DES SACREMENTS
Nôtre-Seigneur Jésus-Christ a institué sept sacrements, c'est-à-dire sept signes sensibles auxquels il a attaché la vertu do communiquer
2î)2 MANUEL DE L'ART CHRETIEN.
la grâce à nos âmes, et dont il a confié la dispensation à son Eglise. Les sacrements peuvent être représentés par des figures et des emblèmes, et telle fut la manière usitée dans l'antiquité chrétienne, où elle était la plus conforme à la loi du secret. Dans les temps modernes, on ne les représente plus guère que par la mise en scène des rites qui servent à leur administration, à l'exception de l'Eucharistie représentée, dans tous les temps, par la seule exposition du pain consacré et du calice qui contient l'espèce du vin.
Une des plus importantes découvertes contemporaines dans les fouilles des Catacombes, par rapport à l'iconographie chrétienne, est celle d'un groupe de cinq cubicula dans le cimetière de Saint-Calixte, cubicula assignés par M. de Bossi, sur des raisons irréfutables, aux premières années du ni6 siècle; les explications qu'il en a données les ont fait nommer cubicula des sacrements. Ce n'est pas à dire que tous les sacrements y soient représentés. Le savant interprète de l'antiquité chrétienne n'y voit avec certitude que les deux principaux d'entre eux : le Baptême et l'Eucharistie, liés l'un à l'autre conformément à leur mode d'administration dans ces temps primitifs où, an sortir da bain de la régénération, le néophyte était admis au banquet eucharistique. Si un évêque présidait à la cérémonie, on recevait de même la confirmation immédiatement après le Baptême, et il n'est pas impossible qu'il y ait une allusion à ce sacrement dans les peintures dont nous parlons ; mais on ne saurait y voir la Pénitence sous la figure du paralytique emportant son lit, par la raison que cette scène, se trouvant entre le Baptême et l'Eucharistie qui se recevait immédiate* ment après, ne s'applique qu'à la rémission des péchés accordée par le premier des sacrements. Le paralytique qui est représenté est celui qui fut guéri près de la piscine probatique, image- elle-même du Baptême. Ce n'est que le corollaire des scènes précédentes où sont représentés, l'eau jaillissant du rocher frappé par le nouveau Moïse, la pêche spirituelle des âmes dans ces eaux, l'accomplissement même du rite sacramentel qui confère la grâce au moyen de ces mêmes eaux, tout cela sous les formes rudimentaires, alors en usage; un homme frappe le rocher, un homme pêche, un homme appuie la main sur la tête d'un autre : c'en est assez pour dire tout ce que l'on voulait exprimer. L'Eucharistie est ensuite représentée par un banquet où sont assis sept hommes nus, nus parce qu'ils sortent du bain de la régénération, au nombre de sept, par allasion aux sept disciples qui se rencontrèrent sur les bords du lac de Génésareth, lorsque
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Notre-Seigneur y apparat après la résurrection et qu'ils mangèrent avec lui de ce pain et de ces poissons qui se trouvèrent là d'une manière mystérieuse. Sur les parois d'un mur latéral, dans un de ces cubicula, c'est la consécration eucharistique qui est figurée au moyen d'un trépied sur lequel reposent du pain et des poissons; d'un homme représentant le prêtre qui étend les bras vers les objets sacrés, et d'une Orante représentant l'Eglise. En regard, Abraham, Isaac et le bélier, ou plutôt l'agneau du divin sacrifice, viennent compléter la pensée, en exprimant l'idée du sacrifice même qui, figuré sur le mont Horeb, fut accompli sur le calvaire et se renouvelle sur nos autels.
Voilà de quelles manières on procédait dans l'art chrétien primitif. Les allusions au Baptême et à l'Eucharistie étaient alors, nous ne dirons pas seulement très-fréquentes, mais habituelles : la pensée du baptême, qui se révèle toutes les fois que les eaux apparaissent ou sont rappelées avecNoë, Jonas, le passage de la mer Bouge, ou dès qu'il s'agit de guérison, de renouvellement et de pardon, a été plus formellement exprimée de bonne heure par le Baptême de Notre-Seigneur. En effet, bien que Notre-Seigneur, lorsqu'il se fit baptiser, n'ait pas reçu le sacrement qu'il voulait instituer, cette cérémonie en était plus que la simple image, et Ton est en droit de penser qu'il attribua alors à l'eau la vertu sanctifiante au moyen de laquelle nous rentrons en grâce avec Dieu. L'observation à faire sur ces représentations de l'époque dont nous parlons, c'est qu' elles sont quelquefois mises en corrélation avec la scène du rocher frappé, c'est que le chrétien en général paraît avoir été quelquefois substitué à Notre-Seigneur luimême, c'est que l'eau baptismale est quelquefois représentée comme venant du ciel.
