‹ Manuel de l'art chrétienChapitre 49 sur 157 · VÊTEMENTS , ATTRIBUTS ET EMBLÈMES DU CHRIST · texte numérisé non relu

VÊTEMENTS , ATTRIBUTS ET EMBLÈMES DU CHRIST

NOTRE-Seigneub Jésus-Christ s'est toujours montré parfait en toutes choses, avec le mode de perfection le mieux approprié à chacune des situations où il lui a plu de se trouver. Il n'a pas eu alors la perfection seulement qui convient à un Dieu, mais plus spécialement la perfection qui convient à un homme, eu égard au milieu social où il se trouve et au rôle qu'il doit y remplir.

De race royale, mais pauvre, vivant obscurément jusqu'au jour où il se fit connaître par ses prédications et ses miracles, il devait avoir dans tout son extérieur autant de noblesse que de simplicité, et le peintre appelé à le représenter doit éviter la singularité autant que la recherche. Quant à la forme de ses vêtements, il suffit de lui appliquer la manière de se vêtir qui, dans sa simplicité primitive, réunit le mieux les conditions du goût et de la noblesse, par l'emploi de la tunique et du manteau.

Il y a des teintures si usuelles qu'il ne saurait s'y attacher aucune idée de luxe. Que le Sauveur cependant n'ait jamais porté que des tissus de laine laissés dans leur teinte naturelle : cette supposition sourit à la pensée chrétienne ; qu'il l'ait pu faire sans se singulariser : tout ce que l'on sait des usages juifs à cette époque autorise à le croire. Dans ces conditions, il aurait pu adopter le brun ; mais il y a de plus fortes raisons en faveur du blanc mat.

Quoi qu'il en soit, dans l'art chrétien l'usage s'est généralement répandu de colorer de diverses nuances les vêtements de Notre- Seigneur sans qu'on y voie d'autres motifs que le côté décoratif de la pointure. Ces

motifs, (Tailleurs, nous paraissent suffisants ; mais , pour éviter tonte bigarure , on fera bien de s'en tenir à la tuniqne ronge et an manteau bien, qui , en dernier lien , ont plus habituellement prévalu. Cette pratique n'exclura pas les couleurs de circonstance : le blanc éclatant de la neige dans la Transfiguration, le manteau de pourpre dans la Passion. Après la Résurrection, le blanc broché d'or nous paraît le plus convenable. Alors souvent , au lieu de la tunique et du manteau, on a revêtu le Christ d'une ample pièce d'étoffe qui , laissant une partie du corps nue, semble être une réminiscence de son linceul, linceul orné et transformé en un vêtement de gloire. Quelquefois on lui a attribué alors un véritable manteau, agrafé sous forme de chlamyde, qui, plus directement encore, exprime Vidée d'un vêtement glorieux. Nous ne voyons pas de raison pour exclure ces différentes formes de vêtements, soit qu'on représente Notre- Seigneur dans les diverses manifestations qui suivirent sa résurrection, soit qu'on le fasse apparaître régnant dans les cieux, ou revenant vers la terre comme souverain juge.

A lui tout pouvoir, tout honneur ; toute créature doit fléchir le genou devant lui, au ciel, sur la terre et dans les enfers. En conséquence, les insignes de toutes les plus hautes dignités religieuses et sociales lui appartiennent en propre, et peuvent lui être données comme attributs. Les principaux et les types de tous ces insignes sont la couronne, le sceptre et le manteau royal. La couronne peut prendre sur sa tête la forme de tiare. Cet insigne, cependant, appartient plus particulièrement à Dieu le Père, quand on veut insister sur la distinction des personnes, par la raison qu'il s'applique à la plénitude de juridiction, et non à l'office de sacrificateur, qui est propre au Fils. L'application qu'on peut faire à Notre-Seigneur de tous les ornements sacerdotaux ne souffre, d'ailleurs, aucune restriction.

Au lieu du sceptre, on mettra très-convenablement entre ses mains le globe : telle est la pratique iconographique; cet attribut est cependant aussi de ceux qui sont préférablement réservés à Dieu le Père. La croix au contraire, portée en guise de sceptre, semble tellement propre au Fils, qu'on ne peut expliquer ou du moins justifier que par des circonstances exceptionnelles l'attribution qui a pu en être faite à la première personne de la très-sainte Trinité.

