‹ Manuel de l'art des autopsies cadavériques, surtout dans ses applications à l'anatomie pathologiqueChapitre 75 sur 85 · GRAND SYMPATHIQUE. A · texte numérisé non relu

GRAND SYMPATHIQUE. A

glions cervicaux, mais aussi les dorsaux et le» nerfs vaso • iDOlenrs qui en partent pour se rendre au membre supérieur.

Dans Tataxie locomotrice progressive (p. 435), M. Duchenne (de Boulogne) a montré (1) que < la portion cervicale du grand sympathique est quelquefois le siège d'un travail morbide, expliquant le resserrement ou la dilatation de la pupille avec vascularisation et calorification de Toeil. Si cet état pathologique était constant, il justifierait l'étrange symptomatologie de cette affection, et tiendrait sous sa dépendance la lésion des cordons ou racines postérieurs de la moelle, considérée comme caractéristique. »

Le goitre exophthalmique, que M. Trousseau considère comme une asthénie de Tappareil nerveux vaso-moteur, comme une névrose du grand sympathique, se caractéiise sur le cadavre par des désordres du trisplanchnîqae. Il faut mentionner avant tout une augmentation de volume du ganglion cervical inférieur, avec prédominance de l'élément conjonctif et diminution des éléments nerveux, altération de structure produisant pendant la vie des effets analogues à ceux qu*entraine Fablation de ce ganglion (S). Dans ces délicates et longues nécropsies, on devrait également examiner les deux autres ganglions cervicaux, Tophthalmique, les thoraciques, les plexus cardiaque, hépatique, splénique, rénal. Concurremment, on peut trouver le cœur hypertrophié, Tœil et le nerf optique sains (3), ou bien un excès de tissu adi-^ peux dans l'orbite avec dégénérescence graisseuse des muscles

(1) Académie des sciences, 18 janvier 1864.

(2) M. Trousseau [Gaz. des hôpit,, 8 mars 1864) a vu ce ganglion volumineux^ injecté, avec cellules rares, petites et déformées, tubes rétrécis, vaisseaux multipliés, abondance de tissu conjonctif et de granules graisseux. M. Peter (Soc. de méd, de Paris, 1«' février 1865) a trouvé le même ganglion hypertrophié, rouge, présentant au microscope de nombreux capillaires, un abondant feutrage de tissu conjonctif, au milieu duquel se voyaient des noyaux et des cellules fu$iformes; les cellules nerveuses étaient rares, petites, mûriformes; les tubes nerveux, peu nombreux, paraissaient, sur une coupe transversale, comme étranglés par le tissu connectif hypertrophié. On Ut dans un cas relaté au Med, Times and Gazette (11 nov. 1865) : Après dissection des nerfs sympathiques du cou, le tronc nerveux et les ganglions (supérieur et moyen) sont considérablement augmentés de volume ; des deux côtés, le cervical inférieur est induré comme du cartilage, le tissu cellulaire ambiant est épaissi et induré ; au miorosp cope, ce ganglion rappelle l'aspect des ganglions lymphatiques tuber* culeux. ~ Geigel, en Allemagne, envisage tout autrement la maladie de fiasedow ; elle aurait son point de départ dans les parties supérieures de la moelle.

(3) Médical Times and Gazette, 11 nov. 1865,

liSO SPLANGHNOTOMIE ET EXAMEN DES ORGANES.

de cette cavité devenus jaunes (4), les ganglions lymphatiques du cou byperlrophiés et indurés, les troncs veineux de la même région presque exsangues, une injection des vasa vasorum des artères, Tappareil veineux de Tencéphale gorgé de sang, enfin Taugmentation de volume des lobes du corps thyroïde (p. 67) comprimant ou non les vaisseaux et nerfs. Le pneumogastrique et le sang sont généralement intacts.

Nous avons dit (p. 459) que la maladie d'Addison, dont quelques modernes cherchent la cause dans les glandes hématopoétiques, dépendrait, pour Habershon et pour Mattei (de Vienne), d'une lésion des ganglions semi-lunaires et du grand sympathique abdominal.

