X. Tableau des principales altérations de l'endocarde
Rougeur (2), granulations, boursouflement, épaississement, friabilité, ramollissement ; ulcérations (rarement gangreneuses) ; sécrétion purulente, épanchement sanguin sous la séreuse ; hernie de Tendocardc ù travers un écartement des fibres musculaires. — Fausses membranes grisâtres, lisses, ridées, grenues, striées. — Plaques laiteuses, végéta^ tions et concrétions fibrineuses (3). — Caillots contenus dans la cavité : mous et noirs, décolorés, élastiques, offrant au centre du pus.
Vaisseaux du cœur, — Après avoir considéré extérieurement les gros vaisseaux artériels et veineux de la poitrine (adhérence de l'aorte avec l'artère pulmonaire, veines caves inférieures doubles, etc.), il sera toujours utile de les ouvrir sur une certaine étendue. Si leur section, à partir du cœur, y faisait découvrir quelques lésions, — dilatation ou rétrécissement de Taorte ou des veines caves, phlébite, artérite; taches noires, violacées, plaques athéromateuses de là face interne de Taorte, ou plaques blanches, saillantes, cartilaginiformes de la crosse; caillots obstruant plus ou moins les veines caves ou pulmonaires, Tartère pulmonaire ou Taorte ; anévrysme de cette dernière à T union des parties horizontale et verticale de la crosse, pouvant s'être ouvert dans l'œsophage, la trachée, etc., — il faudrait poursuivre l'incision assez loin pour juger de l'étendue des désordres. Dans certains cas, on descend jusque dans l'artère et la veine iliaques ou fémorales. Ainsi, une ulcération constatée dans l'aorte, il sera
légèrement adhérents aux colonnes musculaires, s'étendent souvent dans les veines caves, l'artère et les veines pulmonaires. On peut les extraire de ces vaisseaux sous forme de cylindres, dont quelques-uns résistent à la traction par un poids de IGO grammes.
(1) Elles siègent à gauche le plus souvent et près des orifices.
(2) Il ne faudra pas confondre cette rougeur pathologique avec la coloration due au contact du sang par imblbition cadavérique,
(3j A^lïérentç? aux yalyillcs ou aux colonnes charnues,
bon de voir s*il D*en existe pas une semblable ailleurs, ayant pu produire un anévrysme disséquant. Ainsi encore, un caillot fibrineuXj blanc, organisé, voire même un caillot gelée de groseille ou noir, est-il trouvé dans la crosse de l'aorte, on pourra parfois le suivre jusque dans la portion abdominale de Tartère. M. Giordano (de Turin) enseigne (1) que, dans la fièvre puerpérale, les caillots de Toreillette droite envoient assez souvent des appendices jusque dans lasaphène. Noils avons vu ouvrir le système artériel et veineux, du cœur, la région poplitée, dans un cas d'infection purulente. Comme autre exemple, l'oblitération de l'aorte ne se trouve souvent qu'à son insertion avec le canal artériel, et même à sa bifurcation (^) : dans ce dernier siège, on a observé l'aorte complètement obstruée. Les plaques crétacées et les rétrécissements aortiques se rencontrent fréquemment au môme niveau (3). — D'autres fois, si l'on a constaté un rétrécissement aortique dans l'élenduQ de la crosse par exemple, il ne faudrait pas en conclure que raltèration a dû être nécessairement unique : il n'est pas rare d'observer des rétrécissements à des hauteurs différentes du vaisseau.
Les maladies du canal artériel sont peu connues, la persistance de ce vaisseau exceptée : nous trouvons un exemple d'anévrysme de ce canal chez un enfant d'un mois dans le Traité des ané^ vrysmes de M. Broca.
Il sera souvent utile d'examiner les veines des parois du cœur, qui peuvent contenir notamment des foyers purulents. On a cité des cas d'ossification des artères coronaires dans toute leur étendue, altération qui peut ne s'être manifestée par aucun trouble pendant la vie (4), si ces vaisseaux ont continué d'être perméables : il n'est pas rare d'observer ces artères rigides, flexueuses, pleinesde caillots, atteintes de dégénérescence athéromateuse.
Enfin, les nerfs du plexus cardiaque devront être l'objet quelquefois de recherches minutieuses.
(1) De la fièvre puerpérale, de l*éclampsie et de Vcedème aigu.
(2) Turner, Anomalies des gros vaisseaux^ in Revue médico-chimrgicale, 1862, p. Ii66; Peacock {ibid,, 1860, p. 467), etc.
