‹ Manuel de l'educateur de vers a soieChapitre 25 sur 57 · CHAPITRE VIL · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIL

Lumière, bruit, odeurs.

$ 1. Influence de la lumiere.

L'obscurité doit être rangée incontestablement parmi les circonstances capables de nuire au succès des éducations de vers à soie,

CT PROCÉDIS. AA

Il est d'autant plus nécessaire de le démontrer ici, qu'on semble admettre le contraire dans beaucoup de localités méridionales, où, sous prétexte de conserver la chaleur dans les magnaneries, on les prive en partie de lumière.

Il est presque superflu de faire remarquer d’abord que l'obscurité qui règne dans un atelier rend tous les travaux difficiles et plus lents. Elle expose à des confusions et à des pertes de vers qui peuvent devenir considérables, surtout pendant les délitements. On juge imparfaitement l’état des vers; on peut les déranger trop tôt après la mue; on cesse de leur donner de la feuille avant le moment où ils ne mangent plus. Enfin, si l’emploi des lampes devient nécessaire, c’est une cause d’insalubrité, sans compter la dépense qui en résulte.

Mais il est facile de démontrer par des raisons d’un autre ordre la nécessité de la lumière. Les vers à soie sont destinés à vivre en plein air, sur des arbres. Les priver de cette condition, c’est les exposer volontairement à une cause de maladies dont la puissance ne saurait ètre contestée. Les animaux, comme les plantes, ne peuvent être impunément privés de lumière, à moins qu'ils soient du petit nombre de variétés que la nature a créées pour l'obscurité, Et ce qui est vrai pour les animaux, ne l’est pas moins pour la feuille qui leur sert de pâture. 11 n’est pas indifférent que ces masses de feuilles vertes dont l'atelier est constamment rempli soient privées de lumière ; car, dans ce dernier cas, elles alterent profondément l'air au lieu de le purifier.

« Quand on place, pendant la nuit, des feuilles saines et fraichement cueillies, sous une cloche remplie d'air atmosphérique, elles condensent une partie de l’oxyswène. Le volume de l'air diminue, et il se forme une certaine quantité de gaz acide carbonique libre. » (Boussingault, Économie rurale, tome 1, p. 59.)

Je crois qu’on n’a point assez réfléchi à cette action que les feuilles exercent pendant la nuit sur l’atmosphère des magnaneries. Quand on songe qu'on en accumule quelquefois, pour le repas du soir, dans un seul atelier, plusieurs centaines de kilogrammes, on ne peut être sans craintes sur les suites d’une telle imprudence. Il y a là matière à de nouvelles et curieuses recherches. En attendant, il n’est impossible de ne pas considérer l'obscurité dans les ateliers comme un danger.

Plusieurs observateurs ont été trompés à ce sujet par une circonstance qui se représente souvent. C'est l'empressement avec lequel les vers à soie fuient le voisinage de certaines fenêtres, et recherchent ou paraissent rechercher des places moins éclairées. Deux eauses les portent à agir ainsi. Le plus souvent ils fuient le voisinage des fenêtres, parce qu'il y fait moins chaud que dans d’autres parties plus rapprochées du centre de l'atelier. Cette cause est la plus ordinaire. Les vers à soie préfèrent toujours les places les plus chaudes.

Quelquefois aussi c’est l'action directe des rayons du soleil qui les fait fuir; ils quittent les places sur lesquelles le soleil donne. C’est ce qui arrive souvent dans le voisinage des fenêtres, et on est obligé , pour éviter

ET PROCÉDÉS. 145 eet inconvénient, de les garnir de rideaux. Mais il faut bien se garder de tomber dans l'excès contraire. On doit éclairer la magnanerie autant que possible, en évitant seulement l’action directe de la lumière solaire.

$ 2. Des différents modes d'éclairage.

Quant au procédé d'éclairage des ateliers pendant la nuit, il est loin d’être indifférent. La crainte du feu doit préoccuper constamment le chef de l'établissement. Au moment de la montée surtout le danger devient très grand. La magnanerie est encombrée de rameaux légers qui sont susceptibles de s’enflammer avec la plus grande facilité. L’extrème sécheresse qui règne ordinairement alors augmente encore les chances d'incendie.

Quelques personnes ont cru pouvoir éclairer suffisamment les ateliers pendant la nuit, au moyen de lampes à réflecteurs placées à l’extrémité de chaque rangée de tables et susceptibles de s'élever et de s’abaisser à la hauteur de chacune d’elles. Mais on a bientôt reconnu l'insuffisance de ce procédé.

L'usage des chandeliers est extrêmement dangereux ; je ne saurais trop engager à y renoncer. D'ailleurs, l’été et dans une atmosphère constamment tenue à une température de 25°, l'emploi des chandelles est des plus désagréables et fort coùteux par les nombreux déchets qui ont lieu.

