‹ Manuel de l'art des autopsies cadavériques, surtout dans ses applications à l'anatomie pathologiqueChapitre 20 sur 85 · XXXVIII INTRODUCTION · texte numérisé non relu

XXXVIII INTRODUCTION

principe qu'il faut savoir i*anatomie et la physiologie normales pour comprendre la pathologie, nous rappelons d'abord sommairement, surtout pour les parties les plus délicates (organes génitaux^ encéphale), la forme^ le volume , la couleur, souvent même (chap. >iij les fonctions à Tétat sain. Nous donnons en ouire des figures emprunlées aux traités d'anatomie, figures dont nous avons allongé à dessein les légendes (voy. chap vu), pour rappeler les détails. Ensuite, insistant peu sur les nouveaux rapports d'organes ou les modifications constatables pendant la vie par la vue, le palper, le toucher, ou à travers les orifices naturels, nous indiquons sommairement les hétérotrophies (hypertrophie^ atrophie, lé^^ions de consistance, de continuité, de couleur) et les altérations de texture et de structure classiquement enregistrées par les auteurs.

Ces généralités, qui forment partout une partie si abstraite, sont assez succinctement exposées pour suffire à Tétude de Tamphithéâtre, tout en la simplifiant, ^fous les avons surtout écourtées pour les deux premiers chapitres, parce que les élèves savent généralement mieux faire l'examen cadavérique des appareils respiratoire et circulatoire que des organes génitaux, du système nerveux, des muscles et des os.

Nous avons néanmoins la triste conviction, surtout pour les chapitres consacrés à ces derniers groupes d'organes, et où nous avons été entraînés par la richesse même du sujet, qu'on nous reprochera d'avoir empiété sur le domaine de Tanatomie pathologique. C'est un écueil que nous cherchions à éviter, en nous limitant humblement au modus faciendi pour les altérations que nous indiquons, et au souvenir de ce précepte d'Horace :

Sumite materiam vestris, qui scribitis, œquam viribus.

Mais, quand on aborde le premier un champ d'études aussi vaste, il est difficile de ne pas sortir un peu du chetnin conventionnellement tracé d'avance, et chaque pas rencontre tant de points dignes d'intérêt, que vous dépassez infailliblement le nombre de stations que vous vous étiez accordées.

Pour répondre à mon but, j'ai cherché à fondre, avec les connaissances personnellement acquises par un contact journalier avec plusieurs chefs de service, les notions que j'ai pu recueillir en coordonnant et condensant les travaux d'anatomie pathologique les plus récents. J'ai compulsé les ouvrages

INTRODUCTiON. XXXIX

et journaux scientifiques français, allemands, anglais, belges, dans lesquels je pouvais rencontrer des relations nécroscopiques, surtout quant aux détails sur le modus faciendi. J'ai fait de mêiTie pour les thèses (1) et pour les bulletins de la Société anatoniique. Tune des mines les plus riches que possède la médecine parisienne.

Pouvais-je prétendre à un guide plus sûr que Texpérieuce de mes devanciers ? Véritable œuvre de Pénélope, la science serait à recommencer sans cesse, si les travailleurs de la veille n'avaient transmis leur tâche aux pionniers du lendemain.

Toutefois le juste sentiment du quid valeant humeri, quid ferre récusent, ne m'a pas laissé reproduire aveuglément toutes les idées d'autrui. J'ai cherché à porter un sage éclectisme dans ces recherches bibliographiques, à n'admettre pour vrai que ce qui est rigoureusement démontré, d'après le précepte de Descartes, auquel l'organicisme doit sa certitude accessible cependant à tous les progrès.

Bien que les renvois de bas de pages interrompent désagréablement la lecture, j'ai cru, me conformant au vi€ux proverbe multa paucis, pouvoir les multiplier, à propos soit des remarques critiques, soit des données bibliographiques principales qui permettront à l'élève assez heureux pour rencontrer un fait rare de s'éviter bien des investigations. Ces cas rares, uniques même, j'en ai mentionné à dessein çà et là un certain nombre, afin qu'on soit prévenu de la possibilité de les obser- , ver. L'indication des faits extraordinaires au premier examen sollicitera précisément, je pense, l'attention nécessaire à leur solution. Les faits exceptionnels ne sont pas plus dépourvus d'uiilité que d'intérêt. La nature ne procède guère par des exceptions, et le médecin, en véritable savant, doit étudier ces prétendues exceptions avec le plus grand soin pour les rattacher à des lois générales. En agissant ainsi , il n'élargit pas seulement l'horizon scientifique, il sert aussi les intérêts de la pratique ; car un fait rencontré plusieurs fois seulement peut s'observer de nouveau au moment où l'on s'y attend le moins, et constituer une source de difficultés d'autant plus sérieuses, qu'on se trouve pris alors au dépourvu.

