DES VÊTEMENTS, DES ATTRIBUTS, DES EMBLÈMES DE MARIE
Simple et modeste en tout, Marie l'était assurément dans sa mise, mais non sans y apporter cette mesure et cette appropriation aux circon-
stances qui amènent chaque chose à sa véritable perfection ; elle atteignait en tout la beauté par la seule recherche du bien ; mais rien, chez elle, dans le seul but de se parer! Toujours humble et modeste, elle pouvait passer inaperçue au milieu des filles de Juda. Mais, aux yeux de l'artiste véritablement maître en matière de beau, rien ne vaut le drapé sans apprêt de souples vêtements de laine ajustés avec un soin conforme à leur des* tination. Une longue tunique liée sur les reins par une modeste ceinture,
un manteau assez ample pour envelopper le corps et retomber en larges plis , sans embarrasser les mouvements, sans faire disparaître les formes et affecter un air de luxe en dépassant le besoin, tels seront toujours les vêtements les mieux appropriés à Marie.
Quant à la couleur de ces vêtements, on peut leur appliquer à peu près ce que nous avons dit des vêtements du Sauveur. Ceux-ci , dans certaines circonstances, ont pris l'éclat de la blancheur ; il est des circonstances propres à Marie où il convient d'en appliquer aux siens la pureté, en l'associant au bleu céleste, lorsque, par exemple, on représente sa conception immaculée. On se souviendra qu'à Lourdes, elle est apparue vêtue de blanc, avec une large ceinture bleue. Les motifs aussi ne manquent pas aux artistes pour qu'ils puissent se croire autorisés à vêtir richement la Reine des Anges et des Vierges, lorsqu'ils sont appelés à mettre en relief sa dignité.
Il est dans l'ordre que le ton s'élève quand la Mère de Dieu est affranchie des liens terrestres ; et le seul fait de la représenter avec son divin Fils dans les bras n'implique nullement l'obligation de la supposer encore habitante de Nazareth ou voyageuse à Bethléem et en Egypte : elle est au ciel, et nous la mettons sur nos autels ; son Fils est notre Dieu, notre Roi, non plus ignoré, mais solennellement reconnu ; et cette représentation est idéale, dans ce sens qu'une pareille reconnaissance n'a pas eu lieu , tandis qu'elle le portait effectivement, petit enfant, sur son sein. Alors même, toutefois, nous rappellerons qu'il y a dans une attitude où l'aisance et la douceur s'unissent à la noblesse du maintien, au milieu des grandeurs comme au sein des abaissements, plus de majesté que ne peuvent jamais en prêter l'éclat des insignes et les richesses des vêtements.
H importe, à notre avis, que la tête de Marie soit toujours couverte d'un voile et ses pieds toujours chaussés, s'ils ne sont abrités de longs vêtements. On ne peut pas dire que ni l'une ni l'autre règle aient été d'un usage toujours constant et universel ; mais, assurément, il vaut mieux,
quant au voile, prendre le signe connn de la modestie pour la femme, dans saint Paul et dans les usages de l'Église romaine que dans la pratique d'aucun peuple particulier et d'aucune école artistique. La nudité des pieds souffre encore moins de discussion ; les exemples en sont rares à partir du moment où le langage iconographique s'est fixé dans lart chrétien jusqu'à l'époque où Ton était venu à en perdre le sens. Cest faute de l'avoir connu que beaucoup d'artistes bien intentionnés ont encore, de nos jours, donné des exemples contraires. Chez Celle que l'on appelle, avec tant de raison, un «jardin fermé », on ne doit rien laisser à découvert de ses chairs virginales que ce qui strictement a besoin de l'être : le visage et les mains. La manière de voiler la tête de Marie la plus accréditée est celle qui consiste à se servir à cet effet de son manteau relevé. Cependant nous ne verrions pas qu'il y eût lieu de reprendre ceux qui se serviraient d'un voile blanc, soit en l'employant isolément, soit en le laissant paraître sous le manteau, afin de mieux ménager la transition, si ce manteau est trop haut de teinte, avec les chairs et leur douce coloration.