Nous avons adopté avec un grand avantage de petites lampes à mèche plate, renfermées dans des lanternes. Celles-ci sont carrées et garnies de vitres sur trois côtés ;

le quatrième est en fer-blane poli et sert de réflecteur. Il porte une espèce d'anse qui permet de saisir et de transporter la lanterne sans se brüler les doigts.

A la place de l'anneau flexible par lequel on porte ordinairement la lanterne, on dispose un anneau fixe. Quand on veut éclairer une table, cet anneau est passé dans une des chevilles destinées à porter les filets de délitements. La lanterne se trouve suspendue en dehors et à la hauteur convenable pour projeter sa clarté sur la table ; toute crainte d'incendie disparait.

Une personne est chargée spécialement de l’entretien

des lampes.

$ 3. Influence du bruit.

Le bruit est-il réellement une circonstance défavorable pour les vers à soie ou pour les papillons?

Les Chinois l’assurent dans leurs traités et recommandent d’éloigner des magnaneries les mortiers dans lesquels on écrase le riz.

Plusieurs anciens auteurs européens pensent aussi que le bruit, et surtout celui du tonnerre, peut nuire beaucoup aux vers à soie.

Mais pour qu'il en füt ainsi, il faudrait que les vers à soie et les papillons aient des oreilles, ou du moins des organes propres à percevoir les sons. Or, il ne paraît pas qu'ils en soient pourvus d’une façon quelconque. On peut mème remarquer que la nature a donné à la plupart des insectes, pour suppléer les organes de l’ouïe, des yeux construits et placés de telle sorte que ces animaux voient dans tous les sens et sont toujours avertis de l'approche de leurs ennemis.

Du reste, c'est en vain que les observateurs les plus habiles ont cherché à surprendre la moindre émotion chez des vers à soie auprès desquels on faisait un vacarme effroyable.

Quant au bruit du tonnerre, on peut avoir été trompé quelquefois par la coïncidence de ce phénomène avec des accidents réels arrivés aux vers à soie ; mais il faut attribuer ces accidents aux conditions de chaleur et de touffe qui accompagnent ou précèdent si souvent la foudre, plutôt qu’au bruit tout à fait inoffensif qu’elle produit. |

Quelques personnes persistent à croire que l’ébrantement produit par un bruit violent, comme celui d'un coup de tonnerre très rapproché , peut faire tomber les vers à soie occupés à monter sur le bois. Il peut bien eu être ainsi pour un petit nombre de vers; mais la plupart se hâteront de regagner les balais, et, dans tous les eas, le mal sera très peu considérable.

$ 4. Influence des odeurs.

On a cru longtemps que les vers à soie étaient sensibles à l’action bienfaisante de certaines odeurs et on s’est efforcé de rechercher celles qui leur seraient les plus favorables.

C'est ainsi qu’on a conseillé de brûler dans la magnanerie des plantes aromatiques ; d’ÿ répandre la vapeur du vinaigre, la fumée de la faine, de la corne, des plumes, du cuir, brülés sur des charbons ardents. On est allé jusqu'à dire que les vers à soie aimaïent l’odeur de la friture, du lard grillé, de l’omelette, de

446 PRINCIPES GÉNÉRAUX telle sorte que des hommes graves ont conseillé de porter dans l'atelier la poéle à frire!

Il est facile de se rendre compte de l’origine et de la cause de ces préjugés.

En général il y a de la mauvaise odeur dans les magnaneries. On a cru la détruire en développant une odeur agréable; mais on n'a fait que masquer une odeur par une autre; on a ajouté une odeur à une odeur, voilà tout. Or, dans l’état de nature, le ver à soie vit sur les arbres; là il n’est environné que d’un air pur et sans odeur. Tout ce qui tend à vicier eet air ne peut que lui nuire. Les odeurs, qui ne sont autre chose que des vapeurs plus ou moins subtiles, ont toutes ce résultat, quelque agréables qu’elles puissent paraitre. Les éviter toutes est donc ce qu'il y a de plus raisonnable.

On conçoit d'ailleurs très facilement qu’on ait pu être trompé par certaines apparences. Par exemple, en brülant certaines matières avec des réchauds, on peut avoir échauffé l'atelier, et les vers s'en seront bien trouvés. D’autres fois le feu destiné à répandre des odeurs aura déterminé des courants d'air très favorables aux vers.

Enfin, il peut s'être présenté quelques circonstances “exceptionnelles dans lesquelles le dégagement de certaines odeurs ammoniacales ait eu de bons résultats. Quand les organes de la respiration sont desséchés et privés de leurs liquides lubrifiants, un air plus ou moins chargé de vapeurs excitantes peut ranimer l'énergie musculaire qui préside aux mouvements de ces or-

EP PROGÉDES. 147 sanes, rappeler la sécrétion des liquides lubrifiants, et rendre facile la respiration languissante.

Mais comme les circonstances dans lesquelles lemploi de ce moyen pourrait être utile sont rares et très difficiles à apprécier, il faut admettre en principe que toute odeur, agréable ou non, est plutôt nuisible que favorable aux vers à soie.

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