‹ Manuel de l'art des autopsies cadavériques, surtout dans ses applications à l'anatomie pathologiqueChapitre 32 sur 85 · MÉTHODE A SUIVRE POUR LES OUVERTURES · texte numérisé non relu

MÉTHODE A SUIVRE POUR LES OUVERTURES

Ainsi que le dit Chomel, à la page 604 (5* édition), et selon Tosage établi d'ailleurs dans la plupart de nos hôpitaux, on do4t commencer par V ouverture de l'abdomen, pui$ du thorcuc; ce nest qu'après avoir étudié les organes de ces cavités qu'on exa^ minera le crdne, enfin le rachis et les membres (muscles, os et annulations)* Si l'on abordait d'abord le rachis, comme le veulent la plupart des auteurs d'anatomie pathologique, Chaussier, et, d'après hii, Renard, etc., pour continuer ensuite par le crâne, te thorax, l'abdomen, on s'exposerait à produire des lésions dcmt la cause pourrait être méconnue, et modifier l'état des organes des cavités thoracique ou abdominale, par la situation que l'ouverture du canal vertébral oblige de donner au cadavre : il faudrait en outre retourner trop de fois le sujet.

Gommencerait-on par le crâne, pour examiner ensuite le rachis, comme l'indiquent l'article Cadavre, dans le Dictionnaire abrégé de médecine (< 824), et quelques auteurs (Orfila notamment, ainsi qu'OIlivier, d'Angers et Béclard, à l'article Cadavre du Diclionnaire en 30 vol.), les mêmes inconvénients se présenteraient sans aucun doute.

En ouvrant de prime abord l'abdcmien , si quelque liquide, comme le remarque Chomel, est contenu dans cette cavité, il est possible de bien apprécier sa quantité et ses qualités ; s'il existe chez le même sujet du liquide dans la poitrine, il y reste en totalité, et rabaissement plus ou moins considérable du diaphragme qu'il refoule vers le ventre peut être distinctement reconnu. Eu commençant, au contraire, par le thorax, il arrive presque

(1) HémorrhoïdeSj fissures, condylomes, etc. On sait que l'effacement des plis du sphincter et la laxité des fibres anales sont le plus souvent les signes d'habitudes do pédérastie.

2U CONSIDÉRATIONS PBÉLÏMlNAlRtS,

toujours, à moins d'apporter dans cette opération un soin Irèsgrand, q<ie le diaphragme est lésé, et qu'on établit une communication entre les cavités pleurale et péritonéale : dès lors, si quelque liquide remplit l'une de- ces cavités, il passe en partie dins lautre; s'il y en a dans les deux, il s'établit un mélange, et, pour l'un et l'autre cas, il en résulte des erreurs, ou tout au moins de l'incertitude dans les observations. Il est, au reste, naturel d'étendre l'ouverture de l'abdomen à la poitrine plutôt que de passer au crâne pour revenir ensuite au thorax, d'autant qu'après avoir mis l'encéphale à nu, on e?t quelquefois dans la nécessité de retourner le cadavre afin d'examiner la moelle épinière (4).

D'ailleurs, bien qu'on doive commencer par l'ouverture de Vabdomen, cependant, dans la plupart des cas, les deux cavités du tronc ayant été mises à jour, on examine les organes tkora^ ciques aoant de passer aux organes digestifs et génito-urinaires, puis à V ouverture et à C étude du crdne et du rachis.

11 n'est effectivement possible, comme le remarque Chomel, de bien juger, du volume et de la distension du cœur, que si les gros vaisseaux qui en naissent et qui s'y rendent sont intacts : or, si l'on commençait par passer en revue les viscères abdominaux, et qu'on enlevât alors le foie, la veine porte, la veine cave inférieure, le cœur serait affaissé sur lui-même avant qu'on l'eût étudié. Par la même raison-, il sera logique, contrairement à la pratique ordinaire de nos hôpitaux, de n'en venir aux poumons qu'après avoir vu le cœur. — L'œsophage, portion de l'appareil digestif, ne peut être au reste abordé qu'après les organes de la circulation et de la respiration, derrière lesquels il est situé.

Ainsi donc, en résumé, le meilleur ordre à suivre dans une autopsie est le suivant :

Ouverture. — Abdomen, thorax et cou, crâne, rachis , membres.

Examen des organes. — Organes de la circulation, de la respiration, de la digestion, génito-urinaires ; encéphale, moelle épinière, muscles, articulations, os.

(i) La législation prussienne (Gaspor, t. II, p. 68-69), qui hidiquc soif^neuscment la manière dont doit être fait l'examen nécroscopiquc, ordonne de procéder dans cet ordre : tête, cou, poitrine, ventre, dos, anus, parties {génitales, membres. Cette méthode, conseillée é<(alement par Deverjs'ic, Priuud et (]iiaiulé, nous parait encore vicieuse, et par les raisons précitées, et parce que, de la tête, il est plus normal de passer tout de suite au rachis«

OUVERTURE DES COHPS. 25

Tel sera le plan adopté daits noire travail. Une PUEiiiKRE partii: nous permettra d'exposer les règles usitées, ou nous paraissant les meilleures, pour Touverture des cavités splanchniques. Une SECONDE PARTIE sofa résorvée à la splanchnotomie et à Texamen des lésions le plus souvent observées sur les organes. — Nous traiterons de Tappareil respiratoire avant d aborder le système de la circulation, non pas seulement pour nous conformer à la marche usuelle des hôpitaux, mais surtout pour mieux suivre Ten chaînement des manœuvres à opérer dans le Ihorax.

