DES PROPHÈTES
IL est pour les prophètes un attribut déterminé, le volumen : il ne leur appartient pas exclusivement; par conséquent, il n'est pas tellement caractéristique qu'il suffise seul à les faire reconnaître; mais il y contribue, -avec l'aide des circonstances. H vaut mieux pour eux le volumen que le livre proprement dit : dans leurs mains il sera roulé plutôt que déployé ; on dit mieux ainsi quels étaient les voilçs de l'ancienne loi , alors même qu'ils les avaient soulevés, jusqu'à ce que la lumière complète se soit faite sur leurs prophéties par leur accomplissement ; cependant on ne craindra pas de leur mettre à la main des phylactères déployés, quand on voudra y inscrire quelques-uns de leurs textes, ces textes servant à les faire reconnaître en général et en particulier. Qu'on s'efforce surtout de leur donner un air inspiré : non pas l'inspiration prétendue d'un énergumène qui s'agite, qui s'échauffe, mais quelque chose d'élancé dans le regard, de
vivement éclairé dans les traits, nne bouche qni s'entr'ouvre prête à par* 1er, une oreille qui écoute sans efforts : les sons venus d'en haut sont clairs et pénétrants. Les Prophètes de Michel- Ange, à la voûte de la chapelle Sixtine, sont assurément d'une grande beauté; cependant nous ne saurions en conseiller l'imitation sans réserves. Qu'on y prenne l'idée du grand, de la vive intelligence; mais avec plus de calme, plus de sérénité, plus de sobriété dans la vigueur matérielle, et sans faire autant que lui, parce que pour cela il faudrait son génie, le peintre chrétien fera mieux, en mettant sur la voie où la vérité se rencontre plus sûrement.
La même exagération de force se retrouve, et plus encore, dans le Moïse du tombeau de Jules II. Cette statue est une des œuvres les plus étonnantes, la plus étonnante peut-être qu'ait enfantée Michel-Ange. Cette figure nous soulève, elle vous dit qu'il y a quelque chose de plus grand que ce que l'on voit sur la terre. Mais est-ce bien là Moïse ? Faut-il se représenter par un côté si terrible celui qui s'est dit le plus doux des hommes? Que l'œuvre du puissant artiste reste ce qu'elle est, un sujet d'admiration ; mais la prendre pour modèle devient un erreur , et par rapport au type du prophète et par rapport à son principal attribut : nous voulons parler de ses cornes de taureau. Cet attribut vient de ces mots cornuta faciès, « visage rayonnant», que le texte sacré applique à Moïse, lorsque le prophète descendait du Sinaï après avoir conversé face à face avec Dieu. On les avait interprétés comme Michel-Ange longtemps avant lui, c'est-à-dire dès le XIIIe siècle : c'était substituer un signe de force à un signe de splendeur ; pour exprimer l'inspiration, il est bien mieux de revenir aux jets lumineux, à l'exemple de Fra Angelico, de Benozzo Gozzoli, de Raphaël Nous devons d'ailleurs aux deux premières des têtes de Moïse qu , comme type, ne laissent rien à désirer, surtout celle de la Transfiguration, dans une des cellules de Saint-Marc. Cette figure si douce, si majestueuse, si sereine dans sa contemplation, n'en serait pas moins susceptible de s'animer d'une sainte indignation, en présence des prévarications d'un peuple choisi de Dieu et comblé de ses faveurs. S'il ne s'agit d'ailleurs que de faire reconnaître Moïse, les tables de loi placées dans sa main en offrent un moven facile.
Josué, qui après lui fut chargé de la conduite du peuple de Dieu, représenté en guerrier, doit offrir le type d'un général accompli. Gédéon est un chevalier, et sa toison fournit un moyen facile de le distinguer. Samson avec sa nature un peu agreste se fait remarquer par son intrépidité, sa
générosité et sa vigueur. Samuel, c'est l'homme inspiré agissant au nom de Dieu : à Chartres, on Ta représenté tenant un agneau qu'il est prêt à égorger.
