I.a Visitation. (Dom Loreiuso
mencer à se parler. Au xiii* siècle, à Chartres, Elisabeth se montre heureuse do la visite qu'elle reçoit, et Marie ouvrant les bras semble prête à entonner le Magnificat. A mesure que l'on avance dans le cycle des sentiments, Elisabeth devient plus respectueuse, et le moment va venir où elle s'agenouillera pour recevoir la Mère de son Dieu. En voici un exemple emprunté à une predella eu gradin d'autel peinte, au commencement du IV" siècle, par Dom Lorenzo, le Camaldule. Le P. Antoine de Viegra, cité par Ayala, aurait voulu qu'un semblable signe de respect donné par
Elisabeth à sa cousine devint de règle universelle ; mais Ayala lui-même s'oppose avec raison à ce qu'on impose, sur ce point, la contrainte d'une prescription uniforme.
On remarque dans le tableau de dom Lorenzo une autre innovation dont l'usage va devenir habituel : la multiplicité arbitraire des personnages accessoires. Quand ce sont des Anges que l'on fait assister à cette entrevue, il n'y a aucune objection à faire; mais la présence de saint Joseph, de Zacharie, et des autres témoins humains mis à portée d'entendre l'entretien des deux heureuses mères, a été l'objet de quelques critiques, par ce motif qu'elles seules encore avaient le secret de la maternité virginale de Marie, et que saint Joseph, en particulier, l'ignorait alors ; car , selon toutes les probabilités, ce ne fut qu'au retour de sa très-sainte épouse dans la maison conjugale que, s'apercevant de son état, il eut la pensée de se séparer d'elle.
Tout s'arrange en admettant que de tels personnages, placés dans un tableau à une faible distance des acteurs principaux, ne sont pas réputés à portée d'entendre ce que ceux-ci sont censés dire; c'est un peu comme dans les à-part de théâtre, et l'on indiquera cette intention par rapport à saint Joseph et à Zacharie, par exemple, en les montrant tout occupés de leur propre rencontre, comme étrangers dans tous les cas aux entretiens de Marie et d'Elisabeth.