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CHOIX DBS COULEURS PAR RAPPORT A LEUR SIGNIFICATION

DE tout temps, diverses significations ont été attachées aux couleurs ; de ces significations, il y en a d'absolues et il y en a d'accidentelles. Ayant soin de maintenir la distinction qui doit toujours subsister entre le noir et le blanc d'une part, et les couleurs proprement dites de l'autre,, on observera qu'une signification absolue repose sur les premiers plus que sur les secondes.

La signification du blanc et du noir est celle de l'affirmation et de la négation, de la lumière et des ténèbres, du bien et du mal, de la propreté et de la souillure. Celle des couleurs est due, en général, aux choses auxquelles on les voit habituellement attachées : le bleu est la couleur du ciel, le rouge est celle de la flamme et du sang, le jaune est celle de l'or, le • vert celle du feuillage.

Le blanc est un signe de paix, et plus universellement un signe de joie. C'est presque partout la couleur des habits de noces, et la robe nuptiale du chrétien admis à s'asseoir au festin du céleste Epoux doit être certainement d'une blancheur éclatante ; l'Ange de la Résurrection était vêtu de blanc. Le blanc est par-dessus tout l'emblème de l'innocence, le signe de la pureté. L'Église l'emploie pour ses vêtements liturgiques dans toutes les fêtes qui ont l'un de ces trois caractères de paix, de joie ou de pureté.

Le blanc peut cependant, exceptionnellement, être pris comme signe de deuil et en mauvaise part : il indique alors l'étiolement et l'absence de toute couleur. Quoi qu'il en soit, c'est bien plus proprement au noir qu'il appartient de signifier le deuil, la tristesse ; mais il y a de saintes tristesses, celles de la pénitence, de l'exil de ce monde ; et le noir est pris en bonne part en tant qu'il les exprime. Dans nos usages modernes de la vie civile, il est pris comme ayant un caractère exceptionnel de gravité et de bonne tenue. A ces deux titres, il est éminemment convenable pour les vêtements habituels du clergé. Comme couleurs liturgiques, il exprime les sombres tristesses de la mort.

'Par un changement de ton du clair au sombre, les mêmes couleurs ou des couleurs différentes participent quelquefois à la signification attachée au blanc et au noir. Guillaume Durand considère le vert comme un intermédiaire entre eux, et il explique ainsi l'emploi qu'on en fait comme couleur liturgique dans le courant de l'année.

C'est plus expressément comme étant, dans l'échelle chromatique , la plus sombre des couleurs, que le violet est employé en tant que couleur de deuil, de deuil mitigé, du moins. Mais le fait d'être porté par les évoques tend à le relever dans le sens de la dignité.

Le rouge comme couleur de la flamme exprime la charité et ses saintes ardeurs ; comme couleur du sang, il symbolise le martyre et ses généreuses effusions. C'est une des merveilles de la pensée chrétienne que d'avoir pris eu bonne part l'effusion du sang. Mais partout où l'on ne rencontre pas la sainteté du sacrifice héroïquement accepté, la couleur du sang doit être considérée avec un sentiment d'horreur.

L'azur du ciel ne semble fait au contraire que pour donner des idées consolantes, et faire songer à l'éternel séjour de la béatitude. Voilà pourvoi la couleur bleue a été prise pour symbole de l'espérance, de l'espéranoe chrétienne, qui se porte vers les choses supérieures, car l'espéra°ce pins vulgaire des satisfactions de ce monde est plutôt exprimée F* le vert.

Le bleu céleste est aussi un signe de pureté, de cette pureté que l'on acquiert précisément en se dégageant jusqu'à la racine de tout ce qui peut souiller ici-bas. Pour signifier ces choses, il ne faut pas prendre un gros bleu, lourd et tendant au noir, mais le bleu de ciel, le bleu tendre du saphir. Dans les rares occasions où le bleu est pris dans un sens peu favorable, il est toujours supposé moins vif et plus chargé.

Le jaune est la couleur de l'or, et sa signification est plus généralement absorbée par celle du précieux métal : signification d'excellence absolue, appb'cable à tout.

Le vert, par là même qu'il est la couleur du feuillage, devient celle du printemps, et reverdir devient synonyme de renaître : c'est à ce titre qu'il devient un signe d'espérance, nous avons dit dans quel sens. Dans un sens plus élevé, si le vert n'exprime pas la seconde des vertus théologales, il n'y perd rien, car il devient le signe de la foi, par la raison qu'il signifie i incorruptibilité, et, par déduction immédiate, l'immortalité, la contemplation.

Ainsi, quelles que soient d'ailleurs les autres significations du vert, du bleu et du rouge, lorsqu'il s'agit des vertus théologales, ces trois couleurs doivent exprimer la Foi, l'Espérance et la Charité, dans l'ordre même où nous les nommons. Dans le blanc, le vert et le rouge de .la Beatrix du Dante, le type de l'âme béatifiée, et de la Théologie de Raphaël, où Ton a cru voir les couleurs des trois vertus théologales, il faut plutôt reconnaître les symboles de la pureté, de l'immortalité et de la charité, qui demeurent à jamais le partage des élus.

Les nations, les familles, les partis et quelquefois les idées ont leurs couleurs : on se plaît volontiers à les relever, chacun dans son sens, par quelques-unes des notions du symbolisme général que nous venons d'exposer ; mais ordinairement l'origine de ces couleurs repose sur des données purement historiques.

Il n'en est pas moins vrai, tout esprit de parti à part, qu'une couleur consacrée par l'histoire comme exprimant tout un héritage de gloire, ' d'honneur, de patriotisme, de fidélité, de bonnes et nobles traditions de toutes sortes, est précieuse à conserver entre les choses les plus précieuses.

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