Le sceptre porté par le Christ dans un grand nombre de monuments primitifs n'est qu'un simple bâton, ou plutôt alors Notre-Seigneur a repris entre ses mains la verge, qui n'appartenait à Moïse qu'à titre de déléga-

tion. Far an effet contraire et correspondant, entre les mains de Moïse la verge, quelquefois, s'est transformée en croix, et nous en donnonsun exemple d'après une miniature du Vatican. C'est aussi seulement à ce titre de délégation qne le livre de l'Évangile est devenu l'attribut des Apôtres, et le livre en général , l'attribut de divers antres Saints, car en principe le divin Sauveur a seul on droit absolu à le porter.

Verge de Moïse CD forme de Croîs.

Après les insignes qui servent à caractériser l'Homme-Dieu, viennent, dans nn ordre d'idées voisin, les emblèmes qui peuvent servir à le représenter. Lie livre lui-même peut devenir jusqu'à un certain point un emblème de cette sorte. Mais il est juste d'attacher nne bien plus grande importance aux emblèmes vivants.

L'emblème par excellance du Sauveur, c'est l'agneau. L'agnean a servi et il a droit de servir à le personnifier. L'agneau pascal était sa figure; Isaïe l'a comparé à un agneau, saint Jean-Baptiste l'a désigné sous ce nom ; dans l'Apocalypse, il apparaît sous cette figure; l'Église l'invoque expressément sous le nom d'Agneau de Dieu. Ce mode de représentation était en pleine vigueur au iv* siècle ; de nombreux sarcophages et le

témoignage de saint Panlin viennent l'attester; Bouvent alors l'Agneau divin s'élève sur la montagne d'où coulent les quatre fleuves, symboles des Évangélistes; sa tête est surmontée d'une croix ou du Chrùme <!<, ou très-promptement elle est nimbée ; vers loi s'approchent des brebis portées au nombre de douze, quand l'espace le permet, association qui rappelle ces mots de la prose pascale : Agnas redemit oves.

C'est, en effet, toujours l'idée de victime qui domine dans la figure de l'Agneau; mais cette victime a triomphé parla vertu même de son sacrifice; elle a été immolée, mais c'est vivante qu'elle dispense les fruits de sa mort. Comme victime triomphante, l'Agneau est représenté debout, et

Agneau triomphant, Musée de Clnny. (xnr« siècle.)

c'est avec cette pensée que plus tard on lui a donné à soutenir une croix pavoisée. L'exemple que nous en donnons est du xni* siècle et emprunté a une couverture d'évangéliaire en cuivre ciselé et découpé & jour, où le divin Agneau est entouré des quatre fleuves personnifiés. L'idée plus spéciale de l'efficacité de son caractère de victime et du prix de son sang se manifeste quand, ouvrant le côté de l'Agneau, on en fait jaillir dans un calice ce sang régénérateur.

L'emblème du poisson, pendant les trois on quatre premiers siècles de l'Église, a été appliqué à Notre -Seigneur Jésus-Christ aussi généralement que celui de l'Agneau a pu l'être depuis : l'on sait que cet usage repose

principalement sur le célèbre acrostiche, au moyen duquel les premiers chrétiens avaient sn trouver dans le mot grec lxQv$, poisson, les premières lettres de ces mots : Haovç Xpujtoç ©eoti Yià; Sanijp , « Jésus-Christ Fils de Dieu, Sauveur». Le poisson devint ainsi un signe mystérieux, une teasère où les fidèles lisaient un abrégé de leurs croyances, un signe qui leur servait à se reconnaître, sans les exposer aux interprétations ridicules ou impies des païens, et qui par conséquent leur fut moins utile quand l'Eglise eut conquis sa liberté sous Constantin, si bien qu'il cessa en effet graduellement d'être usité bientôt après.

Juda est comparé à un lion dans la prophétie de Jacob, et le Christ dans l'Apocalypse est appelé le lion de la tribu de Juda : il est lion en effet, par sa royauté, par son indomptable courage, par sa résurrection victorieuse. Au moyen âge, on avait trouvé dans l'histoire fabuleuse du lion ressuscitant de son souffle, selon les Bestiaires, ses propres lionceaux, après les avoir mis à mort, un motif de plus pour représenter Notre- Seigneur sous figure de lion ; mais ces représentations ne seraient plus guère comprises aujourd'hui, et nous ne voyons pas de motifs suffisants pour les faire revivre.