Les images de la sainte Vierge étant considérées ou par rapport aux bienfaits que nous lui devons, ou par rapport aux honneurs que nous lui rendons, ses attributs doivent participer de ces deux ordres d'idées. Elle nous apporte le salut et la paix, puisque c'est par elle que nous est donné le Sauveur, le souverain auteur de notre réconciliation avec Dieu. En conséquence, la croix a pu lui être donnée pour attribut. Les colombes et l'olivier, qui accompagnent les Orantes comme contre-partie des brebis et du palmier attribués au Bon Pasteur, sont parfaitement à leur place près de la Mère de miséricorde, lorsque c'est elle principalement que l'on doit reconnaître dans l'attitude de l'intercession perpétuelle.
Quant aux honneurs à rendre à la Mère de Dieu, on ne peut aller plus
loin que de l'assimiler en quelque sorte à son divin Fils par la participation
aux signes honorifiques attribués au Sauveur lui-même, en tant qu'ils ne
signifient pas sa divinité ; elle participe à sa royauté, et il est juste de lui
attribuer à elle-même le sceptre et la couronne. Aucun de ces attributs,
cependant, ne lui est absolument propre, puisqu'elle ne les reçoit qu'à titre
de participation ; il importait qu'il lui en fût donné un autre plus dis-
tinctif , et celui qu'elle a reçu le plus souvent est l'étoile. Marie est l'étoile
de la mer, qui sert de guide au navigateur dans le voyage de cette vie ;
elle est l'étoile du matin, qui annonce le lever du soleil de justice, et, après
ce divin soleil, de tous les astres les plus radieux ; elle n'est pas le soleil,
mais elle est revêtue du soleil ; comme elle n'est pas le salut, mais elle est le prélude du salut.
Quelquefois l'étoile est suspendue sur la tête de Marie ; quelquefois elle est appliquée sur son voile ; le plus souvent elle reppse sur l'épaule droite ; quelquefois elle est transportée sur l'épaule gauche ; plus rarement on la voit sur les deux épaules à la fois.
Rien n'est plus varié que la forme de ces étoiles. Quelques-unes prennent une queue et deviennent des comètes. Quelquefois elles tendent à devenir des fleurons, et il arrive que la forme de fleurons vient à prévaloir complètement. Alors les images de l'étoile, de la fleur, du rejeton , qui s'associent dans le langage du prophète Isaïe, semblent se confondre dans l'esprit des artistes. Ailleurs, la fleur, formée de quatre pétales, ou se changeant en quatrilobe, se rapproche de la croix ; puis les pétales s'entrecroisent, et alors les idées de croix, de fleur et d'étoile semblent se confondre.
Cependant l'étoile ayant prévalu de bonne heure , préférablement au fleuron, comme signe attaché aux vêtements de Marie, l'idée de la fleur ou du rejeton, qui lui est si naturellement' appliquée elle-même, fut relevée sous une autre forme. Tout spécialement dans les écoles rhénanes et en France, on aima, dès le xiP siècle, à mettre une fleur dans la main de Marie ; mais, vu le caractère sculptural des monuments et la disposition où l'on était alors de représenter en Marie surtout la Reine, cette fleur, qu'il est, dans certaines circonstances, impossible de confondre avec le sceptre, tend facilement à en prendre l'aspect, le sceptre étant lui-même fleuronné quand il vient à prévaloir manifestement.
A des époques plus modernes, où les tendances ont passé à la grâce avec moins de souci de la dignité, on s'est plu à entourer Marie de fleurs, à lui en mettre dans la main. Il s'agit beaucoup moins alors de rappeler la fleur ou le rejeton prophétique que d'exprimer par des emblèmes les vertus de la Vierge des vierges. Aucune fleur ne lui convient mieux dans cet ordre de pensées que le lis de la pureté et la rose mystique de l'amour.
Des attributs moins fréquemment donnés à la sainte Yierge sont la pomme et le livre. La pomme est reconquise et indique la nouvelle Eve venue pour réparer la faute de la première. La signification du livre entre ses mains n'est pas aussi bien déterminée le plus souvent c'est le livre des saintes Écritures, le livre qui contient les secrets de Dieu, quelquefois
simplement un livre de prière. Le rosaire et le scapulaire, donnés comme attributs à Marie, sont d'un usage tout moderne : usage néanmoins trèsbien justifié.
