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Matth., xi, il

124 MANUEL DE L'ÀBT CHBÊTIEN.

pour résultat d'amener saint Pierre à céder la droite à saint Paul, selon une expression consacrée ', il est une autre circonstance qui ne nous parait pas avoir peu contribué à motiver l'attribution de la gauche au chef des Apôtres : c'est qu'il recevait de ce côté-là le dépôt de la loi divine comme son souverain interprète, quand Notre-Seigneur était représenté dans l'acte même de le donner, et qu'il s'était établi, à ce titre, une corrélation entre saint Pierre et le livre toujours porté du même côté par le Sauveur, avec une signification analogue, alors même qu'il n'était pas actuellement donné. Toujours est-il que l'attribution de la gauche à celui qui, hiérarchiquement, était toujours considéré comme le premier, — on en a des preuves surabondantes dans son ioonographie même, comme nous le verrons quand elle nous occupera spécialement, — eut pour effet de relever la signification de ce côté, au point que, dans un certain nombre de monuments, la sainte Vierge elle-même est passée à gauche, laissant la droite à saint Jean-Baptiste, tandis que saint Pierre occupant le milieu, au-dessous de Notre-Seigneur, saint Paul est placé à sa gauche. Nous avons encore la preuve manifeste de cette tendance dans la mosaïque de l'Oratoire de Saint- Venance, où saint Jean-Baptiste, le patron principal, est placé à gauche pour être à côté de saint Pierre, laissant la droite, à côté de saint Paul, à saint Jean l'Évangéliste (voir pi. vn, vin). On a cru que cette tendance était particulière aux Grecs, mais les exemples que nous en donnons sont les uns grecs, les autres latins, et nulle part elle n'est devenue générale. En somme, la préférence accordée à la droite est demeurée ; elle n'a fait même que s'accroître ; et tandis que la droite était donnée comme un honneur accidentel, on en est venu déplus en plus à la considérer comme l'expression du rang hiérarchique. En conséquence, désormais, il ne saurait plus y avoir d'hésitation, et saint Pierre doit la reprendre quand on le représente avec saint Paul à côté de Notre- Seigneur.

1. Sur le reliquaire en forme de buste, dans lequel Urbain V, en 1321 , renferma la tête de saint Paul, placé à Saint-Jean-de-Latran, à la droite du buste analogue contenant la tête de saint Pierre, on lisait ce distique gravé dans un médaillon suspendu sur la poitrine du Saint :

Oedit Ap08tolicus Princeps tibi, Paule ; vocabis Nam dextrse natus, vas, tuba clara Dco.

<r Le prince des apôtres te céda sa place à la droite, car tu t'appelles le fils de la droite, le vase d'élection, l'éclatante trompette de Dieu. »

Quoi qu'il en soit, dans Tordre de préséance, la place d'honneur étant à droite, la gauche elle-même est très-honorable, car le plus grand honneur c'est d'être rapproché du trône. Dans un ordre d'idées très-différent, bien qu'il parte d'an principe commun, la gauche et la droite se présentent non pins comme une qnestion de plus ou de moins, mais comme ayant entre elles une opposition radicale : à la droite le 'bien, à la gauche le mal ; d'un côté l'élection, de l'autre la réprobation.

Bien de plus distinct, d'ailleurs, que ces deux ordres d'idées : le plus ou moins d'honneur accordé à ceux qui se tiennent attachés au centre d'unité ; l'opposition entre ceux qui s'y attachent et ceux qui s'en éloignent. L'on vient par la droite, l'on s'en va par la gauche ; le bon larron se retourne vers Jésus à droite, le mauvais s'en détourne à gauche ; l'Église vient à droite, la synagogue s'en va à gauche ; les élus sont appelés à droite, les réprouvés sont repoussés à gauche.

Quant à la distinction des deux ordres d'idées, on n'est pas assuré de n'avoir jamais à demeurer indécis, si on observe ; mais il est toujours facile, si l'on exécute, de s'exprimer avec une clarté qui ne laisse pas d'incertitude, car il suffit de la plus légère inflexion dans un geste qui repousse ou dans une tête qui se détourne pour avertir l'observateur.

La dignité relative des personnages, leur importance proportionnelle, ou seulement l'importance accidentelle de leur rôle, a été souvent exprimée en iconographie par la supériorité ou l'infériorité des proportions. Quand on y a attaché un sens, ce n'est pas toujours l'infériorité du rang que l'on a voulu exprimer par les figures les plus petites, mais c'est l'objet principal de la représentation que l'on a voulu mettre en saillie par la supériorité des dimensions.