Le pélican, plus encore que le lion, doit à son histoire fabuleuse le rôle qu'il joue dans l'iconographie chrétienne; néanmoins, comme son usage n'a pas cessé, qu'il est consacré par une hymne de l'Église, et toujours compris, sinon selon sa signification primitive, du moins dans un sens très-acceptable, il nous paraît convenable de le maintenir et de l'encourager.

Plus anciennement, le phénix avait pu, en certains cas, être considéré comme représentant le Sauveur ressuscité; il avait cessé d'être usité dans ce sens quand l'emblème du pélican devint en faveur. Ces deux oiseaux symboliques se rapportent à deux phases différentes de l'iconographie chrétienne : le premier à des idées de triomphe, le second à des affections attendrissantes. Pour nous qui cherchons à faire revivre des autres époques tout ce qui peut s'adapter aux besoins de la nôtre, nous ne voyons pas pourquoi ces deux emblèmes ne pourraient être employés aujourd'hui, chacun avec le sens et la physionomie qui lui sont propres ; nous ajouterons seulement à ce propos qu'aucun animal réel ne rendrait suffisamment par ses formes l'idée qu'on doit se faire de ces deux merveilleux oiseaux. En se rapportant aux meilleurs modèles, le phénix tiendra du faisan, mais il dressera avec plus de noblesse sa tête surmontée d'une aigrette, et pour la

couleur, il sera d'an blanc vivement irisé. Le pélican blanc aussi, mais plutôt d'un blanc de neige, tiendra du cygne ; mais il en différera par des lignes plus fermes, par la forme de son bec modérément allongé.

La nature entière est faite pour exprimer en détail toutes les perfections de Dieu. Bien n'est fait , même de main d'homme, qui ne puisse tendre à ce but, car l'homme ne fait rien qui ne soit la mise en œuvre des propriétés que Dieu a placées dans ses créatures, au moyen des facultés qu'il lui a données ; et tous les titres accumulés dans les vers suivants, que l'on a cru de saint Damase, mais qui sont probablement plus anciens que lui, peuvent être toujours donnés à Notre-Seigneur :

Spes, via, vita, salas, ratio, sapientia, lumen,

Judex, porta, gigas, rex, gemma, prophète, sacerdos,

Messias, Zeboot, Rabbi, sponsus, mediator,

Virga, columna, manus, petra, filius Emmanuelque,

Vinea, pastor, ovis, pax, radix, vitis, oliva,

Fons, paries, agnus, vitulus, leo, propitiator,

Verbum, homo, rete, lapis, domus, omnis Christus Jésus.

L'on distinguera facilement parmi ces figures celles qui peuvent être l'objet d'une représentation iconographique.

Notre-Seigneur peut encore être représenté au moyen d'hommes historiques qui, dans la sainte Ecriture, sont donnés comme étant sa figure : tels Isaac, Samson, David, Daniel, ou des personnages fictifs auxquels il s'est lui-même comparé comme le bon Pasteur, ou même des personnages mythologiques qui ont été seulement considérés par les chrétiens comme pouvant utilement lui servir de termes de comparaison : tels sont Ulysse, Orphée.

On doit distinguer ces personnages figuratifs selon les conditions où ils sont représentés, de manière à s'identifier plus ou moins avec le Christ figuré, et à perdre ainsi en tout ou en partie de leur propre personnalité, ou seulement à titre d'allusion, comme exprimant des pensées et des faits qui leur demeurent personnels, mais qui, pris dans toute l'étendue de leur signification, ne peuvent s'entendre que du Dieu Sauveur. C'est à Daniel, parmi les personnages de l'Écriture sainte, à Orphée, parmi les personnages mythologiques, que l'on a le plus directement appliqué le premier mode de représentation. Mais il y a cette différence que le personnage mjlhologique n'a été que rarement, et pendant une courte période des premiers siècles, représenté de la sorte dans les Catacombes ; tandis que les figures du Prophète demeuré sain et sauf dans la fosse aux lions ,

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très-multipliées à la même époque, usitées encore au moyen âge, pourraient convenablement être encore employées pour figurer le Vainqueur de la mort et de l'enfer, sans choquer aucune habitude ni aucune vraisemblance.