Entassons donc les observations particulières, surtout pour certaines maladies, çà et là indiquées dans cet ouvrage (pel-

(1) £a général, quand on lit thèse dans une de nos notes bibliographiques, ou quand un journal est désigné sans autre indication, il s'agit d'une publication parisienne.

XL INTBODUCTION.

lagre, affections mentales^ etc.), dont on ne connaît gaère encore les lésions caractéristiques. Dans une science empirique, comme l'est encore notre médecine, les faits sont ressentie!. Ils ne deviennent accessoires qu'au moment où peut s'en déduire la loi, c'est-à-dire le fait se répétant identique avec lui-même dans les mêmes conditions. Alors ils n'ont plus aucune valeur chacun à part et dans leur diversité , puisqu'ils rentrent tous dans la loi : on peut n'en conserver qu'un seul, ou tout au plus quelques-uns parmi ceux qui expriment la loi avec une grande simplicité. La science est un capital dont l'application est le revenu : plus nous aurons d'idées générales, plus nous agrandirons le champ de l'application.

Les données d'anatomie pathologique résumées à propos du modus faciendi laisseront certainement, par suite du long temps qu'a duré l'impression de ce Manuel, des lacunes ou même des contradictions doctrinales. Nous en pourrions rectiOer un certain nombre (1). Les recherches ou les publications

(1) Gontentons-nouâ d'indiquer quelques erreurs d'impression ou autres^ en priant le lecteur de compléter par l'examen des légendes de nos figures supplémentaires.

Page 1, ligne 21 et note (3) ; p. A, note (2); p. 9, § 2« ; p. 11, etc., lisez autopsie cadavérique.

Page 53, fin du § 3« : pisi fouîmes, au lieu de piri formes.

Page 56, note (1). Voyez pages 393-399, comme rectification. . Page 66, fin du | 1°'. Au lieu de retraite, lisez retrait.

Page 72, note (1). Sur les concrétions sanguines du cœur, voyez Perrond, /oum. deméd, de Lyon, nov. 186A, et thèse de M. PouUet (Montpellier, 1866). Les caillots d'effet cadavérique ne sauraient être rapportés à l'agonie, car toute asphyxie est incompatible avec la coagulation ; ils se produisent jpo^/ mortem.

Page 82, tableau VIll, ti^ ligne. Ces foyers d'aspect purulent, à contenu en fibrine désagrégé et en leucocytes (p. 393), constituent l'endocardite ulcéreuse sur laquelle on consultera, comme ouvrages français : Lancereaux, ^ém. sur tendoc. ulcér., 1862 ; Vulpian, Union méd., il févr. 1865; thèse de M. Vast (186A), etc.

Page 87, | 3^. Aujourd'hui que la pyohémie est partout battue en brèche, au profit de l'embolie, on tend à rapporter les suites mortelles des opérations ou des couches à des caillots migratoires détachés des thrombus ou concrétions formées sur place, dans les veines par phlébite. Voyez Azam {Acad. de méd.,, 7 juin 1864), thèse de MM. BaU (1862) et Richert, nos pages 343, sq.

Page 88. Du pus ou plutôt, pour Virchow, des amas de leucocytes.

Page 116, ligne 9. Le renvoi (1) est celui de la page 115, et celui qui est indiqué page 116 aurait dû correspondre à la note (2) de la page 115.

INTRODUCTION. XU

se succèdent si rapidement en France comme à l'étranger, qu'il est difficile d'embrasser, aussi sommairement qu'il nous était permis de le faire, leur cadre s 'élargissant chaque jour, et de ue pas laisser de côté bien des cas intéressants. D'ailleurs n'esl-il pas permis de dire :

Loin d'épuiser une matière^ Il n'eu faut prendre que la fleur^

OU avec la Fontaine :

Mais ce champ ne se peut tellement moissonner Que les derniers Tenus n'y trouvent à glaner?

La TROISIÈME PARTIE traite des recherches indispensables à faire dans le laboratoire, à la suite de la plupart des nécropsies, soit à l'aide de données chimiques, soit principalement avec le

Page 12/1^ ligne ili, lisez histologique au lieu d'historique.

Page 128^ ligne 15, après sanguificatiou^ il a été oublié : «passent toutes les substances absorbées à l'intestin, sauf les graisses, et qu'elles s'y dédoublent partiellement, d'une part, etc.

Page 129, ligne 5. Après du foie, il faut lire : dont la glycosurie ne serait peut-être qu'un symptôme (1). — bien que le diabète soit proclamé, au moins par l'école humoriste et contrairement aux tra- Yaux de Richter {fnfltience de la path. cell. sur la méd, pratique), une maladie générale du sang, une sorte de diathèse. Cette altération hépatique chez les glycosurrhéiques a d'ailleurs été partiellement indiquée par M. Cl. Bernard même : hypertrophie , coloratioi. rouge, etc. Voyez pages 414 et 476.