Aux attributs placés dans les mains de la sainte Vierge, ou directement appliqués sur ses vêtements, il faut ajouter les emblèmes qui, à différents points de vue, peuvent lui être associés, et ceux qui, représentés avec elle ou sans elle, ensemble ou séparément, ont été et peuvent être employés en grand nombre pour exprimer ses prérogatives : cette femme prodigieuse qui apparaît dans le ciel à saint Jean , revêtue du soleil , la lune sous ses pieds, une couronne de douze étoiles sur la tête, représente tout à la fois l'Église et Marie. Le soleil, la lune, les douze étoiles sont donc applicables comme emblèmes à la Mère de Dieu ; la question de savoir si on mettra sous ses pieds le croissant dans un sens ou dans l'autre est une question de pur agencement, car il ne s'agit pas en cela de rendre les effets de la nature, mais d'en rappeler le symbolisme par des indications.
L'on peut mettre sous les pieds de Marie le serpent infernal : ce motif de représentation, quoique d'un usage tout moderne, se justifie très-bien, comme nous le verrons expressément, lorsque nous parlerons de l'Immaculée Conception.
Dans la liturgie sacrée, dans les prières de l'Église, des emblèmes multipliés sont appliqués à Marie par voie de comparaison : le cèdre, le cyprès, le palmier, l'olivier, le platane, le rosier, ou plutôt tout un bosquet de rosiers ; tous ces emblèmes réunis ne suffisent pas avec le souvenir des lieux embellis par leur présence : — le Liban, la montagne de Sion, Cadès, Jéricho, les champs les plus fertiles, les rives les plus riantes, — pour dire tout ce qu'il y a dans Marie d'attrait , de fraîcheur , de grandeur et de beauté ; l'énumération continue : le baume , la cannelle , la myrrhe la plus pure fournissent, pour lui être comparés , l'idée des odeurs les plus suaves; et le pinceau, déjà vaincu par la parole, est mis dans l'impossibilité de la suivre. Mais il est d'autres images dont il est en son pouvoir, au moins, de rappeler le souvenir. Marie est comparée à la vigne, elle est un miroir, un trône, non pas seulement un vase, mais il faut toute une série de vases pour la représenter ; elle est doublement une tour par sa force à l'abri de toute attaque, une maison d'or par son prix inestimable, l'arche d'alliance, la porte du ciel. Les litanies où elle est invoquée sous tous ces noms, sont loin d'épuiser la série de tous les titres qui lui sont applicables : on ne peut oublier l'arc-en-ciel, le buisson ardent, la toison
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tle G-éciéon, la nuée d'Élie , l'arche de Noé , l'échelle de Jacob , l'épi de Joseph, la corbeille où Moïse fut sauvé des eanx , la fronde de David , le trône de Salomon, cette maison élevée par la Sagesse et portée sur sept colonnes, le jardin du Cantique des cantiques, le livre d'Isaïe, la montagne de Daniel, etc.
Marie est encore la cité de Dieu, un jardin parfaitement clos, nne source d'eau vive , un puits, si on en considère l'abondance et la profondeur; nne fontaine jaillissante, si on «'attache à leur éclat, à leur fécondité.
I* Vierge immaculée. (Vignette de Jossc Clicbetove.)
Ces dernières figures l'accompagnent, avec beaucoup d'antres des emblèmes précédemment cités, dans nne vignette qni eut beaucoup de succès an commencement du IVI° siècle, et que nous reproduisons. La composition tout entière est dominée par la pensée de l'Immaculée Conception,
exprimée au moyen de ces paroles : TotapvlcJira es, arnica mea, et macula non est in te*
La figure principale de Marie est serrée de trop près par tons les emblèmes qui l'entourent, et il eût été préférable de laisser plus d'espace et d'établir pins d'ordre entre eux : aussi nous ne donnons pas cette vignette comme un modèle d'agencement , mais afin de faire comprendre tout le parti que Ton peut tirer, en même temps pour l'ornementation, et an profit des idées, d'une succession d'emblèmes bien choisis, dessinés avec goût et bien distribués.