La situation précaire de l'art chrétien, à ses débuts, lui faisait une loi d'aimer les voiles. Aussi, pour représenter son divin héros , s'empara-t-il avec bonheur de la touchante image du bon Pasteur , sous laquelle le Sauveur s'est lui-même représenté dans la parabole de l'Evangile. Néanmoins, bien que, dans l'art chrétien primitif, il occupe la pensée tout entière quand on représente le bon Pasteur, on remarquera qu'alors il a été figuré, mais non pas représenté au point d'apparaître sous des traits et avec des attributs qui lui soient propres, quoiqu'on accorde le plus souvent à la figure la place d'honneur due au divin original (voir pi. n, m). C'est tout au plus si, quelquefois, on peut soupçonner dans ces ûnages l'intention de rappeler les traits du Christ. Cette intention, dans tous les cas, n'est jamais évidente; et il faut descendre jusqu'aux temps modernes, bien près de notre époque , pour trouver Jésus lui-même tel que nous sommes accoutumés à le reconnaître en personne, remplissant l'office de la plus grande charité à l'égard de la brebis perdue. Alors on ne voit plus seulement un pasteur qui rappelle Jésus, mais Jésus remplissant l'office du plus doux et du plus dévoué des pasteurs.

DE L'ENFANT JJÊSUS.

IL est dans l'ordre que l'enfant ne soit pas séparé de sa mère ; et il ne paraît point, en effet, que Jésus l'ait été de Marie avant l'âge de douze ans. C'est pourquoi, dans l'art chrétien, le cycle de l'enfance de Jésus appartient à l'histoire de Marie plus encore, en quelque sorte, qu'à Jésus lui-même. Cependant, eu égard à l'ordre des représentations personnelles au divin Sauveur et aux motifs qui peuvent se rencontrer de le représenter isolément dans son premier âge, nous dirons, dès à présent, quelque chose de l'Enfant Jésus ; mais ce ne sera qu'une ébauche destinée à se compléter par V étude que nous consacrerons spécialement à la Vierge Mère.

On a figuré l'Enfant Jésus dans Fart chrétien tonr à tour selon un type de simplicité, de dignité ou de grâce. Ce n'est pas trop pour représenter dignement l'Enfant divin que de réunir toutes ces qualités. En Jésus, la simplicité nous rappelle qu'il est homme ; que la dignité nous dise qu'il est Dieu, et qu'une grâce attrayante nous invite à nous approcher de ce divin Emmanuel.

Le mélange des différentes qualités demandées dans l'Enfant Jésus ne doit pas être tel, cependant, qu'une de ses qualités ne puisse être développée préférablement aux autres, selon la nature du sujet, selon le tour de la composition. Elles le pourront être aussi selon le génie propre de l'artiste , mais de telle sorte que chacune d'elles se serve des deux autres comme de deux ailes pour se soutenir.

L'enfance de Jésus comprend tout l'espace de temps qui s'est écoulé depuis sa naissance jusqu'à sa dispute dans le Temple avec les Docteurs. Souvent, dans les circonstances même qui se rapportent à ce premier âge, où l'on est incapable de se soutenir par soi-même et de manifester aucun sentiment, on l'a grandi de taille et avancé hors de la proportion commune dans tous les genres de développements et physiques et moraux : c'est là un moyen d'exprimer sa dignité. En réalité, on ne peut douter que l'humanité sainte du Fils de Dieu n'ait été investie, dès le premier moment de son Incarnation, de la plénitude des dons de l'intelligence; mais, quant au mode de production et au tour qu'elles ont pris, il n'en est pas moins vrai que ses pensées et ses affections se sont proportionnées aux conditions naturelles de sa croissance. L'art n'est pas absolument incapable de saisir et de rendre dans l'Enfant Jésus quelques-unes des phases le mieux dessinées qu'amène le progrès des années.