Nous voici à David. L'iconographie du roi-prophète pourrait être à elle seule le sujet d'une importante monographie ; il en serait de même, du reste, de celle de Moïse ; mais nous n'avons à nous occuper ici que des types et des attributs les mieux choisis pour les représenter et les caractériser. Trois phases sont à considérer dans la vie du roi-prophète : ou l'on verra en lui le jeune pâtre qui terrassait les lions, qui fut sacré par Samuel, et fut vainqueur de Goliath : alors les attributs qui lui conviennent le mieux sont la fronde ou la tête même du géant philistin ; ou , jeune guerrier et gendre de Saiil, il ne charmera quelque temps les fureurs de ce prince par les sons de sa harpe, que pour être bientôt l'objet de sa haine ; ou, devenu roi, toutes les vicissitudes de son règne , ses succès et ses revers, ses fautes et ses pénitences, tout est réputé accompli, et on le représente sinon comme un vieillard, au moins comme un homme qui a dépassé l'âge mûr. Avec sa harpe et sa couronne, il est toujours facile de le faire distinguer; et, quant à son caractère, on l'aura heureusement rendu, si, élevant ses jeux au ciel, on donne à sa physionomie ce quelque chose de tendre et de suppliant qui ajoute à la poésie de l'expression, dans les communications avec Dieu, chez ceux à qui il a été beaucoup pardonné.
Elie a été, beaucoup plus que David, représenté dans l'art chrétien primitif, à raison de son enlèvement au ciel et de la signification qu'on y attachait comme symbole de la résurrection. Alors sa figure généralement est jeune et imberbe, tandis que celle d'Elisée son disciple, parce qu'il est resté sur la terre, porte la barbe, signe d'un âge plus avancé : ces types leur sont attribués, à raison de leurs significations, dans des circonstances trop exceptionnelles pour servir de règle, quand on les représente dans un ordre d'idées vraiment personnel : ce qui esi arrivé assez rarement. Alors il convient de leur attribuer à l'un et à l'autre au moins la maturité de l'âge : à Chartres, Elie est caractérisé par des roues enflammées, Elisée par une image de la Sunamite.
Les quatre grands prophètes et les douze petits .sont ainsi classés à raison de leurs écrits, et c'est aussi à raison de leurs écrits qu'on les a ordinairement représentés dès que, des errements de l'antiquité chrétienne, l'on est passé à ceux du moyen âge. Dans l'antiquité chrétienne, c'est eu
égard aux situations où ils s'étaient personnellement trouvés que Daniel et Jonas apparaissent si souvent. Isaïe le premier a été représenté à raison de ses textes prophétiques, et c'est toujours lui que Ton a préférablement choisi, quand on a voulu représenter en général l'esprit prophétique ou le chœur des prophètes : dans ce dernier cas, on lui associe volontiers Jérémie. Pour exprimer le caractère de chacun des grands prophètes, il nous semble qu'on ne peut mieux faire que de considérer en Isaïe la plénitude de l'inspiration; en Jérémie les sublimes douleurs; les hauteurs de la contemplation chez Ezéchiel; la joie de la délivrance prochaine chez Daniel. Conservant à tous les quatre des traits également graves, également vénérables, il pourrait y avoir quelque chose de plus ferme dans Isaïe, de plus allongé chez Jérémie, de plus élancé chez Ezéchiel, de plus dégagé et de plus alerte chez Daniel. Le charbon ardent, un séraphin, la fleur de Jessé simple ou surmontée du divin Enfant sont les attributs qui conviennent le mieux à Isaïe. Jérémie, selon la tradition, ayant été lapidé, on lui donne pour attributs des pierres, ou bien la verge et la chaudière enflammée qu'il aperçut dans une vision. Des roues scellées peuvent servir à caractériser Ezéchiel ; Daniel le sera au moyen d'une coiffure orientale, rappelant le rang élevé qui lui avait été accordé à Babylone, par le bélier de ses visions, par les lions qui le respectèrent au lieu de le dévorer.
Il n'est pas possible d'indiquer des moyens bien consacrés par l'usage pour caractériser individuellement chacun des douze petits prophètes, surtout de les caractériser d'une manière très-sommaire : au portail Saint- Honoré de la cathédrale d'Amiens, ils le sont par des mises en action qui ne sont pas toutes d'une intelligence également facile ni d'une égale autorité.
