ICONOGRAPHIE GÉNÉRALE
EXPOSÉ PRÉLIMINAIRE
L'iconographie est la science des images. Cette définition donnée par Mgr Crosnier, dans son traité de Y Iconographie chrétienne, est conforme à l'étymologie, conforme à la signification du terme mis en usage par tons ceux qui ont embrassé ce genre d'étude depuis quarante ans. Nous l'adoptons, sans tenir compte de la signification plus restreinte que l'on donnait à cette expression dans le siècle dernier et au commencement de celui-ci. Alors la science des images chrétiennes était tellement délaissée, qu'on ne sentait pas le besoin d'avoir un nom pour la désigner. L'expression, dans le sens où nous l'employons, est donc nouvelle, quoique la chose soit ancienne ; elle est nouvelle, mais éminement rationnelle.
Mgr Crosnier, après avoir défini l'iconographie, dit que l'on peut la considérer sous un double rapport : 1° comme science pratique ; 2° comme science théorique. Quant à nous, nous noua sommes mis dans l'obligation den traiter sous l'un et l'autre rapport. En conséquence, pour ne pas dépasser les limites que nous nous sommes imposées, nous nous efforcerons de condenser les faits généraux plus que nous ne nous attacherons à multiplier les faits particuliers.
Avant le mouvement qui, à l'époque de la Renaissance, s'est développé w sein de la société chrétienne, et particulièrement parmi les artistes, dans « sens d'un esprit d'individualisme, la science de l'iconographie n'était P*» connue sous son nom; mais, en fait, des notions iconographiques étaient ^itionnellement transmises d'école en école. Toutes les écoles, d'ailleurs, ne suivaient pas un voie absolument identique ; il faut tenir compte entre
elles des différences de temps et de lieux, principalement quand les moyens pratiques dépendaient d'industries différentes. U n'y avait pas non plus immobilité dans l'esprit humain par rapport à la représentation des vérités religieuses; au contraire, l'étude des monuments, soit que l'on se porte vers l'Église primitive, soit que l'on descende au moyen âge , accuse une grande activité de l'intelligence et de l'imagination, mais le mouvement se produit par masses, sans solution de continuité. H en résulte qu'aucune question iconographique ne saurait être bien traitée, si on n'en connaît suffisamment l'histoire. Ces considératiens déterminent notre marche.
Nous commencerons par exposer de notre mieux le caractère des hommes et des choses , des êtres de toute sorte dont la représentation devra nous occuper. Nous verrons ensuite comment ils ont été représentés. Il y a quelque chose à prendre dans les œuvres des temps les plus divers : en les étudiant , nous apprendrons tour à tour comment on peut ou rehausser un sujet par la pensée, ou le vivifier parle sentiment, ou l'animer par l'imagination, ou l'embellir par la forme.
La base de nos divisions sera la hiérarchie elle-même des êtres que l'art chrétien est appelé à représenter. Nous nous attacherons d'abord à Dieu, l'Être par excellence, à Dieu en tant que Dieu, puis à l' Homme-Dieu; viendront ensuite la sainte Vierge et les Anges , l'homme et tout ce qui s'y rattache : son âme, sa vie, les associations, les vertus, les vices, les connaissances humaines.
L'étude générale de l'iconographie doit comprendre celle des figures, des dispositions, des attributs qui servent à caractériser plus généralement les personnages et leurs actions ; et comme ces signes s'appliquent à Dieu lui-même , il importe que nous soyons tout d'abord fixés sur leur emploi.
Le nimbe est le plus usuel et le plus important de ces signes iconographiques : il est, avec quelques variétés de formes, devenu commun, après Dieu, à toutes les catégories de personnages qui participent, à des degrés divers, à sa sainteté. Il est donc à propos que nous nous en occupions préalablement ; nous réunirons ensuite des notions sommaires sur les autres attributs, symboles et dispositions symboliques dont l'emploi est aussi varié que le sont les caractères parmi les légions d'habitants qui peuplent la cité céleste.