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AUTRES SIGNES ET SYMBOLES LES PLUS USITÉS

Les figures et les emblèmes sont de l'essence du langage humain ; le parler le pins familier a ses métaphores, comme le plus haut style ; il y en a de si naturelles qu'elles se retrouvent dans toutes les langues ; l'art s'en sert dans la forme qui lui est propre, c'est-à-dire qu'au lieu de prononcer ou d'écrire le nom de la chose, il représente la chose même pour exprimer ce qu'elle signifie. Il est rationnel cependant que la représentation de la chose, considérée en elle-même, et celle de cette chose entendue dans le sens figuré, ne soient pas identiques ; et l'on admettra facilement que, tenant plus ou moins de la convention quant au sens qu'on lui attribue, elle en tienne aussi quant aux formes qu'on lui peut attribuer. De même, par le tour de phrase dans le langage parlé, par l'inflexion de la voix, on avertit des sens très-divers que l'on peut donner à une même expression.

C'est ainsi que le nimbe, figure empruntée à l'idée de lumière, prend des formes particulières , autres que celle d'un effet lumineux, pour exprimer cette lumière morale d'un ordre particulier qui est le propre de la sainteté ; c'est ainsi encore que, parlant des animaux, des plantes, nous avons admis qu'on devait en relever, en concentrer le type, quand on les prenait pour figures et pour emblèmes d'êtres d'un ordre supérieur. On fera tout le contraire quand il s'agira de leur appliquer une idée de dégradation, de les prendre en mauvaise part. On sait effectivement que, dans le langage des figures, les mêmes choses peuvent recevoir les significations les plus différentes ; et c'est peut-être ce qui frappe le plus quand on ouvre pour la première fois quelqu'un de ces savants recueils où la clef du symbolisme chrétien ne saurait nous être donnée, comme s'il pouvait être tout entier renfermé sous une seule porte ; mais ils seront trèsutiles si nous savons nous en servir pour nous en faire saisir quelqu'un des nombreux aspects et pour nous en ménager les voies.

Le symbolisme étant un mode de langage, sa science est sujette à des lois de transformation comme la philologie elle-même, selon les époques, les dialectes. Autre est le symbolisme dans le même siècle, suivant qu'on

DES SIGNES ET DES SYMBOLES ICONOGRAPHIQUES. Ul

l'envisage dans les sources littéraires on dans les monuments de l'art; autre dans deux écoles artistiques différentes ; il y a pénétration sans doute entre tous ces milieux embrassés ensemble dans la vaste atmosphère de la pensée chrétienne ; mais ce qui se conserve, ce qui se modifie dans les formes, dans les acceptions, est soumis à des actions, à des circonstances diverses. Ce n'est qu'après plusieurs siècles quelquefois que ce qu'on a observé ici peut aussi se retrouver là, ou bien ici on aura conservé ce qui depuis longtemps ailleurs aura cédé à d'autres influences.

L'on sait combien la physionomie de l'art différait, dans l'antiquité chrétienne, non-seulement de ce qu'elle a été dans les temps modernes, mais de ce qu'elle était au moyen âge. Alors les faits l'occupaient plus que les personnes, les idées plus que les faits. Les signes symboliques, particulièrement, étaient beaucoup plus employés avec le caractère de généralité auquel nous nous attachons en ce moment. Les principaux de ces signes dans les Catacombes sont le poisson, l'agneau, la couronne , la palme, l'ancre, le navire, le vase, la croix, de forme plus ou moins dissimulée. Ces figures ont toutes. pour trait commun de se rapporter au Sauveur et à l'union du chrétien avec lui : au salut, par conséquent, à la rédemption, en tant qu'opérée ou obtenue.

Dans la nouvelle phase qui s'ouvrit pour l'iconographie chrétienne, lorsque Constantin eut vaincu par la croix, les signes, les emblèmes diffèrent peu d'abord, dans les Catacombes mêmes, quant au caractère général et à la manière d'être employés de ce qu'ils avaient été jusque-là ; seulement ils sont plus développés, plus explicites ; et en dehors de ces souterrains sacrés, l'on en voit apparaître un bon nombre d'absolument nouveaux, ou qui, par leur fréquence, prennent un caractère de nouveauté, et cela dans un sentiment de triomphe qui se substitue au sentiment de paix qui avait régné tant que, dans les plus glorieux de leurs combats, les chrétiens n'avaient joué que le rôle de victimes : tels la montagne, les quatre fleuves, le palmier, le phénix, les deux cités et, par-dessus tous, le livre. On les voit réunis, pour la plupart, sur le fond de verre que nous reproduisons.