L'enfant qui vient de naître est un pauvre petit être' faible, inerte et dénué, qui ne paraît avoir que des sensations, pas d'idées : montrer Jésus en cet état, c'est le faire envisager dans toute la profondeur de son abaissement. Mais aussitôt une autre réflexion doit surgir : Jésus ne s'est abaissé ainsi que pour se donner à nous ; si nous le voulons, nous n'avons qu'à le prendre ; et, au moyen de tout ce qu'il possède, nous suppléerons à tout ce qui nous manque (voir pi. xrx).

Dans l'art, on exprime les choses invisibles par des signes et par des symboles : un nimbe crucifère, une lumière rayonnante diront suffisamment que ce petit enfant est Dieu ; et par ce seul contraste, enfant et Dieu, tout est dit. Que l'Enfant divin se montre comme physiquement incapable

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d'aucun geste significatif, soit que ses tendres bras se trouvent eux-mêmes serrés dans l'enveloppe de ses langes, soit qu'ils tombent inactifs sur ses côtés ; que son regard abaissé n'exprime même en lui que le recueillement et la paix ; mais cette paix, la sérénité de son âme, l'abandon avec lequel il se donne à nous se traduiront par la souplesse des contours et la régularité des traits. Cet enfant, qui, naturellement, n'est pas encore en âge de sourire, pourrait pleurer ; mais si vous faites pleurer l'Enfant Jésus, que ce soit avec de douces larmes, qui, n'altérant en rien la suavité de son visage, y ajoutent un charme de plus par le contraste.

On peut aussi admettre que, chez lui, les progrès ont été rapides, sans s'écarter des lois de leurs développements naturels, et qu'il ne fit pas attendre longtemps à Marie son premier sourire. L'Enfant sourit à sa Mère avant de lui témoigner, par aucun autre mouvement, le désir de s'attacher à elle : c'est là une nuance que l'artiste peut saisir, en dirigeant vers nous le regard de l'Enfant Jésus, avant d'imprimer à ses bras aucune direction qui nous invite à nous approcher de lui. H faut néanmoins ce mouvement des bras tournés vers nous pour mettre l'art en possession de tous ses mojens, et lui faire aborder sans difficulté un nouvel ordre de sentiments. Alors il représentera Jésus non-seulement comme s'étant donné à nous, mais comme nous invitant à entrer avec lui en des rapports de mutuelle tendresse. C'est la voie du perfectionnement et de l'épuration des affections naturelles. On peut rapporter à cette même période de développement le geste oratoire ou de la bénédiction, en lui imprimant quelque chose de si naïf qu'un petit enfant en soit physiquement capable aussitôt qu'il paraît dans ses gestes une direction réglée par ses affections; de la sorte, tout peut se concilier : le spiritualisme des hautes époques, plus enclin à représenter la divinité de Jésus, et les tendances de l'art moderne, qui cherche dans l'imitation de la nature tous ses moyens d'expression (voir la Vierge de Sainte-Marie-Majeure au Frontispice).

Jésus, en avançant en âge, s'est montré comme apprenant à parler ; il s'est mis à marcher , il s'est pris à agir ; vous le verrez prier, lire, travailler : le verrez-vous aussi jouer? On ne peut certainement, de sa part, admettre rien de capricieux ou de puéril ; mais ne peut-on pas supposer que, se trouvant avec d'autres enfants, il ait pris par condescendance quelque chose de leurs habitudes, et fait en sorte de leur donner, sops forme d'amusements, de bons exemples et d'utiles leçons ?

Saint Jean-Baptiste ne le vit probablement pour la première fois qu'au

moment où, sur les bords du Jourdain, il le proclama l'Agneau de Dieu qui venait effacer les péchés du monde. Mais nous n'interdirions pas les représentations où, par une pieuse fiction , on a fait de l'Enfant Jésus et du petit saint Jean des-compagnons d'enfance.

Si l'on admet, d'ailleurs, que tout ce qui sentie jeu doive, de la part de Jésus, se présenter sous couleur de condescendance, on le verra disparaître dès qu'il sera seul, ou qu'il n'aura pour témoins que Marie et Joseph. Alors, au contraire, rien de mieux approprié à ce que l'on peut imaginer d'un pareil intérieur , que sa participation aux soins de la maison avec sa très-sainte Mère; que de le voir, un peu plus grand, seconder saint Joseph dans les travaux de son état.