Aux prophètes , dans les représentations de l'art chrétien , on a fréquemment associé les sibylles. Les sibylles ne comptent point parmi les Saints; nous leur devons cependant une mention eu égard à cette association. D'abord on n'en représenta qu'une seule, et aucun des exemples que l'on peut en citer ne parait pouvoir remonter plus haut que le xnT siècle; c'était alors la sibylle du Die* irœ que l'on avait principalement en vue. Au xive siècle, dix sibylles ont été gravées sur le pavé de la cathédrale de Sienne; leur nombre complet a été porté à douze. Ces représentations, rares encore au xrv* siècle, sont devenues très-communes à la fin du xv*, et leur vogue s'est maintenue pendant tout le xvi* et le xvu6 siècles.
Lea cinq sibylles de Michel-Ange, à la voûte de la Sixtiue , qni alternent avec les Prophètes, sont justement admirées an même titre, c'est-àdire pour lenr puissance de jet. Supérieures cependant sont les quatre sibylles de Raphaël dans l'église de Sainte-Marie-deWa-Pace : supérieures par l'élévation de leurs types, par la grâce de leurs formes, par l'air inspiré de leur physionomie; mais leur caractère est trop indéterminé aux unes et aux autres, et on ne voit pas assez quel est l'avenir qu'elles annoncent.
Le Beat» Angclico, ans prophètes représentés dans l'encadrement de la grande peinture murale de la salle du Chapitre, dans le couvent de Saint-Marc, à Florence, a associé une sibylle, une seule, l'Erythrée, noua
Sibylle Erythrée. (Fra Angelico.)
lui consacrons nue vignette, la considérant, dans son genre naïf, comme un modèle d'inspiration plus évidemment chrétienne : une plume a la main, soulevant de l'antre le phylactère qui s'élève en se déroulant, elle dit franchement ce qui doit venir : l'Évangile, le salut par la croix.
SAINT JEAN-BAPTISTB.
Tous les Saints, tous les élus, sont destinés à acquérir dans l'état de béatitude un haut degré de ressemblance, physique même, avec le Fils de Dieu ; ils vivent en lui, il vit en enx, et tous leurs traits doivent se rectifier et s'embellir, dans le sens d'une conformité plus ou moins par-
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faite avec leur divin Modèle. Saint Jean-Baptiste, le pins grand de tons les Saints, sanctifié ayant sa naissance par la présence de Jésns , devait avoir, même dans le conrs de sa vie mortelle, nne grande ressemblance avec le Sanvenr : il avait avec lni la conformité dn sang attachée à une proche parenté, et une certaine confraternité morale ; lorsqu'il commença à élever la voix pour l'annoncer, il fat pris pour le Messie, tant Ton fut saisi de la conformité de son rôle et de son langage avec tout ce qu'on devait attendre du souverain Réparateur ; et il arriva plus tard que Jean ayant souffert la mort, on le crut ressuscité dans la personne de Jésus.
Donc, pour représenter saint Jean, on ne saurait rien tenter de mieux, à défaut de tout type traditionnel, que de prendre celui-là même du Christ, en y apportant des différences, comme on les remarque entre deux frères qui se ressemblent.
Destiné à l'aplanissement des voies du salut, saint Jean se montra habituellement plus austère pour lui-même, plus sévère pour ses auditeurs ; il est à propos qu'une certaine mesure d'austérité et de sévérité se manifeste dans ses traits ; mais rien n'est plus contraire à la vérité que ces figures où le saint précurseur apparaît comme une sorte de demi-sauvage. Il est arrivé aussi qu'on l'a vieilli, et qu'on a allongé sa barbe outre mesure , surtout chez les Grecs. H ne faudrait pas oublier qu'il n'a que peu vécu au delà de sa trentième année.
En somme, il n'est pas commun de trouver des images de saint Jean- Baptiste pleinement satisfaisantes. La plupart des modernes sont passés facilement d'un extrême à l'autre, se plaisant à le représenter au fond de son désert, pour avoir un prétexte de peindre un beau jeune homme peu vêtu, et ils le font apparaître ensuite dans l'exercice de son ministère, trop âpre, trop inculte, trop âgé. Cependant la ressemblance que nous désirons voir établir entre les traits de Notre-Seigneur et ceux de son saint précurseur ne laisse pas que d'être appuyée sur un assez bon nombre d'exemples ; nous pourrions en citerde Giotto, de Fra Angelico, de Raphaël. Nous en avons donné un de Luca délia Robbia (p. 377), dans la scène du Baptême de Notre-Seigneur. On jugera, nous l'espérons, que de semblables exemples méritent d'être soigneusement suivis.
