CHAPITRE IX
Alimentation.
$ 1. Quantité d'aliments nécessaire aux vers à soie.
Nous allons examiner dans ce chapitre toutes les questions relatives à la nourriture des vers à soie. Aucun sujet ne mérite de fixer plus longtemps notre attention. Une bonne alimentation est, en effet, la condition la plus nécessaire du succès d’une éducation , comme une alimentation insuffisante ou négligée est la cause première d’accidents nombreux et d’un mécompte certain.
L'expérience a fait connaître quelle quantité environ de feuille de müûrier consommaient les vers à soie provenant d’une certaine quantité d’œufs. Nous allons v revenir, mais des observateurs minutieux ont cru devoir déterminer combien mangeaient ces mêmes vers dans chacun des jours de leur existence. Faut-il nous préoccuper de ces chiffres? Est-il utile de régler ainsi la proportion d'aliments qui sera donnée aux vers à soie
chaque jour et à chaque repas? Enfin, avons-nous à craindre que ces animaux, peu sages ou abusant de notre générosité, se gorgent de feuilles de manière à se rendre malades?
Je crois que nous n’avons pas à prendre tant de soins, La nature a donné aux animaux un instinct qu règle leur conduite. Des vers à soie placés en liberté sur des arbres n'abuseront jamais de l'abondance de nourriture qui les entoure. Ils mangeront tant qu'ils auront faim et s’abstiendront à propos, soit que la fraicheur des nuits apaise leur appétit, soit que l'approche de la mue les oblige à une diète nécessaire.
D'autre part, nos éducations ayant lieu dans des conditions tout à fait artificielles, comment pourrions-nous poser des limites certaines à la consommation ? Nous entretenons les vers à soie dans une température élevée et constante. Ce qu’il y a évidemment de plus raisonnable à faire , c’est de satisfaire leur appétit sans nous préoccuper de la quantité d'aliments qu'ils auront consommée. 1l est d’ailleurs démontré que les vers prospèrent d'autant plus et donnent d'autant plus de soie qu'ils ont été plus avides et qu'ils ont plus mangé.
Voici donc la règle à suivre : on donnera autant d'aliments que les vers pourront en consommer. Un repas consommé en entier sera remplacé par un nouveau repas. C’est seulement quand on s’apercevra que la feuille de bonne qualité aura été abandonnée par les vers qu’on deviendra plus réservé. On attendra que l’appétit soit revenu, et on donnera des repas plus légers.
A l'approche des mues surtout on aura soin de ne
ET PROCÉDÉS. 453 pas prodiguer inutilement de la feuille qui serait perdue. Des repas trop abondants auraient d’ailleurs, dans ces circonstances, l'inconvénient de former une épaisse litière sous laquelle les vers endormis les premiers seraient ensevelis.
Mais s'il n’est pas nécessaire de se préoccuper à l'avance de la quantité de feuille que les vers consomment à chacun de leurs repas, il est indispensable de s’assu-
rer une récolte suffisante pour alimenter larsement tous ceux qu'on se propose d'élever. Nous allons examiner celte nouvelle question dans le paragraphe suivant.
$ 2. Rapport de la graine et de la feuille.
Pour s’assurer une récolte de feuille proportionnée au nombre des vers qu’on se propose d'élever, il faut prévoir le produit des müriers dont on dispose,
On sait bien à peu près quelle quantité de feuille donnent des arbres d’un certain âge ; mais la nature du sol, la variété de mürier, la taille, pouvant faire varier considérablement ces données, il est bon d’avoir d’autres bases d'évaluation.
Un éducateur, qui sera en même temps propriétaire de müriers, commencera ses travaux par de petites éducations dont l'importance croîtra peu à peu. Il aura soin de noter chaque année le nombre des müriers récoltés et leur produit; quand viendra le moment d’entreprendre des éducations plus considérables, le propriétaire aura déjà acquis assez d’expérience pour savoir sur quelle quantité de feuille il peut compter.
Mais si l’éducateur doit avoir recours à des arbres
nouveaux , il tâchera, l’année précédente , d'en récolter quelques-uns, choisis parmi les moyens. Il pèsera leur feuille. Cette opération lui permettra de calculer très approximativement le produit de tous les arbres. Si l’on avait une haie de müriers, on en récolterait quelques mètres pour apprécier le produit du tout.
Lorsque l’éducateur ne pourra recourir à aucun de ces moveus, il lui sera cependant encore possible d’estimer à peu près le produit des arbres, en admettant. qu'un arbre qui offre environ # mètres cubes de feuillage donne de 40 à 50 kil. de feuille.
Quel que soit le procédé mis en usage pour apprécier la récolte, l’éducateur devra se pourvoir de 4,000 kil. de feuille cueillie pour 50 à 51 grammes d'œufs. J'insiste sur cette expression de feuille cueillie. Elle signifie que c'est bien 4,000 kil. de feuille récoltée et pesée qu'il faudra emmagasiner pour les vers de 51 grammes d'œufs.