Terminons en ajoutant que Yétude des nerfs pourra être MtUe dans beaucoup d'autres maladies. Parmi les affections dont rhistoire symptomatique est encore entourée d'un voile, il faut mettre en première ligne celles du système nerveux. Certains phénomènes de paralysie, de constriction du thorax, de douleur névralgique généralisée s'irradiant de la colonne vertébrale, sont susceptibles de faire croire à des lésions de la moelle, alors que ce cortège de troubles fonctionnels peut être le résultat de la mise en jeu des actions réflexes. Si la compression des plexus lombaire, sciatique, cœliaque, peut expliquer la paralysie des membres inférieurs, la compression du plexus œsophagien entraîne la gène de la déglutition et la dyspnée. On admet, depuis les travaux de Cl. Bernard, que, par l'intermédiaire des nerfs vaso-moteurs, des contractions réflexes des muscles des vaisseaux diminuent l'apport du sang et peuvent par suite abolir les sécrétions. Le voisinage d'un ganglion lymphatique engorgé suffit à déterminer par compression Tatrophie d'une partie des fibres du trisplanchnique,d'où troubles vasculaires concomitants. (( Les paralysies permanentes des nerfs vaso-moteurs de la face doivent reconnaître des lésions, permanentes aussi, des filets vaso-moteurs du grand sympathique, siégeant dans les points où elles peuvent altérer facilement les fibres vaso-motrices sans intéresser les fibres oculopapillaires, peut-être sur le filet qui longe la colonne vertébrale entre la seconde et la troisième paire. Cette question ne peut actuellement être résolue que par des autopsies bien faites (2). >

(1) Traube, Deutsche Klinik, 1863, p. 286. Quelques muscles du tronc étaient aussi graisseux. — Voyez aussi sur ce goitre p. 436 (3).

(2) Perrond, Gaz, méd, de Lyon, l®"^ mai 1864.

F. ROCHpit ET ORElIiliE.

Nous avons indiqué déjà (page 42) la manière d'extraire le rocher. Nous parlerons un peu des maladies des trois cavités de Toute, car on est loin de connaître le dernier mot à leur sujet, par cela peut-être qu*on n*étudie pas assez Tanatomie de cet appareil ni sa pathologie.

L'oreille externe est rarement l'objet d'examen nécroscopique. Il peut cependant être utile de constater, comme contrôle des recherches faites sur le vivant avec le spéculum et le réflecteur : les polypes fibreux ou les tumeurs osseuses du conduit externe (exostoses), les otbématomes ou tumeurs sanguines (Virchow, Pathol. des tumeurs, p. 133); — l'injection ou les érosions de la muqueuse, parfois dépouillée de son épiderme ; — les désordres produits par les otites (dans la fièvre typhoïde des enfants, chez les catarrheux, lesscrofuleux, les rhumatisants, les goutteux, les dartrenx, les buveurs, les syphilitiques et même? les fumeurs) ou par les corps étrangers, les concrétions céru mineuses ; — enfin les déformations du pavillon, les anomalies du tympan ou ses affections pathologiques (1).

Tableau L. — Vices de conformation et affections du tympan. — Absence congénitale, brièveté de ses diamètres^ diminution de sa courbure. Relâchement ou tension^ inflammation (myringitc avec ou sans suppuration et ramollissement) simple, chronique, arthritique (goutte et rhumatisme), syphilitique, scrofulèuse ; parchemiucment ou épaississement des lames, changements de couleur (nuages, Icucomes, opacités), granulations, polypes, fongus; destruction (érysipèle, rougeole, scarlatine, variole) ; perforations, blessures, déchirures (en étoile chez les artilleurs), rupture (chez les pendus souvent); ulcérations, fistules, adhérences.

Quand cette membrane présente des plis bien accusés, c'est Tindice assez certain de la soudure des osselets. 11 serait bon également d'enlever le pavillon de Toreilte. et de disséquer la peau pour constater avec soin les lésions produites par la carie dans le conduit auditif externe : celui-ci sera, par exemple, devenu noir, inégal, rugueux; il communiquera avec le crAne par de nombreux perluis, etc.

