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COMPOSITIONS RELATIVES A SAINT PIERRE ET A SAINT PAUL

Après avoir observé, autant que nous l'avons pu, les types et les attributs qui, selon les lieux et les temps, ont servi à caractériser les apôtres saint Pierre et saint Paul , nous allons passer en revue les principales compositions où l'art chrétien les a fait figurer, en commençant par oelles qui sont symboliques plutôt qu'historiques et d'un caractère plus général. Il n'en est pas de plus ancienne et de plus importante que celles où on les voit de chaque côté de Notre-Seigneur, ou d'un signe qui le représente, comme le Chrisme et la Croix.

Ils sont là représentés comme les premiers ministres du Seigneur, comme les princes de son peuple, les chefs de son Eglise, les généraux de ses armées, comme les chérubins de l'Arche de la nouvelle Alliance ; les Pères ne tarissent pas sur les titres qui peuvent leur être donnés. A cette composition s'est rattachée la question délicate de la position respective des deux apôtres, comme on le voit sur les sceaux en plomb des bulles pontificales dont un exemple est donné à la page suivante.

Sur les fonds de verre à figures dorées qui, dans leur ensemble, sont les plus anciens des monuments où les deux apôtres soient ainsi réunis, l'ordre hiérarchique, tel que nous le comprenons aujourd'hui, a été généralement

«0 MAS (TEL DE LAKT CHEÊTIEN.

observé : c'est-à-dire que saint Pierre occupe la droite ; noua es »v< compté une soixantaine d'exemples, et seulement deux on trois exe* Hais il n'en est plus de même dans les monuments subséquents : à partir do v* siècle, saint Pierre est plus communément passé à la gauche, et saint Panl l'a remplacé à la droite. Il faut revenir aux temps modernes pour retrouver communément saint Pierre à la place que, dans nos idées sur la droite et la gauche, il n'aurait jamais dû céder. Mais il est évident que ces idées n'ont pas été toujours les mêmes, nous l'avons vu précédemment (p. 122).

Sceau en plomb d'ITonoriog III.

Nous mettons sons les yeux de nos lecteurs, les figures représentées sur la face principale d'un seau ou vase en bronze , attribué au rv* ou V* sièole par M. de Rossi, qui noos l'a signalé. On voit que Notre-Seigneur, assis au milieu des apôtres (ils sont représentés tous les douze), accueille spécialement saint Paul ; il est très-probable que l'on a voulu aîusi représenter son accession à l'apostolat, et que c'est là ce qui a motivé sa mise à la droite ; il est certain que jusqu'au moyen âge et pendant tout son cours, s'est maintenue la pensée de tendresse que l'on attribuait au Seigneur pour ce nouveau venu, pour ce Benjamiu du Collège apostolique. Nous reproduisons, en effet (p. 472), une miniature <le la Bible moralises, à laquelle nousavons fait beauooup d'antres emprunts, où nous voyons saint Paul spécialement accueilli par Notre-Soigneur en présence de saint Pierre et des autres apôtres, par allusion à la reconnaissance de Joseph par ses frères. ,

ce

Mois il faut le dire : si entre les apôtres saint Paul est le Benjamin , saint Pierre est le Joseph, et, dans cette Bible même, il en joue le rôle.

Dans ce symbolisme donc, le Prince des Apôtres n'est nullement sacrifié ; et plus nous remontons dans l'antiquité chrétienne, plus nous constatons que, à part la signification fort élastique de la position respective des apôtres à la droite et à la gauche, il n'est rien de mieux établi qne la hante prééminence que lui accorde dans tout temps l'art chrétien. Si quelqu'un des apôtres doit prendre place au milieu, c'est lui qui s'y met; si l'un d'eux doit s'asseoir sur un siège pins élevé, c'est lui qu'on y voit ; les deux princes des apôtres sont-ils rangés d'un même côté, il marche en tête; en

Saint Paul accueilli par Notre- Seigneur. (Miniature du xv siècle.)

est-il quelqu'un qui porte un signe exceptionnel de dignité, c'est lui qui l'a reçu , et quand on les nomme, son nom est toujours prononcé le premier : on dit invariablement a saint Pierre et saint Paul ». Mais où apparaît surtout la grande supériorité de saint Pierre, c'est que, en l'absence visible dn divin Maître, on lui accorde à lui seul le droit de le représenter et de tenir sa place. Cest surtout à Pierre qu'est confié spécialement le dépôt de la loi. (P. 112, 113, 193.)

