LE SAINT-ESPRIT
ans la plupart des compositions dont il a été précédemment parlé, où l'on rencontre le Saint-Esprit, il est représenté sous la figure ordi-
naire de la colombe. Ce mode de représentation ne peut souffrir l'ombre de difficulté, la troisième personne de la sainte Trinité s'étaut véritablement manifestée sons cette forme. Cest une question susceptible d'être controversée, an contraire, que do savoir jusqu'à, quel point le Saint- Esprit peut légitimement être représenté sous une figure humaine. Poser la question en ces. termes, c'est annoncer que la solution doit se trouver entre les extrêmes, et que les figures humaines du Saint-Esprit ne doivent être ni interdites d'une manière absolue, ni autorisées sans restriction. On se fonde, en effet, sur l'apparition à Abraham des trois Anges représentant les trois personnes divines, pour croire qu'elles peuvent êtro représentées par trois figures humaines semblables ; et après la . décision de Benoit XIV, il ne serait plus permis, s'il l'a jamais été, d'imiter les exemples, — que l'on peut , il est vrai, citer en assez grand nombre , — où le Saint-Esprit a été isolément représenté en homme.
Trinité 6. figures humaines, dissemblable. (Miniature du XV* siècle.)
Que dire des compositions où le Saint-Esprit est représenté en homme, conjointement avec les deux antres personnes divines , mais non pas avec nne figure semblable? Ceci devait arriver lorsque le type de l'Ancien des jours a. prévalu pour le Père, ce type ne 'convenant qn'à loi senl. Aptes avoir admis qu'accompagné du Père et du Fils, le Saint-Eprit peut légitimement être représenté sons figure humaine, on ne doit pas, sans doute,
être strict jusqu'à disputer sur les nuances que l'on peut établir entre eux quant aux modifications de l'âge ; mais il ne faut pas oublier que les trois personnes divines sont aussi anciennes l'une que l'autre ; et dès que les prétentions à marquer leur distinction par de semblables moyens deviennent trop accusées, elles doivent avertir de ne pas aller trop loin en , des mystères où tout ce qui peut être mis sous les yeux est d'une impuissance radicale pour rendre la vérité. A la rigueur, la distinction des traits, telle qu'elle est accusée dans la miniature du xt* siècle , reproduite h la page précédente, peut passer ; mais ces sortes de monuments n'ont aucune» autorité, et celui-ci en a d'autant moins qu'il est tout à mit in-
Trinité couronnant la sainte Vierge. (XV* siècle.) Scolptore de Verrières.
justifiable sur un antre point. On ne saurait admettre, en effet, que la colombe plane, comme dans cette miniature, au-dessus de la figure bu~ maine du Saint-Esprit, car, étant accoutumé avoir la colombe le représenter pleinement, il semblerait qu'on a voulu mettre en scène quatre personnes an lieu de trois. Placée plus secondairement sur la main de la figure humaine, comme dans une sculpture de l'église de Verrières (dépar-
tement de l'Aube), que nous reproduisons également, elle ne peut plus, an contraire, induire en erreur ; et cette composition est d'autant plus admissible que les trois personnes, semblables de traits, ne diffèrent que par leurs attributs.
En résumé, c'est le mot de tolérance qu'il faut appliqner aux figures humaines du Saint-Esprit, dans les conditions même les plus acceptables, des lors que le Père prend celle de l'Ancien des jours. Nous pensons, au contraire, qu'en toutes circonstances, la figure de la colombe peut suffire à tous les besoins de l'art pour représenter l'Esprit divin.
dilatfe. (xm siècle.)
La colombe céleste doit être, dans ses formes, immatérialisée, autant que possible. Sa couleur propre est le blanc; mais son plumage peut s'iriser de toutes les douces nuances susceptibles de se réfléchir dans les vaporeuses régions de l'air ; il est essentiel de ne le représenter jamais sans l'accompagner d'un rayonnement lumineux , d'une auréole , d'un nimbe ou de quelque autre signe d'égale valeur. Souvent on l'a plongé au milieu d'un puissant jet de lumière, qui vient de Dieu le Père, apparaissant en personne ou rappelé par ce signe même ; ou bien c'est du bec de la divine colombe qne jaillissent la lumière et les flammes.
L'Esprit de Dieu est un esprit qui se dilate, qui se répand ; il em-
brasse tout , il contient tout ; il semble qne Ton ait voulu exprimer cotte pensée dans un diptyque du Vatican, auquel nous avons emprunté la Descente du Saint-Esprit de la page précédente.
Le Saint-Esprit , planant sur les Apôtres sous figure de colombe, y apparaît comme une large forme éthérée et d'une dimension bien supérieure à celle de l'innocent animal dont il emprunte la figure plutôt qn'il n'en prend le corps. Nous connaissons d'autres exemples plus ou moins analogues.