(4) Triquct, Cwaz. des hôp., 12 et 17 octobre 1865. — Wreder, Maladies de Voreillcy 1864. — Bonnafont, Traité des maladies deVoreilk\ — Voyeu en général les traités des médecins auristos.

^82 SPLANGHNOTOMIE ET SXAMEN DES ORGANES.

La caisse du tympan , dont la moqueuse est souvent épaissie chez les sourds, se trouve assez fréquemment aussi, quand il y a ostéite du rocher, remplie par un liquide roussâtre, visqueux, purulent^ susceptible d'infiltrer les parois osseuses, ou au milieu duquel les osselets de Touïe se montreront, pour ainéi dire, flottants. Ces osselets seront, chez d'autres sujets, ankyldsés ou bien disparus et entraînés par la suppuration (chute des osselets dans la scrofule, les dartres, la syphilis ; on a même décrit des tumeurs blanches de ces osselets et des luxations de Tétrier sur Tenclume comme cause de surdité (Toynbee, Med. Press and Circularyloin 4 866). Les parois de la caisse peuvent être dénudées, privées de muqueuse, frappées d'ostéite. Le muscle interne du marteau a été vu quelquefois détruit, rompu (Saissy, Beck) par Téternument, comme le plantaire grêle dans une violente contraction : il est animé (Triquet, 4 850) par un filet du ganglion otique, et .les lésions de ce nerf, dans les otites, peuvent expliquer la surdité par suite du relâchement du tympan. La dysécée (dureté d'ouïe) non congénitale et la surdité acquise reconnaîtront ailleurs pour cause le rétrécissement on Toblitération de la trompe d'Eustache, son obstruction dans le catarrhe de l'oreille muqueuse (mucus durci, gonflement chronique, hypertrophie des amygdales), la pression par des polypes naso -pharyngiens, ces fibromes de la base crânienne adhérant aux os par de nombreux points d'implantation et pouvant pousser leurs processus, soit à l'intérieur du crâne, soit dans les diverses cavités de la face.

Pour ï oreille' interne ou labyrinthe, dont les lésions entraînent aussi la surdité (4), nous avons déjà indiqué (page 34 4) les recherches délicates à faire dans les canaux demi-circulaires : on a pu voir ces. canaux remplis de matières rouges plastiques, sorte d'exsudation sanguine (?), ou bien du pus véritable répandu

(1) A ce sujet, rappelons que la branche limacienne (cochléenne ou antérieure) du nerf auditif paraît avoir plus spécialement pour usage de transmettre les sensations acoustiques (Flourens) : nous avons vu au contraire l'action sur la sensibilité et les mouvements (page 310) du rameau vestibulaire ; rameau existant non dans les canaux demicirculaires, mais dans leur ampoule, qui appartient plutôt au vestibule, d'après les recherches récentes de M. Malinin {Centralblatty n® 43, et Mouvement médical^ 4 novembre 1866). La seule fonction des canaux semi-circulaires serait d'absorber les ondes sonores qui ont déjà impressionné les extrémités nerveuses du saccule et des ampoules, qui n'ont plus d'utilité : ils joueraient un rôle analogue à celui du pigment choroïdien,

(2) Ménière, (iaz, médic, 1861. Voyez aussi The médical MvTor,

aussi dans le vestibule ou les cavités labyrinthiques et provenant de l'oreille moyenne à travers les fenêtres ronde ou ovale agrandies et dépourvues de diaphragme (p. 484, note 4 , et 486, noie 2). Pour constater ces lésions, il faut enlever la dure-mère^ puis le rocher, et scier celui-ci suivant son axe longitudinal^ pour tomber dans les cavités, ou bien le fendre (1).

