‹ Manuel de l'art des autopsies cadavériquesChapitre 15 sur 84 · INTRODUCTION. XXXIII · texte numérisé non relu

INTRODUCTION. XXXIII

pas, et est souvent plas instructive qu'an succès. Un succès nous apprend ce que nous savons déjà ; un insuccès conduit à chercher des conditions passées d'abord inaperçues. Une expérience réussira toujours quand nous en aurons bien établi les conditions.

Mais il est amplement temps de prévenir le lecteur de la constitution de ce livre. Quand on aborde un ouvrage, c'est volontiers pour jeter les yeux sur la préface. On aime à savoir prompiemeut où l'auteur veut vous conduire, quels faits il exposera, quelles idées présideront à Texposition de ces faits. Les préfaces servent tout au moins à ce résumé d'ensemble. Si on poète satirique a dit ironiquement de Dalerobert :

Il se crut un grand homme et fit une préface^

il n'en est pas moins vrai que le discours préliminaire de V Encyclopédie du VfiW siècle est un chef-d'œuvre, un des principaux titres de la gloire littéraire de Dalembert. Les généralités d'une introduction sont comparables, dit M. Deiavaud(l), à ces vues d'ensemble dont on jouit d'une haute montagne, et qui permettent de saisir de prime abord la configuration de toute la contrée. Quelques mots donc sur la manière dont nous envisagerons le sujet traité, sur notre plan, succinctement résumé d ailleurs à la page 25.

Après une série de considérations préliminaires, j'aborde les trois parties du travail: l'une consacrée aux règles pour l'ouverture des cavités splanchniques; l'autre, à l'examen anatomopathologique de* ces divers organes ; la troisième, à l'examen microscopique et chimique, aux piqûres analomiques, à la rédaction des observations nécroscopiqucs, aux injections, à la conservation des pièces sèches et humides. La première, beaucoup plus courte, aurait pu répondre seule au titre de l'ouvrage. La troisième ne paraît pas aujourd'hui, par des influences indépendantes de notre volonté.

Dans les considérations préliminaires, après avoir brièvement parlé des conditions requises pour l'hygiène des amphithéâtres, pour l'établissement des signes de la mort (2), j'appelle spé-

(1) Archives de médecine navale^ juillet 1864.

(2) Voyez aussi Rapports du conseil de salubrité^ 1859-1861, sur le bon entretien des amphithéâtres et les inhumations précipitées ; Ripault {Congrès scient, de France à Lyon, 1841), Bardinet (Acad. de

XXXCV INTRODUCTION.

ciaieineni l'attention, même eo dehors des expertises médicolégales (1), sur l'examen extérieur ou habitm. C'est là une des parties trop négligées de l'inventaire nécroscopique, et j'y reviendrai longuement dans le chapitre x de la deuxième partie , consacrée aux membres, aux os, à la peau, là où seront exposées les règles à suivre dans l'étude des tumeurs ou des membres enlevés. Il est bon de s'exercer à diagnostiquer la maladie par l'habitude du cadavre : bouffissure, oedème, décoloration, etc. On peut ainsi arriver à six diagnostics au moins sur dix, ce qui ne veut pas dire qu'il faille trop se fier à ces tours de main, alors surtout que nous insistons pour qu'on interroge tous les organes.

Je note également, dans cet Avant-propos, l'utilité de connaître l'état normal pour comprendre l'élat morbide. « L'anatomie pathologique n'est plus indépendante de la normale : celle-ci conduit naturellement à celle-là (2). » Notre conseil est applicable également à la partie micrographique des autopsies cadavériques. Les éléments anatomiques ont chacun un lieu, une époque et un mode particulier d'apparition ; ils ont aussi des modes spéciaux de disparition, d'altération ou de destruction pathologique ou cadavérique. Enfin, entre ces deux termes, il faut connaître les phases successives de leur évolution. » Il est tout à fait impossible, dit M. Robin (3), de déterminer la nature d'un élément considéré dans une tumeur, si l'on n'a pas étudié

méd., nov. 1864), Larcher {Acad, des se, 10 mars 1862), Le Bon {De la mort appar, et des inhum. prémat., 1866), Plouviez {Soc. de méd.prai^y 25juiUet 1865).

(1) Pour ces expertises si importantes et où, comme le dit Duvergie, medici propriè non sunt testes, sed est magis judicium testimonium, — je suppose les cas ordinaires, les nécropsies récentes, ne m'occupant pas de celles où le cadavre est devenu méconnaissable et où l'on ne peut guôre se prononcer avec certitude sur la cause de la mort. Je laisse d'ailleurs volontiers de côté toutes les questions dont il est aisé de retrouver la solution dans les traités de médecine légale. — A cet effet, rappelons que le docteur Richardson (de Londres) est parvenu à faire disparaître la tuméfaction, a rendre assez distincte la physionomie d'un sujet noyé depuis plusieurs semaines et putréfié, au moyen d'un bain de 10 kilogr. de sel marin additionné d'acide chlorbydrique (500 gram.), en s'aidant du reste d'un courant de chlore et d'iivjection dans les veines de chlorures (de zinc et de fer) dissous dans l'eau chlorée.

(2) Gh. Robin, Gaz. des hôpit., 23 août 1864.

(3) France médicale, p. 10.

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