D ne font pas confondre la scène de ce don sacré avec nne autre composition introduite dans l'art plus tardivement, et où Notre-Seîgneur donne d'une part a saint Pierre les clefs, signe de la souveraine juridiction, de Vautre à saint Paul, un livre dont la signification est déterminée sur le Ciborium de la basilique Ambrosienne, à Milan, par les mots Âccipe librum Sapieidiœ. Ce livre de la Sagesse, attribué à saint Pau), implique l'idée d'an enseignement doctoral, et non plus celle d'une interprétation souveraine: on en a la preuve, quand un autre docteur est substitué à l'Apôtre des Gentils, comme dans le tableau d'autel de la chapelle Strozzi, à Santa-

Dons des clefs à saint Pierre, et du livre à saint Thomas d'Aqnîn.

Maria-Novella de Florence, peint par Orcagna, et dont nous reproduisons la partie centrale où, saint Pierre continuant de recevoir les clefs, le livre est donné à saint Thomas d'Aquin.

Les deux apôtres ensemble représentent l'Église romaine, mère et maîtresse de toutes les églises particulières ; par extension, ils représen-

ient l'Église tout entière. C'est plus proprement et plus directement comme son chef, et comme la représentant à lui seul , que saint Pierre apparaît isolé ; il n'est plus seulement alors le premier ministre de Jésus- Christ, il est son vicaire et son lieutenant dans toute la force du terme : il tient sa place, il le supplée ; devenu pasteur de ses brebis, il les garde à son tour, il est le Moïse de la nouvelle loi, et par excellence le pécheur des âmes et le pilote de TEglise. Toutes ces idées ont été rendues dans l'iconographie chrétienne.

Nous ne saurions ici embrasser la vie de saint Pierre dans tous les détails des circonstances où on peut le représenter; nous nous contentons de rappeler celles de ses actions qui ont été tour à tour, selon les temps, considérées comme les plus caractéristiques : la pêche miraculeuse, la vocation, la tradition des clefs, le reniement, et surtout sa prédiction, le repentir, le martyre.

Quand saint Paul est pris isolément, c'est préférablement sa conversion que l'on met en scène. Le plus souvent alors, on le représente en costume militaire, et tombé de cheval sur le chemin de Damas : cet usage a été vivement critiqué au point de vue de l'exactitude historique. Ayala voudrait que le futur apôtre, alors âgé de trente à trente-cinq ans, en costume juif, non romain, civil, non militaire, eût pour monture un âne ou une mule ; on ne peut nier que ce fut selon la vraisemblance ; cependant il serait peut-être sévère d'interdire la voie jusqu'ici la plus suivie ^'essentiel, c'est d'exprimer dans la physionomie du saint que son âme se rend à la grâce, au lieu de s'attacher par trop aux effets pittoresques de sa chute.

Nous revenons, pour finir, à l'association des deux apôtres, car, dans l'iconographie comme dans la liturgie chrétiennes , il semble qu'on les honore l'un ou l'autre insuffisamment, si on ne les honore ensemble. Saint Pierre est le fondement infaillible de la doctrine chrétienne, saint Paul exprime l'idée de son extension (v. pi. v) : or, le fondement et l'extension sont inséparables.

On rapporte que saint Pierre et saint Paul, sortis de prisons différentes, se rencontrèrent comme ils étaient conduits chacun au lieu de son supplice, et qu'ils s'embrassèrent alors une dernière fois.

Cet embrassement fraternel a été assez fréquemment représenté par les Latins et par les Grecs, pour exprimer leur parfait accord : l'exemple que nous en donnons est peint sur le volet d'un diptyque grec que l'on voit au musée du Vatican.

DKS APOTRES. 475

Les deux apôtres, ce jour même, se retrouvèrent dans la cite bienheureuse; et le sarcophage que l'on a tu, p. 176, témoigne, avec plusieurs autres, que dans l'antiquité chrétienne on s'est plu à représenter leur martyre simultanément. Sur ces monuments, conformément k l'usage alors général, celui de saint Pierre est seulement rappelé par son arrestation,

Kmbrnssement de saint Pierre et de k

tandis que l'on voit dans la main d'un bourreau l'épée qui va servir à décapiter saint Paul. Dans la suite, on le montrera inclinant la tête pour recevoir le coup mortel, et saint Pierre sera crucifié sur sa croix renversée. Mais ce n'en sera pas moins là un moyen d'affirmer lenr final triomphe.

