DES SAINTS DE L' ANCIENNE LOI EN GÉNÉRAL
L'iconographie des Patriarches et des Prophètes semblerait devoir se confondre avec celle de l'Ancien Testament tout entier ; nous avons dit comment nous étions amenés cependant à leur consacrer ici les quelques pages où nous les avons considérés à un point de vue plus personnel, et par rapport au culte qui leur est dû, afin qu'ils apparaissent à leur rang dans la série des Saints.
Parlons d'abord de leurs représentations par groupes : ainsi les voit-on dans les limbes, quand Notre-Seigneur, après sa mort, vient les délivrer ; et ensuite ils ont droit de figurer avec lui dans la gloire, quand on le représente au milieu de sa cour. Dans ces diverses circonstances, on ne met en scène qu'un petit nombre d'entre eux pour les représenter tous : dans les limbes, on distingue principalement, Adam et Eve, David, puis quelquefois Abel et Moïse. Dans la gloire, Abraham a tellement droit à la préférence qu'elle lui est rarement refusée . Dan s la Dispute du Saint- Sacrement, il représente les patriarches avec Job, d'autres disent avec Adam, tandis que les prophètes y sont représentés par David et Isaïe.
Dans la chapelle de Saint-Brice, à Orvieto, le Beato Angelico avait entrepris de remplir les compartiments de la voûte par autant de groupes de Saints, distribués autour du souverain Juge, les patriarches et les prophètes, les premiers à sa droite et à sa gauche. Interrompu par la mort, il n'a terminé de sa main que le chœur des prophètes, dix-neuf belles figures
toutes pleines d'inspiration ; 'mais il n'y a malheureusement que Moïse*
460 manuel de kart chrétien.
David et saint Jean-Baptiste, peut-être aussi Isaïe, auxquels il ait assigné des caractères assez distincts pour qu'on puisse les reconnaître.
Plus anciennement aux porches de nos églises, la grande importance donnée aux représentations des patriarches et des prophètes repose sur une autre idée que celle de glorification ; on les donne, surtout les premiers, comme des ancêtres de Jésus-Christ. Cette intention est manifeste quand ils sont enroulés dans les rinceaux de la tige de Jessé ; il est vrai alors qu'on ne remonte pas plus haut que David et son père ; mais cette représentation donne le ton de l'ensemble, ou, du moins, elle y tient une place importante et autorise à croire que les premiers patriarches sont aussi représentés dans les séries voisines, quoique le caractère des personnages, quelquefois, n'y soit pas d'ailleurs suffisamment déterminé.
Les prophètes sont groupés à d'autres titres, c'est-à-dire à raison de leurs prophéties. Les quatre grands prophètes sont facilement associés aux quatre Evangélistes, et, sur un vitrail de Chartres, ils les portent sur leurs épaules. Les prophètes sont mis aussi en correspondance avec les apôtres, et alors ils sont choisis au nombre de douze. Les petits prophètes répondent à ce nombre. Cependant, en pareil cas, on ne peut exclure les grands prophètes ; on accorde souvent à David, à Elie et à d'autres encore, une préférence sur quelques-uns d'entre eux. Nous ne connaissons pas de règle pour déterminer le choix que l'on doit faire en pareille circonstance ; nous recommandons seulement d'avoir égard au texte des prophètes qui sont le plus en rapport avec l'idée principale de la représentation, selon qu'il s'agit, par exemple, du premier ou du dernier avènement de Notre-Seigneur, de son enseignement, de sa glorification ; car, en définitive, toutes ces associations doivent se rapporter au divin Sauveur.
(des patriarches.