Dans le rocher proprement dit, on aurait, surtout si quelques lésions ont été constatées pour la caisse du tympan, à considérer, outre les perles de substance, Tétat des cellules mastoides (phlegmon, carie et nécrose, fongus, etc.), cellules qui ne se creusent pas avant raflolescence (Murray) et qui sont à leur maximum de développement chez le vieillard. L'apophyse mastoïde elle-même, qui se rattache à Toreille moyenne avec laquelle elle communique à dix-sept ans seulement (Arnemann), est quelquefois le siège d'abcès fistuieux, de phlegmasie suppurative propagée au rocher et jusqu'aux méninges.

D'autre part, tel rocher, qui paraissait sain à la face interne du crâne avant Tablation de la dure-mère, pourra à Tœil nu, ainsi que le corps du sphénoïde , de prime abord ou sur des fragments détachés par des traits de scie menés suivant son axe, se montrer carié (avec sinus sphénoïdaux pleins de pus), infiltrés de matière purulente, sanieuse, grisâtre, caséeuse.

Ces lésions du rocher et celles du labyrinthe sont susceptibles, — par suite des connexions intimes entre Toreille interne et la base du cerveau, — d'avoir entraîné une phlébite des sinus de la dure-mère propagée aux veines de la pie-mère et point de

1865^ M. Edwards : abcès du cervelet avec carie du rocher ; pus dans la caisse du tympan, dans le vestibule^ les canaux demi-circulaires ; le malade tournait de droite à 'gauche^ l'intelligence était conservée. — Voyez aussi note 2 de la page 486.

(1) On ne devra pas perdre l'occasion d'étudier la structure du limaçon^ encore obscure, comme se l'avouent dans l'intimité les professeurs d'dnatomie^ surtout pour ce qui a trait' au sommet (ou coupole) de ce hmaçon, malgré les travaux les plus récents de Gorti, Huschke, Reissner, Bôttcher, Lôwenberg (1 866), etc. La finesse de l'ouïe serait en rapport avec le développement de la lame des contours. — L'oreille interne ne peut être détachée du rocher^ sauf chez le fœtus^ qu'en la sculptant avec soin. On a proposé de plonger le temporal dans de l'alliage d'imprimerie en fusion; l'os se calcine, tout en conservant sa forme, mais les parties organiques se détruisent, ce qui permet la communication des trois cavités; le métal se solidifie en épousant fidèlement leurs contours, et n vous brisez l'os, il reste un moule exact des canaux demi-circulaires, du limaçon, etc.

départ consécutif d*épan«heinenl8 purulents dans les méningea, surtout au niveau de Tapophyse pélrée et de la fosse occipitale postérieure, avec dénudation du temporal , décollement de la dure-mère ou désordres dans la pulpe cérébrale (pages 340 et 385, note, et figure 4 47). Les abcès de la base de l'encéphale n*ont quelquefois pas d>utre origine (4); la suppuration de Tos s'est communiquée y la cavilé crânienne (tableau de la p. 385) de môme que les suppurations vertébrales se commu* niqaent à la moelle. Sur trente-neuf cas de thrombose inflam* matoire des sinus (page 339), le temporal est vingt-quatre fois carié par otite interne. Le golfe de la jugulaire peut aussi s'en*» flammer, la carotide interne s'ulcérer, consécutivement aux abcès du rocher (2).

(1) LdUemand {Recherches anatomo-pathologiques sur Vencéphale) avait déjà éveillé l'attentioii à ce sujet. — Ribière, Abcès de V encéphale consécutifs à la carie du rochei^, thèse de Paris, 1866^ n<» 225. — « Dans la plupart des cas d'oto-cérébellite, le conduit auditif, le tympan, les cellules mastoïdiennes, le vestibule, les canaux demi-circulaires, le limaçon, contiennent ime matière liquide, plus ou moins épaisse, grise ou noire, très-fétide. La membrane du tympan et celle de la fenêtre ronde sont rompues ; les osselets de l'ouïe ont disparu. Quelquefois une production polypeuse ou moUusciforme remplit l'oreille externe et la moyenne. Le nerf labyrinthique et le facial ne se retrouvent que rarement au milieu de la désorganisation ; des trajets fistuleux plus ou moins larges conduisent vers l'abcès cérébral ou cérébelleux. » (Gintrac, Journal de médecine de Bordeaux^ janvier 1866.)