Même page, note (1). Lisez Cheselden.

Page 130, li^ne 4. Au lieu d'acéphale, lisez anencéphale.

Page 131, note (2). Lisez Bécourt, et ajoutez Besson {Path, du pancréas, ihèse, 1864), Gaz. méd. de Lyon du 18 déc. 1865 ; Auct\ei {Études sur les mal, du pancréas, 1866).

Page 133, note (3). Lisez altération au lieu d'aliénation.

Page 134, ligne 10. Au lieu de 5, lisez 15.

Page 136, ligne 10. Lisez 89.

Page 137, ligne 8. Le renvoi (2) devrait être après Kœlliker, et le (3) là où est le (2). Sur la leucémie, voyez Vidal (1856), clinique de Trousseau, H. Feltz {Mémoire de la Société de médecine de Strasbourg),

Page 138, ligne 20. Lisez transformés.

Page 142, ligne 5. Supprimez le et : la fignre devrait porter le numéro 57.

Page 152, ligne 1. Lisez infarctus.

Page 159, § dernier, lisez figure 53.

Page 176, fin du § dernier, lisez exemple.

XLU INTRODUCTION.

microscope. Elle se termine par plusieurs chapitres consacrés, l'un aux piqûres anatomiques^ l'autre à la manière de prendre une observation nécroscopique et de la rédiger ( des modèles de rapport sont annexés à ce chapitre), un dernier k l/injection, à la préparation et à la conservation des pièces sèches ou humides.

On ne saurait demander au médecin d'être chimiste. Ce qui peut être exigé de lui, c'est qu'il possède des connaissances générales assez étendues pour être à même de comprendre facilement les ouvrages spéciaux de chimie (1), de toxicologie, de médecine légale, et de devenir en quelque temps un expert intelligent, si besoin était. Aussi, pour l'examen chimique des liquides ou solides mis de côté dans un amphithéâtre d'hôpital, avons-nous pris seulement quelques exemples, en supposant que le médecin seraft à même de s'adjoindre un chimiste, s'il

Page*207, note (5), lisez 1855.

Page 224, § û®, lisez 239. Consultez le travail de M. Abel Frasier (1866) et la thèse de M. Paul (1866).

Page 233, ligne 1, lisez la prétendue coque fibreuse. 4* ligne de cette page et légende de la page 344, lisez hcematotdine.

Page 240, note (3), lisez p. 233. Ajoutez Hill, De utero déficiente, Prague, 1777.

Page 246, fin du § 2«. M. Batailhe {France médicale, 2S octobre 1865) veut que les phlébites et les angioleucites de la fièvre puerpérale soient simplement métastatiques, consécutives à l'infection putride.

Page 251, lisez tableau XLVIII, page 402, note (3).

Page 259, 6® ligne de la note, lisez gestateurs.

Page 307, note (4), lisez Lussana,

Page 314, 22® ligne, lisez impressionnabilité.

Pagf 315, § 1®'. Telle est l'opinion de M. Seczenow, l'illustre physiologiste de Saint-Pétersbourg, combattue par Schiff'(p. 469).

Page 337, lisez tableau XLVI.

Page 340, ligne 7, lisez du pseudo-pus (p. 393).

Page 356, supprimez (3).

Page 376, lisez Galien.

Page 390. Cette substance interposée aux éléments nerveux n'est pas conjonctive pour M. Robin (p. 436).

Page 479, § 3®. Cette opinion est combattue par Geigel [Wûrz" burger medicin. Zeitschr,, 7® vol., 2® livr., 1866).

(1) Outre les livres • classiques de chimie, consultez l'ouvrage de MM. Robin et Verdeil, ainsi que celui de M. Schûtzenberger [Chimie appliquée à la physiologie^ à la pathologie et au diagnostic médical, Paris, 1864), travail estimable pour sa méthode au double point de vue théorique et pratique.

INTRODUCTION. XLHI

loi fallait constater dans l'économie tel oa tel poison par les r^actife ou par l'analyse spectrale, analyser les gaz recneilli8(1 ), ou certains liquides et solides, comme M. Baudrimont Ta fait pour les cholériques (2), ou, enfin, des substances non toxiques, telles que les taches de sperme ou de sang, les urines, etc.

A la suite de ce chapitre et s'y rattachant par les agents chimiques employés, vient la partie spécialement consacrée an microscope, une de celles qui doit certainement le plus appeler l'attention du lecteur; car aujourd'hui les préparations fines ne sont plus guère disséquées sous l'eau (études hydrotomiques) , mais sur le porte-objet.