Dans la Descente du Saint-Esprit du Bénédictionnaire de Saint-Œthelwold, dont nous reproduisons la partie supérieure, la colombe a été de
Saint-Esprit en colombe répandant des flammes, (z* siècle.)
même agrandie proportionnellement bien au delà de ses proportions naturelles ; mais ce qui la rend surtout remarquable, ce sont les puissants jets de flammes qu'elle répand sur les Apôtres.
La troisième personne de la sainte Trinité est pins particulièrement Esprit, Spiritus, c'est-à-dire souffle. Lorsque le Saint-Esprit descendit but les Apôtres, son action se fit d'abord sentir au moyen d'un vent, c'est-àdire encore d'un souffle impétueux , et des langues de flammes se reposèrent sur la tête de chacun des assistants.
Le baptême de Notre- Seigneur est la seule des circonstances où, d'après
la sainte Ecriture, l'Esprit divin s'est servi de la figure visible d'une colombe pour se manifester. Par une extension légitime, on applique cette image à la représentation de tous les mystères qui se rattachent principalement aux opérations de l'Esprit sanctificateur. Elle est la seule qui puisse, en effet, rendre convenablement l'idée du Saint-Esprit par une figure visible, vivante et animée, par une figure qui réponde aux caractères de sa personne sacrée, autant que nous pouvons les concevoir et les exprimer. On ne le représente plus en personne ; mais on exprime son action et sa présence par les effets de ce vent impétueux qui se fit d'abord sentir au moment où il descendit sur les Apôtres. Le vent peut se rendre en peinture, au moyen de l'agitation qu'il produit : ce moyen, le seul qui soit conforme aux procédés de l'imitation naturelle, a été inusité jusqu'à Raphaël, qui l'a employé ; mais il en existait un autre très-usuel de tout temps dans les représentations profanes, quand on a voulu figurer les vents allégoriquement: on s'est servi de ces lignes divergentes qui partent de la bouche des vents personnifiés. Supprimez la personnification mythologique, vous n'en avez pas moins un moyen d'exprimer le souffle, et par conséquent au moral, l'inspiration. Ces rayons, dans beaucoup d'anciens monuments, se changent en bandes plus ou moins ornées, et cette transformation pourrait encore être admissible dans des compositions d'un caractère très-ornemental, comme des tapisseries, des broderies de vêtements sacerdotaux, des vitraux même» Hors de là on se contentera de rayons lumineux ou enflammés : ils nous ramènent aux langues de flammes, dont l'usage se justifie de luimême. Toutes ces combinaisons peuvent s'associer avec la figure de la colombe; elles peuvent aussi s'en passer, quand l'intention d'exprimer l'action du Saint-Esprit est d'ailleurs rendue suffisamment claire.
Après l'Annonciation, le baptême de Notre-Seigneur et la fête de la Pentecôte, on ne voit pas d'autres faits où il y ait des motifs aussi directs de faire intervenir le Saint-Esprit; mais à ces mystères se rattachent toutes les compositions où l'on exprime la pensée plus générale des rapports du Saint-Esprit avec les autres- personnes divines , avec là sainte Vierge et avec 1 Eglise, et cette pensée peut s'étendre et s'appliquer à tous les autres mystères où se rencontrent les mêmes rapports. Le Saint-Esprit suspendu an-dessus de l'Enfant Jésus ou de la sainte Vierge rappellera l'Annonciation; suspendu au-dessus de l'Eglise ou de ses ministres, il rappellera que l'effusion de grâces, accomplie le jour de la Pentecôte, se continue jusqu'à la consommation des siècles.
Le passage de la Genèse où l'Esprit-Saint, au commencement de la création, est représenté comme ayant exercé sur les eaux une sorte d'incubation, et Spiritus Dei ferebatur super aqtiaê, a donné lieu lui-même à de fréquentes représentations du Saint-Esprit. Les plus convenables sont celles ou la céleste colombe plane aa-dessns des eaux.
On distingue le Saint-Esprit lui-même des dons qu'il répand dans les âmes. Les sept dons du Saint-Esprit sont susceptibles, comme l'Esprit-Saint en personne, d'être représentés par autant de colombes; leur nombre seul suffit pour établir la distinction entre la personne divine et les effets sumatn-
Lee rept Dons dn Saint-Esprit.
rels qu'il lui appartient de répandre. Nousavons vu(n° 24) les sept colombes accompagnant la Vierge-Mère ; voici une miniature du psautier de saint Louis où elles viennent reposer sur le Christ représenté dans le sentiment de sa gloire et de sa puissance.
Tons les chrétiens reçoivent en principe les sept dons du Saint-Esprit parle sacrement de Confirmation ; mais on ne se sert des représentations dont nous parlons que pour exprimer la plénitude avec laquelle ils sont répandus
en Jésus, on en Marie à cause de Jésus; une grande réserve, en effet, doit être de règle dans toute représentation qui a la divinité pour objet , car alors tous les termes sont impropres et insuffisants en eux-mêmes, et l'usage seul en détermine la signification.