APPAREIL DE LA CIRCULATION
Dans le rétrécissement mitral, les lames cartilaginifiées do la valvule se soudent par leurs bords voisins, ne laissant plus au passage du sang qu'une ouverture très-élroile, qui permet à peine rintrodaction de rextrémité du petit doigt, ou d'une plume à écrire : leurs ligamen's fibreux et les colonnes charnues d*où ceux-ci parlent sont épaissis, rigides, racornis. L'orifice auricu\o-\enlriculaire droit peut également présenter des végétations verroqueuses faisant saillie dans Toreillette ou le ventricule, et entourées de quelques caillots dont il faudra noter la nature.
Il pourrait être bon de mesurer les ouvertures ventriculoauriculaires : la droite atteint normalement 104 millimètres de circonférence, la gauche 96 (1).
VII. Tableau des prixcipales altérations du CŒrR ex gé?ïbral (indépendamment des cas de traumatisme ) (2).
A. Modifications extérieures. — n. Changements dans la forme, la situation, la direction, les rapports, le poids, l'épaisseur des parois. — b. Hypertrophie : générale, bornée ; concentrique (Berlin), avec contraction des cavités; excentrique (Bertiu), avec dilatation des cavités; ampoules anévrysraalc^. — c. Atrophie : simple, avec dilatation, avec contraction. — d. Coloration des fibres : décolorées, rouge violacé, grisâtres, pâles, jaunâtres, feuille-morte.
B. Lésions diverses. — Adhérence au péricarde, caillots blancs ou noirs ; productions cartilagineuses (souvent en plaques) , productions ossiformes (dites à tort osseuses) ; végétations verruqueuses, globuleuses, etc. ; induration ; dégénérescence graisseuse, lardacée ; myocardite simple, gorameuse ; ramollissement rouge, blanchâtre, jaune, gélatiniforme ; rupture du cœur, des colonnes charnues, des valvules ; perforations ; ulcérations ; cancer ; insuflisauce simple ou avec rétrécissement; abcès; tubercules; présence de cysticcrqucs dans les parois du cœur, gaz dans les cavités cardiaques (3).
C. Vices de conformation (4). — Persistance du trou de Botal, du
(1) Pour l'examen microscopique du cœur, voyez troisième partie, J)tt microscope,
(2) Sur les lésions traumatiques du cœur, voyez Jamain, Plaies du ^antr, 1857.
(3) Dans une analyse qui a été faite de ces gaz, à notre conï^aissance, on a constaté ,Vv d'acide carbonique. — La présence de ces gaz est pathologique : le cœur n'en contient pas, vingt-quatre heures après la mort, même pendant l'été.
(4) Voyez Gruveilhier, Anatomie pathologique; Veacock, Mal farm ^fihe heart ; G intrac, Cyanose; Heilly, thèse, 1864, etc.
82 SPLA^CHNOTOMIE ET EXAMEN DES ORGANES.
canal artériel (1); communication des deux ventricules; transposition ; ectopie du cœur ; absence de l'artère pulmonaire (2) ; duplicité, oblitération et rétrécissement congénitaux de cette artère ; sou origine à Taorte, au ventricule gauche; imperfection des appareils valvulaires, etc.
VllL TaBLEAV spécial des altérations PttINCIPALES DES VALVULES DU COEUR.
A. Orifice auriculo-ventriculaire, droit ou gauche (3). — Arrondi en un anneau inextensible, circulaire, infundibuUforrae, etc.; transversal, froncé. Valves soudées, ramollies, perforées, contenant des foyers purulents.
B. Valvules sigmoïdes, droites ou gauches. — Adhérentes, roulées, épaissies, indurées ; bords libres rugueux, cartilagineux ou ossiformes ; végétations verruqueuses ; percées de petits pertuis.
On examinera le cœur notamment dans les affections suivantes :
IX® tableau.
Hypertrophie et dilatation des cavités ventriculaires ou auriculaires ; atrophie ; rétrécissement des orifices, insuffisance des valvules ; rhumatisme; maladie de Bright; palpitations; rupture des parois; asystolie (Beau) ; asthme cardiaque (Rostan) ; inflammation (cardite, myocardite syphilitique) ; anévrysme de l'aorte ; péricardite ; pleurésie chronique avec déplacement du cœur; vices de conformation du cœur et de ses vaisseaux; rupture du cœur; ramollissement sénile du eœur; scorbut; gangrènes diverses; syncope et mort par chloroforme ; morts subites en général; absinthisme et alcoolisme; ascite; apoplexie; fièvre puerpérale (4); pneumonie; empoisonnement par le phosphore ;
(1) M. Luys a observé un cas de persistance du canal artériel chez une femme de cinquante-deux ans {Bulletins Soc. anat., juin 1855). Voyez Almagro, Persùtance du canal artériel, 1862.
(2) Le docteur Grisp, de Londres, l'auteur de l'excellent Traité des maladies des vaisseaux sanguins (1847), en a notamment cité deux cas (London médical Gazette j avril 1847) : l'un chez un enfant de six semaines, l'autre chez une fille de douze ans morte d'asphyxie, et dont les deux ventricules communiquaient comme à l'état fœtal.
(3) On devra compléter ses altérations par les lésions indiquées aux valvules sigmoïdes, et réciproquement.