L'importance tout exceptionnelle de l'iconographie de saint Pierre comme chef de l'Église, de saint Paul parce qu'il lui est particulièrement associé, a fait que nous avons étudié leurs images avant de porter notre étude sur le corps apostolique en général, dont nous devons nous occuper maintenant avant de dire un mot de chacun des autres apôtres en particulier.

Dans l'antiquité chrétienne, lorsque saint Pierre et saint Paul ne sont pas désignés par leurs types historiques, qu'ils ne sont pas nommés, qu'ils ne portent pas d'attributs, ils se font encore souvent reconnaître, sinon avec certitude, du moins avec probabilité, par leurs fonctions d'acolytes près de Notre-Seigneur et par leur nombre de deux. Quand le divin Sauveur* est accompagné d'une suite plus nombreuse, il y a des présomptions en faveur du surplus des apôtres pour les faire reconnaître à leur tour, et, quand le nombre douze est rigoureusement atteint, il n'y a presque pas de doute qu'on ait voulu représenter tout le collège apostolique. Nous avons parlé des exemples qui en sont donnés par les peintures des Catacombes où, le Christ portant le type ,de l'éternelle jeunesse, quelques interprètes ont cru qu'on avait voulu le représenter à l'âge de douze ans, dans le temple, au milieu des docteurs. Il n'y a pas de doute, vu le nombre douze, que ce ne soient là les apôtres, c'est-à-dire les vrais doc* teurs , qu'on ait ou non fait une allusion au fait historique de la dispute parmi les docteurs : il y a, en effet, des exemples certains de transpositions semblables.

Dans les monuments du rv* et du Ve siècles, il n'est pas rare que les apôtres soient disposés en cercle autour d'une figure centrale de leur divin Maître, de sa croix, ou de son monogramme : alors ils forment autour de lui comme une couronne, selon l'expression de saint Paulin :

Oui coron» sunt corona apostoli Quorum figura est in columbarum choro.

On voit aussi par ces vers qu'à Noie les apôtres étaient représentés par douze colombes ; on en connaît d'autres exemples (p. 127). Noi*s fcvojis fçit

observer aussi qu'ils étaient souvent représentés par douze brebis. Sur le seau de bronze dont nous avons reproduit un côté (p. 471), ils sont désignés par leurs noms. Jusqu'au xine siècle, c'était le seul moyen usité de les désigner chacun individuellement, et il est douteux si, auparavant, à l'exception de saint Pierre et de saint Paul, on peut, en dehors de cette désignation nominale, reconnaître, en de rares circonstances, quelqu'un des apôtres en particulier. Depuis le xin® siècle, on les caractérise généralement par les instruments présumés de leur martyre ; mais comme il y a de l'indécision sur le genre de supplice qu'ils ont subi pour la plupart, il n'est pas toujours possible d'interpréter avec certitude les caractéristiques de quelques-uns d'entre eux. Il en est peu, d'ailleurs, auxquels on ait attribué des types fixes ; il n'y a guère d'exception que pour saint Jean, saint André et les deux saints Jacques, et pour ceux-là même il n'y a rien qui ait prévalu d'une manière absolue. L'ordre où sont rangés les apôtres n'est pas indifférent, et c'est encore un moyen de les faire reconnaître individuellement ; mais cet ordre n'étant pas toujours absolument le même, il ne peut pas non plus être un guide absolument certain. Pour nous, nous suivons, pour en parler, l'ordre rétabli par l'Église dans le canon de la messe et les litanies des Saints. Si tous les artistes voulaient bien s'y conformer à l'avenir, on ne pourrait plus se tromper sur la désignation d'aucun des apôtres, quand ils sont réunis en corps.