En effet, dans le midi dela France, l'estimation de la récolte a lieu autrement. On ne pèse la feuille cueillie qu'à partir du troisième jour du cinquième âge. On estime que les vers consomment, dans les 6 à 7 derniers jours de l’éducation , la moitié de la feuille nécessaire pour toute l'éducation. C’est donc en doublant cette dernière quantité qu'on apprécie ce qui a dù être consommé depuis, la naissance jusqu’au troisième jour du cinquième âge. Par conséquent, si l’on récolte 40 müriers dans les sept derniers jours et s’ils produisent 5,000 kil. de feuille, ou 50 kil. chacun, on admet que les 40 arbres récoltés précédemment ont aussi donné 50 kil. chacun.
ET PROCÉDES. 4155
Mais il est bien évident que les müriers eueillis pour les trois premiers âges et même pour le quatrième n'ont pas donné, à beaucoup près, autant de feuilles que les müriers recoltés dix, quinze, vingt jours plus tard. On se tromperait donc étrangement si l’on supposait que les 20 müriers en question ont produit 40,000 kil. de feuille, et on s’exposerait à en manquer si, partant de cette fausse donnée , on se contentait de ces 20 müriers pour élever les vers de 60 grammes d'œufs.
L'expérience a démontré que la totalité de la récolte ue serait, en pareil cas, que de 7,500 à 8,000 kilog. de feuille. 11 y aurait donc un déficit de 2,000 à 2,500 kil. de feuille ; les vers n'en recevraient pas une proportion suffisante et souffriraient considérablement de cette parcimonie. ‘
En raisonnant toujours sur les mêmes bases, on voit qu'il faudrait au moins 25 des müriers que j'ai pris pour exemple, pour suffire à l’alimentation de 60 grammes d'œufs.
Quel que soit le moyen qu'on emploie pour s’assurer une récolte suffisante de feuille, la prudence exige que cette récolte dépasse toujours d’un quart environ la quantité indiquée par le calcul. Les müriers qui, par suite de cette précaution, ne seront pas cueillis, donneront, l’année suivante, une récolte presque double; on n'y perdra donc rien.
. Quant à la manière de déterminer exactement le poids des œufs, pour proportionner leur quantité à celle de la feuille, elle a été décrite au chapitre Éclo-
ion, page 115.
456 PRINCIPES GÉNÉRAUX 6 3. Nécessité de la fréquence des repas.
Quel nombre de repas doit-on donner aux vers à soie dans les vingt-quatre heures et pendant les cinq âges? Telle est la question que nous avons à résoudre.
Si nous voulions prendre pour guide les usages établis dans les différentes contrées séricicoles, nous serions fort embarrassés ; car nous verrions les Chinois donner jusqu’à 48 repas, et certains éducateurs du midi de l'Europe n’en donner que deux. Il est probable que la vérité est entre ces deux extrèmes.
Quant à la nécessité de donner des repas multipliés, il est facile de la démontrer.
Évidemment on se conforme au vœu de la nature, puisque les vers à soie nés sur les arbres et abandonnés à eux-mêmes ont constamment de la feuille à leur disposition et peuvent la consommer sans interruption.
La chaleur artificielle entretenue dans l'atelier, agissant sur des feuilles détachées de l'arbre, les fane, les flétrit, les dessèche promptement et les rend impropres à la consommation. En effet, la nature et la forme des mächoires des vers ne leur donnent pas la faculté de ronger des corps mous, ou du moins ils ne peuvent y parvenir qu'avec une grande difficulté. Ils n’entament avec facilité que la feuille fraiche et croquante. Si donc les repas sont rares et par conséquent très copieux, une grande partie de la feuille est fanée avant la consommation et abandonnée par les vers.
Cet inconvénient est encore plus grand lorsque ja feuille a été coupée, et d'autant plus considérable qu'elle
ET FROCÉDES. 457
est plus jeune et coupée plus menu. De là la nécessité de la renouveler plus souvent dans les premiers âges. A la fin de l'éducation la feuille est donnée entière ; elle est plus ferme, moins aqueuse, et les vers la consomment beaucoup plus vite; on peut donc éloigner les repas et les donner plus copieux.
Enfin la chaleur constante entretenue dans l'atelier n'agit pas moins sur les vers que sur la feuille. Elle exeite une énorme transpiration et un appétit proportionnel; des repas fréquents sont indispensables pour usée ces deux besoins.
Maintenant si nous consultons l’expérience, elle nous prouvera que la fréquence des repas a pour résultats une importante économie de feuille, une réduction considérable de la durée de l'éducation , et enfin un développement des vers, qui dépasse de beaucoup celui qu'ils atteindraient dans une éducation plus longue, dans laquelle les repas auraient été moins nombreux.
$ 4. Nombre des repas.
Il faut maintenant nous fixer sur les limites qu'il convient d'observer quant au nombre des repas ; car si l’on tombait dans l’excès contraire, on perdrait aussi une grande quantité de feuille. C'est l’expérience des plus habiles éducateurs qui nous servira de guide. Elle nous apprend que les repas peuvent durer environ une heure dans les premiers âges , c'est-à-dire avec la feuille jeune et coupée, et deux heures dans les derniers âges, avee la feuille plus müre et entière.