Les anciens monuments sembleraient annoncer l'intention d'attacher un sens aux vêtements de saint Jean-Baptiste plutôt qu'aux traits de son visage. Le Père Garucci a fait observer qu'il ne paraît, dans ces monuments, que couvert d'une peau brute, affectant la forme d'une tunique
courte jetée négligemment. En effet, presque tons les monuments cités depuis le v* siècle jusqu'au Xe, où saint Jean-Baptiste est représenté dans la scène du baptême de Notre-Seigneur, justifient cette observation. Les artistes modernes qui ont cru devoir traduire par ce costume agreste ce que la sainte Écriture nous apprend du genre de vie et des vêtements du saint précurseur, ont donc pour excuse, c'est incontestable, ces exemples voisins des temps primitifs. Cet usage cependant n'a jamais existé sans exception ; il est sévèrement blâmé par Molanus et par Ayala, et il est encore venu trop tard pour avoir, comme tradition, une grande valeur. Il fut en outre interrompu pendant tout le moyen âge, et dès le Xe ou le xi° siècle, par l'usage tout contraire de revêtir saint Jean d'une longue tuniqne et du pallium, selon le costume dit apostolique. De semblables vêtements paraissent d'ailleurs exclure toute intention de se conformer à la réalité historique : on retrouve au contraire une intention de ce dernier genre dans les figures, assez fréquentes elles-mêmes au moyen âge, où saint Jean porte une véritable tunique longue et régulièrement cousue, mais où cette tunique est formée d'une grossière fourrure. Le mieux est assurément de s'en tenir au récit évangélique, d'après lequel on ne peut douter que saint Jean-Baptiste n'ait été très-complètement, quoique très-pauvrement vêtu. Il portera une tunique qui lui descendra au moins jusqu'à la moitié des jambes. Cette robe sera tissue, mais d'une façon grossière, comme elle pourrait l'être avec du poil de chameau ; elle sera soigneusement soutenue par une ceinture de cuir, cette circonstance n'ayant pas été, non sans dessein , consignée dans l'Évangile, et cette tunique sera recouverte d'un manteau également d'étoffe grossière et de peu d'ampleur. Saint Jean, en effet, était un nouvel Élie, et Élie avait un manteau, puisqu'il le laissa à Elisée. Quant aux pieds du saint précurseur, il est admis sans contestation qu'ils doivent être nus.
L'agneau est le principal de ses attributs, en souvenir de ces paroles, Ecce agnusDeiy dont il se servit pour désigner Notre- Seigneur lorsqu'il le vit venir vers lui. L'usage de placer l'agneau dans la main de saint Jean- Baptiste remonte au XIIe ou XIIIe siècle. Alors on ne manquait pas de distinguer cet emblème symbolique, d'un animal vulgaire, ab agno bruto, comme le veut Ayala, se plaignant de l'-abus contraire ; on le faisait en renfermant cet agneau dans un disque, en le nimbant du nimbe crucifère, en lui donnant à porter la croix. Le seul fait du geste, par lequel saint Jean montre l'agneau qu'il porte , maintient encore dans l'emploi de cet attri-
but une élévation qui disparaît à partir de la renaissance. Alors on voit trop souvent l'agneau brouter, jouer, ou encore il est jeté négligemment à côté du saint précurseur.
Au symbole de l'agneau , ou plutôt aux paroles de saint Jean, lorsqu'il se servit de ce terme pour désigner le Sauveur, se rapporte aussi la banderole qui lui a été elle-même souvent attribuée comme sortant de sa bouche. D'ordinaire, sur cette banderole, on lit ordinairement ces mots : Ecce agnus Dei; mais il arrive aussi qu'ils sont sous-entendus. Quelquefois on y lit un autre texte, celui-ci, par exemple: Vox clamantis.... H s'agit toujours , par ce moyen , de dire quelle est la mission de saint Jean. En des temps plus récents, la banderole a été souvent disposée comme accessoire de la croix devenue l'un de ses attributs les plus habituels. Cette attribution remonte aux derniers temps de l'antiquité chrétienne ; alors on lui mettait aussi quelquefois un roseau à la main. De la croix et du roseau est provenue la croix de roseau qui a fini par prévaloir.