Nous exposerons successivement le résultat de notre expérience personnelle ; et certainement Télève ou le praticien qui consentira à admettre avec confiance l'ordre que nous indiquerons, ou à chercher les lésions sur lesquelles nous appellerons son atlention, ne tardera pas à se convaincre que nos conseils n'ont pas été émis sans mûre réflexion . Sans doute, on pourra s'abstenir de nous suivre pas à pas, de pratiquer, dans toutes les nécropsies, l'ouverture de chaque cavilé ; les recherches sur le cou ou sur les membres sont même interdites, sauf cas exceptionnels qu'il ne faudra pas laisser échapper. Mais enfin nuus pensons qu'en se faisant une règle d'examiner dans chaque autopsie cadavérique tous les organes dont Finspection est licite, on ne larderait pas à être rémunéré de sa peine et de son temps. Est-on bien sûr en effet, après le meilleur diagnostic, qu'il n'existe de lésions que dans l'organe accusé d'atfeclion ? M. Piorry, entre autres, a démontré qu'il existe, à proprement parler, bien peu de maladies simples : il n'y a guère que des étals organopaihiques multiples, — et ce, abstraciion faite des maladies composées, générales, telles que les fiè\res, les dialhèses, lOvS cachexies et altérations du sang, telles que la fièvre typhoïde, la scrofule, la syphilis, la goutte, le rhumatisme, où tous les actes morbides figurent sous des combinaisons plus ou moins variées. — « Le nombre des maladies locales a beaucoup diminué depuis quelques années, et, sous ce rapport, comme sous bien d'autres, la pathologie a entièrement changé de face, L'anatomie pathologique, exagérant l'importance des lésions, avait fini par faire croire qu'à chacune d'elles correspondait une maladie distincte. Or, une observation plus attentive et plus approfondie n'a pas tardé à démontrer que, au-dessus des lésions locales, existe souvent une affection générale qui les domine toutes. Elle s'exprime seulement par des troubles locaux fonctionnels ou de texture, qui varient par leur siège et leur nature. » {PatiiologieilQ M. Monneret, Prolégomènes, p. 9.)

Combien d'altérations peuvent, d'autre part, rester longtemps

26 CONStDÉIlATtOI^S PRÉtlMINAIREd.

sans trahir leur présence par des signes extériears chez certdind sujets au moins, même parmi celles qu on réputé les plus graves : cancer du cerveau, tubercules du cerveau, fauss s membranes de Tarachnolde, etc. Combien de désordres ré éé-^ par Tautopsie cadavérl|ue, et sur lesquels, leurs manifestations symptomatiques étant peu précises, on ne saurait encore avoir que des présomp* tiens de diagnostic, si toutefois l'idée en vient à l'observateur et s'il peut procéder par exclusion : grossesse extra-utérine d'un, deux ou trois mois, cirrtiose ou induration fibreuse du poumon, hydatidesdu poumon, cancer et tubercules de l'encéphale, hémorrhagies de la protubérance, certains kystes du foie, du pancréas, certaines tumeurs du foie, de la rate, de l'estomac, cachées sous les fausses c6tes, corps fibreux de l'utérus, etc.

Dans les expertises de médecine légale, l'exploration de toutes les parties est d'ailleurs un devoir rigoureux : c'est un moyen d'éviter toute objection de la part du défenseur du prévenu, qui ne manquerait pas de tirer parti des omissions de l'expert, devant des juges étPcingers à la médecine. — Dans ces cas seuls, nous ne reprocherons pas au praticien de suivre un ordre quelconque pour les ouvertures Ainsi, nous serons les premiers à lui conseiller de commencer par celle des cavités ^planchniqlles sur laquelle son attention a été plus particulièremeijt appelée, et de modifier les coupes ordinaires en cas de plaies ou blessures quelconques.

Terminons en prescrivant de prendre les diamètres exacts et la circonférence des tumeurs qu'on rencontrera , et de noter toutes les lésions, quelles qu'elles soient, qu^on peut trouver dans une autopsie. Telle altération qui ne parait aujourd'hui présenter aucun rapport avec l'attection principale diagnostiquée ou démon* trée par l'auiopsie, sera retrouvée dans les cahiers d'observation avec atund plaisir, si l'on \ient pins tard à appeler sur ces désor* dres, regardés jusque-là comme secoridaires, l'attention du monde médical.

Il sera bon enfin, chaque fois qu'un liquide est constaté, d'en recueillir quelque peu pour l'examiner ultérieurement au microscope ou par les réactifs chimiques*

Page 1