Or, dans notre système d'éducation tout artificiel, les
vers recevant la feuille immédiatement, sans aucune recherche de leur part, sans courses, sans perte de temps, il parait rationnel de leur laisser un certain temps pour opérer la digestion d’un repas absorbé avec tant de facilité. En conséquence, on a été conduit à fixer ainsi qu'il suit le nombre des repas :
Premier, deuxième et troisième âge, douze repas dans les 24heures, c’est-à-dire un repas toutes les deux heures.
Quatrième et cinquième âge, huit repas dans les 24 heures, c'est-à-dire un repas toutes les trois heures.
J'ai déjà dit qu'on ne saurait rien prescrire d'absolu en pareille matière. En conséquence, ces nombres de repas pourront être augmentés ou réduits suivant que les besoins des vers paraitront l’exiger.
Quand les vers négligeront de la feuille mangeable , on retardera le repas suivant.
Quand, au contraire, le repas aura été dévoré en entier avec avidité et que les vers paraitront chercher de nouveaux aliments, il conviendra de leur en donner immédiatement.
Ces circonstances se présenteront au moment des mues et de la frèze.
A l’approche des mues, l'appétit des vers diminuera beaucoup; il augmentera énormément dans la frèze.
Une élévation de température exigera des repas supplémentaires ; un abaissement, au contraire, permettra de retarder les repas.
C’est dans l’observation exacte de toutes ces cireonstances que se montrera l'intelligence de l'éducateur.
ET PROCÉDÉS. 459 $ 5. Repas de nuit.
Nous avons adopté ; dans ce qui précède, implicitement au moins , l'usage des repas continués sans inter ruption pendant le jour et la nuit. Cependant on a contesté l'utilité de cette pratique, et certains éducateurs eroient pouvoir supprimer les repas, au moins pendant une partie de la nuit. Par exemple, ils donnent un dernier repas vers dix heures du soir, et recommencent le lendemain à quatre ou cinq heures du matin; d’où il suit que les vers restent environ six heures sans aliments.
Les conséquences de cet usage sont faciles à prévoir. On supprime ainsi un quart du temps que les vers pourraient employer à manger et par conséquent à croître. L'éducation se prolonge d'autant ; elle dure trente-cinq à trente-six jours au lieu de vingt-huit à trente. C’est évidemment un grand inconvénient; mais il n’est pas le seul.
Pour que les vers puissent rester ainsi pendant six heures sans aliments, il faut nécessairement laisser tomber la température de manière à faire cesser leur appétit et réduire autant que possible leur transpiration ; c’està-dire qu'il faut les placer dans des conditions pareilles à celles ou se trouveraient des vers abandonnés à euxmêmes sur des arbres, et pour lesquels la fraîcheur de la nuit aurait ce double résultat. Si l’on n’a pas ce soin, les vers livrés sans nourriture, pendant six heures de nuit, à l'influence d’une chaleur continue, souffrent considérablement de cet état de choses.
Or, ces alternatives de température élevée et basse, la nécessité de refroidir et de réchauffer l'atelier, eréent toute une série de difficultés et mème de dangers dont il est bien plus rationnel de se débarrasser d’un seul coup en continuant les repas la nuit.
Les personnes qui ont cru voir dans ce système quelques difficultés se sont abusées sur leur importance. En effet, rien n’est plus facile que d'organiser un service de nuit.
On divise son personnel en deux parties. Les uns veillent jusqu'à minuit, donnent un dernier repas, et vont se coucher. Les autres, qu'on a fait coucher à neuf heures du soir au plus tard, sont réveillés à trois heures du matin, et distribuent le premier repas du jour. Ces travaux, qui ont lieu dans la plus belle saison, aux jours les plus longs, ne dérangent guère les habitudes des sens de la campagne, qui dorment généralement trèspeu à cette époque de l’année. La plus légère douceur, accordée à ceux qui veillent, les contente et leur donne du zèle, et enfin ce surcroît de travail ne devant durer que quelques jours, on l’obtient sans peine des magna- .nières.
$ 6. État de la feuille.
L'expérience universelle a démontré qu'il devait y avoir un rapport exact entre l’état de la feuille et l’âge des vers. Ce principe a été formulé ainsi qu’il suit dans la pratique : Les vers doivent suivre la feuille.
On conçoit, en effet, qu'il ne saurait être indifférent de donner à des vers à soie jeunes de la feuille tendre
ET PROCÉDÉS. 46l et suceulente ou de la feuille dure et sèche. Non-seulement l'expérience a démontré qu'ils souffraient beaucoup de cette substitution, mais la connaissance qu’on a des différences que présentent dans leur nature et leur com position les feuilles nouvellement développées et les feuilles mûres, rendent très bien compte de ces effets.
Les feuilles nouvelles sont tendres et peuvent ètre facilement entamées par les mâchoires délicates des Jeunes vers ; elles sont gorgées d'un sue abondant, qui a des qualités toutes particulières. Les chimistes nous ontappris qu'elles sont extrêmement azotées et, par conséquent, très nourrissantes. Les feuilles plus ägées, au contraire, deviennent dures et coriaces ; elles contiennent moins de suc, sont beaucoup plus ligneuses et moins azotées.
