‹ Manuel de l'art chrétienChapitre 69 sur 157 · REPRÉSENTATIONS DES CHOSES MORALES ET PHYSIQUES · texte numérisé non relu

REPRÉSENTATIONS DES CHOSES MORALES ET PHYSIQUES

Les limites de l'art ne sont pas plus étroites que celles du discours; tout ce que la bouche peut nommer, l'art peut le représenter; tout ce qui, résumé dans un mot, devient le sujet d'une proposition , et par là même prend en quelque sorte un rôle actif, devient susceptible d'une personnification. H importe cependant de ne pas laisser l'artiste se livrer, dans les voies de l'allégorie, à toutes les fantaisies de son imagination, et sans lui interdire, sous ce rapport, tout emprunt aux gracieux symboles de la mythologie antique, il est bien mieux de pouvoir lui présenter des modlles qui, conçus dans le pur esprit chrétien , en aient la gravité et le charme.

Rien n'est plus exclusivement chrétien, par exemple, que ces paroles : ARsericordia et Veritas obviaverunt sibi, Justitia et Pax osculatœ eunt :« La Miséricorde et la Vérité se sont rencontrées, la Justice et la Paix se sont embrassées d; rien n'est plus exclusivement chrétien que les représentations qu'on en a faites. La Miséricorde, la Justice et la Paix donnent leurs noms à des vertus; le nom de la Vérité même peut s'appliquer à la vertu

qui est mieux nommée la véracité; mais, dans la circonstance, ce sont là

des dispositions divines, exprimées dans le sens qu'elles sont des bienfaits pour l'homme; elles ne doivent pas être identiquement représentées comme les vertus du même nom; elles peuvent l'être cependant d'une manière analogue, ou à peu près, avec les mêmes attributs, pourvu que le contexte de la composition fasse ressortir les différences. La Vérité, dans tous les cas, soit qu'on l'entende comme nous venons de le voir, soit qu'on l'entende d'une manière plus générale encore, ne saurait être, dans l'art chrétien, convenablement représentée, comme dans l'allégorie antique, dans un état de nudité qui n'est nullement propre à la rendre plus respectable. Ne vaut-il pas mieux, à l'exemple d'un émail du XIIe siècle, l'armer comme un invincible chevalier? On est plus familiarisé avec l'idée de lui donner pour emblème un miroir; rien ne s'oppose à ce qu'on le lui attribue. On ne craindra pas de la confondre avec la Prudence, car il est facile de les distinguer de bien des manières.

Ces sortes de représentations étaient rares dans l'art chrétien primitif, et même dans la première partie du moyen âge, parce que l'art, alors, tout en étant plus profondément symbolique qu'il ne l'a jamais été, s'attachait principalement au symbolisme des faits bibliques ou évangéliques, et cela d'autant plus qu'il se dégageait des données empruntées d'abord à la mythologie antique. Mais, au xme siècle, on peut dire qu'elles abondent. On peut le dire surtout si Ton considère la place accordée aux sept arts libéraux dans les sculptures de nos cathédrales et beaucoup d'autres monuments. Ces sept arts comprenaient la grammaire, la dialectique et la rhétorique, c'est-à-dire le trivium ou les lettres; la géométrie, l'arithmétique, l'astronomie et la musique, c'est-à-dire le quatrivium ou les sciences; ils étaient réputés embrasser tous les travaux de l'esprit, toutes les connaissances humaines ; on leur associait quelquefois la philosophie, dont on faisait comme leur mère. Toutes ces figures allégoriques étaient conçues à la manière des vertus, et l'esprit dans lequel on les représentait est bien caractérisé par une des cariatides, sculptées par Jean de Pise, pour soutenir dans cette ville l'ancienne chaire de la cathédrale. Cette cariatide représente un Prophète ou un Apôtre, saint Jean probablement, portant une banderole, avec cette inscription : Veritas de terra orta est, et justitia de cœlo prospeœit : <l La vérité est sortie de la terre, et la justice nous a regardé du haut du ciel »;[et, sur le piédestal, sont représentés les sept arts libéraux, sans doute parce qu'ils ont pour objet, chacun à leur manière, la recherche et l'étude de la vérité.

