DU NIMBE
LE nimbe est proprement tin cercle lumineux qui environne la tète comme signe d'honneur. Compris par les anciens auteurs sous le nom générique de couronne, il est, en effet, une sorte de couronne, mais une couronne distincte de tous les diadèmes, de tous les bandeaux, de toutes les couronnes de matières précieuses, de fleurs ou de feuillages, qui peuvent ceindre la tête ou reposer matériellement sur elle. Le nimbe exprime une idée de lumière. Cependant, un effet lumineux projeté autour de la tête ne le supplée qu'imparfaitement et n'en est qu'une dégénérescence. Le véritable nimbe doit avoir des contours arrêtés pour répondre à l'idée de couronne, et cette couronne doit être réputée affranchie de toutes les lois de la pesanteur pour répondre à l'idée de lumière ; elle ne repose pas sur la tête, et ne saurait y reposer ; elle l'environne.
Le nimbe, si on cherche son analogue dans la nature, ne pourrait être mieux comparé qu'à l'arc-en-ciel, à supposer que ce brillant météore, au lieu d'apparaître comme une section de cercle, prît la forme d'un cercle complet ; et , en effet, les nimbes les plus anciens sont ordinairement irisés (voyez pi. m). Dans la suite, les nimbes ont été ornés de rinceaux, de perles, de pierreries, mais ils n'en conservent pas moins leur caractère de signes immatériels. On a quelquefois chargé la représentation du ciel de semblables ornements. C'est une sorte de jeu décoratif, qui ne change rien à la signification des choses.
Le nimbe signifie ordinairement dans Fart chrétien quelque chose de céleste. Quand il apparaît au iv* et au Ve siècles, il n'est d'abord appliqué qu'aux figures divines ; on l'applique bientôt aux Saints et aux animaux évangéliques, avant de rappliquer à la sainte Vierge , parce qu'elle est réputée vivante sur la terre. On l'applique ensuite à la sainte Vierge dans un certain nombre de monuments, aux v4, VIe et vu9 siècles, sans l'appliquer simultanément aux Saints ; il semble alors que, le nimbe prenant plus particulièrement une signification de dignité, on n'a voulu l'appliquer qu'à la dignité supérieure de la Mère de Dieu. En effet, pendant tout le moyen âge, le nimbe a été souvent employé uniquement comme un signe de dignité et de puissance. À ce titre, on l'a attribué aux princes souverains, aux puissances de la nature personnifiées, quelquefois au dragon infernal ou à d'autres représentations des démons ; on l'a attribué à Judas en sa qualité d'Apôtre.
Mais, en définitive, le sens de ce signe s'est fixé comme expression de la sainteté , et il est devenu l'attribut exclusif des Saints canonisés ; il ne serait plus permis de l'attribuer dans son intégrité à aucuns autres. Aux bienheureux qui ne sont encore que béatifiés, il convient de réserver un rayonnement lumineux qui n'ait pas une égale signification de plénitude.
Le riinbe ne doit ôtre attribué qu'aux Saints ; nous ajoutons qu'il devra désonnais être toujours attribué aux Saints, car il n'existe aucun autre moyen dans l'art d'exprimer l'idée de la sainteté d'une manière aussi ferme et aussi précise. La lumière des corps glorieux est au-dessus de toute idée comme de toute imitation terrestre : par un signe on peut la dire, par aucune image on ne saurait la rendre ; le nimbe est le signe qui la dit : à ce titre, il est supérieur à tout effet de lumière sensible ; l'amoindrir, c'est retrancher quelque chose de l'honneur que l'on rend aux Saints : le supprimer, c'est les réduire iconographiquement aux conditions vulgaires du comniun des hommes.
L'usage du nimbe comporte différentes variétés de formes et de couleurs.
Le nimbe crucifère, c'est-à-dire timbré d'une croix, est le signe spécial de la sainteté divine : les plus anciens exemples qu'on en connaisse sont du vi% siècle ; on l'applique également aux trois personnes de la sainte Trinité (coir ci-dessus, vig. n« 6), bien que la crok soit l'attribut propre du Fils.
Le nimbe polygonal est une sorte de diminution du nimbe pleinement
circulaire. En Italie, da xrrr5 an XV* siècle, on l'a attribué spécialement mx personnifications des Vertus , et cette attribution est très-convenable comme moyen de distinction entre des représentations fictives et des per-
La Charité. {Ivoire da XIV siècle.)
sonnages réels ; mais elle ne pont aussi bien se justifier quand elle est faite à des personnages dont la sainteté ne parait pas assez avérée pour leur donner droit an nimbe plein. En pareil cas, il vant mieux éclaircir la question et accorder ce nimbe on le refuser, selon qu'elle sera résolue. Saint Joseph d'Àrimathie et saint Nicodème, que l'on peut citer comme ayant reçu accidentellement le nimbe polygonal, ont parfaitement droit au nimbe qui exprime la plénitude de la sainteté.
Le nimbe quadrangulaire n'est pas, comme le nimbe polygonal, dérivé du nimbe proprement dit ou circulaire ; mais il lui a été assimilé, dans une certaine mesure, en faveur des personnages morts on vivants que l'on
ne pouvait compter au nombre des Saints jouissant de la béatitude, et que l'on voulait honorer cependant d'une manière analogue. En usage, dans l'Italie seulement, du VIe au XIIe siècle, ses diverses formes répondent à l'idée d'un objet propre à recevoir une inscription qui exprimerait la dignité du personnage, dignité terrestre avec laquelle s'est trouvée en rapport la signification du carré, comparativement à celle du cercle, le carré signifiant la terre, le cercle signifiant le ciel.
Dans l'exemple que nous en donnons, on voit que, saint Pierre portant le nimbe plein, le nimbe quadrangulaire est attribué à saint Léon III et à