‹ Manuel de l'educateur de vers a soieChapitre 29 sur 57 · SINA · texte numérisé non relu

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L'éducateur vigilant pourra tirer un grand parti deces étiquettes. En effet, elles indiquent par avance le jour où doits’accomplir chacune des phases de l'existence du ver, si toutes les conditions favorables se réunissent pour y concourir. L'éducateur aura soin de vérifier jour par jour s’il ne survient aucun trouble dans cet accomplisse-

ment, et toutes les fois qu’une prévision manquera;ils’en apercevra nécessairement. Par exemple, une mue sera retardée d’un jour. La cause de ce retard devra être recherchée immédiatement. Elle tiendra probablement à quelque négligence. On n'aura pas entretenu le feu pendant la nuit, ou les repas n'auront pas été donnés régulièrement,'ou bien encore la partie de la magnanerie dans laquelle se trouvera une table en retard aura reçu moins de chaleur que les autres parties.

Quelle que soit la cause de cette anomalie, le chef devra s'occuper aussilôt des moyens d’en prévenir le relour ; il écrira sur l'étiquette la date nouvelle, afin de s'assurer si le même phénomène se représentera.

Lorsque au contraire les mues se trouveront avancées, il y aura lieu d'examiner si l’on n'a pas trop chauffé ; car il pourrait arriver qu'en abrégeant l'éducation de plusieurs jours on s’exposât à récolter les arbres avant le complet développement de leur feuillage. On redoublera de surveillance pour cette partie importante de l’éducation.

J'en ai dit assez pour montrer tout le parti qu'un éducateur intelligent pourra tirer d'une étiquette bien faite.

Je passe maintenant au second moyen d'entretenir parmi les vers la plus grande égalité possible.

$ 3. Classification des vers par le dédoublement.

La plupart des précautions minutieuses que je preseris ont pour objet l'entretien de l'égalité des vers par une distribution méthodique des diverses influences qui agissent sur eux : même chaleur, même humidité; répar-

ET PROCÉDÉS. 183 lition très régulière des repas et de la feuille dont chacun d'eux se compose.

Mais toutes ces précautions n'empêcheront pas qu'il ue se trouve, parmi {ant d'individus, un grand nombre d'entre eux qui profiteront à des degrés très divers des soins qui leur seront prodigués. Les uns se trouveront en retard, les autres dépasseront au contraire la masse moyenne, et bientôt chaque série présentera trois classes distinctes : les moyens, les retardataires et les avances. Il sera devenu nécessaire de les séparer. On y parviendra sans peine en profitant des facilités qu'offriront les mues, et par le procédé des dédoublements. Ws auront lieu avant et aprés la mue.

Les dédoublements s’opéreront au moyen des filets, dont l'usage sera décrit avec détail dans un autre chapitre.

Supposons une lable de vers dont une partie paraissent disposés à s'endormir, tandis que les autres mangent encore avec avidité.

Pour ne pas trop multiplier les séries, on attendra que la moitié des vers environ soient arrêtés et, pour hâter leur sommeil, on mulüipliera les repas, qu’on donnera légers et en feuille coupée bien appropriée à l’âge des vers.

Le moment favorable étant arrivé, on posera avec précaution sur les vers un filet, dont les mailles seront proportionnées à leur âge. Sur le filet on répandra un repas léger d'excellente feuille. Les vers qui mangent encore se hâteront de monter sur cette feuille. On n’attendra pas qu’elle soit consommée pour en répandre

une nouvelle couche très légère. En agissant ainsi, on déterminera à monter sur la feuille et sur le filet quelques vers qui se sont contentés de passer la tête à travers les mailles pour dévorer la feuille qui se trouve à leur portée.

Peu d’instants après cette seconde distribution, on saisit le filet par les quatre coins; on l’enlève doucement, de manière à déranger le moins possible les vers endormis, et on le dépose sur une autre table.

On a dès lors deux séries de vers. La première, qui se compose des vers les plus avancés ; ils dorment. La seconde comprend les vers moins avancés ; ils mangent encore. On leur donne des repas multipliés ; bientôt ils entrent en mue, comme les premiers.

On voit que nous avons profité du sommeil des vers pour les diviser en deux catégories ; nous avons dédoublé avant la mue.

La même opération pourra se répéter au réveil des vers ; ce sera le dédoublement après la mue.

Pour cela, lorsque les vers commenceront à se dépouiller, nous saisirons le moment où la moitié environ de ceux qui composent une série seront réveillés. Nous poserons un filet sur la table et nous le garnirons d'un repas léger de feuille tendre et coupée. Les vers réveillés les premiers monteront sur cette feuille. Nous donnerons un second repas et, quand les vers seront occupés à le dévorer, nous les enlèverons avec le filet ; ils formeront une série distincte.

On attendra ensuite que tous les vers retardataires soient éveillés pour leur donner de la feuille.

En opérant ainsi sur les deux séries obtenues par le dédoublement avant la mue, on aura, comme on voit, quatre séries dans lesquelles les vers seront aussi égaux que possible.

Les dédoublements seront opérés à la première, à la deuxième et à la troisième mue. À la quatrième mue les vers occupent trop de place pour qu'il soit possible de les dédoubler d’une manière générale. On n’opérera que sur quelques tables imparfaites, qui auraient échappé à la classification générale, ou sur lesquelles un voisinage incommode de chaleur ou de froid aurait détruit la régularité des vers.

