‹ Manuel de l'art chrétienChapitre 38 sur 157 · DU CORPS HUMAIN · texte numérisé non relu

DU CORPS HUMAIN

Chaque attitude, chaque mouvement du corps humain a sa signification , signification en rapport avec les pensées et les sentiments qui, com— munément, déterminent ces inflexions. Nous nous en sommes occupé dans notre première partie en traitant de l'expression. En cela tout est naturel, et les attitudes et leur signification ; dans ce moment, nous avons en vue seulement quelques dispositions du corps humain qui ont reçu une signification conventionnelle et qui ont été employées comme telles dans l'iconographie chrétienne : telles Font la nudité de la tête ou des pieds ; la barbe, suivant qu'elle est supprimée, qu'elle est courte ou allongée; la tonsure cléricale.

Plus communément, l'homme se découvre la tête par respect ; la femme, au contraire, voile la sienne, et il convient de maintenir ces différences, conformément aux prescriptions de saint Paul. On s'étonne, en conséquence, que, dans l'antiquité chrétienne, parmi les figures d'Oran tes, un bon nombre aient la tête découverte ; que, sur la tête de beaucoup d'autres, on voie des coiffures faites pour en être l'ornement plutôt que pour la voiler. Quand nous traiterons de l'iconographie de la sainte Vierge, nous verrons, par rapport à elle, se reproduire les mêmes hésitations. M. de Bossi en a donné la clef en signalant un usage de ces temps-là combattu par Tertullien, d'après lequel les jeunes filles conservaient la tête découverte jusqu'à leur mariage, tandis que les femmes mariées la voilaient.

Les vierges consacrées à Dieu pouvaient être, sous ce rapport, assimilées aux femmes mariées, eu égard à leurs engagements avec le céleste Époux ; on pouvait aussi considérer en elles l'intégrité virginale ; et, relativement à Marie, il paraîtrait que ces deux manières d'envisager la chose ont tour à tour prévalu. Quant aux coiffures ornées, elles étaient employées très-probablement avec une certaine signification de dignité.

Relativement aux hommes, on sait que les peuples orientaux font exception à la règle générale. Pendant toute l'antiquité chrétienne, les Mages, parce qu'ils venaient de l'extrême Orient, avaient la tête couverte de la

coiffure désignée depuis sous le nom de bonnet phrygien; et tant qu'ils" l'ont porté, nous ne connaissons qu'un seul exemple donné, au XIe siècle, parles peintures de saint Urbain à la Cafarella, où celui d'entre eux qui est le plus près de l'Enfant Jésus se soit découvert.

Nous sommes fortement d'avis que la nudité des pieds doit être attribuée aux figures divines, aux Anges, aux Apôtres, aux Evangélistes et aux. Prophètes ; qu'elle ne doit jamais être attribuée à la sainte Vierge et aux autres Saints, sauf les cas accidentels où cette attribution n'a aucune valeur caractéristique. Cependant nous ne pouvons dire que, dans cette matière, une règle rigoureuse ait jamais été établie. Nous croyons seulement convenable quelle le soit, et nous nous fondons pour le demander, non sur la généralité des cas, mais sur leur plus grand nombre.

La nudité des pieds doit être considérée alors comme exprimant dans la Divinité le dégagement des choses terrestres , et c'est dans le même sens qu'on l'appliquera aux principaux ministres de Dieu. On peut aussi se rappeler les paroles de Notre- Seigneur aux Apôtres : Nolite portare saeculum neqae peram, neque calceamerda , h raison desquelles saint Meliton interprète le mot calceamenta comme signifiant les œuvres de mortalité. Mais, d'an autre côté, les chaussures, d'après le même Père, peuvent être prises en très-bonne part, comme formant une partie de l'armement du chrétien, et c'est dans ce sens qu'on les a entendues hors des cas où leur suppression est demandée.

La barbe, chez les hommes, est un signe de virilité, de maturité ; elle est une parure naturelle ; offrant un moyen facile de faire distinguer les âges, elle acquiert nécessairement une grande importance en iconographie : l'absence de barbe dit la jeunesse , une barbe de moyenne longueur annonce le milieu de la vie, une longue barbe blanche devient l'indice de la vieillesse. Signe de virilité et de maturité, parure naturelle, la barbe cependant peut être prise en mauvaise part. Quand a prévalu l'usage de la raser, elle indique des manières incultes -9 mais il ne paraît pas qu'on lui ait attribué cette mauvaise signification dans l'iconographie chrétienne avec une persistance qui puisse être signalée.

La figure imberbe est le symbole de l'éternelle jeunesse, de l'immortalité. A ce titre, elle est demeurée toujours propre aux Anges ; à ce titre encore, on l'a attribuée pendant longtemps au Fils de Dieu avec une prédilection qui, encore au xne siècle, disputait le terrain au type traditionnel de ce divin Sauveur. H n'était pas absolument rare alors que Dieu

le Père, lui-même, fût ainsi représenté. Il en a été quelquefois ainsi de saint Pierre, considéré comme type de la papauté qui ne meurt pas.

La tonsure ou* couronne cléricale consiste dans une certaine manière de couper ou de raser une partie des cheveux, qui dessine sur la tète une sorte de couronne au moyen de la forme ainsi donnée au reste de la chevelure. On n'est pas d'accord sur le motif originaire de cet usage, les uns s'étant attachés à l'idée de couronne, d'autres considérant plutôt celle de tonsure. D'après ceux-ci, vers lesquels nous penchons fortement, les cheveux des clercs auraient été d'abord rasés ou coupés courts, en signe de renoncement aux biens et aux plaisirs de la terre, et, par suite, de la pureté du cœur. D'après les premiers, on aurait eu, dès le principe, la pensée de figurer sur la tête du prêtre l'image d'une couronne pour rappeler la couronne d'épines ; et l'on ne peut contester à cette opinion d'être ancienne, puisqu'elle est rapportée par saint Grégoire de Tours. Depuis, toutes les formes de tonsure cléricale que l'on voit dans les monuments figurés sont, en effet, circulaires, et affectent par là même l'image d'une couronne. Nous en avons observé au moins quatre variétés antérieures au xne siècle. La première, seule d'abord en usage dans l'Église, d'après le P. Garrucci, consistait à couper les cheveux plus courts au milieu de la tête, sans les raser ; la couronne était formée par une étroite bande de cheveux demeurés plus longs. La seconde laissait les cheveux intacts sur le milieu de la tête, et la partie inférieure de la chevelure seulement était coupée en rond. La troisième variété de tonsure était de petite ou de moyenne dimension, et opérée sur le milieu antérieur de la tête. On en a vu un exemple (vig. n° 19). Dans la quatrième variété, encore en usage chez plusieurs Ordres religieux, les cheveux sont rasés surtout le milieu de la tête , à la différence de la première variété, où ils étaient seulement plus courts. Cette quatrième variété de tonsure est combinée avec la seconde par les religieux dont nous parlons. Nous retrouverons toutes les formes de tonsure, et de plus la tonsure à trois étages, appliquées à saint Pierre, quand nous nous occuperons plus spécialement du prince des Apôtres.

On remarquera que la tonsure actuelle de notre clergé séculier, de petite dimension et posée sur le milieu postérieur de la tête , diffère de toutes les formes que nous venons d'énumérer, et qu'en iconographie elle a cet inconvénient de ne pouvoir être mise en vue que la tête tournée par derrière, et par conséquent de ne pouvoir l'être que difficilement sur les monuments figurés.

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