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C. Influence d'un atelier mal disposé

IL est évident qu'un atelier peut ètre humide par luimème ; qu'il peut être exposé à l’humidité provenant de cours d'eau ou d'eaux stagnantes; que les tables peuvent être en planches dans lesquelles l'humidité se conserverait longtemps une fois qu'elle s'y serait introduite ; enfin, que les moyens de délitement peuvent manquer dans une magnanerie mal montée, et exposer au danger de laisser séjourner les vers sur des litières en pourriture.

Il est inutile d'indiquer les remèdes qu'il faut opposer à ces divers inconvénients : ils se devinent. Chacun avisera dans la mesure de ses moyens et des ressources que lui offriront les lieux dont il dispose.

D. Imfluence er inconvénients de l'humidité.

Quant aux inconvénients que présente l'excès d'humidité, il est facile de s’en rendre compte. Le premier, le plus redoutable de tous, est la suppression ou du

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moins le ralentissement de la transpiration des vers à soie. On comprendra sans peine les dangers de cette suppression. Les vers à soie, comme tous les insectes, n'ont pas d'autre moyen d'évacuer l’eau qu'ils absorbent avec leurs aliments, que la transpiration. Elle doit être énorme, car la feuille ne contient pas moins de 68 pour 400 d’eau. Il faut que cette eau s’évapore du corps de l'animal, puisqu'aucune partie n’est évacuée sous forme d'urine. La transpiration joue donc pour ainsi dire le premier rôle dans les fonctions du ver, et le trouble le plus léger, apporté dans cette fonction , produit des aceidents graves.

Les morts-flats, les gras, les tripes, les jaunisses, sont probablement les résultats d’un trouble apporté dans la transpiration des vers à soie. Or, comme ces animaux, en raison de leur nature, transpirent proportionnellement à la qualité de l'air dans lequel ils vivent, si cet air est humide à l’excès, c’est-à-dire saturé d’eau, la transpiration est ralentie, arrêtée même, et les accidents qui doiverit nécessairement en résulter se manifestent aussitôt. On voit que dans cette circonstance c’est par fair que l'humidité agit sur les vers.

Mais il peut arriver que son action s'exerce d’une autre façon. Si les aliments donnés aux vers à soie contiennent une quantité d’eau telle que la transpiration ne suffise pas à son évacuation, il y a accumula tion de liquide dans le corps de l'animal ; il devient en quelque sorte hydropique.

Enfin, l'humidité peut nuire d’une troisième mamière. Quand elle est en excès dans d'épaisses litières

qu'on néglige d'enlever, ces litiéres fermentent , passent à l’état de fumier, s’échauffent , pourrissent et enveloppent les vers de vapeurs et de miasmes putrides qui peuvent leur donner la mort.

Je terminerai en faisant remarquer, néanmoins, que l'humidité ne doit être considérée comme un danger pour les vers à soie que dans certains cas, puisque l'emrploi de l’eau, même en excès, est quelquefois une nécessité, ainsi que je le démontrerai dans le chapitre suivant. J'ajouterai que des expériences faites avee un grand soin ont démontré que, grâce à certaines précautions, l'humidité dans l’air ou dans la feuille cessait non-seulement d’être un danger, mais encore devenait une circonstance favorable. Sous son influence les vers acquièrent un développement qui dépasse de beaucoup celui qu’on obtient avec la sécheresse, (Éducations de A840, Millet et Robinet.)

En définitive, on a reconnu qu'il était utile d’entretenir Jatmosphère dans laquelle vivent les vers à soie à environ 80 degrés de l'hygromètre de Saussure , dont il sera question plus loin.

$ 2. Influence de la sécheresse.

La sécheresse, quand elle dépasse certaines limites, devient un danger non moins grand que l'humidité. Elle se manifeste fréquemment pendant la saison des éducations, et particulièrement dans quelques-uns de nos départements séricicoles.