(2) La science possède environ huit faits d'hémorrhagies par le conduit auditif, consécutivement a la carie du rocher. Nous résumerons le cas de M. Broca {Société de chirurgie^ 1866, 25 avril). Malade de quarante-sept anç, phthisique : écoulement de pus, ensuite hémorrhagies graves par le conduit auditif ; ligature de la carotide. Mort un mois après, par tuberculisation, A l'autopsie cadavérique, on enlève le tronc brachio-céphalique, les carotides, le temporal et le condyle du maxillaire inférieur : le conduit auditif est carié, la membrane du tympan détruite, et un petit abcès a décollé les muscles pour se loger entre l'apophyse styloïde et le col du condyle. 11 comprend^ dans son épaisseur, l'artère maxillaire interne et la stylo-mastoïdienne. Un trait de scie détache toute la partie interne, qui est saine ; l'adhérence de la dure-mère à ce niveau est normale. Un stylet introduit dans la carotide , par l'orifice interne du canal carotidien , vient heurter la paroi de ce canal, indiquant ainsi une ulcération de l'artère h ce niveau. Scalpant alors avec la gouge le canal carotidien, on arrive jusqu'à l'oreille moyenne. La caisse du tympan est cariée, la rhaine dos ossolcts détruite, un ou doux soulemont do ces petits os

M. H.Roger a récemment insisté (4) sur la méningite consécatlve aux maladies aiguës ou chroniques de Toreille inlerne (otites profondes), de Tapopbyse mastoïde (que Ton sait en rapport,

restent encore. Le stylet introduit dans l'artère pénètre librement dans cette caisse en soulevant une petite lamelle d'os carié^ dernier vestig^e du canal carotidien. Trois stylets portés, l'un par la carotide^ l'autre par le conduit auditif, le troisième par la trompe d'Eustache^ viennent se rencontrer dans la caisse du tympan. En résumé^ la carotide interne est perforée, au niveau de son trajet dans le canal carotidien, par une lamelle détachée de la lame compacte qui sépare ce canal de la caisse du tympan : elle est ainsi en communication avec l'oreille moyenne, près de l'embouchure du conduit osseux de la Irbmpe d*Eustache. — Nous renvoyons aussi à la séance du 2 mai 1866 de la Société de chirurgie. Hémorrhagie du conduit auditif. A l'autopsie cadavérique, sur la dure-mère un énorme caillot dans les fosses cérébrales antérieure et moyenne. La partie supérieure du rocher est cariée. Un stylet introduit par le bout supérieur de la carotide interne vient sortir par le point carié de l'os. 11 en est de même pour un stylet poussé par l'orifice inférieur du vaisseau dans sa portion cervicale. Une rupture de la carotide interne s'est donc produite en un point correspondant à la carie. Le doigt passe à la surface du cerveau, sent une crépitation semblable à celle que fait éprouver le. contact du poumon. On voit une grande quantité de bulles d'air ou de gaz sous les enveloppes, dans le tissu cellulaire sous-arachnoïdicn (page 336). — M. J. Jolly (Ulcération de la carotide interne^ consécutive à la carie du rochei\ dans Gaz, hebd,, 3 août 1866) écrit : « La perforation peut se faire de deux manières : par déchirure mécanique dans un violent effort (un fait); par ulcération sous l'influence combinée du séjour dans un foyer purulent, et surtout de l'usure que fait subir la pression continue du séquestre... Dans les deux cas, c'est ù sa situation dans un canal osseux que la carotide interne doit l'espèce de préférence que l'ulcération a pour elle. Toutes les observations se rapportent à des hommes, et, sauf celle de M. Porter, à des hommes avancés eu âge. Chaque fois on a signalé la tuberculisation des poumons, mais on n'a pas trouvé de tubercules dans le rocher, ce qui est conforme aux recherches de M. Lebert. Les deux oreilles sont également exposées... Dans quatre cas il existait, en même temps que l'écoulement par le cojiduit auditif, un abcès au voisinage de l'apophyse mastoïde et du col dti condylc. »

