CHAPITRE VII
Touffes, électricité.
$ 1. Influence des touffes.\
: On donne le nom de touffe à deux phénomènes qui peuvent se présenter avec des caractères analogues en apparence, mais qui diffèrent cependant beaucoup.
En général on appelle touffe cet état particulier de l'atmosphère qui précède l'orage. L’air est extrêmement chaud et surtout calme; il n’y a aucun mouvement dans l'atmosphère ; la température est égale dans l'atelier et à l'extérieur. Comme les causes d'infection agissent sans cesse et sont encore excitées par la grande chaleur, l'air des ateliers s’altère rapidement.
Au dehors la nature entière semble souffrir de la touffe. Les plantes sont fanées et courbées vers le sol ; les animaux sont languissants; ils se trainent péniblement en recherchant la fraicheur et les courants d'air; l’homme est accablé ; une transpiration abondante s’arrète sur sa peau et ruisselle sur son front ; il a perdu son énerpie et respire avec peine. é
Cependant c’est plus que jamais le moment d'agir avec vigueur; car un retard de quelques heures, de quelques minutes même, peut tout perdre.
Les observateurs s'accordent pour reconnaitre que la touffe peut être de deux sortes.
Quelquefois elle est séche. Dans ce cas il faut produire deux effets : humecter l'air et le renouveler. Presque toujours on obtient ce double résultat en arrosant abondamment le plancher de la magnanerie. L'eau s'évapore et rafraichit l'air ; il s'établit alors immédiatement un courant d'air, si les lieux sont convenablerent disposés.
En effet, la touffe avait pour caractère une certaine ésalité de température au dedans et au dehors. Vous refroidissez l'air intérieur ; il devient plus lourd et tend à descendre ; le courant d'air doit donc s'établir de haut en bas. Pour qu'il en soit ainsi, il faut ouvrir d’une part les portes ou fenêtres inférieures de l'atelier du côté de l'ombre ou du côté opposé au vent, quelque léger qu'il soit; de l’autre, il faut ouvrir dans la partie supérieure ou dans les combles les fenêtres du côté du vent, ou du moins du côté où l’on suppose qu'il pourra s'élever.
Les choses étant ainsi disposées, l'air rafraichi de l'atelier s'écoule sur le sol et le courant est descendant.
On facilite encore puissamment ces salutaires résultats en donnant aux vers à soie des repas de feuille mouillée.
Mais la touffe peut être humide; c'est [our s’en as-
ET PROCÉDÉS. 449 surer qu'un hygromètre exact est alors un instrument indispensable.
Dans ce cas, la conduite du magnanier doit être toute différente. 11 ne suffit plus de renouveler l’air en introduisant l'air extérieur, puisque cet air est dangereux par lui-même. Chargé de vapeur d’eau , il ne se prète plus à l’énorme transpiration des vers à soie accumulés dans l'atelier. Souvent même, dit-on, l'air de la toutfe apporte avec lui des miasmes putrides qu'il a enlevés à des marais infects. C’est en vain qu’on agiterait cet air autour des vers à soie. La légère action qu'il exercerait alors sur eux ne saurait suffire, et si leur transpiration languit quelques moments de plus, ils vont sueccomber.
Mais rien n’est perdu encore. Le magnanier intelligent a déterminé la cause du mal. Dès longtemps il a préparé le remède; c’est le calorifère, c’est la chaleur.
Quelle que soit donc la température de la toufle, si elle. est humide, chauffez, chauffez hardiment; déterminez un courant d'air rapide; il sera ascendant; l'air qui, à 25 ou 50°, ne pouvait plus dissoudre Ja transpiration des vers à soie, va devenir desséchant à 50 ou 55 degrés. En passant par la chambre d’air vigoureusement chauffée, il va perdre aussi ses qualités malfaisantes.
Tout dans l'atelier reprend son aspect accoutumé, avec cette seule différence de quelques degrés de chaleur de plus. Ilen résulte l'obligation de rapprocher les repas, à moins toutefois que les vers ne fassent preuve
4150 PRINCIPES GÉNÉRAUX de peu d'appétit. S'ils dédaignent la feuille encore bonne, il est inutile de multiplier les repas.
Mais il est facile de comprendre qu'à cette haute température Ja feuille se fanera avec une extrême rapidité. I faudra donc, si lon est obligé de maintenir quelque temps la haute température , donner des repas de feuille assez humectée pour qu’elle résiste, pendant que le ver a ronge, à Fair brülant de l'atelier.
L'éducateur qui se sera bien pénétré de ce qui précède n aura donc plus rien à redouter de ces touffes qui sont aujourd'hui leffroi des praticiens du midi. Dans le centre et dans le nord elles sont très rares et le plus souvent sèches ; il suffit donc, en général, pour arrêter leurs pernicieux effets, d’arroser abondamment dans l'atelier et de donner des repas de feuille mouillée. I est presque inutile d'ajouter que la menace d’une touffe doit déterminer l’éducateur à déliter ses vers le plus souvent et le plus complétement possible, de manière à enlever dans l'atelier toutes les causes d'infection.
$ 2. Influence de l'électricité.
Ce mot doit être pris ici dans son acception vulgaire. On dit qu'il y a de l'électricité dans l'air quand un orage se prépare, quand il éelate. Plusieurs auteurs ont remarqué la coïncidence de cet état de choses avec des accidents graves survenus aux vers à soie, et n'ont pas hésité à les attribuer à l'électricité. Is ont même proposé divers moyens de s’en défendre : par exemple, des toiles métalliques tendues sur les passages de l'air arrivant dans l'atelier.
ET PROCÉDÉS. 454 1l est évident qu'on s’est fait illusion ; l'électricité en elle-même n’était pour rien dans les phénomènes fâcheux qu'on a remarqués. L'extrème chaleur, la touffe, la sécheresse quelquefois, d’autres fois l'humidité excessive, qui précèdent, accompagnent ou suivent l’orage, sont plus que suffisantes pour expliquer les accidents arrivés aux vers à soie en pareil cas. Il est donc inutile de se préoccuper de l'électricité répandue dans l'air; mais il faut s'opposer avec énergie aux effets désastreux des autres causes que nous venons de sisnaler.