Il sera donc de la plus grande importance de fournir des feuilles en rapport avec chaque âge. Si les vers n'étaient pas exposés à une température artificielle, s'ils vivaient en plein air eomme les feuilles, ils se développeraient comme elles. Les feuilles seraient toujours appropriées aux vers qui doivent les ronger. Mais une éducation ainsi faite ne donnerait que de misérables résultats ; on hâte l'éducation, et, pour éviter que les vers se développent avant la feuille, on retarde l’éelosion des vers. Il en résulte que la feuille est généralement trop avancée au moment de la naissance. De là la nécessité de choisir pour les premiers âges les feuilles tendres qui se trouvent à l'extrémité des rameaux.
À mesure que les vers avancent, on peut étre moins difficile dans ce choix des feuilles, et enfin, au cinquième
âge, pendant lequel a lieu la grande consommation de feuille, on récolte indifféremment tout ce qui se trouve sur les arbres.
Il yaurait même autant d’'inconvénients à nourrir des vers au quatrième et au cinquième âge avec des feuilles nouvelles et tendres, qu'à donner des feuilles mûres et coriaces à des vers pendant le premier, le deuxième et le lroisième âge.
Malgré l'évidence des principes que je viens d’exposer, on a tenté de faire des éducations à l’arrière-saison, alors qu'il est très difficile, sinon impossible, de trouver des feuilles dans l’état où l’exigent les jeunes vers. Il en sera question dans un autre chapitre.
$ 7. Préparation de la feuille.
Ce n'est guère qu'au quatrième et au cinquième âge qu'on pourra donner la feuille aux vers telle qu’elle aura été apportée par les cueilleurs ; mais au premier, au deuxième et au troisième âge, il faudra la couper.
On a contesté l'utilité de cette pratique. Quelques personnes prétendent qu’il vaut mieux donner la feuille entière, même au premier âge. Il m'est impossible de le reconnaitre. La feuille entière présente pour les jeunes vers un grave inconvénient.
Quelque soin qu'on prenne, il est impossible que les jeunes vers arrivent tous en même temps sur les feuilles entières qu'on leur offre. Beaucoup d’entre eux ont de longues courses à faire (proportionnellement à leur taille) pour atteindre une partie de la feuille qu’ils puissent entamer, et si la feuille entière n’est pas percée,
ET PROCÉDÉS. 165 et seulement dépouillée par ses surfaces, au repas suivant, les vers qui se trouvent dessous ont beaucoup de peine à gagner la nouvelle feuille.
D'ailleurs, il est évident que les vers trouvent plus de facilité à entamer la feuille par ses bords que par sa surface. La construction de leurs mâchoires suffirait seule pour le démontrer, si tous ceux qui ont eu quelquefois des vers à soie n’en étaient pas convaincus.
Il est donc évident que l'administration de la feuille entière aux jeunes vers est une cause de retard pour beaucoup d’entre eux, qui ne parviennent pas immédiatement à saisir l’aliment qui leur est présenté, et comme il est de la plus haute importance d'éviter tout ce qui peut déranger l’uniformité des vers, on coupera la feuille pour les trois premiers âges, et proportionnellement à la force des vers.
Cette opération aura également pour résultat d’économiser la feuille ; car il est évident qu’une feuille divisée en dix morceaux pourra être attaquée par un bien plus grand nombre de jeunes vers que si elle reste entière.
Maintenant convient-il de continuer à couper la feuille au quatrième et au cinquième âge ? On l’a conseillé, et beaucoup de praticiens le font. On a même inventé, pour y parvenir avec rapidité et économie, un grand nombre de coupe-feuilles.
Il est possible qu’il soit quelquefois nécessaire de diviser la feuille äu cinquième âge, dans le cas, par exemple, où l’on ferait usage de feuilles d’une dimension extraordinaire, comme celles du malticaule ou même de
46% PRINCIPES GÉNÉRAUX müriers communs, qui, placés dans certaines conditions, donnent de très grandes feuilles.
Quelquefois aussi, quand l’éducation est tardive, la feuille devient très grande et surtout très dure et doit ètre coupée ; mais je crois qu’en général il y a plus d’inconvénients que d'avantages à diviser la feuille.
Cette division la déchire ou plutôt la mâche, la flétrit, et lui fait perdre plus ou moins cette fraicheur et cette fermeté qui conviennent tant aux vers.
La feuille coupée s’aplatit trop facilement sous le poids de leurs corps et se confond immédiatement avec la litière ; il en résulte une perte considérable.
Elle se fane et se ramollit beaucoup plus vite que la feuille entière ; de là la nécessité de multiplier les repas outre mesure.
On ne peut donner que des repas extrèmement légers avec la feuille coupée.
Enfin la division de la feuille est une dépense de plus, soit pour l'acquisition des coupe-feuilles, soit pour la main-d'œuvre qu'exige leur emploi.
Je ne crois pas que ces inconvénients soient compensés par les avantages qu’on a cru voir dans l'usage de la feuille coupée. On a prétendu que sa distribution était plus rapide, plus régulière et plus économique que celle de la feuille entière.
Plus rapide, j’en doute; plus régulière, je le crois. Aussi je ne m'opposerais pas à la division pour des feuilles d’une très grande dimension.