(1) Union médicale, 3 et 12 octobre 1865; o Les altérations sont localisées à la face postérieure du rocher et a la fosse occipitale inférieure correspondante. Une nappe de pus verdâtre, épais et fétide, recouvre les surfaces osseuses ; la dure-mère qui tapisse le rocher est ramollie, infdtrée de pus, en partie décollée ; la pointe du scalpel rencontre la substance osseuse dénudée. Le bord droit du cervelet qui correspond A ces lésions (il s'agissait d'une fille de quatorze ans atteinte

chez Tenfant, avec le cerveau, plus lard avec le cervelet : p. i85, note 4), de Toreille moyenne, voire de Texterne, à cause des anastomoses des vaisseaux du conduit auditif externe avec ceux du diploé,et par suite avec les sinus du crâne. Il faut cependant reconnaître que cette propagation jusqu*au cerveau des phlegmasies de Toreille externe est rare ; il en est même ainsi pour celles de la caisse du tympan (carie, nécrose, ostéites), bien qu*ici la continuité de la phlogose soit susceptible de s'établir par la portion pierreuse, par perforation fistuleuse de l'os , par Taqueduc de Fallope, par la fenêtre ovale, enfin par les corn* municatîons vasculaires avec les sinus.

Par contre, mais exceptionnellement, Tolorrhée peut être la suite d'une affection des centres nerveux, le pus ayant fusé le long du nerf auditif ou facial (Itard, Bonnafond). Les maladies du cerveau se communiquent surtout à l'oreille interne qui, par son développement^ se rattache intimement au système nerveux central, ou réciproquement : celles de la caisse du tympan s'étendent plus rarement à l'oreille interne ou à Tencéphale (4)^ et les trois cavités de l'ouïe conservent une certaine indépendance pathologique aussi bien qu'anatomique.

Pour en revenir à l'ostéite du rocher, elle peut avoir réagi sur

d'otite profonde) est adhérent à la dure-mère ; l'arachnoïde est décollée par une suppuration peu abondante^ mais très-épaisse ; la substance nerveuse sous-jacente est ramollie^ presque diflQuente ; les vaisseaux sont plus abondants et remplis de sang ; les couches corticales seules sont malades, les parties centrales sont parfaitement saines. Le sinus latéral droit et les sinus pétreux sont remplis de caillots noirâtres, non adhérents aux parois; en certains points, la fibrine s'est coagulée séparément sous forme de cordons jaunâtres, presque transtucides, infiltrés de sérosité ; ces caillots ne se prolongent pas dans la veine jugulaire interne. La même lésion, à un degré plus prononcé, se retrouve du côté sain. Nulle part, d'ailleurs, il n'y a de trace de suppuration ni de fausses membranes ; les parois des sinus sont sans altération; on n'y constate aucune injection. Les veines jugulaires, disséquées avec soin au cou, sont remplies, à leur moitié inférieure seulement, de coagulations molles, noirâtres, effilées en pointe à leur extrémité supérieure, et qui sont la terminaison des caillots qui remplissent les cavités droites du €œui\ Ce dernier organe est, du reste, très-sain, a — Voyez aussi : Sentex, De l'écoulement purulent du conduit auditif et de la phlébite consécutive des sinus méninyiens^ thèse de Paris, 1865. Il n'admet pas l'otorrhée cérébrale. — Les lésions du cerveau peuvent être aussi consécutives à une carie des os ou à une plîlegmasie purulente de la cavité orbitaire.

(1) Philipeaux, Soc. de méd, de Lyon, 7 novembre 1864.

ROGH£R ET OREILLE. A87

le pneumogastrique (1) et plus encore sur le nerf facial, délruit (p. 484, note i) ou comprimé en un point quelconque de son trajet osseux (2). Dans ce cas on devrai!, ou faire la coupe précitée du irocher (p. 483), ou bien ouvrir le canal de Fallope dans tout son trajet, du trou auditif interne au trou styio-mastotdien, pour voir s'il a diminué de calibre par hypertrophie des lamelles osseuses (ostéite condensante). On pourrait aussi constater de la sorte s'il y a airophie du nerf auditif.