Notre-Seigneur, élevé sur la montagne, donne à saint Pierre le livre ou volumen déployé, c'est-à-dire qu'il lui confie le dépôt et l'infaillible interprétation de la nouvelle Loi ; saint Paul, chargé de la répandre par ses prédications, est placé à sa droite ; derrière l'Apôtre des Gentils s élève le palmier, surmonté du phénix, double emblème de la Bésurrec-

tion. Dans une rangée inférieure reparaît la montagne, figure de l'Église ; l'Agneau divin, à son sommet, dit l'efficacité dn sacrifice sans cesse renouvelé sur ses autels ; le nom du Jourdain rappelle les eaux régénéra-

Fond de verre dn Marée Chrétien ru Vatican.

trices, et ce nom peut s'appliquer à l'Agneau lui-même, qui est la source de toutes les grâces (voir pi. m) ; les quatre filets d'eau qui s'épanchent des flancs de la montagne sont les quatre fleuves du Paradis terrestre, figures des quatre Évangélistes ; les brebis qui s'avancent de chaque côté Hont les fidèles ; elles viennent de deux cités, Ierosale , Jérusalem, la cité des Juifs fidèles, appelés les premiers a recueillir les bienfaits de la promesse; Becle, Bethléem, la cité des Gentils régénérés, destinés par leur union à former le nouveau peuple de Dieu, la cité définitive.

Voilà donc les vrais sources de la vie ; c'est là que la paix sera parfaite ; et l'on comprendra facilement dans un sens tout spirituel ces mots de la basse latinité : pie, zezes, « buvez, vivez >, qui, inscrits habituellement sur les petite monuments de ce genre, apparaissent au sommet de celui-ci.

Le livre ou wlumen déployé portait aussi une inscription. On n'en voit

plus que les dernières lettres , lnys, qui, probablement, appartenaient

■a mot Dominas. Les règles de l'analogie autorisent à croire qu'on y Usait « Ugem dat, ou pacem dat Dominrm, la loi et la paix se confondant dans nue commune pensée, comme on le voit sur la couverture d'évangéliaire émaillée, donnée par l'archevêque Eribert à la cathédrale de Milan (u* siècle), où on lit sur le volumen déployé, tenu à la main du Christ, ces mots réunis, lez et fax. Dans la mosaïque de Sainte-Constance, à Rome, le volumen porte ceux-ci : Dominas dat pacem ; ceux-là : Legem dat, sur un sarcophage du musée d'Arles. Sur le fragment de verre gravé que nous offrons comme terme de comparaison, on voit que, non plus le rdumen, mais la tablette qu'on lui a substituée est donnée comme la loi du Seigneur, LEZ domdji.

Verre gravé. (Musée dn Vatican.)

L'emploi des figues symboliques conserva à peu près le même caractère pendant tonte la première partie du moyen âge ; mais, à partir du xm* siècle, on les employa beaucoup plus comme attributs personnels ; et l'usage qu'on en a fait depuis lors dans ce sens se retrouvera quand nous parlerons en particulier du Christ, de la sainte Vierge, de l'Église, et en dernier lien des Saints et de leurs caractéristiques.

Dans les exemples que nous venons de donner, bien que la personne de Notre-Seigneur soit mise en jeu, il s'agit bien plus d'exprimer les bienfaits de la Eédemption que de le caractériser personnellement.

La conclusion pratique à tirer de ces observations, c'est qu'il faut désormais apporter d'autant plus de réserve et de gravité dans l'emploi des signes symboliques pour exprimer des idées d'un ordre général, que cet emploi ne saurait Être réglé, dans le plus grand nombre des cas que l'on pourrait imaginer, par des modèles d'une application soutenue. Les ressources de l'imagination sont abondantes en pareille matière ; mais, faute de guide, elle vous jette facilement dans les voies de, la mièvrerie et du mauvais goût.

Communément nous conseillerons de s'en tenir aux signes symboliques dont l'emploi iconographique est resté usuel et la signification bien déterminée. Us se réduisent à peu près à l'énumération qui va suivre. On remarquera que bon nombre des indications précédemment données peuvent s'y rattacher ; d'autres indications que nous donnons ici trouveront leurs développements ailleurs. Nous avons dit, en général, la signification du nu et des vêtements, celle que l'on peut donner à des animaux, à des plantes, celle de la lumière et des ténèbres, celle des couleurs. Nous ajouterons que, pour représenter une illumination spirituelle, on se sert convenablement d'un faisceau de lignes concentriques : le souffle s'exprimant aussi par ce moyen, on peut distinguer les rayons lumineux en les traçant avec des traits plus clairs. Les rayons exprimant le souffle peuvent signifier l'action du Saint-Esprit, ou simplement l'effet des vents ; une nuée lumineuse et un nuage obscur prennent de même des significations trèsdifférentes; ce sont les circonstances qui déterminent comment il faut les entendre. Nous réservons ce que nous avons à dire des autres météores pour le moment où nous nous occuperons d'eux en particulier.