Souvent l'air atmosphériqueest très sec par lui-mème; iais il est bien entendu que cette sécheresse est toujours

relative. L'air est sec pour nous quand il est desséchant pour les corps avec lesquels nous le mettons en contact. Il peut aussi devenir sec ou desséchant par l'effet des moyens de chauffage usités dans nos ateliers.

L'air atmosphérique est ordinairement see lorsqu'il s’est écoulé un espace de temps assez long depuis la dernière pluie.

Il est très see lorsqu'une température élevée succède à une température basse.

On remarque une sécheresse prononcée lorsqu'il y à une grande différence entre la température des nuits et celle des journées.

L'air est encore sec avec certains vents chassés du midi, ou bien encore lorsque les vents, après s'être dépouillés , sur les montagnes élevées , de l'humidité dont ils étaient chargés, redescendent dans les plaines où la terre les échauffe rapidement.

Dans les ateliers, on remarquera d’autant plus de sécheresse qu'il y aura plus de différence entre la température extérieure et la température intérieure. C’est cette raison qui oblige à entretenir des vases remplis d’eau sur les poëles, pendant l'hiver. L'air extérieur contenant très peu d'eau, parce qu'il est froid, et s’échauffant tout à coup dans les appartements, acquiert une telle avidité pour l’eau, qu’il dessèche la poitrine de ceux qui le respirent.

La sécheresse de l'air est constamment augmentée par une élévation de température. Enfin la rapidité des courants d'air les rend aussi plus ou moins desséchants.

La sécheresse nuit également aux vers à sole et à la feuille qui leur est servie.

Quant aux vers, sans entrer ici dans tous les détails que j'ai donnés ailleurs, dans mon ouvrage sur la muscardine, je dirai que leur respiration s'opère par le moyen de canaux déliés qui pénètrent dans toutes les parties de leur corps. Ces canaux sont constamment humectés par un liquide particulier, sans lequel ils ne pourraient fonctionner. Or, si la dessiccation est plus rapide que la sécrétion du liquide qui humecte les conduits aériens, 1ls s’affaissent, leurs parois se collent, la respiration est interrompue, et l’asphyxie s'ensuit. C’est

ainsi que périssent les poissons tirés de l’eau. Ne pouvant plus soulever les branchies que l’eau tenait écartées, l'air n'y pénètre plus, et l’asphyxie est imminente.

On ne peut expliquer que de cette façon la mort instantanée de tous les vers d’un atelier, accident observé plusieurs fois dans le midi.

La sécheresse peut exercer ses ravages d’une autre façon. Jai fait voir le danger d’un ralentissement dans la transpiration des vers à soie ; maisil estévident qu’une exagération de cette même transpiration peut à son tour devenir un danger non moins grand. Lorsque la feuille administrée aux vers est sèche par elle-même, si la transpiration , excitée par une forte chaleur et un air très sec, enlève aux vers plus d’eau qu'ils n’en recoivent dans leurs aliments, les humeurs s’épaississent, le jeu des organes se ralentit, la digestion ne s’opère plus avec assez de rapidité, et la maladie se développe. Il est constant pour tous les observateurs que les vers à

ET PROCÉDES. 151 soie souffrent beaucoup de la sécheresse, et tous conseillent des arrosements fréquents dans les ateliers pour prévenir ses funestes effets.

L'action de la sécheresse n’est pas moins fâcheuse pour la feuille: En effet, à peine celle-ct est-elle répandue sur les tables , dans une atmosphère sèche, qu'elle se flétrit, se fane et perd une grande partie de son eau de végétation, avant que les vers aient pu la dévorer. Dans cet état, elle est abandonnée et perdue, et si les vers sont forcés de la manger, faute d’un aliment mieux approprié à leurs besoins, ils en souffrent beaucoup. On est donc exposé, par l'effet de la sécheresse, à une grande perte de feuille ou à des accidents graves dans Ja santé des vers.