Le caractère et les caractéristiques communs à tous les apôtres doivent être un grand air de gravité, le geste de la main droite légèrement levée pour annoncer la bonne nouvelle, le livre porté dans la main gauche, la tête et les pieds nus, la tunique et le pallium antiques pour vêtements , le nimbe coloré en rouge. En voilà assez pour éviter de les confondre çvec tout autre ordre de saints, si ce n'est avec les prophètes, lorsqu'on n'a pas la ressource de la coloration des nimbes. Alors même on peut éviter facilement toute confusion en faisant du volumen l'attribut des prophètes, tandis que le livre proprement dit resterait aux apôtres. Il est facile aussi d'établir une différence dans le geste, celui des prophètes étant incliné en avant pour annoncer une chose plus éloignée, celui des apôtres exprimant d'une manière plus marquée l'affirmation. Nous rappellerons encore cette manière fort usitée de représenter les apôtres en leur mettant à la main, à chacun, un des douze articles du Credo écrits sur des phylactères.

DKB AFOTBBS KK FAKTICULiKR ET DES BVÀNGÉLISTES.

Nous avons compté saiiit André parmi les apôtres auxquels on attribue avec quelque persistance un même type de figure. On ne peut pas dire cependant que la tradition nous ait rien transmis, quant k la réalité de ses traits j il a dû le genre de faveur dont il s'agit, à son frère, avec lequel on lui a supposé quelque ressemblance et une conformité d'âge. Prenez le type de saint Pierre ; allongez un peu les traits ; allongez un peu la barbe ; vous avez un type très-approprié k saint André ; mais ce type se confondrait facilement avec celui de saint Paul, si celui-ci n'était pas représenté chauve.

Saint André est aussi, parmi les apôtres, l'un de ceux snr lesquels on est le miens fixé quant an genre de martyre, et, par suite, quant k son attribut caractéristique : la croix. Il est aussi, après>samt Pierre, le premier

Saint André crucifié horizontalement.

anqnel une attribution de ce genre ait été faite." Dès le XIe siècle, on en voit un exemple :.snr la porte de Saint-Paul-horâ-les-Murs, saint Pierre tient une clef, saint André une croix processionnelle ; et aucun autre des apôtres.n'a reçu d'attribut personnel. Ce n'est qu'au xm* siècle que l'on voit apparaître la mise en croix de saint André dans une disposition hori-

DES AP0TBE6. *79

zontale de la tige, comme dans le D initial, que nous empruntons à no manuscrit, du xrv* siècle. Alors on met aussi quelquefois dans la main de l'apôtre la croix ainsi posée. De là est proveoue l'attribution qui lai a été faite nn pen plus tard de la croix en sautoir X, qui a pris depuis le nom de Croix de Saint-André. On la lui voit porter dans la sculpture allemande du xve siècle que nous reproduisons, et l'usage bientôt s'en répandit universellement.

8. Pierre, S. André, S. Jacques, S. Jean , 3. Thomas et 8. Jacques le Mineur.

Non- seulement il passe pour constant que saint André fut crucifié, mais il est célébré pour l'ardeur avec laquelle il aspirait à ce genre de martyre j c'est ce trait qu'il faut saisir pour exprimer son caractère; c'est là aussi un beau sujet dont a'est inspiré le Guide dans les fresques de la chapelle de SamtrAndré, dépendant du monastère de SainKJrégoire snr ■le mont Cœlius.

Aucun des titres qui ont valu à saint Jacques d'occuper l'un des premiers rangs parmi les apôtres n'a exercé autant d'influence sur la manière de le représenter que la célébrité du pèlerinage de Compostelle, où son corps est honoré. Quant aux* traits qu'on lui attribue le plus souvent, ils ne proviennent pas de cette* source, mais plutôt de l'idée qu'on se fait de lui comme frère de saint Jean et son aîné. Saint Jean étant représenté le plus ordinairement jeune et imberbe, il a paru naturel de caractériser saint Jacques comme étant dans la fleur de la virilité, ou c jeune avec une

barbe naissante », dit le Guide de la Peinture grecque. Ceci n'a été fait que tardivement; mais c'est un exemple à suivre. Au xm° siècle, on ne lui donne encore pour attribut que l'épée, comme instrument de son martyre; on commence au xiv6 siècle à le caractériser par les insignes de pèlerin qu'on lui voit dans notre vignette : le bourdon, la pannetière, les coquilles, le chapeau, ou seulement quelqu'un de ces emblèmes, usage universellement répandu depuis lors.

Le patronage exercé par saint Jacques sur l'Espagne a donné lieu à un autre mode de représentation : en souvenir des différentes batailles livrées contre les Maures, où l'on rapporte qu'il apparut pour protéger les armées chrétiennes, on le fait alors monter à cheval comme un combattant ; nous n'en connaissons pas d'exemple avant le XVIe siècle, et nous ne pensons pas qu'ils aient été imités en dehors de l'Espagne et du Portugal.

