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DES HIÉRARCHIES ANGÉLIQUES

LES Anges sont constitués dans un ordre hiérarchique, et les distinctions qui existent dans leurs rangs sont une des conditions de leur harmonie. Il est généralement admis qu'ils forment entre eux trois ordres, divisés chacun en trois chœurs, ce qui porte à neuf le nombre des chœurs angéliques : Tordre supérieur, formé des Séraphins, des Chérubins et des Trônes ; l'ordre intermédiaire, formé des Dominations, des Vertus et des Puissances ; Tordre inférieur, formé des Principautés, des Archanges et des Anges. Les livres sacrés ne nous donnent, en aucune occasion, cette énumération complète et catégorique des ordres angéliques ; mais les noms dont nous nous servons pour les désigner en sont tirés ; ils y sont tous appliqués à quelqu'une des catégories des esprits célestes ; et il ressort manifestement des divers passages où ils se trouvent que ces esprits sont divisés en différents groupes.

Dans aucun de ces passages de la sainte Ecriture, ni dans les prières de la liturgie sacrée, où ils sont employés, on ne voit l'intention de préciser rigoureusement le sens des termes , et Ton ne peut avoir l'assurance qu'ils aient celui qui leur est donné par l'auteur de la Hiérarchie céleste et les autres Pères qui l'ont suivi. Le même nom peut s'appliquer tour à tour, en se spécialisant, à un des chœurs angéliques, en particulier; à un de leurs ordres comprenant plusieurs chœurs, ou même à tous les esprits célestes. C'est ainsi que saint Denis TAréopagite lui-même, ou l'auteur dont les écrits lui sont attribués, qui se sert du nom de Vertus pour désigner le second chœur du second ordre, applique ailleurs ce nom à toutes les substances célestes. Saint Grégoire le Grand fait remarquer que le Psalmiste applique aux Chérubins ce qui semblerait ne convenir qu'au chœur des Trônes, quand il dit : Qui sedes super Ckerubim appare, ou manifestare; et il en donne cette raison que toutes les attributions des Anges leur sont communes, jusqu'à un certain point. Ainsi, ajoute-t-il, « les Sé- € raphins sont appelés incendies; et cependant tous les Anges brûlent c d'ardeur pour leur Créateur 2>.

De cet état de choses sont dérivées les différentes manières de repré-

senter les chœurs angéliques et d'exprimer leur diversité, manières tontes également légitimes. Les ans se sont contentés, comme Baphaël dans la Dispute du Saint-Sacrement, de diversifier les Anges par des groupes imparfaitement déterminés ; d'antres les ont divisés avec pins de précision en nenf groupes, mais sans les différencier par des signes distinctifs, telle

Dieu créateur embrasant l'univers. (Campo Santo de Piae.)

la miniature reproduite ci-dessus, (p. 239). An Campo Santo de Pise, dans la grande fresque, du xive siècle, de cinq mètres de hauteur, attribuée successirement à Buffalmaco, à Pierre d'Orvieto, à Thadée Bartholo, etc., et dont nous reproduisons une vignette, par delà tous les deux, dans l'immense sphère embrassée par le Créateur, les chœurs des Anges occupent

neuf zones concentriques, où l'artiste a représenté chaque chœur sous des formes et des couleurs différentes, mais qui sont toutes arbitraires et n'ont rien de vraiment caractéristique. Ambrogio Borgognone, dans le Couronnement de la Vierge à Saint-Simplicien de Milan, a divisé les Anges en neuf rangées, non pas toutes de caractères différents, mais distinguées trois par trois. D'autres, enfin, ont tenté d'assigner des distinctions caractéristiques à chacun des chœurs en particulier. Aucune de ces tentatives ne peut s'imposer d'autorité comme un modèle à suivre ; mais, si le, but n'a pas été atteint d'emblée, on peut dire que les efforts pour en approcher n'ont pas été absolument sans succès ; et voici les meilleures données que nous croyons pouvoir recueillir de l'étude de ces essais pour éclairer ceux qui entreprendront d'entrer dans une voie analogue.

Les Séraphins sont des ardeurs, le feu est leur attribut ; associé aux six ailes, il exprime chez eux le degré le plus éminent de la spiritualité, soit qu'on ne leur accorde qu'une simple tête, tout entière elle-même d'un rouge enflammé, ou que leurs proportions accusent un corps entier, exhalant des flammes ; deux de leurs ailes voilent alors en partie leur visage, deux leur voilent le corps, deux leur servent à voler ; ils n'ont pas besoin d'autres vêtemants; mais il faut prendre garde qu'un pareil ensemble, privé des éclatantes scintillations qui l'animent dans les visions prophétiques, devient facilement laid. Pour éviter cet inconvénient,]! faut que les six ailes aient, à proportion du corps, une très-grande ampleur, ou bien se contenter de deux ailes avec des vêtements enflammés. Ce qui importe le plus en tout état de cause, c'est de rendre, par l'expression des traits dans les Séraphins, la véhémence de leur amour.