Il est beaucoup plus facile de remédier à la sécheresse qu'à l'humidité. On avait recours autrefois à des arrosements du plancher de la magnanerie; mais l’expérience a démontré que ce moyen était insuffisant dans beaucoup de cas. On ne parvient pas à fournir ainsi à l'air de l'atelier, qui se renouvelle sans cesse, assez d’humidité pour l'empêcher d’agir d’une manière fâcheuse, soit sur les vers, soit sur la feuille.

IL est plus facile et plus sûr d’arroser la feuille ellemème. On remplit ainsi un double but. Les tables couvertes de feuilles mouillées offrent une surface huit ou dix fois plus grande que celle du plancher, et fournissent bien plus d'humidité à l'atmosphère de l'atelier.

D'autrepart, enrongeantdesfeuilles mouillées, les vers absorbent une plus forte proportion d’eau qui alimente la transpiration excessive à laquelle ils sont soumis.

Enfin, l’arrosement de la feuille la maintient fraiche et ferme, non-seulement dans le magasin où on la conserve, mais encore dans la magnanerie, et les vers peuvent la consommer avant qu’elle soit flétrie; on évite par là des pertes très considérables.

L'expérience a démontré qu'il fallait se hâter de fournir de l’eau à l'atmosphère des ateliers, toutes les fois que l’hygromètre descendait à 60 degrés, ce qui est, du resle, rare. En général, la présence de la feuille suffit pour entretenir l'hygromètre à ce degré; mais si l'hysromètre descendait encore plus bas, à 50, à 40 degrés, par exemple, il faudrait avoir recours sur-lechamp à l'emploi de la feuille mouillée, pour ramener l'humidité à 70 ou 80 degrés.

I est d'autant plus important d'agir ainsi que la sécheresse sera accompagnée d’une plus forte chaleur.

$ 3. Hygrometre.

Nous avons reconnu, dansles paragraphe précédents, les inconvénients de l'humidité et de la sécheresse lorsque ces conditions dépassent cerlaines limites.

En général, dans la pratique, on peut apprécier ces limites avec une exactitude suffisante , et sans qu'il soit nécessaire d'employer des instruments particuliers. Cependant, on a imaginé un instrument spécial , l'hygromètre, qui indique les différents degrés d'humidité ou de sécheresse auxquels parvient l’atmosphère.

Les hypromètres sont des instruments délicats et très susceplibles de se déranger. Celui qu'on emploie dans

ET PROCÉDÉS. 453 les magnaneries est l'hygromètre de Saussure (fig. 54). Il est fondé sur la propriété qu'ont les cheveux dégraissés de s’allonger sous l'influence de l'humidité et de se raecourcir par la sécheresse. Malheureusement, cette propriété est

variable pour chaque cheveu et

ne sé COnNSErve pas longtemps.

Mais comme il nest pas nécessaire dans l’industrie d'apprécier les différents degrés d'humidité d’une manière très rigoureuse, on peut se contenter des indications d’un bon hygromètre à cheveu. Je dis à dessein d’un bon hygrometre . car autant vaudrait n'en pas avoir du tout que d'employer un instrument mal établi. De plus, il faut savoir régler soi-même son hygromètre de temps en temps, sans quoi ses indications pourraient devenir tout à fait inexactes.

En effet, l'hygromètre à cheveu n’a de valeur qu'autant qu'il est réglé au moins tous les ans. La sensibilité du cheveu qui le constitue tout entier s’altère promptement. Le procédé au moyen duquel on peut rétablir l'instrument est d’ailleurs très simple.

Les fabricants d'instruments doivent déterminer les deux points extrêmes de l'échelle, c’est-à-dire le maximum d'humidité et le maximum de sécheresse. Il suffira, dans la pratique, d'obtenir le premier de ces éléments. Pour y parvenir, il faudra produire dans une capacité quelconque {a plus grande humidité possible, y plonger l'hv-

sromètre pendant quelque temps et s'assurer si l'aiguille s'arrête bien au chiffre 400, qui indique le maximum d'humidité.

