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CHAPITRE PREMIER

Généralités,

Ce n’est pas en vain que le Créateur a mis à Ja disposition de l'homme toutes les classes d'animaux dont ila peuplé la terre; notre intelligence a su trouver dans toutes quelque ressource précieuse.

Les chenilles elles-mêmes, qui semblaient n’avoir été créées que pour ronger les arbres, sont devenues la base d’une magnifique industrie.

On attribue à une femme cette singulière découverte. On lit dans les chroniques chinoises : « La femme légitime de l’empereur Hoang-Ti, nommée Si-Ling- Chi, commença à élever des vers à soie.

« Ce grand prince (Hoang-Ti) voulut aussi que Si- Ling-Chi, sa légitime épouse, contribuât au bonheur de ses peuples. Il ia chargea d'examiner les vers

à soie et d'essayer d’utiliser leurs fils. Si-Ling-Chi fit ramasser une grande quantité de ces insectes, qu'elle voulut nourrir elle-même dans un lieu qu'elle destina uniquement à cet usage ; elle trouva non-seulement la façon de les élever, mais encore la manière de dévider leur soie et de l’employer pour faire des vêtements”. »

Cette découverte se faisait il y a 4458 ans.

Pour le naturaliste, la chenille n'est pas un insecte parfait, mais bien le papillon qui en provient, car lui seul est capable de perpétuer la race. Pour l'industriel, il en est autrement; comme c’est la chenille ou larve qui produit la soie, c’est elle aussi qui nous intéresse davantage et doit surtout fixer notre attention.

Presque toutes les chenilles qui vivent en plein air sécrétent une matière soyeuse, plus ou moins parfaite, plus ou moins abondante ; cette soie leur est nécessaire pour accomplir certaines révelutions dans leur existence, pour éviter les chutes, pour couvrir et protéger la chrysalide pendant la formation du papillon.

Mais il n’y en a qu’un petit nombre chez lesquelles la matière soyeuse se présente assez abondante et assez parfaite pour être recueillie avec avantage; en outre, beaucoup de chenilles ont un naturel sauvage qui résiste à toutes les tentatives de l’homme lorsqu'il veut les réduire à la domesticité.

Le but exclusif de cet ouvrage étant de décrire l'industrie de la soie en France et en Europe, au point de

(1) Résumé des principaux Traités chinois sur la culture des müriers et l'éducation des vers à soie, traduit par STANISLAS JUMEN. 1837, page 67.

vue théorique et pratique, je n’entrerai ici dans aucun détail sur les ressources que pourraient offrir d’autres chenilles que celles connues sous le nom de vers à soie. En effet, cette espèce est seule exploitée en Europe.

Les naturalistes lui donnent le nom de bombyx mori, bombyx du mürier; elle porte ce nom parce qu’elle se nourrit des feuilles du mürier.

Le papillon du ver à soie appartient à la famille des lépidoptères nocturnes, qui ont quatre ailes écailleuses et colorées.

En étudiant le bombyæ mori dans ses différents états, au point de vue de l’histoire naturelle, nous ne ferons à la science que les emprunts nécessaires à l’intelligence des théories industrielles. L'industrie sans théorie, c’est la routine. L'industrie rationnelle n’est autre chose qu’une application des principes de la science.

Recherchons done d’abord dans la science tout ce qui pourra éclairer la pratique; nous en ferons ensuite l'application à l’industrie proprement dite.

Tout le monde sait que c’est d’un œuf que provient le ver à soie ; il se développe sous la forme d’une chenille ; celle-ci se transforme en chrysalide ou nymphe ; la nymphe donne naissance à un papillon. C’est dans ce dernier état que les sexes se manifestent et se réunissent. Après l’accouplement, le papillon femelle pond des œufs qui perpétuent la race, puis mâles et femelles meurent ; leur existence n’a duré que quelques jours.

Il paraît naturel de commencer l'étude de toutes ces phases par l'étude des œufs; car les œufs sont le point de départ des travaux industriels; mais pour

que leur histoire soit complète, nous serons obligés de les prendre au moment même où la femelle les dépose, et de les suivre pas à pas pendant plusieurs mois, jusqu'à la naissance du ver qui se développe dans leur intérieur.

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