Le propre des Chérubins, c'est la force de l'intelligence, une intelligence qui ne se sépare pas de l'amour ; on les entoure aussi de flammes, mais on ne les représente jamais comme étant eux-mêmes tout de feu ; le blanc éclatant de la lumière, coloré de teintes dorées, ou le bleu de l'azur céleste, voilà les couleurs qui leur conviennent le mieux. On peut leur attribuer la multiplicité des ailes, car ils habitent eux-mêmes les plus hautes régions spirituelles ; on peut leur en donner six, comme aux Séraphins, en les distinguant par la couleur et par des formes plus lisses; on peut ne leur en donner que quatre, deux s'élevant au-dessus de la tête, deux autres étendues pour voler : cette disposition nous paraît préférable au point de vue de l'art et de l'harmonie des formes.

Les Chérubins et les Trônes so tiennent par des liens si intimes qu'ils

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ont été facilement, confondus : c'est à raison de l'amour qu'ils ont de commun arec les Séraphins, de l'intelligence à laquelle ils participent avec les Chérubins, que Dien aime à reposer sur eux. Le Dante les appelle « les Trônes de l'amour divin », et ajoute qu'ils portent ce nom a parce qu'ils terminent le premier ternaire ». Les interprètes dta saintes Écritures s'accordent à reconnaître des Anges du chœur des Trônes dans les roues de la vision d'Ezéchiel, roues enflammées, remplies d'yeux, et que l'on a pu supposer ailées, vu leur rapidité, et les symboles d'animaux ailés auxquels elles s'associent : en conséquence, ou leur applique le genre de représentation que nous reproduisons. Les roues cependant nous semblent

Trônes Angéliques à Iviron, mont Athos. (xviii* siècle.)

mieux faites pour exprimer la plus importante fonction des Trônes que pour les personnifier en dehors de l'accomplissement de cette fonction. Vraiment personnifiés, ils auront quatre ailes, si les Chérubins en ont quatre; six, si ceux-ci en ont six. Quanta leur physionomie, il serait peut-être convenable, en réservant pour les Chérubins la plénitude de la compréhension, d'attribuer aux Trônes une vive pénétration. On les estimera destinés à exprimer quelque chose de prompt et de rapide, en même temps que de vaste et de transparent, à dire que le trône de Dien est partout, plutôt qu'à répéter combien il est inébranlable.

Il est très-convenable, comme l'a proposé M. l'abbé Van Drivai, de les faire reposer sur des roues, les Chérubins sur des livres, les Séraphins sur des flammes.

Suivant les expressions* de Mgr Crosnier , empruntées à saint Bernard, il est généralement admis que les Dominations exercent sur les ordres suivants une sorte de pouvoir.; que les Vertus sont chargées des opérations de la grâce, que les Puissances nous protègent contre les esprits infernaux. H est probable qu'aux Anges de cette hiérarchie il appartient de présider aux lois générales de la nature et de la grâce. Les longues robes des princes et des magistrats, les aubes et les étoles des prêtres, les sceptres et tous les insignes de la puissance semblent leur appartenir à tous également, car tous ils peuvent prétendre à une idée de puissance pleine et soutenue. On peut seulement répartir ces insignes avec une richesse graduée, en donnant aux Dominations l'expression et l'attitude d'un ascendant qui commande, maintient et protège ; aux Vertus, celles d'une efficacité qui accomplit et féconde ; aux Puissances, celles d'une autorité qui contient.

Les Principautés, dans la troisième hiérarchie, semblent jouer le rôle de magistrats qui jugent et qui ordonnent : ce qui leur donne beaucoup de ressemblance avec les Dominations : en effet, les Principautés président à la troisième hiérarchie, comme les Dominations à la seconde ; pour les distinguer, on graduera de nouveau les insignes. En admettant qu'on ait laissé quelque chose de commun aux trois chœurs de la deuxième hiérarchie , on attribue aux Principautés, précisément ce qui distingue les Dominations des Vertus et des Puissances, mais à un moindre degré ; si c'est une couronne, la couronne est moins riche ; de la couronne royale on descend à la couronne princière, et de même des autres attributs.

