TYPES DU CHBIST SELON LES DONNÉES DE L'ART
Sans nous attacher, pour le moment (v. pi. vi, xxix, xxx), au Santo Volto de Lucques, et aux traditions qui l'attribuent à Nicodème, ni aux images attribuées à saint Luc, ni au groupe de Panéas, pas plus que nous l'avons fait à l'image d'Edesse, bien que les traditions relatives à ces images nous paraissent devoir être traitées sérieusement, nous croyons pouvoir affirmer qu'aux n# et IIIe siècles l'on avait à Borne des images du
Ifi6 MANUEL DE L'ART CHRÉTIEN.
Christ;; les gnostiques, an témoignage de saint Irénée, avaient la prétention d'en posséder qui auraient été, selon eux, de véritables portraits. L'on sait comment ils les associaient, et comment l'empereur Alexandre-Sévère le fit à leur exemple , aux images de divers grands hommes dans une sorte de culte humanitaire. Bottari en conclut que, à bien plus forte raison, cet usage de conserver avec vénération l'image de « Jésus-Christ était observé parmi les bons catholiques ».
Les premiers chrétiens avaient des images du Sauveur; mais toutes ces images ne prétendaient pas également à l'exacte reproduction de ses traits. Trois circonstances se présentent comme ayant dû influer particulièrement jusqu'au V0 siècle sur la direction qui fut donnée à son type : la disposition à représenter les faits plutôt que les personnes , l'emploi symbolique des figures imberbes , les influences de l'art païen tendant à transporter à ce vrai Dieu fait homme les moyens d'exprimer la majesté , employés pour les fausses divinités. De là il résulte que le type historique de Notre-Seigneur, alors même que l'intention de le lui attribuer devient manifeste , ne conserve pas toute la pureté que l'on voudrait y rencontrer. Viennent ensuite les formes trop compassées du style byzantin, la dureté qui en résulte en des mains mal habiles. Les données historiques se réduisent alors à la forme des cheveux et de la barbe, cheveux longs et partagés, barbe elle-même partagée ; il est clair cependant que l'on a agi sous l'impression des données en question, dès lors que ces conditions sont observées. Il est arrivé même, avec le temps, que dans1 un très-grand nombre de cas, le plus grand nombre peut-être, ces conditions n'ont été observées qu'en partie , sans qu'on ait cessé d'obéir au mouvement traditionnel. Un simple trait indiquant le partage des cheveux, par exemple , en sera le seul débris et suffira pour en faire reconnaître les traces , bien moins sensibles qu'elles ne le sont dans la peinture grecque moderne que nous en donnons pour exemple à la page suivante. D'ailleurs les déviations se font graduellement, et l'on reconnaîtra que les plus éloignés de la souche peuvent y remonter par voie de filiation, si Ton observe toute la série des intermédiaires.
En regard de ces divergences, il est toujours quelques œuvres supérieures, où le type de Notre-Seigneur se maintient dans un plus grand état de pureté , jusqu'au moment où il se relève par le double effet du progrès de l'art, dans le sens de ses développements modernes, prélude de 1a renaissance et aussi du mysticisme, qui, par ses aspirations élevées, en
contrebalance les tendances, dès lors trop naturalistes. Ce résultat se fait apercevoir an irv* siècle , il est complet au XVe. Alors, par l'assouplissement des lignes, par la régularité du dessin, par le sentiment de la beauté plastique joints à l'élévation de l'âme, on arrive aux meilleurs modèles de notre type sacré que nous paissions proposer à l'imitation. Tel
Fresque de Salamine.
est le buste en terre cuite donné par M. Perret comme provenant de l'antiquité chrétienne, telles certaines têtes de Fra Angelico, do Pérugin de Raphaël. (Y. pi. xxx.)
Afin de mieux faire comprendre les moyens par lesquels, selon noria, on arrive à on pareil résultat, nous reproduisons les vignettes de trois monnaies des empereurs d'Orient, à l'effigie du Christ, et des IXe et Xe siècles. Nous n'avons pas vu les originaux ; mais, d'après ce que nous savons, en général, des œuvres da cette époque, nous nous croyons fondés à dira que le trait en est plus sec, que les chevelures surtout en sont moins ondoyantes. Ces figures ont trop de dureté ; dans les originaux, elles en ont probablement encore plus. Il y a peu de chose cependant à faire pour en tirer d'excellents modèles du type dont elles nous transmettent un
écho : prenez la meilleure, celle de Constantin Porphyrogénète, à laquelle les deux antres peuvent être, facilement ramenées en régularisant et en arrondissant leurs contours ; adoucissez sur les joues les traits qui la vieillissent elle-même, arrondissez bien légèrement un peu plus encore les
Monnaie de Baille I". (ix* siècle). Monnaie de Constantin VII. (X* siècle).
Monnaie de Jean Zïmiscès. (x' siècle.)
contours, animez le regard, vous approchez du but désiré autant peutêtre qu'il est possible de le faire ; et, comparativement aux têtes du xv* siècle dont nous venons de parler, on pourra dire que vous vous élèverez plus haut encore, car votre type aura plus d'ampleur.
Plus d'ampleur et de force, c'est bien à les obtenir qu'ont visé les grands artistes du xvi" siècle, Raphaël notamment, dans sa dernière manière. Avant eux, les artistes naturalistes du XVe avaient aussi fait en sorte d'obtenir, sinon plus d'ampleur, au moins plus de force dans leurs têtes
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de Christ. Mais la matière est si délicate que, pour obtenir un mieux véritablement désirable dans nn sens, on a de part et d'antre pins perdn dans nn antre qne gagné relativement au bnt qne l'on poursuivait. Chez Raphaël lui-même, si l'on compare le Christ de la Dispute du Saint- Sacrement avec celui do la Transfiguration (voir pi. xxrv et xxx), ce qu'il y a de plus dans celui-ci en ampleur et en puissance ne compense pas entièrement ce qu'il y avait dans le premier de majesté suave et sereine.