ICONOGRAPHIE DES MYSTERES
EXPOSÉ PRÉLIMINAIRE
L'abt est comme un grand théâtre. Dans l'iconographie générale, nous avons essayé de faire connaissance avec les acteurs. Si nous nous sommes occupé de leur mise en scène, c'était pour apprendre à mieux les connaître; mais il s'agissait toujours de leur caractère personnel, de leur rôle essentiel, bien plutôt que des actions où nous pouvions les voir figurer. Maintenant, c'est sur l'action dramatique elle-même que vont porter nos observations, ou plutôt sur le jeu du mystère, pour nous servir d'une expression qui reporte la pensée sur les représentations si populaires à des époques toutes chrétiennes ; nous ne chercherons pas à les suivre
dans toutes leurs péripéties, le répertoire est immense, et nous sommes obligé de nous borner dans cette partie plus encore que dans la précédente : plus l'étendue de la matière est illimitée, plus il est obligatoire de nous imposer des limites.
Nous nous en tiendrons donc à un ordre de faits éminemment principaux, aux faits qui ont trait directement à l'Incarnation, à sa préparation, à ses effets, jugeant que l'artiste capable de les bien apprécier, de les bien rendre, sera ensuite capable d'aborder avec succès quelque sujet moral et religieux qu'il puisse être appelé à représenter.
Les faits fondamentaux, dans l'histoire du christianisme, reçoivent le nom de mystères , en prenant immédiatement le terme dans son application directe et générale. Ils le méritent en effet, car l'action de Dieu y intervient d'une manière surnaturelle, et c'est avec pleine raison qu'on dit le mystère delà Résurrection, le mystère de l'Ascension. D'ailleurs, en prenant sous cet aspect les faits de l'Ancien et du Nouveau Testament,
nous donnons plus de fermeté et de consistance à nos divisions. Nous groupons sons l'expression d'une même pensée les faits nombreux auxquels nous ne pouvons accorder qu'un rapide coup d'oeil, et nous trouvons une place légitime pour les mystères qui, n'étant pas rapportés parles saintes Ecritures, ont cependant un fondement certain, qui repose sur la tradition, sur les fêtes et sur les décisions de l'Église, A ce point de vue, encore une fois, nous embrassons tout, quoique succinctement, car nous commençons par la création , et nous terminons par le jugement général et nos fins dernières.
Une observation va dominer toute cette partie de nos études: c'est que chacun des mystères qui en fait l'objet est susceptible d'être représenté de trois manières différentes, qui ont tour à tour prévalu. Suivant les temps, en effet, ou l'on s'est attaché principalement à la pensée du mystère , ou aux sentiments qu'il doit inspirer, ou aux circonstances dramatiques de son accomplissement , autrement dit, on a cherché tour à tour à rendre des idées, des affections ou des faits et des effets. De nos jours, on s'est trop persuadé que ce dernier mode de représentation était le seul vrai, le seul rationnel, et qu'il pourvoyait à tout.
Pour nous, nous savons que l'art est dans des conditions trop différentes du réel pour lutter corps à corps avec lui ; il n'obtient l'apparence de cette réalité que sur quelques points de détail ; et pas plus dans la voie des effets pittoresques et dramatiques que dans les autres, on ne peut rester dans les termes de ce terre-à-terre d'exactitude que l'on oppose comme une obligation à des compositions plus directement faites pour rendre des idées et communiquer des sentiments. Il y a autant de fiction, en un mot, dans la manière dramatique que dans aucune autre.
Quel que soit, d'ailleurs, la tendance d'une époque , quelle que soit la direction imprimée à une oeuvre d'art, aucune des trois manières : manières des idées, des affections ou des effets, aucune ne prévaut jamais absolument à l'exclusion des deux autres. Ce que nous demandons à l'artiste, c'est de savoir s'approprier tout ce qu'il y a de bon dans tous les genres , avec autant de tact que de mesure ; qu'il réussisse à associer tout ce qui se rencontre de mieux en d'autres temps, avec tout ce qui se fait de bien dans celui qu'il est appelé à honorer de* ses œuvres.