Aux Archanges appartient un rôle éminemment actif: ce sont des combattants, des ambassadeurs, des protecteurs d'un ordre supérieur, car les Anges du neuvième chœur remplissent eux-mêmes toutes ces fonctions, mais dans un rôle subordonné. Il est d'usage plus communément de réserver pour les Archanges les attributs guerriers.

Ce qui distingue les Anges désignés spécialement sous ce nom commun à tous les Esprits bienheureux, c'est de n'avoir pas non plus de distinction qui leur soit propre : on leur attribue tout ce qui convient à la nature angélique considérée en dehors de ses hiérarchies, tant pour la physionomie que pour le vêtement; on en fait spécialement des musiciens, des acolythes, on leur met à la main l'encensoir, on les représente en prière.

A ces observations sur les distinctions hiérarchiques des esprits célestes nous joignons un mot sur la figure usitée dans l'art chrétien pour résumer la vision d'Ezéchiel, figure connue sous le nom de Tétramorphe. Effective-

ment c'étaient des Anges qui apparurent au prophète bous des formes animales; il les appelle des Chérubins, et on est d'accord, avons-nous dit, pour reconnaître des Trônes dans ces roues merveilleuses, qui s' associaient aux représentations animales présentées à ses yeux. Nous reviendrons sur les quatre animaux et leur signification en tant qu'ils représentent les quatre évangélistes. Dans cet ordre d'idées, on a dû les séparer. Dans

Tétramorphc à Vatopedi. (Peinture muralc.j

celui dont nous nous occupons en ce moment, on a cherché à les réunir en prenant plus littéralement le texte sacré, où les quatre animaux n' apparaissent pas chacun séparément avec une figure humaine, ane figure de lion, ane figura de taureau, nne figure d'aigle, mais tous les quatre également, chacun avec les quatre faces de l'homme, dn lion, da taureau et de l'aigle réunis. Nous donnons ici deux exemples différents de ces sortes d'association.

On comprend que ce n'est pas pour les encourager, il est trop difficile

de réunir quatre têtes sur un même corps d'une manière qui ne soit pas désagréable , et cependant ces magnifiques images de la gloire du Seigneur doivent être montrées belles. Il n'y a peut-être pas d'autres moyens d'y réussir que celui dont Bapbaël a donné un si heureux exemple dans son petit tableau de la Vision (FEzéchiel, c'est-à-dire de grouper les emblèmes animaux, en leur attribuant à chacun leurs formes complètes et en les illuminant des éclats de la plus vive intelligence. L'art ne saurait lutter

Tétramorphe au Louvre. (Email.)

de près avec les mouvements d'une description : obligé de rendre immobile ce qui ne peut se concevoir que par des changements à vue les plus rapides, il est placé dans des conditions où la lutte lui est par trop défavorable.

HISTOIRE ET FONCTIONS 1JKS ANGF.S.

a * u commencement Dieu créa le ciel et la terre. » Selon les meil-

±\ leurs interprètes, sons ce nom de ciel sont compris les Anges,

comme sons le nom de terre, tontes les substances matérielles. D'antres

placent la création des Anges an moment dn fiât lux; d'antres lors de

Dieu créant les Auges. (Chartres.) Anges nouvellement créés. (Chartres.)

celle du firmament. Il nons paraît permis d'adopter l'une ou l'antre de ces opinions, quant à la place à donner a cette création dans la série des actes créatenrs. Nous avons déjà donné plusieurs exemples de sa représentation (p. 239, 242) ; en voici nn autre emprunté aux sculptnres du portail septentrional de la cathédrale de Chartres, où l'on remarquera la

douce complaisance que le Créateur met dans son œuvre, et la naïve piété de ces deux êtres bienheureux nouvellement éclos à l'existence. Hs rem-

Séparation de* Anges.

plissent tont l'es séparés.

Mauvais anges changés en démon, e entre les eaux et le firmament, qui viennent d'être

Les Esprits célestes, aussitôt leur création, furent mis à l'épreuve. Une lutte s' ensuivit entre les Anges fidèles et les prévaricateurs, qui devinrent les démons ; et lorsque le Créateur poursuivit son œuvre, on peut croire qu'il eut dès lors ses bons Anges ponr ministres et pour («opérateurs. Dans YOffice de ia sainte Vierge, édité par Thielman-Kerver , en 1523, on remarque les vignettes reproduites & la page précédente : la séparation entre les bons et les mauvais Anges vient de s'accomplir ; les premiers, en haut, sont dans le sentiment de ht joie et de l'action de grâce; les seconds tombent, repousses, et commencent à se déformer ; puis, dans un autre compartiment, plus bas, la transformation est complète, et ils ne sont plus qne de hideux démons.