Après avoir, dans le cours de la deuxième partie^ montré, à propos de la plupart des organes, quels immenses services le microscope rend ou est appelé à rendre comme complément indispensable de toute nécropsie (3) entre les mains de celui qui s'astreint à réserver pour un examen ultérieur et attentif toutes les pièces de l'autopsie cadavérique paraissant intéressantes à ce but, — nous donnons ici quelques indications générales sur remploi de ce merveilleux instrument (4), ses applications

(1) Pour recueiUir les ga«, du thorax par exemple, comme il n'y a pas d'appareil sous la main, qu'on ne saurait mettre le sujet dans l'eau^ faites une incision à la peau seule, entre deux côtes ; introduisez-y un corps rond ( un rond de serviette, je suppose), reçiplissez-le d'eau ; adaptez un tube ou une éprouvette, et faites une ponction.

MM. Demarquay et Lecomte {Acad. des se, 2 février 1863), ont montré que l'analyse des gaz pouvait, par la quantité d'oxygène, indiquer s'il y avait eu communication entre la cavité pleurale et l'atmosphère : ils ont trouvé :

Dans l'hydro-pneumothorax. Dans l'emphysème.

Oxygène 1,540 5,392

Acide carbonique. . . 40,820 8,823

Azote 87,640 85,785

(2) Académie des sciences, 23 oct. 1865. .

(3) Voyez Dos Micro&cop und sein Gebrauch fur den Arzt, par le docteur Hermann Reinhard, zweite Auflage. Leipzig, 1864.

(4) Voyez Du microscope, par Robin, ouvrage déjà un peu ancien ; VÉtudiant micrographe , par Chevalier , livre trop élémentaire; le traité de Hartwig, bien volumineux ; celui de Schacht, trop spécial à la botanique ; celui du conchyliologiste anglais Carpenter ; enfin celui de Frey (de Zurich). Ce dernier est recommandable pour les chapitres où il traite du choix des microscopes, du maniement, de la préparation et de la conservation des pièces, des réactifs appropriés à leur examen ; il donne encore aux élèves un bon résumé d'histologie normale, une sorte d'abrégé de l'œuvre de Kœlliker.

Xtif INTRODUCTION.

à la reconnaissance des principaux éléments (globules de pas, leucocytes, sang, etc.), et les précautions délicates que réclame l'interprétation de ses données ; enfin, sur la classification histologique des tumeurs, particulièrement d'après le bel ouvrage de Yirchow, traduit enûn en français il y a quelques mois, et auquel nous avons emprunté quelques-unes de nos figures supplémentaires.

Le microscope d'ailleurs se présente, avec le micro-spectroscope (1), comme le contrôle fidèle des recherches cadavériques et chimiques que doit, en toxicologie et en médecine légale (2), faire le médecin commis par la justice comme expert, ou requis par Taccusé comme défenseur, alors surtout qu'on ne dispose que de quantités minimes.

« Renforcer un des organes de nos sens revient à renforcer l'intelligence, à étendre le cercle des idées, à ennoblir l'humanité. Parles instruments grossissants se sont agrandies presque à l'infini la sphère de nos recherches et la portée du coup d'œil qu'il nous est donné de jeter sur la création. » (De Humboldt.)

Mais, nous ne saurions trop le redire, pour nous limiter à la pratique des hôpitaux, le microscope est encore le souverain arbitre. « En médecine, au delà des lésions directement saisissables à nos sens, tels que la vue et le toucher, il y en a qui sont moléculaires, qui sont caractérisées par une quantité normale de tels ou tels principes immédiats naturels, par la présence de principes accidentels, par des modifications isomériques de tels ou tels des principes naturels, et par des changements dans leur mode d'association moléculaire (3). »

Bichat distinguait la mort par le cœur, par le poumon^ par le cerveau : aujourd'hui, on va plus loin, et nous cherchons des modifications dans les éléments histologiques, au lieu de nous arrêter aux modifications des organes, aux caractères macroscopiques. C'est là que se trouve l'avenir de Tanatomie pathologique.

(1) Quand il y a du sang dans une liqueur^ le spectre est altéré ; deux raies noires se produisent dans les rayons verts et sur la limite des radiations jaunes. Celte épreuve, corroborée par l'examen microscopique et chimique, est confirmative. — Voyez Gaz. AeM., 1866, n<^ 19 : emploi du spectroscope à la constatation médico-légale des taches de sang.

(2) Das Microscop, in Toxicologie , etc., par Helwig (de Mayence), avec planches photographiques, analysé dans les Ann, d'hyg. et de méd. iég., t. XXII, 1865, et t. XXV, 1866.

(3) Robin, Revtie des cours scientifiques^ 13 février 1864.

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