On prendra une cloche de verre ou un globe de pendule, et, à son défaut, un seau en fer-blanc ou même en bois. On mouillera les parois intérieures avec soin.

L'hygromètre sera fixé d’une facon quelconque sur un grand plat, de manière à ne pas toucher le fond du plat ; on versera de l’eau dans ce fond, puis on recouvrira l’hygromètre avec la cloche ou le globe de verre ; celui-ci devra plonger par ses bords dans l’eau contenue dans le plat. On pourra même placer un linge mouillé autour de l’instrument, de manière cependant à ne pas toucher le cheveu.

L'hygromètre se trouvera ainsi renfermé dans une atmosphère saturée d’eau. Il sera mieux de faire l’opération dans un lieu frais et abrité qu’en plein air; par exemple, dans un cellier ou une cave.

Disposé de cette façon, l’hypgromètre indiquera un haut degré d'humidité ; cependant il pourra arriver trois choses différentes :

4° L’aiguille arrivera juste sur le chiffre 400 et s’y fixera ; dans ce cas l'hygromètre sera réglé et on ne devra rien y changer ; 2° l'aiguille dépassera le chiffre 400 ; 5° elle restera en decà et ne marquera que 80 ou 90° d'humidité.

Dans ces deux derniers cas, il faudra, avec une pince, saisir le petit carré de cuivre auquel le cheveu. est fixé dans la partie supérieure de linstrument, et

tourner ce carré de manière à placer l'aiguille sur le chiffre 400.

Mais pour faire cette opération il a fallu enlever la cloche; le cheveu s’est desséché, quelque prompte qu'ait été la manœuvre ; il faut done replacer la cloche après l'avoir mouillée de nouveau, et attendre que l'aiguille demeure immobile. Si elle marque alors 400°, on a suffisamment allongé ou raccourci le cheveu.

Si l'aiguille ne se fixe pas encore juste au chiffre 400, il faut toucher de nouveau au carré de cuivre, de manière à lv conduire, replacer toutes choses et attendre.

On comprend aisément qu'avec quelques tätonnements, on parvient ainsi à régler son instrument. Une fois que l'aiguille reste immobile sur le chiffre 400, dans les conditions d’extrème humidité qui ont éte produites, on peut considérer l’instrument comme suflisamment exact pour la pratique.

La température à laquelle se fait l’opération est assez indifférente. L'hygromètre marque 400 d'humidité, quelle que soit la température de l'air, pourvu qu'il soit saturé d’eau. Cependant, comme il est plus facile de saturer l'air à 42 ou 15° de température qu'à 20 ou 25”, il vaut mieux opérer dans un lieu frais. Il faut attendre une demi-heure au moins, chaque fois, pour s'assurer du point sur lequel s'arrête l’aiguille.

Après quelques années le cheveu a beaucoup perdu de sa sensibilité. Avec un peu d’adresse il est facile de le remplacer ; mais, comme il a dû être préparé d’une façon particulière, il convient alors d'en demander un

156 PRINCIPES GÉNÉRAUX ou deux nouveaux au fabricant d'instruments. Cela ne coûte qu’un port de lettre.

Pour obtenir de bonnes indications d'un hygromètre, il convient de l’isoler le plus possible.

Il faut éviter de le placer contre un mur; ce mur peut être très sec ou humide, et exercer une grande influence sur le cheveu.

L'hygromètre, accolé à un montant de bois ou sur une cloison, peut être aussi singulièrement influencé par la propriété hygrométrique du bois.

Il sera dans les circonstances les plus favorables si on le suspend isolé.

Il sera également bien placé si on fixe sur le mur ou sur la cloison une plaque de tôle ou de fer-blanc. Une vitre pourrait être très mauvaise, il y a des verres qui sont très hygrométriques.

Un bon hygromètre coûte 20 francs. Il est renfermé dans une boite de laquelle on le tire pendant l’éducation. Quand l'instrument est devenu inutile, il faut le replacer dans sa boite.

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