CHAPITRE II
OEufs.
$ 1. Forme des œufs.
Les œufs n’ont pas exactement la même forme dans toutes les races de vers à soie.
En général c’est un petit corps rond, lenticulaire (forme de lentille), aplati sur deux faces, déprimé dans son centre.
Quelquefois l'œuf est tout à fait rond ; d’autres fois il est ellipsoïde, le plus souvent ovale, c’est-à-dire qu'un de ses bouts est plus petit que l’autre.
Au moment de la ponte, les deux faces sont lépèrement convexes ; mais bientôt elles s’aplatissent et présentent même une légère dépression ; elles deviennent concaves.
Cet effet est dù à une dessiccation progressive de l'œuf; cette dessiccation est nécessaire dans certaines limites; si elle est dépassée, c’est-à-dire si la dessiccation est trop considérable, l'œuf s’aplatit entièrement , ses deux faces se rapprochent et se touchent, il est perdu.
On trouve donc dans la forme de l'œuf un premier caractère qui permet d'apprécier si le germe est susceptible de se développer; cela ne peut plus avoir lieu dans les œufs aplatis.
PU VER À SOIE, ÿ
$ 2. Poids des œufs.
Les ménagères savent toutes qu’un œuf de poule pèse environ 60 grammes. Quand on parle du poids des œufs de vers à soie, ce n’est pas au même point de vue. En effet, ces œufs étant des corps extrêmement petits, il serait difficile d'apprécier le poids exact de chacun; on procède donc autrement.
On pèse un gramme d'œufs de vers à soie et on compte combien il en présente; on recommence cette opération quatre à cinq fois: on oblient alors une moyenne dun nombre d'œufs nécessaire pour former un gramme; c’est, par exemple, 4,550. On dit alors qu'il y a 4,550 de ces œufs au gramme, et comme l'usage s’est établi d'em- -ployer, de vendre et de préparer les œufs à l’once, en multipliant le nombre 4,550 par 54 #25 wi. qui représentent l’once décimale, on trouve qu'il y a environ 44,000 de ces œufs dans une once.
Mais aujourd'hui que l'usage de l’once n'est plus permis, nous devons apprécier le poids des œufs en comptant le nombre de ceux qui pèsent 4 gramme,
Il est évident que les œufs sont d’autant plus lourds qu'il en faut un moins grand nombre pour former un gramme ; voici les chiffres que j’ai trouvés en comptant un grand nombre de races très différentes :
Nombre d'œufs nécessaires pour former 1 gramme.
DITS La lee dite Lisa rl AT PONT IDE Fe MEME EE COEMI 1,395 Espasmelol. à 4 1h die 1,350 GLOSÉTUERS 02. 1,345
Gros Roquemaure.. , . . . . 1,275
(h HISTOIRE NATURELLE
J'indique ici seulement les races dont les œufs présentent quelques différences de poids.
On voit que la race Sina est celle qui a donné les œufs les plus légers, et que le gros Roquemaure a présenté les œufs les plus lourds.
Mais quelles que soient ces différences, tous les œufs de ver à soie qui n’ont subi aucune altération tombent au fond de l’eau quand on les jette à sa surface. Ils sont donc plus lourds que l'eau.
Cette propriété fournit un nouveau moyen d'apprécier la qualité des œufs. En effet, tous les œufs qui ont éprouvé une dessiccation exagérée, ou qui se sont vidés à la suite d’un accident quelconque, nagent à la surface de l’eau; c’est un procédé certain pour les séparer.
Le poids des œufs, ou, ce qui revient au même, le nombre qui s’en trouve dans un gramme, n'est pas le même quand on les pèse à différentes époques.
En effet, à partir du jour de la ponte jusqu'à celui de l’éclosion des vers, les œufs perdent de leur poids; mais cette réduction n’est pas continue, elle marche avec le développement du ver dans l'œuf.
À partir du jour de la ponte jusqu'aux premiers froids, la dessiccation qui a lieu se manifeste par la concavité de la surface des œufs. La déperdition s'arrête alors. Pendant l'hiver les œufs ne perdent plus rien ; mais dès le mois de février dans le midi, et dès le mois de mars dans le nord, les œufs perdent chaque jour quelque chose de leur poids.
En somme, du jour de la ponte au jour de la nais-
sance des vers, la perte de poids éprouvée par les œufs est d’un dixième environ.
Il en résulte que si, à l'automne, il faut 4,500 œufs pour peser un gramme, il en faudra 4,450 environ au printemps suivant.
Il n’est donc pas indifférent soit d'acheter en automne ou au printemps les œufs qu’on destine à son éducation, soit d'en vérifier le poids à l’une ou l'autre époque. On voit en effet que l’éducateur qui pèserait ses œufs au moment de l’incubation aurait un avaniage d’un dixième sur celui qui les aurait achetés à l'automne, ou, en d’autres termes, aurait un dixième devers en plus,et, par conséquent, une plus belle récolte, sans avoir réellement mieux opéré.
$ 3. Couleur des œufs.
La couleur des œufs n’est pas moins variable que leur poids. Les changements qu’ils éprouvent dans leur coloration sont extrêmement curieux.
Au moment de la ponte l'œuf est jaune-jonquille ; dans l’espace de huit à dix jours, la couleur prend de l'intensité et devient brun-rougeûtre; puis elle passe peu à peu au gris-roussâtre ; enfin elle devient gris d'ardoise.
Cette teinte persiste pendant l'automne, l'hiver et une grande partie du printemps ; mais alors, à mesure que la température s’élève naturellement ou artificiellement, la couleur des œufs passe successivement par les tons suivants : b/euâtre, violet, cendrée, jaunâtre. Enfin ils blanchissent de plus en plus. Ce dernier phénomène indique une prochaine éclosion.