Ange pétrissant le corps d'Adam. (Miniature du xnr» siècle.)

Les combats des bons et des mauvais Anges ne se rencontrent guère que dans les représentations de l'Apocalypse, à moins qn'on n'ait en vue spécialement d'honorer saint Michel.

L'assistance prêtée par les Anges an Créateur est surtout une assistance d'honneur ; ils l'accompagnent et forment son cortège ; ils témoignent de la bonté, de la beauté de ses œuvres aussitôt qu'elles apparaissent, en les contemplant avec amour, avec admiration. Le soin de ces nouvelles créatares leur est confié aussitôt. Cest & ce titre qu'ils portent le soleil et ht lune, dans la scène de la création de ces astres, à Chartres (voir ci-après

vig. 122); que nous les avons vus soulever la femme nouvellement créée, pour la présenter à son divin auteur (p. 236). Mais le fiât est réservé à Dieu seul, et ils ne sauraient y participer. Voici (vig. 85) une miniature du XIIIe siècle, tirée d'un Psautier de la Bibliothèque nationale, où on Ange modèle le corps d'Adam, comme un ouvrier subalterne sous les -ordres de Dieu, le seul artiste. L'on peut se demander si cette composition est légitime. Pétrir du limon déjà créé pour ébaucher un corps n'est pas créer. L'acte créateur n'a lieu qu'au moment où, de ce limon pétri, Dieu fait un homme ; mais il pourrait y avoir confusion ; et pour éviter que ce soit mal interprété, nous partageons l'avis de ceux qui croient plus sûr d'interdire toute représentation de ce genre.

Quoi qu'il en soit, après la création, Dieu fait certainement participer les Anges à la direction des lois fondamentales de l'univers; il fait plus, il les charge de tenir sa place, à tel point que, selon l'opinion commune de théologiens, dit le savant pape Benoît XIV, toutes les apparitions divines, sous l'Ancien Testament, ont été impersonnelles, et se sont faites par le ministère des Esprits célestes; et cependant les Anges, dans ces apparitions, ont pu parler ainsi : a Je suis le Seigneur votre Dieu » : Ego 8um Dominm Deu* tuus, puisque les Prophètes se servent eux-mêmes d'un pareil langage. Il en est résulté que, tour à tour, on a pu dire de la même apparition que Dieu ou qu'un Ange était apparu. La question pour nous est de savoir si, dans ces circonstances, il 7 a lieu de faire apparaître Dieu selon les modes de représentations qui lui sont propres, ou de se servir des formes angéliques. Il ne nous paraît pas douteux que, en pareil cas, le langage de l'art ne doive se conformer à celui de la sainte Écriture : toutes les fois qu'elle dit Dieu, on parle de Dieu comme intervenant directement ; l'on se servira d'images divines, les Anges s'en servant euxmêmes dans les manifestations confiées à leurs soins ; quand le texte sacré dit un Ange, des Anges, ou qu'il s'agit d'une mise en scène analogue aux actions humaines, comme l'apparition de trois Anges à Abraham, comme la lutte de Jacob, Ton se servira de figures angéliques, bien que nous lisions dans la sainte Ecriture, d'une part, que ces apparitions ont eu lieu sous une figure humaine ; d'autre part, que Dieu lui-même était ainsi représenté. H est tout simple aussi de faire intervenir visiblement un Ange pour indiquer l'action divine dans les circonstances où elle est exprimée d'une manière formelle, mais en termes .généraux. Ainsi un Ange peut présider au déluge ; un Ange peut commander aux flots de la mer Bouge de sub-

mcrger Pharaon. Quelquefois on fait agir Dieu et les Anges simultanément. Tel dans cette miniature, qui correspond à ce texte d'Iaaïe, dans les Emblemata Biblica : In die illo visttabit Dominus in gladio suo duro, et grandi et forti super Leviathan serpentem vestem et super Leviathan serpentent torluosum, et occidet cetum gui in mari est. « En ce jour là Dieu « viendra avec sa grande épée , son épée pénétrante et invincible, pour « punir Leviatban , ce serpent immense , ce serpent à divers plis, et il « fera mourir le monstre qni est dans la mer (xxvn, 1). »

Combat contre Leviatbun. (xill° siècle.;

Les Anges, dans l'ordre de la nature, tiennent le premier rang parmi les créatures ; mais, dans l'ordre surnaturel, l'Incarnation, source intarissable, pour eux-mêmes, de joies plus vives et de nouvelles perfections, sans les rabaisser, vient mettre d'autres créatures au-dessus d'eux.

