AUTRES MANIÈRES DE REPRÉSENTER MARIE
arie étant, dans ce monde, la coopératsice de toutes les œuvres de Dieu, son nom et son patronage peuvent s'appliquer à tout ; Ténu-
mention seule dea noms sous lesquels ses images sont honorées nous entraînerait trop loin. Combien n'y a-t-il pas de Vierges de la Consolation, du Bon-Secours, do Refuge, de la Paix, de la Victoire, etc., etc. I Chacun de ces noms, bien compris, est fait pour inspirer an tableau d'une couleur qui lai est propre.
Voici ane Notre-Dame dee chemin» de fer , dn Père Jean, de Solesmes, caractérisée par une locomotive tenne par Marie et bénie par son divin Fils. L'auteur a en raison de concevoir dans un sentiment de paix la bénédiction donnée à ce symbole d'une activité industrielle, qni devient presque fébrile.
Notre-Dame dee chemine de fer.
U faut, ainsi comprendre les titres de Marie ponr bien les représenter, non pas comme si elle subissait l'idée qu'on lui associe, mais pour exprimer des bienfaits correspondants : elle modère quand la surexcitation est trop vive ; elle fortifie dans la faiblesse ; elle console dans les larmes. Une Vierge de» bois n'aura rien d'agreste ; une Vierge de la victoire, rien de belliqueux. Mais l'artiste s'efforcera tantôt de rendre la paix qne l'on va chercher dans la solitude, tantôt de la répandre dans un sentiment de force qui, par ce moyen, puisse paraître doux aux yeux des ennemis vaincus eux-mêmes.
Les litanies de la sainte Vierge peuvent spécialement servir de thèmes
à des séries de représentations où l'on s'efforce de mettre en relief les qualités correspondantes à chacune des invocations. Les essais où Ton a suivi le texte pas à pas ne sont pas ce que Ton a tenté de plus heureux pour le bien rendre. On peut y puiser de bonnes idées et faire mieux ; mais, quelques moyens que Ton prenne, ce sera toujours placer les arts du dessin dans- une situation très-défavorable, que de les appeler à lutter pied à pied par une série continue de représentations avec les nuances délicates de la parole. Le procédé employé par Orsel à Notre-Dame-de-Lorette est bien plus conforme aux véritables ressources de l'art. Profitant de la disposition très-variée des espaces qu'il avait à remplir, il a su allier la symétrie et la variété dans la plus juste mesure. De la sorte, il a groupé autour de certaines invocations, considérées comme principales, les invocations que l'on pouvait leur associer comme accessoires ; et tout cet ensemble est dominé, à la voûte d'abord, par les quatre compositions qui, occupant les quatre pendentifs, font apparaître Marie, tour à tour, comme la santé des infirmes, le refuge des pécheurs, la consolation des affligés et lo secours des chrétiens ; puis par les quatre sections de la coupole même, où Marie règne en qualité de reine : reine du Ciel ou des Anges, reine des Patriarches, reine des Martyrs, reine des Vierges.
Bien d'autres ensembles d'idées ont pu et peuvent encore, tous les jours, être rapportées à cette divine Mère. Ainsi elle est la nouvelle Eve, et l'on peut représenter toutes les circonstances de la chute pour lui faire honneur de la réparation. On lui rapporte la tige de Jessé et les dons du Saint- Esprit. Un des plus magnifiques ensembles qui lui ait été consacré est celui des statues et des bas-reliefs qui ornent en si grand nombre la façade septentrionale de la cathédrale de Chartres, et cela au point de vue de l'avènement du Fils de Dieu; car tout ce qui revient à Marie s'applique à l'avènement de Jésus, et tout ce qui revient à l'avènement de Jésus peut s'appliquer à Marie. Tout cela se résume dans une statue de sainte Anne portant dans ses bras Marie enfant, statue qui occupe le trumeau de la porte centrale ; la très-sainte Enfant tient le livre de la Sagesse, comme prélude du livre . de la science divine et de la doctrine évangélique, qui deviendra l'attribut de son divin Fils.
On comprend que Marie réunit en elle toutes les vertus, toutes les qualités, tous les dons célestes, et qu'elle est le type par excellence sur lequel il faut se modeler pour y participer. Beaucoup d'artistes ont été on ne peut mieux inspirés, quand ils ont représenté en son honneur les vertus
chrétiennes, comme Ta fait, par exemple, Orcagna, dans les sculptures du tabernacle <f Or-San-Michele à Florence, sur lequel nous aurons occasion de revenir.
Les divers genres de dévotion dont la sainte Vierge est l'objet sont encore de nature à motiver des représentations spéciales. Les plus importantes et les plus répandues de ces dévotions sont le scapulaire et le rosaire. Le premier est moins susceptible que le second de s'ouvrir comme une lice au concours des artistes , celui-ci offrant le sujet de quinze tableaux intéressants à grouper. Il suffira de nous occuper de ces tableaux quand nous traiterons de la représentation des mystères; ici nous ferons seulement remarquer que les mystères compris dans l'accomplissement de cette pieuse pratique doivent prendre un tour correspondant aux idées de joie et d'avènement, de souffrance et d'épreuve, de gloire et de couronnement, sur lesquelles le fidèle est successivement invité à porter ses méditations.
Quant à l'agencement de ces divers mystères, au point de vue du rosaire, nulle disposition ne convient mieux que celle de quinze médaillons où ils sont représentés séparément et disposés en cercle, de manière a former une couronne ou bien une rose dont chacun d'eux devient comme une pétale, et dont une image de la Vierge-Mère ainsi encadrée peut former comme le cœur. Ou bien le mystère final étant au centre, les quatorze autres mystères peuvent de même lui faire cortège; ces observations d'ailleurs n'ont rien de restrictif. On peut encore, comme l'a fait le Dominiquin dans son grand tableau de la galerie de Bologne, exprimer sous des formes plus ou moins pittoresques les grâces variées qui en si grand nombre ont été obtenues ou qui peuvent l'être au moyen du rosaire. Le tableau dont nous parlons n'est pas sans défaut, mais il peut ouvrir l'esprit à beaucoup d'heureuses idées, et faire comprendre quelle est l'abondance des voies par lesquelles on peut honorer Marie ; faire comprendre qu'après avoir épuisé toutes les ressources de son imagination pour la célébrer, on reste bien au-dessous de tout ce que nous désirerions voir faire de plus en plus en l'honneur de cette Vierge des vierges, de notre Mère, de la Mère de Dieu.