DBS REPRÉSENTATIONS HUMAINES. 807

(Test dans le même esprit, et comme devant être mises an service de la religion, qne Raphaël, à la voûte de la salle de la Signature, a représenté la Théologie, la Philosophie, la Jurisprudence et la Poésie, qui résument, sous un autre point de vue, tout ce que Ton peut apprendre, tout ce que Ton peut exécuter comme travail intellectuel ; et les peintures tout entières de cette salle ne sont que le développement de cette idée, puisque les grandes pages qui en décorent les murs : la Dispute du Saint-Sacrement, V École d'Athènes, ne font elles-mêmes que développer la pensée exprimée par les figures correspondantes. Ces figures sont, on le sait, des modèles accomplis dans leur genre. On ne saurait trop admirer surtout cette Béatrice céleste (p. 5), qui représente la Théologie, cette douce et noble femme qui n'a pénétré dans les secrets de Dieu que pour nous les enseigner. La Poésie (p. 14) est presque aussi belle ; elle est belle à considérer ses traits, mais elle l'est encore plus par son inspiration divine, si sereine, si élevée.

. Sur le Parnasse qui lui correspond, le souvenir de quelques-uns des poètes choisis pour habiter la montagne sacrée n'est pas fait pour éveiller d'aussi honnêtes pensées ; et Ton ne peut pas affirmer, par conséquent, que tous les choix aient été également heureux. Mais tous ces personnages sont ici comme transfigurés, et ils font songer à ce que devaient être les poëtes, bien plus qu'ils ne rappellent ce qu'ils ont été.

Toutes les sciences, tous les arts peuvent être de même ou personnifiés, ou représentés par ceux qui les ont cultivés avec le plus de succès. Sous ce rapport, l'exemple de Raphaël a été plus d'une fois heureusement suivi, et il mérite toujours de l'être. Comme modèle de personnifications morales, on a encore de lui les cariatides de la salle de l'Attila, au Vatican, exécutées, d'après ses dessins et sous sa direction, par Polydore de Caravage,et représentant la paix, la victoire, la poésie, la loi ou l'armée, d'un côté; de l'autre, l'agriculture, la vendange, la navigation, etc., c'est-à-dire tout ce qui fleurit dans un État bien réglé, tous les bienfaits de la civilisation chrétienne.

Toutes les industries, tous les métiers peuvent être ainsi mis en scène sous leur aspect le plus noble. Beaucoup de verrières du moyen âge sont signées en quelque sorte par les corps de métiers qui en ont été les donateurs. On les représente alors par quelques actes de leur profession : ces représentations sont, par conséquent, d'une nature plus familière ; mais l'importance des monuments les relève singulièrement, faisant valoir ces

puissantes corporations, qui ont été aussi elles-mêmes, en leur temps, pour leur part, les promotrices des beaux-arts. Le champ de l'observation est encore plus vaste, si on le porte sur la représentation des travaux propres à chaque saison , à chaque mois ; ce thème a été extrêmement exploité , comme nous allons le voir.

Tous les êtres physiques, toutes les puissances et tous les phénomènes de la nature peuvent trouver place dans les représentations de l'art chrétien, par la double raison que ce sont des œuvres de Dieu, appelées elles-mêmes à lui rendre gloire, et que, au point de vue symbolique, ces choses peuvent exprimer des idées de Tordre moral et religieux, soit qu'on les représente par les figures qui leur sont propres, quand elles en ont une, soit au moyen de leurs effets, par des emblèmes, ou en les personnifiant , à leur tour , par des allégories. Ainsi , sous ces différents modes de représentation, on a mis souvent en scène le temps ou ses divisions, le firmament et les astres qui l'habitent, les éléments et les météores, la terre et la mer, et tout ce qui en dépend : les fleuves, les montagnes, etc.