Deux types sont principalement attribués à saint Jean, selon que l'on considère en lui ou le jeune disciple que Jésus aimait, ou le saint vieillard qui continua, jusque dans un âge très-avancé, de rendre témoignage aux grands mystères dont il avait été le témoin privilégié ou qu'il contempla dans les cieux ouverts en sa faveur. Quand nous parlons, d'ailleurs, des types de saint Jean, on comprend que ce qui est passé en usage se réduit à ces termes : un jeune homme imberbe pour le type de la jeunesse ; un vieillard à longue barbe pour le type du vénérable exilé de Pathmos.

Le type de la plus fraîche jeunesse est le seul qui convienne à saint Jean dans la Cène ; plus généralement, on le lui a conservé quand on l'a représenté au pied de la croix ; quelquefois on a été pour lui, dans cette circonstance particulièrement, jusqu'à la maturité de l'âge : ce serait un contre-sens que de le représenter alors tout à fait en vieillard. Quand il figure parmi les apôtres réunis comme formant le sénat chrétien, la repré-' sentation prend un caractère de généralité qui permet de lui assigner un type ou un autre ; alors cependant on préfère presque toujours encore le voir jeune. Quand on le représente comme évangéliste, il arrive plus souvent que l'on revient au type de vieillard.

L'attribut le plus anciennement assigné à chacun des apôtres étant l'instrument de son martyre, au XIIIe siècle, on a attribué à saint Jean préférablement la cuve où il fut plongé dans l'huile bouillante. C'est dans le même esprit qu'on l'a représenté, le plus souvent, tenant à la main la

coupe d'où sort un serpent ou un dragon, comme on le voit dans notre vignette. Ce reptile est l'image du poison renfermé dans un breuvage au moyen duquel, selon la tradition, on aurait voulu l'empoisonner pendant son séjour à Ephèse. Cet usage est d'ailleurs justifié par les meilleures autorités. Quand le serpent n'est pas représenté, le calice peut alors être considéré comme emblème eucharistique, et, à ce titre, il est encore trèsconvenable pour le disciple bien-aimé. Le calice, dans tous les cas, est l'attribut fixe de saint Jean , considéré comme apôtre ; considéré comme évangéliste, l'aigle lui revient de droit. Ordinairement, quand il est associé aux autres apôtres, on ne lui attribue pas le noble oiseau, et nous croyons que cette distinction est fondée. Mais saint Jean étant représenté à titre entièrement personnel, nous ne voyons pas qu'il y ait lieu de s'imposer la moindre restriction, et l'on mettra en relief tout ce qui peut le mieux l'exalter à la fois comme apôtre et comme évangéliste.

Les sujets où l'on a le plus souvent occasion de le mettre en scène sont la Cène et le Crucifiement dont nous avons précédemment parlé. Au point de vue purement personnel, comme action caractéristique, on ne voit rien de mieux que de le représenter dans la chaudière bouillante où naturellement il devait trouver la mort.

Saint Thomas , à partir du XIVe siècle jusqu'à la Renaissance , a été

souvent représenté jeune et imberbe ; quelquefois, dans tous les temps, on

l'a plus ou moins vieilli ; plus souvent on lui a attribué la ferme maturité

de l'âge, à laquelle nous conseillerions de s'en tenir. Son attribut le plus

caractéristique est l'équerre, à raison de sa légende et de la méprise du

roi des Indes et de ses ambassadeurs, qui auraient entendu à la lettre ce

que saint Thomas aurait dit au figuré. L'établissement du christianisme

est un édifice, et les apôtres en étaient tous les constructeurs. Au fond,

l'équerre leur conviendrait donc à tous ; , c'est pourquoi on l'a, en effet,

attribué quelquefois à quelques autres d'entre eux. Mais quand un seul le

porte, c'est invariablement saint Thomas. On est d'autant mieux fondé à y

recourir, que l'instrument de son martyre est fort incertain ; cependant le

plus souvent, quand on veut le désigner par ce moyen, on lui attribue la

lance, et, vu l'ordre* où il est placé entre saint Jean et saint Jacques le

Mineur, il n'y a pas de doute qu'on doive le reconnaître à cet insigne, dans

les sculptures reproduites (p. 479). Comme action caractéristique, on ne

peut rien faire de mieux que de représenter saint Thomas, non pas lorsqu'il

manifeste son doute, mais lorsque, après avoir douté, il rend témoignage à

m MANUEL DE L'ART CHRÉTIEN.