Quant à l’économie à faire sur la feuille, je la conteste absolument. L'expérience apprend bien vite que les vers
LT PROCÉDÉS. 465 au cinquième àge gdchent moins de feuilles entières que de feuilles coupées. Il ne faut pas croire qu’on fait une
- économie parce qu'on couvre une tablette avec 40 kil. de feuille coupée, alors qu'il en faudrait 15 en feuille entière. L'économie réelle a lieu quand il ne reste aucune feuille bonne à manger dans la litière. Toute feuille mangée a été bien employée et ne doit pas être regretlée.
$ 8. Feuille mondée.
Les coupe-feuilles seront décrits dans un autre chapitre. Ici vient se placer maintenant la question de savoir ce qu'on entend par feuille mondée et si l’on doit en faire usage.
Quand on récolte la feuille sur les arbres, les cueilleurs enlèvent avec elle un grand nombre de brindilles et de jeunes rameaux. On apporte le tout au magasin. C'est ce qu'on appelle de la feuille brute. Mais si l'on prend la peine de nettoyer cette feuille, de la détacher des brindilles et des rameaux, de la monder en un mot, de manière à n'avoir que des feuilles exemptes de tout mélange de bois, on a de la feuille mondée.
Or, cette opération réduit quelquefois de moitié le poids de la feuille. Il n’est pas rare, en effet, que les brindilles et les rameaux arrachés avec elle forment la moitié de son poids.
Il sera donc essentiel, quand on décrira une éducation, de dire si l’on a pesé la feuille brute ou mondée.
Maintenant convient-il de monder la feuille? Je ne le pense pas. Cette opération pouvait avoir des avantages quand on avait besoin de se rendre un compte exact du
rendement des mèriers et de la consommation des vers; mais aujourd'hui qu'il n’y a plus rien à apprendre à cet égard, le mondage de la feuille me parait une wpération inutile.
C’est d’abord une dépense assez considérable; il faut l'éviter.
La feuille ainsi maniée une seconde fois en souffre beaucoup ; elle est flétrie.
La feuille mondée offre, comparativement à la feuille brute , une partie des inconvénients de la feuille coupée comparativement à la feuille entière. Répandue sur les tables, elle s’aplatit beaucoup plus facilement que la feuille brute et se confond plus tôt avec la litière. La feuille brute, au contraire, soutenue par les rameaux et les brindilles dont elle est mêlée, se tient plus éloignée de la litière et peut être plus facilement et plus complétement rongée pat les vers, qui ne peuvent la fouler sous leurs pattes.
La litière de la feuille brute est toujours moins compacte que celle de la feuille mondée; l'air y cireule plus facilement ; elle sèche par conséquent beaucoup mieux ; les crottes des vers tombent à travers et ne souillent pas le nouveau repas. Enfin, si on l’examine avec attention, on voit que cette litière ne se compose que des rameaux, des brindilles, des queues des feuilles et des plus grosses nervures ; tout ce qui était mangeable a été dévoré. I y à done économie sous tous les rapports.
Une objection grave a été faite cependant à l'emploi de la feuille brute, c’est-à-dire des feuilles presque toutes encore attachées aux rameaux. On a dit que ces
EP PROCÉDÉS. 167 feuilles se fanaient beaucoup plus vite que: les feuilles entièrement séparées des rameaux.
Il parait certain qu il en est ainsi, et que si l’on devait garder des feuilles longtemps en magasin, il vaudrait mieux qu’elles fussent mondées qu'adhérentes aux rameaux, à moins de couper ces rameaux avec soin et de mettre leur extrémité inférieure dans l’eau, ce qui est impraticable.
Mais comme il n’y a aucune raison pour faire des approvisionnements de feuille devant durer plusieurs jours , la flétrissure plus rapide de la feuille brute n’est pas à craindre, et les avantages qui résultent de son emploi étant évidents, l'emploi doit en être généralisé. :
$ 9. Dessiccation des feuilles.
J'ai prouvé, je crois, dans un chapitre précédent, que l'emploi des feuilles mouillées par la pluie n’offrait par lui-même aucun mconvénient, quand on parvenait à éviter les dangers qui résulteraient d’un excès d’humidité dans l'air ou dans les litières. Il peut donc paraître mutile d'avoir recours à des procédés spéciaux ayant pour objet la dessiccation de la feuille.
Cependant une saison pourrait se montrer tellement rebelle par une longue série de jours pluvieux, que la dessiccation du moins partielle des feuilles deviendrait une nécessité.
On s'était beaucoup préoccupé de cet objet dans un temps où l'humidité apparaissait comme le principal, pour ainsi dire comme l’unique fléau des éducations. Mais les idées se sont singulièrement modifiées à cet
égard , non-seulement par suite des expériences directes. que nous avons faites sur l'influence de l'humidité‘, mais encore par l'étude des anciens auteurs qui sont unanimes pour déclarer que la sécheresse est beaucoup plus redoutable que l'humidité.
Aussi personne ne parle aujourd'hui des inventions suggérées par la crainte de la feuille mouillée, et je n’en dirai rien. J'indiquerai seulement deux ou trois moyens très simples de remédier dans une juste mesure aux inconvénients qu'elle pourrait présenter, si on était forcé d'en introduire plusieurs jours de suite dans l’atelier par un temps froid et pluvieux.
