‹ Manuel de l'art des autopsies cadavériquesChapitre 73 sur 84 · ROCHER ET OREILLE · texte numérisé non relu

ROCHER ET OREILLE

F. R«CHER ET •■ElIiliG.

Noas avons indiqué déjà (page 42) la manière d'extraire le rocher. Nons parlerons un peu des maladies des Irois cavités de Touîe, car on est loin de connaître le dernier mot à leur sujet, par cela peut-être qu*on n*étudie pas assez i'anatomie de cet appareil ni sa pathologie.

V oreille externe est rarement l'objet d*ezamen nécroscopique. 11 peut cependant être utile de constater, comme contrôle des recherches faites sur le vivant avec le spéculum et le réflecteur: les polypes fibreux ou les tumeurs osseuses du conduit externe (exostoses), les othématomes ou tumeurs sanguines (Virchow, Pathol. des tumeurs, p. 4 33); — Tinjection ou les érosions de la muqueuse, parfois dépouillée de son épiderme ; — les désordres produits par les otites (dans la fièvre typhoïde des enfants, chez les calarrheux, lesscrofuleux, les rhumatisants, les goutteux, les darlreux, les buveurs, les syphilitiques et même? les fumeurs) ou par les corps étrangers, les concrétions cérumineuses ; — enfin les déformations du pavillon, les anomalies du tympan ou ses affections pathologiques (i).

Tableau L. — Vices de conformation et affections du tympan. — Absence congfénitalc, brièveté de ses diamètres^ diminution de sa courbure. Relâchement ou tension^ inflammation (myringitc avec ou sans suppuration et ramoUissemcnt) simple^ chronique, arthritique (goutte et rhumatisme)^ syphilitique, scrofuleuse ; parcheminement ou épaississement des lames^ changements de couleur (nuages, leucomes, opacités), granulations, polypes, fongus; destruction (érysipèle, rougeole, scarlatine, variole) ; perforations, blessures, déchirures (en étoile chez les artiUeurs), rupture (chez les pendus souvent); ulcérations, fistules, adhérences.

Quand cette membrane présente des plis bien accusés, c'est rindice assez certain de la soudure des osselets. 11 serait bon également d'enlever le pavillon de l'oreille, et de disséquer la peau pour constater avec soin les lésions produites par la carie dans le conduit auditif externe : celui-ci sera, par exemple, devenu noir, inégal, rugueux; il communiquera avec le crâne par de nombreux perluis, etc.

(1) Triquct, Gaz. des hôp,, 12 et 17 octobre 1865. — Wreçler, Maladies de Voreille, 1864.— Bonnafont, Traité des maladies de V oreille, — Voyez en général les traités des médecins auristes.

La caisêe du tympan, dont la muqueuse est souvent épaissie chez les sourds, se trouve assez fréqueoninent aussi, quand il y a ostéite du rocher, remplie par un liquide roussâtre, visqueux, purulent^ susceptible d'infiltrer les parois osseuses, ou au milieu duquel les osselets de Touïe se montreront, pour ainsi dire, flottants. Ces osselets seront, chez d'autres sujets, aukylosés ou bien disparus et entraînés par la suppuration (chute des osselets dans la scrofule, les dartres, la syphilis ; on a même décrit des tumeurs blanches de ces osselets et des luxations de Tétrier sur Tenclume comme cause de surdité (ïoynbee, iVed. Press and Ctrcu/ar, juin 1866). Les parois de la caisse peuvent être dénudées, privées de muqueuse, frappées d'ostéite. Le muscle interne du marteau a été vu quelquefois détruit, rompu (Saissy, Beck] par Téternument, comme le plantaire grêle dans une violente contraction : il est animé (Triquet, 1850) par un filet du ganglion otique, et les lésions de ce nerf, dans les otites, peuvent expliquer la surdité par suite du relâchement du tympan. La dysécée (dureté d'ouïe) non congénitale et la surdité acquise reconnaîtront ailleurs pour cause le rétrécissement ou l'oblitération de la trompe d'Eustache, son obstruction dans le catarrhe de l'oreille muqueuse (mucus durci, gonflement chronique, hypertrophie des amygdales), la pression par des polypes naso -pharyngiens, ces fibromes de la base crânienne adhérant aux os par de nombreux points d'implantation et pouvant pousser leurs processus, soit à l'intérieur du crâne, soit dans les diverses cavités de la face.

Pour ïoreille interne ou labyrinthe, dont les lésions entraînent aussi la surdité (4), nous avons déjà indiqué (page 3H) les recherches délicates à faire dans les canaux demi-circulaires : on a pu voir ces canaux remplis de matières rouges plastiques, sorte d*exsudation sanguine ('2), ou bien du pus véritable répanda

(1) A ce sujet, rappelons que la branche limacienne (cochléenne ou antérieure) du nerf auditif paraît avoir plus spécialement pour usage de transmettre les sensations acoustiques (Flourens) : nous ayons vu au contraire l'action sur la sensibilité et les mouvements (page 310) du rameau vestibulaire ; rameau existant non dans les canaux demicirculaires, mais dans leur ampoule, qui appartient plutôt au vestibule, d'après les recherches récentes de M. Malinin {Centralblatt, n® 43, et Mouvement médical^ 4 novembre 1866). La seule fonction des canaux semi-circulaires serait d'absorber les ondes sonores qui ont déjà impressionné les extrémités nerveuses du saccule et des ampoules, qui n'ont plus d'utilité : ils joueraient un rôle aualogue à celui du pigment choroïdien.

(2) Ménière, Gaz, médic, 1861. Voyez aussi The médical Mitror,

Page 1