son Seigneur et son Bien. Le caractère de saint Thomas, à rendre dans sa physionomie, s'est fait bien connaître par les différentes circonstances où il est parlé de lui dans l'Evangile : caractère prompt et générons, il montra par où il péchait quand, trop prompte ment, il se fît an parti pris relativement à la Résurrection ; mais tout devait tourner à bien par la promptitude avec laquelle il reconnut son erreur.

Saint Jacques le Mineur est appelé le frère de Notre- Seigneur ; on lui attribue assez souvent, en conséquence, et il est convenable de lui attribuer une grande ressemblance de traits avec le divin Sauveur. Il est trèsbien caractérisé par le bâton à foulon souvent transformé en massue (vig. 190), avec lequel il fut martyrisé. Comme action caractéristique, on ne saurait rien choisir de mieux que les circonstances mêmes de ce martyre.

S. Philippe, S. Bnrtbéleml, S. Matthieu, S. Jude, S. Simon et 8. Mathias.

Saint Philippe est l'un des apôtres que l'on a le pins volontiers représenté jeune ; il est aussi l'un de ceux dont il est le plus souvent parlé dans l'Evangile ; il s'y montre zélé et y jone facilement le rôle d'introducteur. C'est d'après ces données que l'on peut le mieux déterminer le caractère ouvert de sa physionomie. Ou croit généralement qu'il fut crucifié, et la crois sons des formes diverses est sa caractéristique la plus ordinaire : la suite de nos sculptures allemandes en donne un exemple.

Après saint Philippe, on y voit saint Barthélemi, caractérisé par le coutelas qui, selon la tradition, anrait servi a l'écorcher vif. C'est l'un dos attributs apostoliques dont l'usage a été le pins soutenu. On n'a donc pas besoin de donner a saint Barthélemi, pour le faire reconnaître, sa peau même à porter. L'exemple de Michel-Ange dans son Jugement dernier ne saurait nous faire goûter la mise en acène de ce trophée grotesque. Bon nombre d'artistes ont aussi aimé & représenter Pécorchement du saint apôtre pour rendre l'horreur du supplice. Cest bien plutôt l'invincible patience du martyr que l'artiste chrétien devrait chercher & mettre en relief, quand il aborde un pareil sujet. Quant a ces statues où saint Barthélemi est représenté en écorché, elles penvent être propres à figurer dans un cabinet d'anatomie, mais elles ne conviennent nullement pour honorer un saint

Si on considère saint Matthieu comme évangéliste, il est on ne peut mieux caractérisé par l'homme des visions d'Ézéchiel et de saint Jean, dont on a fait un ange. Dans le collège apostolique an contraire, saint Matthieu est un de ceux qui s'effacent le plus, surtout parce que leurs

Saint Matthieu.

attributs sont moins bien déterminés. Celui de saint Matthieu est tantôt une hache, comme dans notre vignette (p. 482), tantôt une épée, une lance. Quand on veut l'honorer individuellement,, on ne saurait mieux faire que de revenir à son Ange. Ce fidèle compagnon l'inspirera, l'assistera ou planera au-dessus de lui dans un sentiment de dignité. Nous reproduisons une vignette des Heure* de Simon Vostre, où il soutient son livre d'une manière qui ne manque pas de grâce. Comme action caractéristique, on peut représenter très-convenablement sa vocation. Quant a

son caractère, il lai convient S'apparaître comme an homme singulièrement grave et sensé, et d'associer dans sa physionomie, à l'expression de la sagesse, an grand sentitnent de pureté, eu égard aux circonstances présumées de son martyre.

Saint Simon le Chananéen est le moins connu de tous les apôtres ; la croix lui a été donnée quelquefois comme attribut. Mais la scie a fini par obtenir la préférence, et nous croyons qu'elle doit le faire reconnaître dans notre vignette (p. 482), hors de son rang, saint Jude ou Thadée étant placé avant lui avec la croix. On a quelquefois , en effet, attribué la croix à ce dernier, et nous ne nous rappelons pas de lui avoir va la scie quelque part où il soit désigné autrement sans incertitude, c'est-à-dire par son nom, car il y en a toujours quant aux attributs qui peuvent lui être assignés. H semble qu'on a voulu quelquefois, avec intention, lui donner deux livres à porter ; il se pourrait que l'un des deux représentant l'Évangile, attribut commun de tous les apôtres, l'autre livre fût l'Epître canonique de saint Jude, et nous ne pouvons rien proposer de mieux pour le caractériser à l'avenir.