Saint Jean-Baptiste a été appelé un Ange de la bouche de Dieu même. En conséquence les Grecs, l'ont habituellement représenté avec des ailes ; mais nous ne croyons pas que cet usage ait jamais pénétré dans l'Eglise latine ; les Grecs souvent encore, rarement les Latins, lui ont donné sa tête à porter dans le plat, où elle fut offerte à la fille d'Hérodiade ; il est mieux assurément de les laisser entre les mains de celle-ci. Quelquefois, à côté de saint Jean, on représente une cognée au pied d'un arbre ; il n'y a rien au contraire à reprendre dans l'emploi de cette caractéristique. * Le saint précurseur est représenté ou enfant, ou dans la maturité de l'âge, ou dans le cours de sa vie mortelle et dans les circonstances de sa mort, ou dans la gloire, occupant un rang supérieur dans la cour céleste.
Les représentations où l'on met en scène le petit saint Jean avec l'Enfant Jésus, sont purement fictives, puisqu'il est probable qu'ils ne se rencontrèrent même pas pendant leur enfance ; nous avons cependant admis ces pieuses fictions. A plus forte raison, doit-on admettre que saint Jean soit représenté isolément, ou avec la candeur de l'enfance, ou avec la fraîcheur de la jeunesse, pour honorer en lui la sainte vie qu'il mena dès ses plus tendres années. Nous ne combattons que l'abus des représentations faites, sous ce prétexte, uniquement pour les sens. L'agneau et la croix du roseau sont les attributs en usage les mieux appropriés au petit saint Jean, et l'on peut faire de lui un type d'innocence. Adolescent dans le
désert, il faut qu'il soit déjà un type de pénitence austère. Nous avons dit comment on devait le représenter dans l'âge mûr ; on pourra le suivre dans toutes ces modifications de l'âge, quand on représentera les différentes circonstances de sa vie. Si l'on veut s'attacher à son action la plus caractéristique, on choisira nécessairement le Baptême de Notre-Seigneur.
Nous n'avons plus qu'à le considérer dans la gloire.
La sainte Vierge étant placée à la droite du Christ triomphant, saint Jean-Baptiste lui est ordinairement opposé à la gauche. Les deux premières places auprès du Christ sont, il est vrai, plus souvent encore occupées par saint Pierre et saint Paul ; mais il faut comprendre qu'il s'agit alors principalement de représenter l'Église et son gouvernement dans sa durée terrestre ; dans ce cas, la sainte Vierge et le saint précurseur, si on ne les voit pas, n'en conservent pas moins dans les régions invisibles, leur rang supérieur : pensée explicitement rendue dans un certain nombre de monuments d'un développement plus complet, où ils apparaissent effectivement au-dessus des deux apôtres.
Saint Jean-Baptiste est, en titre, premier acolythe de Jésus-Christ, s'il est permis de parler ainsi ; mais, pour qu'il en exerce les fonctions, il faut que Marie soit appelée elle-même à les remplir, car la raison d'assigner au saint précurseur le poste dont nous parlons, c'est qu'il est le seul qui doive être mis dans l'iconographie en pendant de la Mère de Dieu, si l'on excepte le pied de la croix, où saint Jean l'Évangéliste est associé à Marie comme le fils à sa mère, et comme le chrétien racheté, à la coopératrice de la rédemption.
Il existe dans les hautes époques de l'art chrétien une telle corrélation' entre l'idée du Christ triomphant dans l'éclat d'une gloire impassible et sa victoire remportée par la Croix, qu'il peut 7 avoir incertitude quelquefois sur la question desavoir lequel des deux saint Jean on a représenté avec la sainte Vierge, de chaque côté de cet instrument de salut ; mais ces caslà sont très-rares. Hors de la présence de la croix, il ne devrait plus y avoir aucune incertitude, et si la sainte Vierge apparaît d'un côté de Notre- Seigneur, il semblerait que l'on dût toujours reconnaître de l'autre le saint précurseur; il n'est pas douteux cependant que cette règle a souffert d'assez nombreuses exceptions ; mais ce n'en est pas moins une anomalie qui ne saurait être imitée : à côté de la croix, que saint Jean l'Evangéliste occupe donc toujours la place dont nous parlons , toujours saint Jean- Baptiste à côté du Christ triomphant.