Ces divers changements sont indépendants de la eoquille, car elle reste blanche. Ils résultent donc des modifications successives de la matière contenue dans l'œuf, et que la demi-transparence de la coquille laisse apercevoir en partie.
Mais il arrive un moment où le ver étant développé, il n'existe plus de liquide dans l'œuf; les petits poils dont le ver est tout couvert empêchent qu’il ne touche la coquille avec son corps; la coquille paraît alors blanche, c’est-à-dire laisse voir sa couleur naturelle.
J'ai dit que, quelque temps après la ponte, les œufs prenaient définitivement une couleur gris d’ardoise ; cependant cette couleur n’est pas exactement la même dans toutes les races de vers.
Dans celles qui donnent des cocons blancs, le gris d’ardoise est bleuâtre ; dans les races à cocons jaunes, il tire très sensiblement au jaune-verdâtre. Ces différences s’apprécient très facilement en rapprochant les uns des autres des œufs à cocons blancs et des œufs à cocons jaunes.
On voit souvent, parmi les œufs qui ont les caractères généraux que nous venons de décrire, un certain nombre d'œufs qui ont conservé la couleur jonquille qu'ils avaient au moment de la ponte. Ce sont des œufs qui ont échappé à la fécondation; ils se dessèchent, se dépriment et surnagent lorsqu'on les met dans l’eau. Ces œufs, bien entendu, ne produisent pas de vers ; ils sont inféconds.
Quelquefois aussi, peu de temps après la ponte, il se trouve des œufs dans lesquels le développement des
vers est immédiat. Les vers naissent et s'échappent si on pe prend pas soin de les recueillir. Les coquilles restent avec leur couleur blanche qui contraste singulièrement avec la couleur gris d’ardoise des autres.
$ 4. Matière contenue dans les œufs.
Si l'on écrase un œuf de ver à soie peu de temps après la ponte, on le trouve rempli d’une liqueur visqueuse analogue au blanc d'œuf.
Dans cette liqueur on distingue un point coloré: c’est le germe.
Les œufs inféconds n’en offrent pas, et le liquide qu’ils renferment est clair au lieu d’être visqueux.
$ 5. Développement du ver dans l’œuf.
Quand des œufs de ver à soie sont abandonnés à euxmêmes en plein air, ou quand ils ont été pondus sur l'écorce d’un mürier, les jeunes vers paraissent précisément au moment où les feuilles de l'arbre sont assez développées pour leur servir de nourriture.
Il est donc évident qu’une cause commune a déterminé le développement de l’animal et des feuilles ; cette cause est la chaleur que ramène le printemps.
Ainsi donc, aussitôt que le froid perd de son intensité, l'œuf commence à perdre de son poids : c’est le premier symptôme d'organisation.
Puis surviennent les divers changements de couleur qui ont été décrits plus haut.
Si l’on écrase des œufs à ces diverses époques, on remarque que le germe s’est développé et a pris une cou-
leur plus foncée. On aperçoit enfin distinctement un petit corps noir baigné dans le liquide dont l'œuf est encore rempli.
La température s’élevant toujours, le ver se développe de plus en plus; enfin arrive un moment où tout le liquide disparait.
C'est alors que l'œuf est presque blanc; mais, en l'examinant avec attention, on remarque un point noir et une sorte de croissant brunâtre qui parait en être la suite et qui s'étend au pourtour de l'œuf.
Le point noir est la tête ou plutôt le bec du ver qui, dépourvu de poils, touche immédiatement la coquille, et s'aperçoit assez distinctement.
Le croissant est le corps du ver couvert de petits poils, et qui, en raison de cette circonstance, ne peut être vu aussi nettement à travers la coquille.
Ces différents caractères permettent d'annoncer la prochaine éclosion des vers ; ils sont certains.
$ 6. Éclosion.
Le ver est formé ; il faut qu'il sorte de l'œuf. Pour y parvenir, il ronge la coquille sur le côté, jamais sur le plat.
… Quand l'ouverture lui paraît assez grande, il s'efforce de la franchir; quelquefois elle est insuffisante pour donner passage à la tête : alors le ver se retourne et sort à reculons, par la queue ; mais la tête ne pouvant se dégager, Il s’agite vainement, coiffé pour ainsi dire de sa coquille, jusqu’à ce qu’il périsse de fatigue et de faim. Souvent aussi, quand les œufs ont été détachés, la
coquille ne se sépare pas facilement du corps du ver ; il la traine partout avec lui. Il grossit rapidement et meurt coupé en deux par ce lien fatal dont il n'a pu se débarrasser.
On voit donc qu'il est mieux de laisser les œufs fixés sur la toile ou le papier sur lesquels la femelle les a déposés ; les vers quittent la coquille avee plus de facilité.
Dès que le ver a sorti sa tête de la coquille, il attache un fil de soie aux corps qu'il peut atteindre, sans doute pour éviter de tomber ou d’être emporté par le vent.
Il en résulte que les œufs se trouvent comme liés entre eux par une multitude de petits fils de soie.
$ 7. Poids des coquilles vides.
Si l’on recueille avec soin les coquilles vides d’une quantité connue d'œufs et qu'on les pèse, on trouve qu’elles forment le cinquième du poids des œufs entiers.
Un gramme de coquilles représente donc cinq grammes d'œufs. La connaissance de ce fait sera utilement appliquée dans la pratique.
Supposons, en effet, qu’on ait négligé de peser les œufs : il suffira de peser les coquilles vides pour connaître la quantité d'œufs éclos.