Mais, en général, quand on aura pratiqué les dédoublements aux trois premières mues, on aura des séries de vers aussi parfaites qu'il est possible de les désirer. Les dédoublements bien compris et exécutés avec intelligence sont un des progrès réels faits dans ces derniers temps dans l’art d'élever les vers à soie. Les anciens auteurs ne s’élaient pas bien rendu compte des avantages de cette opération , et comme ils étaient frappés cependant des grands inconvénients qui résultaient du défaut d'uniformité entre les vers, ils conseillaient d'attendre, pour donner des repas aux vers qui se réveillaient sur une table, que tous aient opéré leur mue, cette attente dût-elle durer trente-six heures.

Or, il est facile de comprendre tout ce que doivent souffrir des vers qui sont déjà restés sans nourriture pendant la mue et qu’on soumet encore à une diète absolue de "24 à 56 heures après celte mue !

Par les dédoublements, non-seulement on évite cet

186 PRINCIPES GÉNÉRAUX inconvénient, mais encore on espace , on eclaircit les

vers de Ja façon la plus rationnelle, ce qu'il est également indispensable de faire à mesure qu'ils grossissent.

$4. Égalisation des vers.

J'ai dit qu'il était à peu près indifférent que les séries de vers qui occupent un atelier ne marchassent pas ensemble, et que les unes se trouvassent en mue alors que les autres seraient dans la frèze, pourvu que ces inégalités ne se rencontrassent pas parmi les vers d'une même table.

Non-seulement cela est indifférent dans une petite éducation, c'est même un avantage dans une éducation importante. En effet, si tous les vers qui la composent étaient parfaitement égaux, il faudrait leur donner à manger à tous en même temps; les déliter tous le même jour ; les ramer {ous au même moment, et dès lors les travaux de la magnanerie pourraient devenir embarrassants. Les vers formant au contraire plusieurs séries différentes, chacune d'elles arrive à son tour aux différentes époques du repos et du travail, et l’on peut suffire à tout sans encombrement et sans désordre. C'est au boisement surtout qu’on est heureux d’avoir trois jours environ pour l’opérer.

Cependant, si les séries se multipliaient outre mesure, On finirait peut-être par en être embarrassé. Le nombre des tables , par exemple, pourrait être insuffisant pour que chaque série en occupe une; ou bien, les séries trop petites ne suffiraient pas à garnir une table entière. 1| y aurait lieu, en pareil cas, de rapprocher

ET PROCÉDÉS. 487 les unes des autres des petites séries déjà très analogues, pour les confondre ensuite.

On y parviendra facilement par deux moyens qu’on fera concourir au but qu’on se propose d'atteindre.

Il y aura toujours dans l'atelier quelques parties plus chaudes ou plus froides. On placera pour quelques heures dans la partie chaude les séries en retard. On fera le contraire pour les séries avancées ; on les portera dans les parties froides de l'atelier.

Je suppose qu’on donne douze repas en moyenne à cette époque de l'éducation. On en donnera 44 à 45 aux séries retardataires, et 8 à 40 seulement aux séries avancées. Bientôt on obtiendra des séries qui entreront en mue au même moment ; on se hâtera de les réunir sur une même table. À partir de ce moment, tout étant égal pour toutes deux, elles marcheront régulièrement ensemble.

Ce procédé d’égalisation pourra être pratiqué avec avantage, surtout au second et au troisième âge.

Ainsi donc, et en résumé, on parviendra à obtenir, entretenir et rétablir l'égalité parmi les vers d’une éducalion par trois moyens d’une exéeulion facile :

4° La classification au moment de la naissance ;

2° Les dédoublements à l'époque des mues ;

5° Le rapprochement des séries voisines, par la chaleur et les repas plus nombreux.

Je ne saurais trop recommander aux éducateurs l’observation rigoureuse de ces préceptes. Le succès en dé-

pend.

188 PRINCIPES GÉNÉRAUX $ 5. Séquestration des vers.

On entend par séquestration des vers l'élimination et l'abandon de tous ceux qui se trouvent dans des conditions exceptionnelles comme retardataires.

Ainsi, par exemple, on procède à un délitement. Après les deux repas qui ont pour objet de faire monter les vers sur le filet , il peut se trouver encore sous celuici quelques vers paresseux ou malades qui n'ont pas fait les efforts nécessaires pour quitter la vieille liuière.

Dans un dédoublement, après l'enlèvement de Ja moitié des vers qui ont mué les premiers, on attend le réveil de la seconde moitié; mais s’il se trouvait parmi ces derniers un certain nombre de vers qui ne seraient pas réveillés, alors que l'immense majorité des autres réclamerait de la feuille, il conviendrait de séparer ces vers relardataires.

Dans les deux cas que je viens de citer, comme dans tous ceux du mème genre qui peuvent se présenter pendant une éducation, on doit, sans hésiter, sacrifier les vers qui se montrent à ce point en retard sur la masse. C'est là ce qu'on entend par la séquestration.

Plusieurs bons observateurs ont fait d'inuliles efforts pour tirer parti de ces vers retardalaires. Les soins les plus minutieux et les mieux entendus n’ont pu les soustraire aux germes de maladie qu'ils portaient en eux ; constamment ils ont péri avant la confection du cocon, but des travaux de l’éducateur. Ils ont consommé

de la feuille en pure perte.

En conséquence, 11 faut établir en principe qu'on

rejettera, dans toutes les phases d’une éducation, les

vers qui seront notablement en retard, comme incapables de donner un produii quelconque.

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