Le temps lui-même, assez rarement représenté dans l'art chrétien, l'a été quelquefois par un personnage à trois visages. Nous ne connaissons qu'un exemple de la représentation de l'année, donné, au XIIe siècle, dans un pavé en mosaïque qui orne le chœur de la cathédrale, à Aoste.

Elle apparaît, au milieu des fleuves du paradis terrestre personnifiés et des douze mois, sous la figure d'un personnage imberbe, d'un grand caractère, assis, nimbé, les bras étendus, et tenant dans chacun d'eux le soleil et la lune. La représentation des saisons a été fréquente dans l'art chrétien primitif, celle des mois encore plus au moyen âge; il y a de l'analogie entre ces images, destinées les unes et les autres à nous rappeler le cours du temps, à nous faire songer à son terme, à nous inviter à le bien passer. A l'entour d'une image du Christ, elles disent qu'il était hier, qu'il est aujourd'hui et qu'il sera dans tous les siècles des siècles.

Les saisons ont été représentées dans le cimetière de Prétextât par de simples guirlandes de roses, d'épis, de raisins et de laurier; le laurier, attribué à l'hiver, dit qu'il est la saison du repos et la figure du couronnement final ; une rose, un épi, une grappe de raisin, une branche de laurier seront, de même, le meilleur attribut des saisons, si on les représente par des génies ou des figures de femmes.

Les mois ont été rarement personnifiés ; le plus souvent on les a repré-

sentes par les occupations particulières à chacun d'eux, et souvent on leur a associés les signes dn zodiaquç.

Les occupations des mois, considérées comme devant servir à les représenter, ont été exprimées dans ces vers, souvent cités :

Poto, ligna cremo, de vite snpexflua démo, Do gramen gratum, mini flos servit, mihi pratum, Fœnttm declino, messes meto, vina propino, Semen humi jacto, pasoo sues, immolo poroos.

Janvier est le temps des festins, on boit ; en février, on se chauffe ; en mars, on taille la vigne; avril nous donne l'herbe tendre; mai, les fleurs; juin, la grande herbe des prairies ; on la fauche en juillet; en août, on moissonne; en septembre, on vendange ; on sème en octobre; en novembre, on engraisse les porcs ; on les tue en décembre. Nous n'avons rencontré aucun monument où Tordre de ces vers soit absolument suivi ; mais on s'en rapproche d'ordinaire, et nous pouvons les donner comme offrant véritablement la substance de ces sortes de représentations.

Après les mois, dans l'ordre de la division du temps, vient la semaine ; mais nous ne nous souvenons pas de l'avoir vue représentée, et nous passons au jour et à la nuit. Il en existe des images remarquables. Dans la parabole do saint Bariaam ou de l'arbre de la vie, nous avons vu qu'ils étaient figurés par un rat blanc et un rat noir qui rongent la racine de cet arbre. Dans la représentation de cette parabole, parmi les sculptures qui ornent le baptistère de Parme, ils sont personnifiés et caractérisés, le jour, par un cheval, attribut du soleil ; la nuit, par un bœuf, attribut de la lune. Ils ont été représentés, à Chartres, dans le bas-relief correspondant à ces paroles du texte sacré : Appellavitque lucem diem et tenebra$ noctem : <r II donna à la lumière le nom de jour, et aux ténèbres le nom de nuit ». (Y. vig. 116 à la page suivante, et encore vig. 216.)

Nous ne pouvons ici que rappeler les célèbres statues de Michel-Ange, qui représentent, on le croit, le jour et la nuit, au-dessous de la statue de Julien de Médicis, dite du Pensiero. Au-dessous de la statue correspondante de Laurent II de Médicis, on a cru reconnaître l'aurore et le crépuscule ; il serait possible de représenter d'une manière beaucoup moins vague le matin et le soir ; on pourrait de même représenter les heures. Mais, tandis que nous ne pouvons suffire à rendre compte de ce qui a été tenté, ne nous égarons pas en imaginant ce qui pourrait l'être.