Le moyen le plus simple est de renouveler les délitements tous les jours, ce qui ne présente plus aujourd'hui de difficultés. C’est quelques journées de femme dont il faudrait faire le sacrifice pour éviter la perte des vers. Il n’y a pas à hésiter.
Je prescrirai plus loin de carreler le magasin aux feuilles. Tout le monde connait l’avidité de la terre cuite pour l’eau. On pourra donc enlever à des feuilles rentrées toutes ruisselantes une grande partie de leur eau, en les tournant et retournant plusieurs fois sur le carreau.
Enfin voici un moyen qui m'a parfaitement réussi. On saupoudre de gros son la feuille mouillée. De la sciure de bois sèche ferait tout aussi bien. Ces poudres grossières absorbent beaucoup d’eau, et les vers ont soin d'en écarter les fragments avec leurs màchoires en dévorant la feuille.
(4) Voir notre Traité de la muscardine.
$ 10. mouillage de la feuil'e.
J'ai dit que la sécheresse était un danger plus grand que l’humidité ; mais il est aussi plus facile de s’en défendre, puisqu'il suffit de mouiller la feuille avant de la distribuer aux vers. Il sera même très utile, lorsque la sécheresse sera persistante et que la feuille arrivera fanée des champs, de la mouiller au moment de son entrée en magasin. Elle reprendra sa fraicheur, sa fermeté , et deviendra croquante, de molle qu'elle était.
La feuille étant en tas, par terre, on l’arrosera avec de l’eau de rivière , ou toute autre eau potable, et on la remuera avec des fourches, On mettra assez d’eau pour que toutes les feuilles soient mouillées ; pas assez pour que l’eau ruisselle sur le carreau. 100 kilog. de feuille sèche absorbent ainsi facilement 20 kil. d’eau.
La feuille sera mouillée quelques heures avant sa distribution aux vers; mais si elle devait rester ainsi en magasin plus longtemps, il faudrait la mouiller moivs, et la remuer souvent.
Quelquefois la feuille est couverte d’une espèce de sucre gluant qui fait qu'elle retient la poussière. La feuille dans cet état doit être placée dans des corbeilles et bien lavée dans de l’eau propre, à plusieurs reprises. On l’égoutte ensuile comme de la feuille mouillée par la pluie.
$11. Distribution de la feuille.
La manière dont la feuille est distribuée aux vers nest pas indifférente. Le point essentiel est que cette distribution soit régulière et uniforme, Tous les vers
d’une même série doivent recevoir des quantités de feuille pareilles. Il y aurait de grands inconvénients à charger quelques parties d’une table plus que les autres. Il s’ensuivrail immédiatement des disproportions entre les vers, et l'égalité qu’il est si important d'entretenir parmi eux n’existerait plus.
Il faut en outre que la distribution soit rapide, économique, et n’altère en rien la feuille.
Les Chinois, si habiles en matière d'industrie séricicole, ont imaginé de-distribuer la feuille avec des tamis à larges mailles. Il est clair que ce procédé ne peut s’appliquer qu'à la feuille coupée plus ou moins menu et aux premiers âges. Îl n’est pas moins évident qu’il ne pourrait présenter des avantages que dans de grandes éducations , alors qu’on a de grandes surfaces à couvrir de feuille coupée. Mais dans de petites et moyennes éducations, le procédé du tamis devient complétement insignifiant. Les femmes prennent rapidement l'habitude de distribuer la feuille aux jeunes vers avec beaucoup de régularité. On y tiendra avec sévérité.
Quant à la distribution des repas aux vers plus avancés, on devra prendre quelques précautions pour que cette distribution soit faite dans les meilleures conditions :
4° La feuille sera apportée à l'atelier dans de grandes corbeilles ;
2° Les femmes la prendront dans ces grandes corbeilles avec des corbeilles plus petites et non dans leurs tabliers ;
3° Les femmes travailleront toujours deux à deux ;
ET PROCÉDÉS. 471 elles se placeront en face l’une de l’autre des deux eôtés d'une même table, afin que l’une puisse réparer les oublis de l’autre ;
4 Au repas suivant, elles changeront de côté, paree qu'il pourrait arriver que l’une des deux donnât la
feuille un peu plus épais que l’autre. En alternant, il y aura Compensation ;
5 Elles commenceront toujours par la méme tale et par le même bout de cette table, à moins d'ordres contraires du chef, afin d'éviter de hâter un bout de table aux dépens de l’autre bout.
Afin qu'il n y ait aucune erreur dans la distribution des repas, pour éviter, par exemple, de couvrir de feuilles une table de vers endormis, l’éducateur parcourra la magnanerie quelques instants avant la distribution, et marquera les tables qui ne doivent pas recevoir de feuille. Cette marque consistera en un petit earré de papier blanc jeté sur les vers. Cela frappe les yeux des ouvrières et remplit parfaitement le but.
Quant à la proportion du repas à distribuer, eest également au chef à y veiller en suivant ses ouvrières,
- qui, d’ailleurs, au bout de quelque temps, voient bien elles-mêmes si le dernier repas a été consommé en entier.
