ICONOGRAPHIE DES SAINTS
EXPOSÉ PRÉLIMINAIRE
Après les principaux mystères de notre foi, les saints tiennent la place la pins grande dans la liturgie de l'Église : ils doivent donc trouver une place analogue dans Fart chrétien, qui se rattache par tant de liens à ces rites sacrés.
Dans l'antiquité chrétienne, on voit promptement apparaître le culte
des saints patrons et les honneurs qui leur sont rendus au moyen de leur image. C'étaient les fondateurs de l'Église particulière, fondateurs aussi,
à Rome, de l'Église universelle ; c'étaient les martyrs qui avaient le mieux illustré le lieu par l'effusion de leur sang, et cette qualité» encore à Rome, se trouvait réunie sur les têtes des apôtres saint Pierre et saint Paul. Après eux, vinrent, dans la suite, saint Laurent, sainte Agnès, honorés, dans la capitale du monde, comme les héros de ses plus glorieux combats, et aussi, ce semble, comme des types d'une certaine excellence pour représenter soit le martyre, soit la virginité : un peu comme saint Pierre et saint Paul étaient eux-mêmes les types de l'apostolat. 11 ne faut pas perdre de vue, en effet, le caractère de généralité que prenaient facilement toutes les idées dans ces temps primitifs. Gardons-nous bien de croire que ce fut au détriment soit des honneurs personnels rendus aux saints, soit de la vérité et de l'importance des faits. Généralisés quant à leur signification, les faits n'en étaient que mieux attestés, et les personnes n'en étaient que mieux honorées in Christo, c'est-à-dire en Notre-Seigneur Jésus-Christ.
En effet, les saints, dans les anciens monuments, sont ordinairement représentés dans des rapports directs avec le divin Sauveur, rapports exprimés par la représentation même, soit qu'ils occupent sa place, soit qu'on les
ait rangés à côté de lui, comme faisant partie de sa cour (pi. rv, vn). Au moyen âge, la représentation des saints prend nn caractère beaucoup plus individuel, et c'est alors que l'on muultiplie et que l'on précise les emblèmes et les attributs propres à les caractériser ; c'est alors aussi que l'on représente leurs histoires et leurs légendes avec un long développement.
On ne saurait attendre de nous que nous passions tous les saints en revue ; nous ne pourrons parler que très-succinctement de ceux mêmes que nous prendrons pour type de chaque catégorie. C'est, en effet, par catégories liturgiques que nous nous proposons de procéder, en suivant l'ordre tracé par les litanies des saints. Dans ces litanies, on invoque d'abord, avec saint Jean-Baptiste, les Patriarches et les Prophètes, c'est-à-dire en général les saints de l'ancienne loi : nous leur consacrerons en conséquence quelques roots. Nous comprenons qu'à certains égards il eût paru mieux d'épuiser le sujet lorsque nous nous sommes occupé des mystères de l'Ancien Testament ; mais saint Jean-Baptiste et les Apôtres figurent de même, comme acteurs, dans les faits évangéliques, et nous ne pouvions y mêler l'exposé de leurs types et de leurs attributs sans confusion.
Nous avons donc cru préférable de traiter parallèlement des mystères et des faits d'une part, des représentations plus spécialement personnelles d'autre part. On comprend d'ailleurs que les différentes parties de cet ouvrage sont destinées à se compléter réciproquement, à se servir d'éclaircissement les unes aux autres. Après donc être revenu sur les saints de l'ancienne loi, dans les conditions et la mesure ainsi exprimées ; nous nous attachons aux apôtres et aux martyrs, puis aux confesseurs fef enfin aux vierges et aux saintes femmes. Moins nous pouvons nous étendre sur les saints mêmes dont nous parlerons en particulier, plus il est nécessaire de déterminer les caractères et les caractéristiques communs à chacun de leurs groupes, et Ton apprendra d'autant mieux à le faire que l'on sera mieux fixé en général sur le caractère des saints et la manière de les caractériser : c'est pourquoi nous commençons par exposer à ce sujet de rapides observations.