Passant à l'étude des astres, qui sont comme l'horloge de la nature , et donnant d'abord un coup d'oeil à l'espace qui les contient, nous rappellerons comment, an rvc siècle, on a personnifié le firmament (p. 193), comment, dans la -suite, on a souvent représenté le ciel par un arc de cercle constellé (vîg. 117, p. 312) on seulement teinté d'azur.

Parmi les innombrables flambeaux qui scintillent là-haut, le soleil et la lune exercent, par rapport à nous, une sorte de royauté : aussi arrivc-t-il

Le Jour et la Nuit. (Chartres, j

souvent que, en les personnifiant, on les couronne. Les exemples de leur personnification sont d'ailleurs aussi anciens que les mentions que nous pouvons faire de lear apparition dans l'art chrétien. Us l'ont été, an vf siècle, but l'une au moins des fioles du trésor de Monza, envoyées à la reine Théodelinde, par des têtes qui rappellent celles de l'Apollon et de la Diane antiques ; ils aont placés & droite et à gauche de la croix plantée sur

le calvaire, dans les circonstances où ils Font été le pins souvent Dans cette situation, ils ne sont pas toujours personnifiés ; il suffit bien des fois d'un disque et d'un croissant pour rappeler tout ce qu'ils signifient ; mais il n'est pas rare qu'on leur attribue des figures humaines. Alors il leur arrive de se voiler la face, de s'attendrir, d'acclamer le divin sacrifice.

Les sept planètes ont été personnifiées d'une manière très-remarquable, au xvi6 siècle, sur les chapiteaux du palais des Doges, à Venise; puis dans le chœur de l'église des Eremitani, à Padoue, par Guariento, qui les a associées aux âges de la vie. Dans la mosaïque exécutée d'après les dessins de Raphaël, dans l'église de Sainte-Bfarie-du-Peuple, à Rome, elles sont figurées par les divinités mythologiques correspondantes ; mais le grand artiste s'est élevé bien plus haut que ces réminiscences païennes dans les figures des Anges qui président à leurs mouvements, et dont nous avons donné pour spécimen au frontispice de cet ouvrage, celui de ces esprits célestes qui est préposé au gouvernement des étoiles fixes.

A des époques où la distinction des quatre éléments était réputée la basé de toute la physique, il était naturel de les représenter pour mettre en scène la nature entière. Aujourd'hui encore, ils répondent aux quatre états de la matière ou des puissances qui la dirigent, états embrassant toutes ses modifications, et en dehors desquels on ne trouve plus rien : l'état solide, l'état liquide, l'état gazeux et l'état de fluide impondérable. On ne représentera plus la terre, l'eau, l'air et le feu comme seuls éléments; mais on pourrait très-bien les prendre pour types du solide, du liquide, du gaz et du fluide, ou bien imaginer quelque autre moyen direct de rendre ceux-ci accessibles au langage de l'art. La terre et l'eau, considérées comme éléments physiques, ont été ou peuvent être représentées à peu près de la même manière que la terre continentale et l'océan, dont nous allons bientôt parler au point de vue géographique. H convient à l'air personnifié d'élever les regards vers le ciel; nous l'avons vu caractérisé par un nid et une étoile portés de chaque main. On a donné volontiers au feu un air sévère et presque menaçant ; comme attribut, il lui convient de porter des torches allumées. A l'air se rattachent les vents, qu'on lui a volontiers associés. Ceux-ci, dans l'art chrétien, ont été représentés, selon la donnée antique, par des têtes ou des bustes ailés, dont le souffle, au sortir de la bouche, est figuré par un faisceau de lignes convergentes. Quand ce sont de mauvais vents qui soufflent la tempête, on leur a quelquefois donné des figures bestiales, pour en faire comme des démons (p. 337).

Rien ne s'oppose à ce que tons les autres météores soient représentés an même titre que les vents ; David les appelle tous à loner le Seigneur.

