‹ Manuel de l'art chrétienChapitre 39 sur 157 · AUTRES DISPOSITIONS SYMBOLIQUES · texte numérisé non relu

AUTRES DISPOSITIONS SYMBOLIQUES

La position respective des sujets et des personnages a toujours été et sera toujours, dans l'iconographie, un moyen important de déterminer leur ordre hiérarchique et leurs divers rapports.

La position hiérarchiquement la plus élevée est au centre de la composition; et entre deux figures également centrales, l'ordre s'établit de haut en bas. Il ne s'ensuit pas qu'il y ait toujours obligation de placer au milieu le personnage le plus élevé en dignité, et de ne jamais placer aucun autre personnage au-dessus de lui. Outre la hiérarchie des personnes, il y a la hiérarchie des idées, et il peut se faire que l'idée principale dans la circonstance soit représentée par un personnage hiérarchiquement moins élevé que ceux dont il est accompagné. Ainsi le patron d'une église sera placé au milieu, parmi d'autres Saints qui, hors delà, auraient sur lui des droits incontestables à la prééminence. Il arrivera aussi, quant à la position supérieure , qu'elle pourrait être occupée par un personnage de moindre dignité que ceux qui figurent au-dessous de lui, lorsqu'il sera réputé le représentant d'un autre supérieur à tous. Ainsi saint Pierre, considéré comme le vicaire de Jésus-Christ, pourra être placé plus haut que la sainte Vierge. On en voit des exemples. A ce titre, il pourra surmonter une figure de Notre-Seigneur lui-même, quand il s'agira moins d'exalter le divin Sauveur en sa propre personne que dans celle de son vicaire. En effet, tout l'honneur rendu, en pareil cas, au représentant revient à celui dont il tient la place.

Dans d'autres cas, le centre de la composition étant plus spécialement réputé la place d'honneur, tous ceux qui sont au-dessus comme au-dessous et aux côtés du personnage central peuvent être réputés ne faire que son enfourage et servir à l'honorer. Cela se juge par le caractère de la composition, par l'attitude des personnages.

Le chef, le supérieur, celui qui préside l'assemblée, celui que l'on prétend le plus honorer étant au milieu, les places les plus honorables ensuite sont les plus rapproohées de lui, et, en principe, la droite préférablement à la gauche.

En iconographie, la droite et la gauche s'apprécient par rapport à ce personnage central, ou, à son défaut, par rapport à un signe qui le représente, à son siège, par exemple.

Notre-Seigneur est représenté par sa croix, par son monogramme ; sa présence peut encore être sous-entendue au point central où l'on est accoutumé de le voir, bien qu'il ne paraisse plus aucun signe. Hors de là, il n'y a plus rien de précis par rapport à la droite et à la gauche, car elles peuvent s'entendre de la droite et de la gauche du spectateur, et s'il n'y a que deux personnages, de leur droite et de leur gauche à eux-mêmes ; alors celui qui est à gauche peut, par cela même, être réputé le premier, car donner sa droite, c'est agir comme étant le premier.

La préférence accordée à la droite repose sur un fond d'idées commun à tous les temps et à tous les lieux ; elle paraît venir originairement de l'usage que l'on fait de la main droite préférablement à la main gauche. Ainsi, lorsque Jacob, bénissant les fils de Joseph, veut, par inspiration prophétique, substituer le cadet à l'aîné, qui, à dessein, avait été placé à sa droite, il ne fait pas changer de position les deux frères, mais, croisant les bras, il étend la main droite sur Ephraïm, et ne donne à Manassès que la bénédiction de la main gauche.

Il est impossible, dans tous les cas, de voir dans la préférence accordée à la droite une appréciation purement arbitraire ; mais la place supérieure par excellence, celle du milieu, pouvant, par circonstance , être donnée, non pas toujours au premier en dignité, mais à celui que l'on a voulu le plus honorer accidentellement, à plus forte raison doit-on concevoir que la droite ait pu être donnée par une préférence accidentelle en dehors d'aucun ordre hiérarchique continu. C'est ainsi qu'au temps des noces, les jeunes époux reçoivent les honneurs de la table, pvéférablement aux anciens de la famille.

Il faut encore considérer qu'en beaucoup de choses, Tordre hiérarchique n'est pas unique ; l'ordre de l'autorité et du commandement n'est pas toujours celui de la dignité, encore moins celui du mérite : un jeune prince, simple officier dans une armée , est militairement inférieur au général, tout en lui demeurant socialement supérieur. Le premier dans une assemblée civile ne le sera pas dans une académie. On peut ainsi être tous les jours dans le cas de siéger au-dessus de son supérieur et audessous de son inférieur, sans que les lois de la hiérarchie aient éprouvé la moindre atteinte : tout dépend de l'ordre des idées mises en jeu. Saint

Jean-Baptiste est assurément, parmi les hommes qui ne sont que des hommes, le plus grand de tous, an témoignage même du Sauveur '. Si on s'attache à la notion de l'Église, saint Pierre, cependant, sera très-légitimement placé avant lui. C'est ce qui est arrivé dans la mosaïque da rOratoire de Saint- Venance, à Borne (voir pl.vii), où saint Jean-Baptiste ne vient qu'après saint Pierre, bien qu'à ses titres généraux il joigne celai de patron du baptistère, dont cet Oratoire n'est qu'une dépendance.

Dans la Cène, si on étudie bien le récit évangélique, on arrivera à cette conclusion que saint Jean, le disciple bien-aimé, était couché à la droite de Jésus, et saint Pierre, très-probablement, à sa gauche, de sorte que la tête de saint Jean reposant sur le sein de Jésus, la tête de Jésus aurait reposé sur celui de saint Pierre.

Cette situation convenait au disciple bien-aimé, à celui qui est le type, parmi les Apôtres, de la vie affective et contemplative ; il convenait aussi qu'à ce titre il reçût les honneurs de la table où allait être institué le sacrement d'amour. Saint Pierre, alors, toujours le premier en dignité cependant, nous semble, de son côté, admirablement placé dans la situation qui lui est ainsi faite, Notre- Seigneur daignant se reposer, en quelque sorte, sur lui, comme pour rappeler qu'il l'a choisi pour être le fondement de son Église.

Saint Paul se présente, à son tour, dans certains ordres d'idées, comme ayant droit à des préférences, lui, le vase d'élection, l'homme de génie, le plus entraînant des Apôtres par sa vigoureuse éloquence, celui d'entre eux qui a le plus écrit, le plus travaillé, fait le plus de conversions. Il y a plus, par sa propre conversion et par les Gentils qu'il a convertis, outre sa valeur personnelle, il est devenu, sous ce rapport, dans l'iconographie chrétienne, un type dune valeur permanente : il représente cette brebis ramenée au bercail, ce pécheur repentant dont le retour cause plus de joie dans le ciel que la persévérance de quatre-vingt-dix-neuf justes.

H est certain que, depuis le XIe siècle au moins, où saint Pierre Damien avait adopté cette interprétation, et ensuite pendant tout le moyen âge , le fait de la droite attribué à saint Paul a été entendu dans le sens d'une préférence accidentelle, conforme à l'ordre des idées que nous venons d'exprimer.

Si l'on remonte plus haut, outre cette sorte de convenance, qui avait

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