(4) M. Giordano de Turin (Fièvre puerpérale, éclampsie et œdème aigu) a signalé, dans la fièvre puerpérale, la fréquence de volumineux caillots dans les cavités droites du cœur (oreillettes et leurs appendices) pt dans les gros vaisseaux, Ces caillots, généralement sphéroïdaux,
APPABEIL DE LA CIBCULATION. 8S
goitre exophlhalmique ; grossesse (hypertrophie passagère des femme* grosses, Larcher, 1857) ; syphilis (voy. appendice. Microscope),
Endocarde. — La membrane interne du cœur peut s'enflam-r mer comme le péricarde. Dang cette phlegmasie nommée endo« cardile, dont les désordres valvulaires précités sont le plus soa« vent la conséquence, on trouvera spécialement les lésions ana<r tx)miques suivantes, signalées pour la première fois par QOtro Wkstre maître M. Bouillaud.
.X. Tableau des principales altérations de l'endocarde (i).
Rougeur (2), granulations^ boursouflement, épaississcment, friabilité, ramollissement ; ulcérations (rarement gangreneuses) ; sécrétion purulente, épanchement sanguin sous la séreuse ; hernie de l'endocarde h travers un écartement des fibres musculaires. — Fausses membranes grisâtres, lisses^ ridées, grenues, striées. — Plaques laiteuses, Tégéta-» tions et concrétions fibrineuses (3). — Caillots contenus dans la cavité ; mous et noirs, décolorés, élastiques, oflVant au centre du pus.
Vaisseaux du cœur. — Après avoir considéré extérieurement les gros vaisseaux artériels et veineux de la poitrine (adhérence de l'aorte avec Tartère pulmonaire, veines caves inférieures dou« blés, etc.), il sera toujours utile de les ouvrir sur une certaine étendue. Si leur section, à partir du cœur, y faisait découvrir quelques lésions, — dilatation ou rétrécissement de Taorte ou des veines caves, phlébite, artérite; taches noires, violacées, plaques athéromateuses de la face interne de Taorte, ou plaques blanches, saillantes, cartilaginiformes de la crosse ; caillots obstruant plus ou moins les veines caves ou pulmonaires, Tartère pulmonaire ou Taorle ; anévrysme de cette dernière à T union des parties horizontale et verticale de la crosse, pouvant s'être ouvert dans Tœsophage, la trachée, etc. , — il faudrait poursuivre Tincision assez loin pour juger de l'étendue des désordres. Dans certains cas, on descend jusque dans Tartère et la veine iliaques ou fémorales. Ainsi, une ulcération constatée dans Taorte, il sera
légèrement adhérents aux colonnes musculaires, s'étendent souvent dans les veines caves, l'artère et les veines pulmonaires. On peut les extraire de ces vaisseaux sous forme de cylindres, dont quelques-uns ïésislent à la traction par un poids de 160 grammes.
(!) Elles siègent à gauche le plus souvent et près des orifices.
(2) n ne faudra pas confondre cette rougeur pathologique avec la coloration due au contact du sang par imbibition cadavérique.
(3; Adhérentes aux yalvules ou aux colonnes charnues,
bon de voir sMl n*en existe pas une semblable ailleurs, ayant pu produire un anévrysme disséquant. Ainsi encore, un caillot fibrineux, blanc, organisé, voire même un caillot gelée de groseille ou noir, est-il trouvé dans la crosse de Taorte, on pourra parfois le suivre jusque dans la portion abdominale de Tarière. M. Giordano (de Turin) enseigne (1) que, dans la fièvre puerpérale, les caillots de Toreillette droite envoient assez souvent des appendices jusque dans lasaphène. Nous avons vu ouvrir le système artériel et veineux, du cœur, la région poplitée, dans un cas dMnfection purulente. Comme autre exemple, Tobliléralion do l'aorte ne se trouve souvent qu*à son insertion avec le canal artériel, et même à sa bifurcation (2) : dans ce dernier siège, on a observé Taorte complètement obstruée. Les plaques crétacées et les rétrécissements aortiques se rencontrent fréquemment au même niveau (3). — D'autres fois, si Ton a constaté un rétrécissement aortique dans retendue de la crosse par exemple, il ne faudrait pas en conclure que Taltération a dû être nécessairement unique : il n'est pas rare d'observer des rétrécissements à des hauteurs différentes du vaisseau.
Les maladies du canal artériel sont peu connues, la persistance de ce vaisseau exceptée : nous trouvons un exemple d'anévrysme de ce canal che2 un enfant d'un mois dans le Traité des ancvrysmes de M. Broca.
Il sera souvent utile d'examiner les veines des parois du cœur^ qui peuvent contenir notamment des foyers purulents. On a cité des cas d'ossification des artères coronaires dans toute leur étendue, altération qui peut ne s'être manifestée par aucun trouble pendant la vie (4), si ces vaisseaux ont continué d'être perméables : il n'est pas rare d'observer ces artères rigides, flexueuses, pleines de caillots, atteintes de dégénérescence atbéromateuse.
Enfin, les nerfs du plexus cardiaque devront être l'objet quelquefois de recherches minutieuses.
(1) De la fièvre puerpérale, de l'éclampsie et de Vcedème aigu,
(2) Turner, Anomalies des gros vaisseaux, in Revue médico^hirur' gicale, 1862, p. 466; Peacock {ibid,, 1860, p. 467), etc.
(3) Dans le Bulletin thérapeutique (1836, t. IX, p. 393), il existe un exemple d'anévrysme de l'aorte abdominale accompagné de trois autres tumeurs semblables sur le trajet de l'artère. Voyez aussi Gaz. des hôpit., 5 mars 1863 (M. Gharcot). Nous pourrions insister sur ces exemples, parce qu'en général les élèves ne poursuivent pas assez loin leurs investigations sur les gros vaisseaux du cœur.
(4) Bull, Soc. anat,,iSbZ,