H est non moins difficile de bien caractériser saint Mathias. Dans notre vignette, on lui voit une sorte de hallebarde ou une hache dont le long manche ne peut s'expliquer que par la pensée d'en faire un trophée : nous ne pouvons que conseiller de s'en tenir à cet insigne.

Saint Barnabe, quoiqu'il n'ait pas fait partie du collège des douze, est mieux connu que saint Mathias, grâce à son association à saint Paul et aux Actes des Apôtres : on sait qu'il avait un aspect imposant, nous ne lui connaissons pas cependant, à lui non plus, de caractéristique d'un usage bien constant. Comme l'on croit qu'il fut successivement lapidé et brûlé dans l'île de Chypre, on peut lui donner très-convenablement pour attributs des pierres et du feu.

Les évangélistes saint Luc et saint Marc sont si bien caractérisés par leurs emblèmes évangéliques, qu'il n'est pas utile de leur chercher d'autres attributs. N'ayant pas à figurer dans le Collège apostolique, il n'est aucun besoin , comme pour saint Jean et saint Matthieu , de recourir à des moyens spéciaux de les désigner dans ce cas-là. Nous nous sommes suffisamment expliqué précédemment sur la manière de représenter leurs emblèmes aux uns et aux autres ; il faut bien se garder d'en faire des animaux vulgaires. Dans la miniature que nous empruntons à la Revue de VArt chrétien, le bœuf de saint Luc n'est rien moins que bien dessiné, mais

DBS APOTBBS.

l'intention est noble et élevée. Suspendu dans un arc de cercle et incliné vers le saint évangéliste, on voit qu'il l'inspire du haut dn ciel. Suint Luc, dans cette miniature, est représenté dans la maturité de l'âge; c'est aussi ce qne nous croirions pouvoir conseiller de mieux, comme pins conforme a la

Saint Luc (Miniature attribuée ou xn« dècle.)

majorité des cas. On peut se rappeler, pour avoir une idée de son caractère, la culture intellectuelle qu'il avait Teçue, et la traduire par la distinction de la tenue et de l'attitude. Saint Luc, originairement, était médecin,

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et il y a de fortes raisons pour croire qu'ayant quelque talent en peinture, il a été l'auteur d'une on plusieurs images de la sainte Vierge. Que ces imagée se soient conservées, ou que l'on n'en ait que des dérivés plus ou moins immédiats, c'est une autre question : il suffit que, la tradition existant, on ne puisse pas prouver qu'elle soit sans fondement, pour autoriser les peintres à prendre saint Luc commer patron, pour autoriser à lui mettre à la main une image de Marie, comme le font habituellement les Grecs , ou à le représenter occupé à peindre cette image sacrée, comme l'a fait Raphaël.

Saint Marc, en sa qualité de disciple de saint Pierre, s'est va assez souvent attribuer quelque ressemblance avec le Prince des Apôtres : c'est une donnée qni n'est pas à négliger pour formuler son type, en ayant soin d'éviter la similitude complète. On devra se rappeler que dans son Évangile il va droit au but, qu'il est sobre de détails ; il lui convient de prendre une physionomie ferme et décidée en rapport avec l'idée symbolique du lion.

Ducat de J. Mocenigo.

Nous reproduisons un ducat de Venise de Jean Mocenigo, doge de 1478 à 1485, où, conformément au type de cette sorte de monnaie, saint Marc, donnant au doge le gonfalon, témoigne de la confiance que la puissante république mettait eu sou saint protecteur. Sur l'autre face, Notre-Seigneur Jésus-Christ règne sur son trône. Le même type a été imité à Rhodes par les chevaliers de Saint-Jean de Jérusalem, en substituant saint Jean- Baptiste à saint Marc, et, pendant quelque temps à Rome, on lui substitua saint Pierre; le gonfalon est alors remis soit au grand maître de l'Ordre hospitalier, soit au sénateur de la Ville éternelle.

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