‹ Manuel de l'art chrétienChapitre 63 sur 157 · DES ANGES PERSONNELLEMENT CONNUS · texte numérisé non relu

DES ANGES PERSONNELLEMENT CONNUS

LA division des Anges en neuf hiérarchies n'exclut pas d'autres genres de distinctions qui peuvent exister entre eux. Il y a sept Anges , — quoi qu'il en soit de leur rang dans la hiérarchie des neuf chœurs, — qui occupent près de Dieu un poste d'honneur d'une nature toute particulière. L'archange Raphaël, quand il se fît connaître à Tobie, déclara qu'il était l'un des sept Anges qui se tiennent en présence du Seigneur : Ego sum RapJiaël Angélus unus ex septem qui astamus ante Domimim. — « Je suis Gabriel », dit à son tour ce saint Ange à Zacharie, « qui me tiens en présence de Dieu 3> : Ego sum Gabriel qui asto ante Deum. — « Grâce soit à vous », répète à son tour saint Jean, au commencement de l'Apocalypse, « et paix

« de la part de Celui qui est et des sept Esprits qui sont en présence

<t de son trône j>. Le nom d'Archanges, que l'on donne à ces esprits éminents, ne veut pas dire qu'ils soient du chœur relativement inférieur, qui ne s'élève que d'un degré au-dessus des simples Anges, mais ils ont droit à ce nom probablement parce qu'ils s'élèvent au-dessus de tous les chœurs angéliques, à des titres que nous ne pouvons parfaitement connaître. Trois de ces sept Anges sont désignés dans les livres saints par leurs noms et par une suite d'actes personnels : Michel, c'est-à-dire qui est comme Dieu, le prince de la milice céleste ; Gabriel, c'est-à-dire la force de Dieu, l' Ange de l'Annonciation ; Raphaël, c'est-à-dire le remède de Dieu, l'Ange envoyé au jeune Tobie.

On a essayé de donner des noms aux quatre autres. Le sens de ces noms : Barachiel, Jéhudiel, TJriel et Sealtiel, qui signifient Bénédiction de Dieu, Louange de Dieu, Feu de Dieu, Prière de Dieu, est irréprochable. Cependant ils ont été réprouvés au concile de Rome de 745, parce qu'étant d'une valeur toute conjecturale, ils ne peuvent être assimilés aux trois noms donnés par le texte sacré. L'on peut représenter les sept Archanges et les honorer ensemble d'un culte spécial ; mais l'on doit alors s'abstenir de désigner par aucun nom ceux d'entre eux qui ne nous sont pas spécialement connus.

Il est très-fréquent que saint Michel et saint Gabriel sont représentés ' ensemble; il l'est moins qu'on leur associe saint Raphaël. La symétrie nous

parait en être la principale raison, car il s'agit le pins souvent d'associer saint Michel et saint Gabriel a une image de Notre-Seigneur on à la représentation de quelque mystère ; alors ils sont rangés communément de chaque côté de l'un on de l'antre. Quand on dispose d'une troisième place

L' Assemblée dea Archanges,

au milieu , on leur associe facilement saint Raphaël. Tonte difficulté cesse naturellement quand la représentation est spécialement consacrée aux trois Archanges. Nous en donnons un exemple d'après nne peinture grecque du xv* siècle. Selon une disposition toujours usitée en Orient, ils sont groupés autour d'une fignre centrale dn Sauveur, repré-

sente sous figure d'enfant, et avec des ailes, pour exprimer l'idée d'avénement et le titre d'Ange du grand Conseil qui, à lui-même, lui est donné. Les Anges sont désignés tous ensemble par l'inscription placée dans les deux disques supérieurs, où on lit en grec : F Assemblée des Archanges, et chacun en particulier, par la lettre initiale de son nom placée dans leurs nimbes.