Parmi les astres, on peut aussi se servir du soleil pour exprimer l'idée de la lumière, ou plus expressément le représenter comme une image du soleil de justice. H peut aussi apparaître comme symbole des récompenses à venir, en tant qu'il exprime l'idée des splendeurs de la patrie céleste. Dans ces diverses acceptions, on le représente selon sa forme naturelle ; ses personnifications appartiennent à un autre ordre d'idées. Il en est de même des personnifications de la lune et des planètes. D'ailleurs, les applications que l'on fait à la sainte Vierge, de la lune, des étoiles et du soleil lui-même, l'attribution de quelques-uns de ces astres à divers Saints /devant

se retrouver comme noua l'avons annoncé, il suffit de lea mentionner en ce moment. Une surface constellée, c'est-à-dire chargée d'étoiles, a toujours servi et peut toujours servir à représenter le ciel en tant que demeure de Dieu et séjour de la béatitude.

Rien ne s'oppose à la représentation de la montagne et des quatre fleuves selon les procédés et dans le sens de l'antiquité chrétienne, comme i'afait M. Hallez dans sa Neuvaine au Sacré-Cœur .-d'un mot il a pu tout expliquera ceux qui ne l'auraient pas compris. Le palmier, employé comme il l'était primitivement, courrait risque au contraire de ne l'être pas aussi facilement ; mais la palme comme symbole de victoire est toujours parfaitement connue, et de même l'olivier comme symbole de la paix. Parmi les fleurs, le lis, la rose, la pensée ont une signification bien définie, qui en justifie l'emploi, ou sous leurs formes propres, ou bous leurs formes héraldiques. Un terrain parsemé de fleurs, un riant bocage rappelleront facilement le jardin de délices, tandis qu'un bois fourré et épais sera plutôt propre à rappeler une idée de brigandage. Nous parlerons préférablement de l'épi et des raisins, quand nous nous occuperons des symboles eucharistiques; des colombes, quand nous nous occuperons des âmes, qu'elles représentent pins particulièrement , tandis que les brebis se rapportent plutôt aux fidèles en tant que corps et âmes.

Noos rappellerons aussi comme pouvant être très-convenablement imité l'usage antique de représenter la généralité des fidèles, le peuple chrétien ou même l'humanité entière par an homme et une femme aux pieds de Sot re- Seigneur , au pied de la Croix. Nous en donnons un exemple emprunté à nn sarcophage du IV on du vB siècle.

Ces figures peuvent rappeler aussi Adam et Eve; elles peuvent être remplacées au pied de la croix par la seule figure d'Adam; mais c'est en traitant de la croix que nous devrons surtout parler de cette manière de représenter le premier homme. Ce que nous avons à dire des différentes parties du corps humain employées symboliquement trouvera aussi sa place successivement : nous retrouverons la tête quand nous parlerons de la croix ; les yeux, la main, quand nous parlerons de» figures divines ; les cheveux, la barbe, les pieds, tout à l'heure en traitant des dispositions symboliques; le cœur nous occupera surtout par rapport au Cœur de Jésus, et ce que nous en dirons quant à la manière de le représenter pourra aussi s'appliquer aux cœurs des fidèles.

Parmi les œuvres humaines les plus employées comme signe symbolique, on compte la cité, qui s'applique principalement à l'Eglise, la maison qui peut exprimer les mêmes idées que la cité comme en étant le résumé ; ces figures peuvent aussi s'appliquer à la sainte Vierge ; le siège appliqué à Marie dans ses litanies peut s'entendre aussi du siège épiscopal, de l'enseignement de l'Église ; la roue, le flambeau, le navire ou la barque; les armes, épée, arc, flèche, bouclier, ont des significations bien déterminées qui en permettent et en rendent facile l'emploi sans raffinement peu intelligible et de mauvais goût.

La couronne et le livre sont, après le nimbe, qui lui-même est une rtorte de couronne, ceux des signes symboliques qui ont été le plus employés, et ils méritent toujours beaucoup de l'être, dans leurs différentes acceptions. Ces acceptions sont très-variées. On distingue principalement la couronne du vainqueur et la couronne princière : l'une formée de feuillage, l'autre de métaux ou autres matières précieuses, l'une et l'autre applicables aux élus, car ils sont vainqueurs et ils régnent; la couronne de fleurs, couronne de noce et de festin, couronne de paix, dans tous les cas, leur est encore applicable. De ces significations dépendent les principales manières d'employer les couronnes dans l'iconographie chrétienne en dehors de leur usage, comme attribut particulier, quand, par exemple, on les offre en perspective comme image de la béatitude promise.

La signification du livre varie aussi suivant les personnes et les circonstances. Entre les mains divines, il peut signifier le livre de vie. Dans l'exemple que nous donnons ci-après, il signifie le livre des décrets divins. Porté par Notre-Seigneur Jésus-Christ lui-même, il exprime l'idée de la doctrine évangélique, et de même dans les mains des Apôtres, dans celles de

l'Église personnifiée. Reposant sur l'autel, il rappelle tour à tour le livre aux sept sceaux et l'évangéliaire liturgique. Cette dernière signification lui appartient principalement quand il est attribué aux saints Pontifes et aux saints Diacres. Les saints Docteurs portent le livre de leurs écrits, les

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