On trouve partout des corbeilles qui sont excellentes pour faire la distribution de la feuille. En province, elles se vendent généralement chez les faïenciers et 4 fr. pièce.
$ 12. Conservation de la feuille.
I est hors de doute que la feuille la plus fraiche est
la meilleure pour l'alimentation des vers à soie. I con vient donc d'établir en principe qu'on devra faire le moins de provisions qu'il sera possible. Mais il est évident aussi que diverses circonstances obligent à ramasser une certaine quantité de feuille à l'avance. La nuit interrompt forcément la cueillette ; il est aussi très raisonnable de la suspendre pendant les heures les plus chaudes de la journée; enfin , on pourrait se tromper sur la quantité de feuille nécessaire pour un temps donné ; toutes ces circonstances obligeront le magnanier à faire des provisions modérées de feuille.
Pour remédier autant que possible aux inconvénients qui en résultent et prévenir l'altération de la feuille, on donnera beaucoup de soins à sa conservation.
Le rez-de-chaussée de la magnanerie servira le plus souvent de magasin aux. feuilles. Cette pièce sera carrelée. Elle devra être peu éclairée, mais non pas tout à fait sombre. L'air devra y circuler modérément. Plus le magasin aux feuilles sera frais , meilleur il sera. Cependant une cave obseure et fraiche convient moins qu’un cellier.
A mesure de leur arrivée, les feuilles seront pesées répandues à terre el étalées à l'instant sur une épaisseur de 50 centimètres au plus. Si l’on pouvait avoir de grandes caisses à jour, rangées dans le magasin, elles seraient d'un excellent usage.
Les feuilles seront remuées souvent avec une fourche pour éviter qu'elles s’échauffent.
Lorsqu'elles arriveront chaudes et fanées, on les étalera le plus possible sur le sol, afin de les refroidir,
puis on les aspergera avec une petite quantité d'eau.
Un excellent moyen de rendre à la feuille sa fraicheur
et sa fermeté, consiste dans son exposition à l'air libre
pendant la nuit. La feuille, placée dans des corbeilles ou
dans des caisses, est sortie le soir et reste toute la nuit
dehors à la rosée. On la rentre de grand matin tout
humide. On peut aussi étaler la feuille pendant la nuit
sur de grandes toiles; mais, dans ce cas, il faut veiller à ce que le vent ne la disperse pas.
On aura soin de donner toujours aux vers la feuille la plus ancienne, afin de ne pas prolonger sa conservalion.
Si l’on coupe la feuille, il faut le faire à mesure de la distribution et jamais d’avance. La feuille coupée s'altère beaucoup plus promptement que celle qui ne l’est pas. |
Lorsqu'on a l'intention de monder la feuille, c'est-àdire d'en séparer les rameaux et les branchages qui ont été enlevés avec elle, il faut procéder le plus tôt possible à ce travail, parce que la feuille adhérente aux rameaux se fane plus promptement que celle qui est détachée.
Quand on cueille au contraire la feuille avec les rameaux , avec l'intention de la donner dans cet état aux vers à soie, il est nécessaire de l’arroser dans une eertaine proportion , sans quoi elle se fane rapidement.
$ 13. Des feuilles qui peuvent remplacer la feuille de mürier et des substances qui peuvent y être ajoutées.
Je pourrais écrire un long chapitre sur les nombreuses tentatives faites pour remplacer les feuilles du mürier
par les feuilles de quelque autre végétal, arbre ou plante annuelle. Il sera plus court de dire quetoutes ces tentatives étaient inutiles, et qu'elles n’ont eu aucun résultat avantageux. 1] devait en étre ainsi. Le ver à soie est {a chenille du müûrier. Le pommier, le saule, le chou, l’ortie ont aussi leur chenille qui les dévore et meurt sur une autre plante. La chenille du mürier ne pouvait pas faire exception. C’est done en vain qu’on a voulu élever des vers à soie avec des feuilles du maclura aurantiaca et celles de la scorsonère. Les vers ont langui, sont presque tous morts, et le petit nombre qui a survécu n’a fait que de misérables cocons. Toutes ces tentatives sont aujourd hui abandonnées.
Les Chinois ont eu une autre prétention. Ils se sont imaginé qu'il serait possible d'augmenter les qualités nutritives des feuilles de mürier en les couvrant de diverses poudres, telles que la farine deriz, de pois chiches: la poudre de feuilles de chicorée et celle de feuilles de müûrier elle-même. L'expérience a démontré que toutes ces additions étaient insignifiantes, même quand les vers se trouvaient forcés, par la finesse de la poudre collée sur des feuilles humectées , à la consommer avec elle.
Je ne nvarrèterai donc pas davantage sur ces essais de pure euriosité.
$ 14. Du jeüne des vers.
Il n'en sera pas de même des expériences très intéressantes qui ont eu pour objet de s'assurer jusqu'à quel point les vers à soie pouvaient supporter le jeûne ou la diète sans danger.