Ce procédé a été réputé barbare depuis qu'on a prétendu tout représenter par l'imitation de la nature, même les idées, c'est-à-dire tout ce qu'il y a de plus invisible naturellement. Comment disconvenir, cependant, qu'on ne saurait, privé de ce moyen, dire tout ce qui peut clairement s'exprimer avec son aide ? Nous ne condamnerions donc pas l'artiste qui, l'employant avec sobriété, introduirait ainsi l'expression d'une forte idée de plus dans une composition symbolique.

Le nombre des personnes et des choses revient souvent dans l'iconographie comme un moyen facile de dire qui elles sont ; nous n'en parlerons ici que d'une manière générale, et autant que ce nombre peut avoir une signification.

L'unité par excellence appartient à Dieu. Jointe à l'élévation dans nne position centrale, on peut la considérer comme lui étant propre à luimême ou a ceux qui ont dea titres particuliers pour ctre ses représentants avec un caractère d'excellence: saint Pierre, le chefdel'fcgli.se; saint Michel, le chef de la milice céleste; la sainte Vierge bénie entre toutes les femmes, l'Église personnifiée.

Le nombre deux est particulier aux Princes des Apôtres, saint Pierre et saint Paul. Appliqué à des Anges, il met sur la voie pour faire reconnaître saint Michel et saint Gabriel. Un troisième Ange, et l'on reconnaît facilement saint Raphaël.

Le nombre trois est le nombre par excellence, le nombre de la sainte . Trinité. Appliqué à des Apôtres, lorsqu'il s'agît de l'histoire évangélique, 11 sert à désigner saint Pierre, saint Jacques et saint Jean. Il est le nombre des Vertus théologales.

La Vierge aux sept colombes. (MinUtnre du xv» siècle.)

L'on compte quatre Évangélistes , quatre fleuves dans le Paradis terrestre, quatre grands Prophètes, quatre Docteurs de l'Église, quatre Vertus cardinales. Le nombre trois étant le nombre divin , le nombre quatre est celui des choses terrestres.

Le nombre cinq est celui des vierges sages; le nombre six, celui des urnes aux noces de Caua, celui des ailes des Séraphins dans la vision d'Isaîe.

Dans le langage des livres sacrés, le nombre sept est l'un des plus employés, des plus mystérieux. Il doit son importance à ce qu'il contient le nombre trois et le nombre quatre, c'est-à-dire le nombre pair et le nombre impair parfaits, et h l'idée d'universalité qui s'y attache en conséquence. H est le nombre des dons du Saint-Esprit représentés par autant de colombes dans la miniature que nous reproduisons. Sept corbeilles rappellent la multiplication des pains dans un certain nombre de monuments primitifs. Les sept jours de la création, les sept candélabres, les sept étoiles, les sept églises de l'Apocalypse , les sept Anges dont parle l'archange Baphaël, les sept disciples présents lors de l'apparition du Christ ressuscité sur les bords du lac de Génésareth, ont été quelquefois représentés en des temps divers et peuvent toujours l'être. Le nombre sept le serait plus souvent, si ce n'était les difficultés d'agencement des nombres impairs dans la disposition symétrique, quand le milieu est déjà occupé.

Autel de Saint-Victor, à Marseille. (Ensemble restitué.)

Le nombre huit est celui des membres de la famille de Noë sauvé du déluge, celui des béatitudes ; son importance tient surtout à ses rapports avec le nombre sept, comme exprimant un retour périodique ou rhythmique , au même temps , à la même mesure , quand on compte , par exemple, huit jours dans la semaine et un octave dans la musique.

Le nombre neuf est celui des chœurs angéliques auquel il convient spécialement comme cube du nombre trois. Le nombre dix est celui des dix vierges , cinq sages et cinq folles ; le nombre onze, celui des Apôtres , après la mort de Judas jusqu'à l'élection de saint Mathias.

Le nombre douze, formé du nombre trois et du nombre quatre par voie de multiplication, à la différence du nombre sept, qui en est formé par voie d'addition, partage avec ce nombre la signification d'universalité. Il est le nombre des douze tribus et des douze Apôtres. Douze brebis , douze colombes, comme on les voyait sur l'antique autel de Marseille, se rapportent à l'une et à l'autre de ces significations, et représentent l'universalité du peuple de Dieu.

Nous ne parlerons plus ensuite que du nombre vingt-quatre, nombre des vieillards de l'Apocalypse, et du nombre quarante, nombre de divers groupes de martyrs, en tête desquels viennent les martyrs de Sébaste. Des nombres plus élevés seraient en iconographie d'un agencement impossible.

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