‹ Manuel de l'art des autopsies cadavériquesChapitre 11 sur 84 · XXII INTRODUCTION · texte numérisé non relu

XXII INTRODUCTION

philosophie (1) et la philosophie dans la médecine, — posons en principe qu'aucone école médicale sérieuse, pas même la doctrine oi^anicienne, ne saurait être purement anatomiste. Car, si l'homme est, comme tous les corps, sous la dépendance des lois physiques, chimiques, mécaniques, on est contraint de reconnaître en lui et en tout être vivant des lois spéciales, les lois organiques, vitales, biologiques, qui se transmettent de parents à semblables d'une manière continue, entre tous les individus d'une même espèce animale ou végétale, que la matière brute paraît seule impuissante à revêtir, mais qui, une fois incorporées à la matière quand elle s'est organisée, en deviennent momentanément inséparables, puisque sans organes, pas de fonctions (2).

(i) Par le moi philosophie (voyez page 279, note 3), nous entendons tout système d'idées générales sur l'ensemble des choses^ basé sur des personnifications ou des entités, c'est-à-dire resté aux deux phases nommées théologique et métaphysique par Comte et par M. Robin [Dict, de Nysten, p. 1139, 12® édition). Mais, à sa phase positive, la philosophie, qui devient la généralisation des sciences, la simple recherche des lois, doit être aussi intimement que possible liée à la biologie, et par conséquent à la médecine, simple application de la biologie.

(2) Nous disons lois organiques, mais sans admettre la force vitale, le principe vital, tel que l'a rêvé Barthez, quand il inaugura l'ère du double dynamisme, tel que Stahl le voulait extérieur à la matière vivante : principe coordinateur de toutes les manifestations vitales, force unique d'où dépendraient les actes principaux de la vie, qui gouvernerait la nutrition, présiderait à l'agencement des organes, enfin à cet admirable maintien d'une forme et d'une dimension fixées à l'avance (ce que M. Bouchut nomme là ptomorphose). Si cette puissance directrice de l'organisation, — ou, comme M. Monneret, dans la préface de la Pathologie générale, le dit avec Cicéron : Vis quœdam sine ratione ciens motus in corpore necessarios, et avec Virgile :

Mens agitât molem, et magno se corpore miscet,

— existait comme entité, indivisible et distincte de la matière organisée dont elle est en réalité la propriété, comment un polype d'eau douce, ou une planaire, coupés en deux, constitueraient-ils deux animaux complets? Comment expliquer les transplantations faites par M. Bert de la patte d'un rat sous la peau abdominale d'un autre rat? Comment M. Vulpian aurait-il constaté la survie des queues d'embryons de grenouille, après leur séparation du corps? etc. il n'y a pas une force directrice unique, une dualité du corps et de l'élément organisateur, mais, comme le pensait Bichat, rattachant tous les phénomènes vitaux à des tissus, un ensemble de propriétés

INTRODUCTION. XXUI

£ii un mot, ranatomie morbide n'est pas toute la médecine : il ne suffit pas d*étudicr le côté statique ; il faut tenir compte du côté dynamique, cette abstraction qu'on nomme vie représentant un mouvement incessant. L'homme est une machine, mais une machine animée; la médecine est l'étude

physiologiques résultant de la vie indépcndanle des éléments auatomiques (bien que MM. Joutet, dans leur Doctrine médicale maté" rialiste, 1866^ nomment « ces propriétés greffées sur nos tissus » des «fétiches coopérant avec la matière organisée », et conçus par « un ontologisme spirite • ). L'être est multiple dans son unité. Aucun phénomène de la \ie n'est d'aiUeurs ni exclusivement physique ou chimique, ni exclusivement organique ( vital ).

Nous nous rangeons ici complètement à l'opinion de Rostan. Tout le livre de ce maître, intitulé Organicisme { Z* édit., 1864), est consacré à la démonstration de cette première phrase de l'exposé des principes : « Le but de l'organicisme est de prouver qu'il n'existe pas, qu'il ne saurait exister de principe vital, de force vitale, de propriétés vitales, indépendantes de la matière organisée, séparables de cette matière et pouvant exister sans elle, hors d'elle, surajoutées à eUe, et chargées d'accomplir les actes phénoménaux de la vie. » Nous le redisons plus d'une fois : sans organes, pas de fonctions, et, par conséquent, pas de vie ; pas de maladie, sans lésion organique, en faisant au moins rentrer sous ce titre les altérations de quantité ou de nature des éléments anatomiques, ce dont ne tiennent pas compte les organicistes exclusifs.

£n résumé, deux opinions contradictoires sont en présence, et il n'est pas indifférent d'admettre l'une ou l'autre comme guide dans ses études. La première, distincte du matérialiste métaphysique de Zénou, d'Épicure, de Lucrèce, d'Asclépiade, est à peu près celle de Sylvius, de Borelli, de Broussais, de Cabanis, de tous ceux que le positivisme porte à écarter toute spéculation sur l'essence des phénomènes ; c'est la seule scientifique : elle représente la matière organisée active par elle-même, sans qu'on ait besoin d'admettre un être mystique pour la diriger. La vie n'est que cette activité immanente à la substance organisée et dont la manifestation la plus générale est la nutrition, c'est-à-dire un mouvement incessant d'assimilation et de désassimilation, dans lesquels les forces chimiques jouent seulement un certain rôle ( Koulakowski, de Saint-Péterbourg, Considérations générales sur la vie organique, 1860 ; Robin, Dict. de Nysten, etc.). — Dans l'autre école, au contraire (Platon, Hippocrate, Aristote, Galien, Paracelse, yàn Helmont, Slahl, Grimaud, Bordeu, Barthez, Fréd. Bérard, Lorda, etc. .), la vie est le principe d'activité de la matière, la cause des phénomènes de l'être, en dehors de toute qualité de structure. Cette entité, tour à tour nommée nature^ âme ^ principe vitaly ferment^ a une essence insaisissable encore, mais dont la connaissance imparfaite ne nuit pas à la démonstration de cette force

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