Quelquefois l'on associe l'Enfant Jésus et la croix, quelquefois en faisant que la forme de l'instrument sacré se rencontre dans l'assemblage des pièces de bois soumises au travail du divin Enfant , quelquefois plus directement parce qu'on la lui donne à porter, ou parce qu'on en fait la couche sur laquelle il s'est endormi, sans prendre garde qu'il reposait sur l'instrument de sa mort. Cette dernière image est ordinairement conçue dans un sentiment d'innocence et de paix; mais elle serait d'un caractère trop superficiel, si, faisant prévoir que Jésus souffrira pour nous, elle ne disait pas assez que dès lors dans son cœur la tendre victime a fait pour nous le sacrifice de sa vie.

Il a fallu d'ailleurs , pour mettre en vogue de pareilles associations d'idées dans l'art chrétien , que l'ascétisme ait pris tout son développement dans la phase des affections tendres et de la componction. Plus anciennement, on aurait de préférence représenté l'Enfant Jésus comme la source de toute vérité et de tout salutaire enseignement. Où trouver, en effet, une idée plus heureuse que de prendre Jésus dans la candeur de ses jeunes années, pour en faire le type accompli de renseignement évangélique ? Où recueillir à une meilleure écolo la science qui édifie et n'enfle pas? Où mieux apprendre cette simplicité d'enfant si favorable à l'extension du savoir, si nécessaire à la pureté de la doctrine, pour en être la sauvegarde ?

Nul âge ne pouvait convenir mieux que celui de douze ans, pour représenter Jésus enfant comme le prince des docteurs. C'est cet âge qu'il a choisi pour aller dans le Temple montrer la supériorité de sa sagesse et de sa science sur tous les scribes d'Israël. On a pu, en rappelant ce mystère, le faire asseoir au centre d'eux tous, souvent sur un siège plus

élevé, comme présidant l'assemblée , sans manquer à la vérité, quoique Ton s'éloigne des circonstances extérieures du fait. Alors la pensée s'étend; ce ne sont plus les docteurs de la synagogue seulement qui sont rangés autour de lui, mais quelquefois on leur substitue les vrais docteurs, c'est-à-dire , dans l'antiquité chrétienne primitive , les Apôtres ; en des temps plus rapprochés de nous, dans des compositions où l'on reconnaît bien, autour du jeune et divin docteur, les scribes de Jérusalem, ou charmés ou confondus, on a cru justement pouvoir faire aussi intervenir les quatre docteurs de l'Église,

L'Enfant Jésus dans l'hostie consacrée, (xin* siècle.)

Les représentations de l'Enfant Jésus dont nous venons de parler, celles même qui ont un caractère ou pleinement, ou partiellement symbolique , ont pour base les récits é vangéliques. On peut aussi représenter le divin Enfant dans ses rapports avec les Saints, lorsqu'il leur est apparu ; le représenter entre les bras de ceux de ces amis privilégiés auxquels il a accordé cette faveur, comme leur attribut propre. Jésus étant le divin époux des vierges , cette chaste union ne pouvait être mieux

exprimée qu'en le mettant en scène, sous figure de petit enfant. Il y a une si grande ressemblance, du moins selon notre manière de voir, entre l'état de Jésus dans le Très-Saint Sacrement, et celui où il a été aux premiers jours de sa naissance, que, pour se conformer à nos impressions, c'est principalement sous figure d'enfant qu'il est apparu, quand il lui a plu de manifester sa présence dans l'hostie consacrée. Pour exprimer sa présence réelle sous les espèces sacramentelles, l'art chrétien s'est volontiers servi et il est convenable de se servir de cette douce figure d'enfant, représentée au sein de l'hostie. Nous en donnons pour exemple une miniature du manuscrit de la bibliothèque nationale, connu sous le nom d'Emblemata biblica. Si l'on n'en jugeait que par notre vignette, il ne paraîtrait pas bien certain que la petite figure de christ représentée dans l'hostie est celle d'un enfant ; mais cette intention, mieux exprimée dans la miniature ellemême, ressort des circonstances, cette miniature étant appliquée au psaume Benedixi&ti, Domine, terrant tuam, et à ces paroles du commentaire : Psalmus ad te loquitur de primo adventu, c le psaume vous parle ici du premier avènement d.

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