, au contraire, dans un monde exempt des altérations de celui où nous vivons, vous comprendrez qu'il faut y représenter les couleurs avec la fraîcheur et la sérénité du matin plutôt qu'avec les tons lavés et brunis du soir ; et mieux encore, imaginez qu'elles prennent la douce et vive clarté de l'arc-en-ciel.

Admettez maintenant une école de peinture très-portée, par ses inspirations chrétiennes, à spiritualiser la nature en i'élevant vers ses destinées éternelles , elle verra nn peu tontes choses comme on les apercevra de làhaut, très-distinctement, très-réellement, non pas comme dans nn lointain indécis et vaporeux, mais plus dégagées de formes et de couleurs qu'elles ne nous apparaissent journellement.

De degrés en degrés, on arrive ainsi à comprendre que , dans l'art chrétien, les couleurs comme les formes puissent s'élever au-dessus des conditions absolues d'imitation naturelle, suivant le milieu où se transporte la pensée du peintre et où il est appelé à transporter celle des spectateurs. Non-seulement elles le peuvent, mais elles le doivent dans certains cas.

Fias le peintre s'écarte, par le mode, par le sujet ou par la direction du sujet, du genre de l'annaliste, plus il lui est loisible de prendre une couleur qui, toujours puisée dans la nature, le sera moins dans le terre-à-terre des choses. Un sujet symbolique lui donne, sous ce rapport, plus de liberté qu'un sujet historique ; la peinture murale , plus qu'un tableau de

Le rôle d'ornementation solennelle, qui appartient alors à l'art dont nous nous occupons, mérite aussi d'être pris en considération en faveur d'un coloris plus frais, plus ferme et plus dégagé. Mais c'est surtout à la peinture sur verre qu'il appartient de toujours flatter la vue par un riant *ccord des couleurs : couleurs destinées à se montrer toujours vives et brillantes, puisqu'elles sont en contact immédiat avec la lumière, ou plutôt parce qu'elles deviennent la lumière pour l'édifice éclairé par leur intermédiaire. Aussi rien -ne ressemble plus à un contre-sens que ces teintes neutres multipliées dans les verrières pour obtenir les effets d'un tableau proprement dit. H faudrait exclure de la peinture sur. verre toute couleur qui ne paraîtrait pas venir du ciel .

Ainsi la toile, le mur, le verre doivent avoir leurs gammes de couleurs ; « faut adapter à chacunes des manières spéciales pour leur donner de la douceur ou de la force. L'artiste doit les varier selon qu'il veut parler aux fcM, à l'esprit, au cœur. Suivant les genres, les couleurs prendront dans feur accord la noble gravité du plain-chant ou les grâces d'une symphonie; et il en sera du peintre comme de l'écrivain qui change la couleur do son style selon qu'il veut être philosophe, historien, orateur ou poëte.

Page 1