Nous avons pris à tâche de faire distinguer les saints par groupes, et, dans chaque groupe, de trouver pour chacun d'eux des moyens de distinction personnelle. De caractéristiques communs à tous les patriarches, il nous est cependant impossible d'en indiquer de bien déterminées. Nous dirons seulement qu'on doit s'attacher à leur donner un air grave,
simple et vénérable, an moyen de leurs types, de leurs attitudes et de leurs vêtements. On leur donnera aussi à tous un air de famille, puisqu'ils offrent tous ensemble l'idée de race conservée dans sa plus grande pureté. Généralement on les représente comme des vieillards, mais d'une verte et douce vieillesse, pour dire quelle a été leur longue vie, et parce que leurs principales actions se sont accomplies quand ils avaient déjà vu les années s'accumuler sur leur tête. Il s'agit là, d'ailleurs, de leurs types définitifs, de leurs images représentées avec un caractère de généralité, et non des circonstances de leur vie où ils étaient jeunes encore ; et même, à ce point de vue, abstrait il y a des exceptions : voici en effet Abel qui, par sa mort prématurée, a conquis le privilège de l'immortelle jeunesse.
La série des saints patriarches commence par Adam lui-même. Après sa chute, il fut un modèle de sainte pénitence. Il y a d'ailleurs deux manières de l'envisager quant au type de figure : nouvellement créé, il doit posséder la beauté virile la plus accomplie dans la fleur de l'âge mûr. H en sera de même d'Eve pour la beauté propre à son sexe. Mais si on les considère au point de vue de la sainteté patriarcale, ils auront vécu des siècles, et ils apparaîtront dans leur grand âge avec un air calme et serein, mélangé de quelque tristesse, sous la double pensée des débordements dont ils sont les premiers auteurs, et d'une confiance absolue dans l'efficacité du remède. On peut très-convenablement, en tout état de cause, leur attribuer, comme caractéristiques, l'épi et la brebis qui leur sont donnés sur les anciens sarcophages.
Pour bien caractériser Noé, il convient aussi de recourir à ces anciens monuments et d'imprimer dans sa physionomie le sentiment habituel de la délivrance qui lui fut annoncée par la colombe ; cette colombe ellemême, avec la branche d'olivier, l'arche, l'arc-en-ciel, voilà autant d'attributs qui lui sont parfaitement appropriés.
Quand on le met en scène avec ses fils, il est rationnel de laisser à ceuxci l'aspect de l'âge mûr ; mais représentés comme lui ayaDt sucoédé dans la série des patriarches, il convient alors d'en attribuer le type vénérable, au moins à Sem et à Japhet, chacun avec le caractère propre à sa race.
Benozzo Gozzoli nous offre, dans les fresques du Campo Santo de Pise, les meilleurs types de patriarches que nous connaissions : la figure de Noé est très-belle; celle d'Abraham est plus belle encore, avec les traits adoucis de la race judaïque. H est bien, en effet, de les adoucir dans son type originaire, car ils ont dû se charger, quand cette race privilégiée a, dans
la suite des temps, abusé des dons de Dieu. Comme attribut, il n'en est pas de plus propre à caractériser le saint patriarche que tout ce qui se rapporte au souvenir de son sacrifice : le glaive , le jeune Isaac en personne. Quant à celui-ci, il est dans le plus beau moment de son rôle lorsqu'il se prête à ce sacrifice de lui-même. De sa part comme de celle de son père, le sacrifice du cœur, c'est-à-dire celui qui est méritoire, était complet lorsque Dieu, satisfait, arrêta le bras d'Abraham. Ce caractère doit se retrouver en Isaac, alors même qu'il est devenu le chef patriarcal de la famille choisie : caractère de sérénité et de soumission au milieu des épreuves. Jacob aussi s'offre avec un type de douceur, mais il a plus d'action ; il semble faible en regard d'Esaû, mais il est fort contre Dieu ; les adversités l'émeuvent, l'agitent, mais ne l'abattent pas. Pour le bien caractériser, il faut surtout se rappeler ses derniers moments, il faut illuminer ce regard qui pénétrait les destinées de Juda, et voyait bondir le jeune lion qui devait être le Rédempteur du monde. Joseph est la figure de ce Rédempteur lui-même; bien qu'il ait eu une vieillesse puissante et honorée, il convient mieux de le représenter dans la force de la jeunesse , lors de son triomphe.