XXX INTRODUCTION
dans une inlégrilc complète, en sorte que la mon serait amibuablc à une lésion dynamique ou de la mystique force vitale (page xxil), et que Tanatoniie pathologique ne serait plus le critérium, le mode de vérification des observations cliniques. Une force n'étant qu'une abstraction destinée à représenter telle ou telle propriété d'un corps dans l'esprit de ceux qui croient encore ces propriétés indépendantes du corps, il est difficile de comprendre, à moins d'être vitallste, comtnent elle peut être altérée. Défions-nous aussi soil de la vieille épitbètc passive appliquée h une hypérénâe relevée par l'inspection nécroscopique, soit des lésions peu eu rapport avec la gravité des symptômes.
Nous aurons occasion plus d'une fois de mettre nos lecteurs en garde contre ces grands termes cachant la négligence on l'ignorance des observateurs. Le nombre des cas négatifs se réduit chaque jour. Les lésions organiques causes de la mort résident, soit dans les éléments histologiques qui composent les tissus, soit dans le milieu qui les entoure. Quand en eHet le microscope lui-même, aide indispensable de toute nécropsie, est resté muet relativement aux organismes élémentaires des solides, ne vous rebutez pas, songez aux milieux qui les baignent : dites- vous tout au moins qu'en présence des résultats nécropsiques variables ou négatifs dans certaines afTcctious, il est sage d'attendre de la part des travaux à venir la solution de ces problèmes obscurs. Sans être humoriste, interrogez les humeurs, les plasmas, ces milieux intérieurs de l'économie, qui sont dans un rapport incessant avec les matériaux venus du dehors, et surtout avec l'intimité de nos tissus par lesquels se produisent et se transmettent sans doute les maladies dites générales. « A l'autopsie, dit M. Robin (1), on ne retrouve rien, ei l'on dit qu'il y a eu mort sans lésion^ parce qu'on n'a pas su la voir là où elle est, parce qu'on ne s'est pas donné l'éducation expérimentale, anatomiqueet physiologique, néces* saire pour la constater. Mais la lésion, dans ces cas, existe fort
pour avoir tué successivement deux femmes en les chatouiUant aux pieds. » (Trousseau, Gaz, des hôp,^ 25 février 1864.) Mais nous ne saurions, avec M. Monncret {Traité de path. interne, chapitre des Maladies de Vencéphale), poser en principe « qu'il n'existe pas une seule maladie avec altération d'organe qui ne puisse être provoquée également sans altération de l'organe, par le seul fait de la lésion de ses fonctions et de ses propriétés vitales. » (!) France médicale, M février 186(5.
INTBODUCTIOM. UXI
bien ; elle est générale et elle est des plus graves! seulement. elle ii*est ni jaune, ni rouge, ni dure, ni molle; elle est en dehors de ce qui est directement perceptible anx sens. Il faut, pour la dévoiler, faire intervenir un certain nombi*e de moyens dont nous n*avons pas encore Thabitude, et dont l'emploi, cependant, peut devenir aussi familier que Tusage du scalpel. Pour bien comprendre donc ce que sont les prétendues maladies sans lésion^ il faut bien savoir qu'en dehors des lésions perceptibles directement aux yeux cl au toucher, il y a des lésions invisibles, moléculaires, qui peuvent être constatées autrement que par le loucher ou qu'à l'aide de la vue. »
L'étude des maladies du sang et Thémalologie en général, étudiée déjà avec soin par MM. Andral et Gavarret, sont trop souvent négligées des élèves. Ainsi, dans le scorbut, il y a des altérations du sang, — fluide, parfois verdâtrc, moins riche en ûbrine. Mais ici la rate, cet organe essentiellement hématopoétique, a augmenté de volume, parfois au triple et plus même. Or, dans ces cas^ dits altérations du sang, — et loul en réservant certains empoisoimements, comme l'oxyde de carbone semblant frapper primitivement notre humeur constituante (Robin), et surtout ses cellules ou globules, si toutefois nous ne tenons pas