Enfin, le rocher sera l'objet de recherches sur un sujet mort à la suite d*une chute sur le crâne (voyez p. 434, et Exemples d'autopsies cadavériques)^ surtout s'il y avait eu écoulement

(1) Notre ami Gausit a recueilli chez M. Triboulet le cas suivant^ fort remarquable, de gangrène de l'oreille droite, et de la bouche, consécutive à une rougeole, chez une fille de sept ans atteinte depuis cinq ans d'otorrhée par carie du rocher {Gaz. des hôpit., 27 novembre 1866). Le pavillon et la région parotidienne sont sphacélés ; la fosse temporale et la branche du maxillaire sont dénudés ; les jugulaires sont saines ; un caillot (sans doute post mortem) remplit les carotides jusqu'aux parties putrilagineuses sans adhérer aux parois d'ailleurs normales. Le pneumogastrique, près du trou déchiré postérieur, est noir, ramolli; ses tubes sont granuleux (mais ces lésions sont peut-être cadavériques); son lobule (fig. 85, 5) est dirfiuent et jauQe. Le reste du cerveau et les méninges paraissent intacts. Les sinus latéraux se montrent pleins de caillots fibrineux, mais leurs parois et les artères de la base crânienne n'offrent pas de lésions. Au niveau du rocher droit, la dure-mère est seulement injectée. Les faces encéphaliques du rocher sont noires, ainsi que l'intérieur du conduit auditif interne (nécrose). Au niveau du trou stylo-mastoïdien, on voit les débris gangreneux du facial et de l'artère mastoïdienne ; à l'orifice inférieur du canal carotidien, Tartère carotide est sphacélé. Le rocher fendu (p. A83), on voit que les cavités communiquent par la destruction de leurs diaphragmes membraneux; les osselets sont dissociés au sein d'un putrilage noir qui remplit aussi les canaux demi-circulaires. Le rocher est carié, avec parties éburnées et blanc jauuâtre nécrosées; à la portion mastoïdienne existe une perte de substance ulcéreuse. La surface de la coupe montre, dans l'aqueduc de Fallope, le facial complètement gangrené. Au poumon, pneumonie double au second degré, développée secondairement.

(2) Page 447. « La cause incontestablement la plus fréquente de l'hémiplégie faciale dans l'enfance, c'est la compression du nerf en un point quelconque de son trajet à travers le rocher, depuis le trou auditif interne jusqu'au stylo-mastoïdien. Il peut être comprimé par suite du gonflement des parties dures, osseuses ; éraillé, déchiré, détruit même par son contact avec les os; par sa macération dans la matière purulente. » (H. Roger, Gaz, des hôp., 7 mai 1863.)

par le nez ou loreille de sang ou bien (l*un liquide séreux (4) reconnaissable pour Thumeur cépbalo-racbidienne à l'absence presque complète d'albumine et de cblorure de sodium.

La dure-mère arrachée de la base du crâne et le rocher mis à jour, il faudrait alors suivre avec soin la fêlure esquilleuse ou la fracture jusqu'au point où elle cesse, constater si les fragments jouissent d'une certaine mobilité. On enlèverait ensuite le temporal à la scie à main (p. 196), afin d'examiner avec plus de soin qu'à l'amphitbéàlre le trajet de la fracture dans la profondeur du rocher, ses rapports avec les cellules mastoïdiennes, le canal de Fallope, la trompe d*£ustache, et, surtout s'il y avait eu titubalion (p. 34 8 et 312), les canaux demi-circulaires. On peut retrouver dans Torellle trace de la stillation sanguine observée pendant la vie.

(1) « Aliqua sanies subtilis exsudât a fissura cranii, » (Bérenger de Garpi, De fractura a^anit liber aiireus, Lugduni Batavorum, 17i5.) M. Laugier a appelé surtout l'attention sur ces symptômes des fractures de la base du crâne.

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