D'un autre côté, toutes les représentations qui offrent une idée d'alimentation, le miracle de Cana, la multiplication des pains, la manne tomliant du ciel, reviennent à l'Eucharistie. Souvent le Baptême et l'Eucharistie sont rappelés par une seule et même image, le poisson, par exemple.
La plus ancienne composition citée comme réunissant les sept sacrements, avec une intention non douteuse dé les représenter tous, n'est que du xiv8 siècle. Sans être jamais très- fréquentes, ces représentations n'ont pas été rares dans les temps modernes; elles se fondent toujours sur le mode d'administration des sacrements, et se modifient selon que les rites sous ce rapport ont pu varier. Le Baptême, par exemple, a été tantôt administré par immersion, tantôt par infusion, souvent par ces deux modes réunis.
Noua donnons une vignette des Heures de Simon Vostre qui offre on exemple de la confession avant que l'usage des confessionnaux ae fût répandue.
Par la représentation des Evangélistes, on montre quel est l'enseignement de l'Eglise; par la représentation des Sacrements, on montre quels sont les moyens de salut dont elle dispose. H nous reste à dire un mot, toujours au point de vue des représentations que l'on peut en faire, comment
La Confusion. (Heures de Simon VoEtre )
l'Eglise rend à Dieu le culte qui lai est dû. Le culte divin se résume dans l'adoration et la prière : l'adoration par laquelle on reconnaît qu'on tient tout de Dieu, la prière par laquelle on témoigne que l'on attend tout de lui. L'acte d'adoration par excellence est le sacrifice ; le sacrifice est aussi le mode de prière le plus efficace. Le sacrifice consiste dans l'immolation d'une victime, c'est-à-dire dans la destruction, en l'honneur do Dieu, d'un être vivant ou d'une substance propre à entretenir la vie, disons mieux dans la destruction d'une vie, pour attester que tonte vie lui appartient, et la nôtre en particulier.
Une vie et la plus excellente des vies, une vie d'un prix infini a été livrée pour acquitter vis-à-vis de Dieu la dette de l'humanité tout entière, non pas seulement la dette naturelle d'adoration et de prière contractée vis-à-vis du Créateur par toute créature, mais encore la dette d'expiation contractée par l'homme coupable, la dette d'actions de grâces contractée pour tous les bienfaits qu'il avait reçus, et pour le plus grand des bienfaits qu'il recevait par sa rédemption même.
Ce sacrifiée -est d'un tel prix que sa valeur ne saurait diminuer par le laps de temps; il subsiste éternellement. Pour perpétuer le souvenir de ce sacrifice, et non pas seulement pour nous en communiquer les fruits, Jésus a institué le sacrement de l'Eucharistie .
Il en résulte que, dans l'Eglise, l'Eucharistie est le fond, le centre, le
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pivot sur lequel repose et autour duquel roule tout le culte divin. En conséquence, le calice, parce qu'il est l'emblème du sacrifice eucharistique, résume toutes les prérogatives de l'Église, toutes les pensées de la foi ; et de même que le seul mot d'autel signifie la religion tout entière, on peut par cette seule image exprimer tout ce que l'Église rend d'honneur à Dieu.
Développez oes pensées, et vous arriverez toujours, pour exprimer les substances du saint sacrifice et du culte divin, ou à mettre en scène, soit sur l'autel, soit à ses abords, les réalités de la Passion, ou à représenter les rites de l'Église.
Pour donner à la représentation plus de solennité encore, on s'est rappelé que le sacrifice de nos autels avait son retentissement dans le ciel, et on y a fait participer les Anges, leur faisant porter processionnellement tout ce qui sert à son accomplissement : les vases, les ornements, les livres sacrés, les cierges, les encensoirs, et c'est là ce que les Grecs ont appelé la divine liturgie. Un des effets de ce sacrifice, inépuisable dans sa fécondité et ses bienfaits, c'est de glorifier celui-là même qui est la victime. C'est pourquoi, au sommet de ces coupoles, on le représente dans la gloire; c'est pourquoi aussi, tout autour de la cathédrale de Reims, au sommet des arcs-boutants, sont sculptés des Anges, de quatre mètres de hauteur, qui portent : les uns, les objets employés au sacrifice de la messe; les autres, les attributs de la souveraineté divine et terrestre : le soleil, la lune, le sceptre, le globe, l'épée, et tous semblent s'acheminer vers le Christ, pour déposer entre ses mains tous les signes de sa divinité, de sa royauté et de son éternel sacerdoce.