compte des modifications concomitantes dans les organes d'élaboration sanguine (rate, foie, poumons), — ce liquide n'est-il altéré que consécutivement aux autres éléments hislologiques ? ou bien peut-il l'être tout d'abord, et y a-t-il discrasie sanguine dans les cachexies, alors môme que l'essence de cette discrasie nous est inconnue ? La fièvre typhoïde (p. 107 et 111, notes), la variole, l'albuminurie (p. lis) et autres, sont-elles des maladies primitives du sang avec manifestations anatomiques sur la muqueuse intestinale, le derme, le rein ? Sont-ce des affections générales avec des altérations du sang ? Grande question résolue dans un sens ou dans l'autre, selon l'école doctrinale à laquelle on appartient. Pour les uns, comme tout part du sang et tout y revient, cet organe vivant d'une forme spéciale participe à toutes les affections de l'économie ; son altération réagit sur tout l'organisme, et produit ces dispositions maladives générales nommées, é/ea^Aè^e^. « Les humeurs, — servant de milieu intérieur pour les tissus (sang, chyle, lymphe) et d'intermédiaire entre les éléments anatomiques et les milieux, — peuvent s'altérer facilement sous l'influence du milieu, et transmettre celle altération des éléments avec lesquels elles échangent incessamment : d'où les maladies générales et la mort dite sans lésion apparente,
XXXIl INTRODUCnON.
parce qu'au delà des lésions visibles, il y a les altérations moléculaires invisibles plus graves que les autres ; parce que, des humeurs où elles commencent, elles se transmettent à la totalité des tissus [infection, généralisation)^ qui empruntent et rejettent, et de plus aux autres humeurs^ celles qui sont produites, sécrétées, non constituantes, quand toutefois leur sécrétion n*est pas suspendue, dès qu'elles sont altérées proportionnellement. » (Cours de M. Robin, France médicale, 21 février 1866.)
L'école allemande, au contraire, veut que le sang puisse tout au plus être malade consécutivement. Ses métamorphoses sont en effet si rapides, qu'il n'a pas le temps d'être malade. Il sera, par un afflux d'éléments nouveaux de la part d'organes malades, modifié quant à là proportion relative de ses éléments normaux, comme dans la leucémie soit splénique, soit par affection des ganglions lymphatiques ; mais, dès que les organes cesseront d'être à l'état morbide, il redeviendra sain. C'est comme une rivière dont l'eau éprouverait un changement temporaire de composition par suite de liquides industriels momentanément déversés, mais qui reviendrait à sa nature normale dès que cesse celle cause passagère de trouble. Dès lors, il n'y aura plus ni prédisposition héréditaire, ni diathèse, ni cachexie. Autrement^ avec les vues des humoristes, toutes les affections seraient des diathèses, comme le veut Thommasini.
Quoi qu'il en soit, le microscope recule tous les jours le champ de l'anatomie pathologique, et multiplie, aux dépens des affections regardées jusqu'à ce jour comme essentielles, le nombre des lésions de texture ou de composition de nos organes. Tous les virus sont en ce moment soumis à l'examen microscopique, et les vitalistes auront beau se désoler, ils verront encore, bien des fois, disparaître quelques-unes de leurs maladies essentielles. Tigri, professeur d'anatcmie à Sienne, le même qui a montré d'innombrables bactéries dans le sang des sujets morts de fièvre typhoïde, a découvert une nouvelle altération du sang, soit exlravasé, soit circulant dans les vaisseaux, par accumulation d'une substance grasse au sein des globules sanguins. Cette hœmolipose des globules sanguins explique pour lui certaines morts où l'on ne trouve dans tous les organes indispensables à la vie aucune altération apparente.
Il nous fallait revenir ainsi contre les résultats négatifs des analyses cadavériques. D'ailleurs, une nccropsie sans lésion constitue comme une expérience physiologique qui ne réussit