(3) Dans le Bulletin thérapeutique (1836, t. IX, p. 393), il existe un exemple d'anévrysme de Taorte abdominale accompagné de trois autres tumeurs semblables sur le trajet de l'artère. Voyez aussi Gaz, des hôpit,, 5 mars 1863 (M. Gharcot). Nous pourrions insister sur ces exemples, parce qu'en général les élèves ne poursuivent pas assez loin leurs investigations sur les gros vaisseaux du cœur.
(4) BulL Soc, anat., 1853.
Artères.
On ouvre les artères au moyen de ciseaux très-fins, ou du bronchiotome (fig. 44), après les avoir disséquées selon les règles ordinaires, mais aussi rapidement que possible et sans ménager, à moins d'ulilité, les parties avoisinantes. Il n'y a guère d'ailleurs que les principaux de ces vaisseaux qui soient généralement examinés, et c'est ainsi que nous venons de parler (p. 84) des investigations à faire sur Taorte. Cependant, règle générale, quand on découvre une hémorrhagie grave dans Teste • mac, la cavilé abdominale, le crâne, etc., il est bon de rechercher avec soin le vaisseau divisé, quelque petit qu'il soit (1).
Le garçon d'amphithéâtre exige quelquefois l'autorisation du Directeur de l'hôpital pour laisser aborder les artères des membres.
Le but qu'on se propose en faisant l'examen nécroscopique des artères chez l'adulte {%), est souvent de chercher s'il y a, soit rétrécissement, soit dilatation de toutes les tuniques (dilatation artérielle^ anévrysme vrai des anciens), soit tumeur circonscrite à l'un des côtés du vaisseau (anévrysme spontané, pathologique), ou formée par du sang épanché dans les tissus ambiants, mais communiquant avec le vaisseau [anévrysme traumatique^artério' cellulaire y sans sac), ou enfin due à une communication anormale entre l'artère et la veine voisine (3) {anévrysme variqueux, artérioveineux). En cas d'anévrysme, on doit, en outre, constater l'état de l'ouverture, des caillots, de la poche, les adhérences de l'artère avec les organes voisins, enfin les modifications apportées par la tumeur sanguine dans les vaisseaux ou les tissus environnants.
Dans Vartérite, les parois du vaisseau sont épaissies, souvent parsemées d'incrustations calcaires (artérite chronique) : la tunique Béreuse se montre dépolie, privée d'épithélium , ridée; elle est d'un rouge plus ou moins intense, rougeur qui ne disparaît pas par le lavage, ni même souvent par la macération.
(1) Barthez et Rilliet ont cité une observation de M. Charcellay, dans laquelle une artériolc ayant été percée par un lombric^ il s'en était suivie une hémorrhagie intestinale mortelle.
(2) Les anévrysmes sont très-rares dans l'enfance.
(3) En général^ par suite de la destruction d'une cicatrice réunissant entre eux les deux vaisseaux. M. Richet {Soc. de chirurgie, février 1864) a indiqué la possibilité de ces anévrysmes par l'action de plaques atbéromateuses primitivement développées sur la séreuse arfcrielle.
Cette couleur inflammatoire sera distinguée de la nuance que présente souvent sur le cadavre la tunique interne des artères, par suite d'une imbibition, d'une véritable teinture, opérée par le sang. En effet, quand il n'y a pas artérite : 1° on ne trouve aucune injection vasculaire sur les parties colorées ; 2° la coloration rouge se remarque uniquement dans les portions du vaisseau qui sont en contact avec le sang ; 3° elle est disposée par bandes, entre lesquelles le vaisseau conserve sa nuance normale ; 4° elle s'observe plus fréquemment l'été que Thiver^ par un temps humide que par un temps sec ; 5* elle se montre plus marquée et plus générale, si la décomposition est avancée.
On ouvre enfin les artères, soit quand on y soupçonne des ulcérations produites par des abcès circon voisins, une obstruction due au développement de tumeurs environnantes, des embolies (chap. VII) , des concrétions calcaires (artères de la base du crâne, poplitée, hypogastrique, etc.), ou athéromateuses ; soit pour chercher les lésions vasculaires ayant déterminé la gangrène spontanée, le mal perforant du pied (4) ; enfin pour apprécier les conséquences d'une ligature, d'une compression prolongée pendant la vie, l'étendue de la virole fibrineuse dure et solide formée, la dilatation des collatérales, etc.
Il est rare qu'on ait, dans nos hôpitaux, à injecter les artères avec une matière colorée et coagulabJe, comme il arriverait cependant si l'on tenait à apprécier leurs rapports nouveaux, leur diamètre exact, leur oblitération, leur perforation, le développement d'une circulation collatérale. — Nous parlerons, dans notr^TROisiÈuE Partie, des injections artérielles : on consultera également, sur l'injection des artères , VAnatomie de Marjolin (t. I, p. 281, sq.) et celle de M. Sappey.