La terre, au milieu des mondes qui peuplent l'univers, n'est qu'une toute petite planète ; mais, — sans parler de sa propre immensité par rapport & nous et aux êtres innombrables qu'elle nourrit, — l'homme y habite, Dieu s'y est fait homme, et c'est assez pour que, dans le langage divin, le ciel, c'est-à-dire tout ce qni est créé en dehors de la terre, étant*mis d'nn côté, elle paraisse en contrebalancer l'importance. « Au commencement Dieu créa le ciel et la terre », et l'on ne saurait dire, en voyant la suite du récit saoré, si le ciel a été fait pour la terre, la terre pour le ciel ; ou plutôt on reconnaît qu'ils ont été faits l'un pour l'autre.

Baptême de Notre- Seigneur. (Miniature dn in* siècle.)

La terre se prend pour l'universalité de ses habitants, et c'est ordinairement dans ce sens qu'on la représente par un globe : l'idée dn globe se confond alors avec celle du monde, et se prend de même en bonne on en mauvaise part. A un autre point de vue , la terre n'est plus le globe terrestre tout entier, ce n'est plus que la terre ferme ; et alors la mer eu est distincte.

La mer ou l'océan parait avoir été, dans l'art chrétien, un sujet de représentation avant la terre, eu égard au mystère des eaux, et à la

régénération des âmes par lenr moyen; c'est avec cette signification probablement que l'océan a été figuré par une énorme tête que Ton voit dans nne cellule des Catacombes, et qni se retrouve an fond d'nn vase plat on d'une patère à manche dn musée Kiroher, que l'on croit avoir été destiné à l'administration dn baptême par infnsion. Ces têtes portent des cornes, et ce sont effectivement des cornes formées avec des pattes de chancre qni caractérisent la mer, snr les ivoires et antres monuments dn moyen âge, où elle est représentée avec la terre, au-dessous soit dn Christ triomphant, soit, ce qni arrive plus souvent, du divin Crucifié, pour attester que le bienfait de la régénération a été universel. La mer est représentée communément par un homme, à raison de son nom latin, mare. L'attribut qui

La Mer, bac-relief, à Notre-Dame de Puis.

d'ailleurs la caractérise le mieux est l'urne, que l'on donne anssi aux fleuves, dans l'art chrétien comme dans l'art antique. Nous en avons vu un exemple dans la personnification de l'un des fleuves du Paradis terrestre (p. 287). La personnification dn Jourdain, conformément à ces données, y compris les cornes en forme de pattes de chancre, qui lui sont communes avec la personnification de la mer, est celle qui se renouvelle le plus souvent. Quelquefois, au lieu de représenter le Jourdain lui-même, on a représenté ses deux sources ; nous venons, à la page précédente, d'en donner un exemple d'après une miniature du in* siècle, représentant le

31* HÀNTTEL DB L'ÀBT CHRÉTIEN.

baptême de Notre- Seigneur, où elles sont désignées par les deux syllabes de son nom, job, dan.

On vient aussi de voir une sculpture de Notre-Dame de Paris, où la mer est représentée par une femme montée sar an énorme poisson; elle tient à la main nn vaisseau qui vogue sur ses flots, et derrière elle on voit le signe du Verseau, lai-même personnifié . A cette représentation est jointe celle de la terre que nous donnons également. Assise dans une attitude

La Terra, baa-reliei à Notre-Dame de Paris.

ferme et paissante, les bras légèrement étendus, elle tient de la main droite nn vase d'où s'échappent les jets vigoureux d'une jeune plante, de la gauche une motte de terre d'où s'élève nu chêne. Entre ses jambes s'agenouille nne gracieuse jenne fille qui, saisissant son sein, vient y puiser la vie. L'allaitement est en effet la caractéristique ordinaire de la Terre ; mais, tandis que le plus souvent on lui donne à nourrir de vulgaires enfants, des bêtes sauvages , des serpents, il y a ici une grande supériorité dans la manière de rendre le même pensée, et la Terre apparaît non pas seulement comme la mère de tout ce qui est dans la nature, mais comme la nourrice du genre humain.

Page 1