‹ Manuel de l'art des autopsies cadavériques, surtout dans ses applications à l'anatomie pathologiqueChapitre 5 sur 85 · XVI INTRODUCTION · texte numérisé non relu

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cadavres, ces livres ouverts de la maladie. C'est dans la salle de nécropsie qu'il apprendra, pour la plupart des cas» le vrai diagnostic, et, par suite, le pronostic et le traitement, — àmoins^ bien entendu, qu'il ne fasse les nécropsics sur commande, dans le but de confirmer une théorie, au lieu de pouvoir dire comme Baglieri : aQuod vidi, scnpsi ; ars tota in observât ionibus. » Heureuses les nations comme la France, où cet^xamen est licite I heureuses les cités où la présence d'hôpitaux permet de le répéter fréquemment I Presque <;bAque matin les praticiens de la ville qui comprennent les devoirs de leurs hautes fonctions devant la société viennent, eux aussi, à l'amphithéâtre demander spontanément à la mort ses plus intimes secrets. Bien insensés sont les élèves qui négligent dédaigneusement la salle d'autopsies cadavériques : le temps précieux qu'ils perdent ainsi sera peut-être irréparable, s'ils doivent aller s'isoler un jour en province (1). Il en est malheureusement trop à qui s'adresse ce reproche. Pour prouver qu'on n'étudie pas assez la nécropsie, il nous suffirait de citer la fréquence des lésions que les élèves ou les prosecteurs rencontrent sur les cadavres livrés aux écoles de dissection dans des parties laissées intactes.

Aux universités de Vienne et de Berlin l'enseignement de l'anatomie pathologique e^t étroitement lié à une organisation toute spéciale du service des autopsies cadavériques.' Le professeur d'anatomie pathologique a seul le monopolo des nécropsies. Seul il ^ le droit de pratiquer ou de faire pratiquer sous ses yeux, par les élèves, l'ouverture du corps àQ& malades qui succombent dans les différents services de clinique. Au moment de procéder à l'examen du cadavre, il dicte à son assistant un protocole qui est également écrit par l'assistant du professeur de clinique présent, ainsi que ses élèves; séance tenante, il décrit les lésions constatées et réserve les pièces utiles aux recherches de la microscopie pathologique. Les pro-

(1) « Si, TOUS enfermant dans une salle d'hôpital pour voir et soigner des malades^ lisant des ouvrages anciens et modernes, vous vouliez apprendre ainsi la médecine, vous feriez fausse route. Vous arriveriez après quelques années à porter un pronostic heureux ou malheureux, compie un infirmier ou une sœur hospitalière, mais jamais un diagnostic sûr et ferme. Vous auriez vu beaucoup de malades et peu de maladies, en n'assistant pas aux autopsies. » (M. Laboulbène, Revue des cours scientifiques, 20 octobre 1866, UtiliH de fanatomiepaih,, article que nous recommandons au lecteur.)

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tocoles de toutes les autopsies cadavériques sont classés et forment un recueil scientifique trèsi^précieux.

Ce professeur d'anatomie pathologique n'a jamais un service médical sous sa direction, mais il exerce un contrôle puissant sur le diagnostic, le pronostic et le traitement du professeur de clinique; sans idée préconçue, sans savoir Thistorique du malade, il énonce publiquement les lésions observées. Impos< sible de dissimuler une erreur. Le diagnostic anatomique va confirmer ou renverser brutalement le diagnostic clinique. Le médecin traitant est donc forcé d'apporter une attention rigoureuse dans sa pratique; il s»it l'épreuve inévitable qui l'attend. Dans les cas douteux, difficiles, obscurs, la nécropsie prépare un triomphe ou un échec Les élèves qui ont aussi discuté le diagnostic restent également divisés d'opinions et partagent les mêmes inquiétudes que le maître.

Le professeur chargé de l'analyse cadavérique ne se trouve point placé, comme le serait le professeur de clinique, entre les intérêts de son amour-propre et ceux de la vérité. Il observe avec une parfaite liberté d'esprit et expose exactement les résultats de son examen. Ne connaissant pas l'histoire clinique de son sujet, il est obligé de faire une complète dissection pour reconstruire et donner les symptômes observés sur le vivant, d'après l'étude exclusive des lésions anatomiques. Les intérêts de la science et ceux de l'enseignement sont de la sorte parfaitement garantis (1).

En étudiant ainsi la dépouille des êires organisés pour y découvrir le mécanisme de la vie (2), le médecin met à couvert sa responsabilité thérapeutique , et apprend peu à peu , nous ne saurions trop le rappeler, l'art souvent bien difficile de soulager ses semblables. Les meilleures statistiques médicales sont faites sur le cadavre, et c'est par les altérations nécroscopiques qu'on reconnaît le mieux les causes de la ntort (3).

(1) C'est par la même méthode que Gasper a pratiqué plus de mille autopsies juridiques^ a fondé l'enseiguement pratique et public de la médecine légale à Berlin ; il est incontestable que la supériorité est pour ces méthodes d'enseignement que nous ne possédons pas en France.

(2) « Étudier la mort, c'est s'initier au mystère de la vie; car, la mort étant le contraire de la vie, apprendre comment on meurt, c'est en même temps apprendre comment on vit. » (Gl. Bernard, Reviie des cours scientifiques, 31 décembre 4864.)

(3) Bichat a dit : « Combien sont petites les raisons d'une foule de médecins grands dans l'opinion, quand on les examine, non dans les

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