Papebroch explique le rôle assigné aux Anges soutenant l'Enfant Jésus, dans ces sortes de représentations, comme étant une allusion à l'épreuve à laquelle ils auraient été assujettis aussitôt après leur création, et dont ceux qui restèrent fidèles auraient triomphé en se soumettant au Verbe qui devait s'incarner ; mais cette pensée n'exclut pas, suivant la diversité des circonstances, la diversité des points de vue ; et à la composition que nous reproduisons s'appliquent parfaitement les observations de M. Didron : <r A eux trois, les archanges Michel, Gabriel et Raphaël représentent, « selon les idées des Grecsj la triple puissance militaire, civile et reli- « gieuse dans le royaume céleste ; Raphaël est considéré et habillé comme « un prêtre : en cette qualité, il occupe la place d'honneur ; il est au mi- « lieu entre saint Michel et Gabriel; Michel, toujours vêtu et armé g comme un guerrier, a pour mission de combattre les démons et les enoc nemis de Dieu ; Gabriel se charge des messages pacifiques » . On explique ainsi pourquoi saint Raphaël est au milieu et semble présider ; nous ne croyons pas qu'on le justifie, et il serait plus exact de donner toujours la prééminence à saint Michel.

Le saint Archange, dans ses plus anciennes représentations , au v« ou VIe siècle, porte la tunique longue, avec le pallium ou manteau antique, et, à la main il tient un sceptre ou bâton pastoral, dont la forme varie sans changer de signification.

Le costume pleinement militaire lui est attribue à partir du xme siècle, mais non pas dès lors universellement. Alors aussi on commence à lui voir la balance à la main, soit dans la scène du pèsement des âmes, soit comme attribut fixe. On a là tous les éléments pour le bien caractériser, sans même qu'il soit indispensable de représenter Satan vaincu sous ses pieds. Nous insisterons surtout afin que, en tout état de cause, dans le combat que l'Archange livre à son adversaire infernal, la supériorité qui lui assure la victoire soit celle d'une nature toute immatérielle, pour laquelle il n'est aucun besoin des efforts d'une vigueur purement musculaire. Le costume militaire de saint Michel a dû varier suivant les temps et les lieux; il est

préférable que ce costume soit idéal plutôt que de le rapprocher de trop près d'aucun mode d'armement humainement usité.

Saint Gabriel est l'Ange de la Rédemption ; cependant, hors des circonstances où il est associé à saint Michel , en quelque sorte comme son second, et en qualité comme lui d'acolyte et de conseiller intime du Sauveur, on ne le voit fréquemment que dans la représentation du mystère de l'Annonciation ; mais ce mystère donne lieu à lui seul de le représenter dans des monuments sans nombre ; il sert aussi à déterminer tout ce qui peut le mieux le caractériser. Dans l'antiquité chrétienne, conformément au sentiment de dignité qui dominait alors, Gabriel se présente souvent à la sainte Vierge, un sceptre à la main ; un peu plus tard, ce sceptre devient facilement une croix ; dans les temps modernes, on représente communément l'Archange portant à la main le lis, symbole de la pureté virginale de Marie/ mise en quelque sorte sous sa sauvegarde, et lorsque Gabriel est représenté en dehors de l'Annonciation , on le lui conserve comme attribut personnel. H est de son essence, toujours, de montrer ; son air sera ouvert, il portera dans ses traits l'empreinte d'une exquise pureté, d'une sainte joie, comme étant par excellence le porteur de bonnes nouvelles.

Le symbolisme du poisson, avec son importance dans l'antiquité primitive, est cause que l'archange Raphaël, bien que son rôle soit moindre en général que celui de saint Michel et de saint Gabriel, a été probablement représenté avant eux, avec le jeune Tobie. Quand le sujet est tout historique, Raphaël ne doit trouver place que dans l'accomplissement de la mission dont il Ait chargé dans cette circonstance. Pour déterminer le type et les attributs qui lui conviennent, on se rappellera, selon l'observation d'Ayala, qu'il se présenta alors sous la figure d'un jeune homme ceint pour marcher, et on lui donnera convenablement les insignes qui conviennent au pèlerin : la besace, la gourde, le bâton. Quelquefois, eu égard k son nom : «t Remède de Dieu », on lui a mis à la main quelques insignes de la profession médicale. Comme expression, la physionomie de Raphaël sera douce et attrayante, mais, en lui , on sentira aussi la résolution qui convient au puissant protecteur, au guide assuré.

Page 1