Marie est la reine des Anges; on se demande s'il est permis de faire agenouiller les Anges devant elle. Nous ne nous sentons pas en droit de le blâmer, nous ne voudrions pas non plus contredire ceux qui professent une opinion contraire; nous ne sommes que rapporteur : aux juges de décider. Nous nous contenterons de faire observer qu'on De se met pas à genoux seulement pour adorer ; on le fait par un sentiment de respect

et de vénération (l'on ordre beaucoup moins élevé. L'uBagê fréquemment admis de faire agenouiller les Anges devant leur Reine ne suffit-il pas pour déterminer sa propre signification?

Nous pouvons aussi faire concourir les Anges an culte des Saints, sans aller jusqu'à confondre les honneurs qu'ils se plaisaient à rendre à ces amis de Dieu qui sont aussi les leurs, avec ceux dont ils n'ont pas craint de combler lenr Souveraine. Ils leur ouvriront leurs rangs, ils les accompagneront de leurs réjouissances , jusqu'au trône de leur commun Maître.

Il nous est impossible de donter que Dieu n'ait confié la garde de chacun de nous à un ange en particulier, les paroles mêmes de Nôtre-Seigneur

Elu couronné pu son Ange. (Orrieto.)

l'attestent. A l'étnde de l'Ange gardien se rattachent les représentations où les Esprits célestes viennent, en plus grand nombre, à son aide et à la nôtre, quand la circonstance le demande. L'artiste, relativement & des interventions de ce genre, n'a pas à se borner aux faits expressément rapportés dans la sainte Écriture : toutes les fois qu'une grâce est accordée, qu'un danger est évité, qu'un succès est obtenu, le voile qui couvre le ministère des Anges peut poétiquement être levé.

Le type pins généralement adopté pour représenter l'Ange gardien est un enfant conduit par sa main dans la voie du ciel, le berceau d'un enfant endormi sons sa garde.

C'est à l'Ange gardien qu'il appartient, an dernier soupir du juste, de recueillir son âme et de la porter, on dans le sein d'Abraham, on dans celui

de Dieu même. Au dernier jour, on pent très-bien admettre que notre bon ange nous couronnera de sa main, comme dans l'exemple qne nous empruntons à Laça Signorellî, & la page précédente. Voici au contraire l'ange du mauvais larron qui s'éloigne désolé, dans le moment où l'âme de ce malheureux est livrée aux démons.

Ange do mauvais larron. (Campo Santo de Piee.)

Les Anges se font plus volontiers les instruments de la bonté de Dieu, que les exécuteurs de ses jugements rigoureux. Ils ne craignent pas cependant de frapper quand il le faut, et ce n'est pas en vain qu'on leur met l'épée à la main; mais il faut qu'ils frappent sans efforts, sans emportement, et que leurs coups n'en paraissent que plus décisifs.

Les Anges, en pareil cas, no doivent prendre de nos mouvements que ce qu'il en faut pour marquer l'action; de la sorte leur supériorité ne s'en fait que mieux sentir. Beaucoup d'artistes modernes ont commis un véritable contre-sens, quand ils ont attribué aux Anges une vigoureuse tension de muscles, là même où, abstraction faite de la nature angélique, il n'en faudrait aucune. Voyez cet Ange de Lanfranc dans la coupole de Saint- André-della-Valle, à Borne : quel effort il fait pour soulever un nuage, comme si un nuage pouvait supporter un pareil effort,!

Nous serions entraîné trop loin si nous voulions ici passer en revue toutes les missions particulières qui ont été ou qui peuvent être confiées

aux Anges : on admet facilement que chacun des sacrements ait un on plusieurs Anges spéciaux qui président principalement à sa dispensation. On attribuera de même à certains Anges en particulier le soin de chacun des dépôts sacrés que Notre-Seigneur a confiés à son Eglise, de chacune de ses fonctions, de chaque lieu, de chaque chose enrichie de sea bénédictions, de chacune des vertus pratiquées dans son sein. Nous avons vu représenter l'Ange de la prière; Daniel nous montre des Anges protecteurs attachés à

Ange soulevant nn nuage. (Lanfrnc.)

chaque nation; les grandes forces de la nature ont probablement des Anges qui président à leur direction et les mènentà bonne fin. On verra les Anges délivrer les âmes du Purgatoire, réveiller les morts au grand jour du jugement, présider à leur partage, accueillir les élus à l'entrée de l'éternelle patrie ; et, lorsque tous ensuite ils y seront réunis, rien ne dira mieux où ils sont pour toujours que d'y voir les Anges, non plus comme des envoyés en mission, mais comme les habitants nés de cette ravissante demeure.

im MANUEL DE L'ART CHRETIEN.

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