ET PKOCÉDÉS. A75
Il en est résulté que les vers pouvaient rester assez longtemps sans nourriture, et presque sans inconvénients, toutes les fois qu’un abaissement proportionnel de la température coïncidait avec le jeune. |
C'est ainsi que de jeunes vers, qui n'avaient encore reçu aucune nourriture, ont pu rester 48 jours à la cave et ont ensuite été élevés avec succès.
Des vers plus âgés ont supporté trois jours d’abstiuence.
La connaissance de ces faits est ulile, parce qu'il peut arriver qu'on soit privé de feuille pendant un temps assez long. En pareil cas on rafraichira la magnanerie par tous les moyens possibles et on attendra. Il vaudrait même beaucoup mieux faire jeuner les vers que leur donner des aliments de mauvaise qualité. On a vu des éducations entières devenir malades tout à coup par l'usage de feuilles altérées.
$ 15. Coupe-feuilles et tamis.
On a imaginé un grand nombre de coupe-feuilles. Les uns ne peuvent servir que pour les trois premiers âges, les autres pour les deux derniers; c’est-à-dire que les premiers sont destinés à diviser beaucoup la feuille , les autres moins.
Après avoir expérimenté moi-même ou vu fonctionuer la plupart des coupe-feuilles, je réduis à ce qui suit les conseils que je donnerai aux éducateurs.
Pour une petite éducation on peut très bien couper la feuille pendant les trois premiers âges avec un couteau ordinaire, à lame mince, bien affilé.
Pour une éducation moyenne, on peut se servir avec avantage d’un coupe-feuilles très simple. C'est une boîte de 50 cent. de longueur, 20 cent. de hauteur, 10 cent. de largeur. Elle est ouverte par les deux bouts. D'un côté elle porte un petit rouleau en bois dur, dont les tourillons sont engagés dans les parois de la boite et dans deux rainures qui permettent de soulever le rouleau de deux à trois centimètres.
On fixe le coupe-feuilles sur une table, soit avec une vis, soit avec un valet de menuisier. On jette dans la boite une poignée de feuilles. La main gauche pousse ces feuilles successivement sous le rouleau. À mesure qu’elles le dépassent, elles sont coupées de la main droite avec un bon couteau. Les doigts de la main gauche étant protégés par le rouleau, l’opération est rapide. C’est aussi la main gauche qui détermine la grandeur des morceaux de feuille hachée, en poussant plus ou moins les feuilles entières au delà du rouleau.
Deux ou trois coupe-feuilles de ce genre , que le prenier ouvrier intelligent peut exécuter, confiés à des femmes ou des ouvriers adroits, suffiront pour alimenter les jeunes vers d’une éducation importante.
Mais si l'on veut continuer à couper la feuille, un autre instrument est nécessaire. Le hache-paille polovais, légèrement modifié par M. Geffray, mécanicien à Montgeron (Seine-et-Oise), remplit parfaitement le but. Le prix de cet instrument est de 50 francs. M. Geffray a ajouté au hache-paille une pédale, qui fait mouvoir une planchette disposée dans la boite. Quand on lève la faux pour couper de nouvelles feuilles , la planchette se
ET PROCÉDÉS, 477 soulève aussi et permet de pousser la feuille sous le tranchant de l'instrument, et au moment où celui-ci s’abaisse, la planchette tombe et presse modérément la feuille, qui se trouve ainsi maintenue et coupée très net.
Dans le midi on en a imaginé plusieurs autres. Un des meilleurs est celui de M. Damon, de Viviers (Ardèche) ; mais cet instrument, dans un système rotatoire, mâche la feuille d'une manière fâcheuse. Cet inconvénient ne me parait pas racheté par l'accélération de la besogne. J’aimerais mieux donner les feuilles entières.
Quant aux tamis, ils ont été proposés pour accélérer et régulariser la distribution de la feuille coupée. Si Pon adoptait leur emploi, il faudrait au nioins des tamis de trois espèces, pour le premier, le second et le troisième âge, par la raison que la feuille menue, destinée au premier âge, tomberait trop vite par les mailles du tamis du troisième âge, et que la feuille divisée pour le troisième âge ne passerait pas dans les mailles du tamis du premier âge.
Mais l’usage de cet instrument s’est peu répandu, malgré les éloges qu’on lui a prodigués. Les femmes employées dans les magnaneries acquièrent bien vite l'adresse nécessaire pour répandre uniformément sur les vers et sans pertes la feuille coupée qui leur est destinée. Elles abandonnent d’elles-mêmes les tamis qu’on a mis à leur disposition comme des instruments inutiles. Le fait est que le tamis expose à jeter beaucoup de feuille en dehors des tablettes qui portent les vers ; sa
manœuvre est aussi beaucoup plus fatigante que la simple distribution à la main. Enfin, comme il faut toujours prendre la feuille coupée dans la main pour-la placer dans le tamis , autant vaut la répandre tout de suite sur les vers. Autrement on fait un peu comme ce jeune nègre qui mouchait la chandelle avec ses doigts et déposait ensuite le moucheron dans les mouchettes !
Les tamis doivent être carrés, de 45 à 25 et 40 centmètres de côté. Les mailles doivent avoir 10, 45 et 20 millimètres pour les trois âges : ils peuvent être en fil de fer ou en laiton.