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C. Enlèvement du filet

Nous avons dit plus haut que le procédé du délitement était fondé sur l’enlèvement du filet chargé de vers.

Quand on n’a affaire qu'à un petit filet, il n’est pas dif ficile de le transporter de la place qu'il occupait sur une place vide, c’est-à-dire d’une feuille de papier sur une autre; mais l’opération parait se compliquer avec un lilet de plusieurs mètres. Aussi a-t-on imaginé toute sorte de procédés pour faciliter ce déplacement du filet chargé de vers.

Nous n’en décrirons qu’un seul, parce qu'il a rendu tous les autres inutiles par la simplicité et l'économie de son exécution.

Tout le monde connaît les filets suspendus par deux rangées de erochets à l’impériale des voitures de voyage. Voilà ce qu'on imite sur les tables que nous avons décrites.

On se rappelle que ces tables ont de chaque côté une bordure B B de 0",06 de haut et de 5 mètres de long, divisée en trois parties par les quatre poteaux (fig. 50, page 196).

Sur le plat extérieur de cette bordure on fixera des chevilles rondes en bois, toutes pareilles aux chevilles de menuisier, et saillantes de 25 millimètres. Elles seront à 0M,55 de distance. Il y en aura cinq entre deux poteaux. Leur tête sera bien arrondie.

Quand le moment sera venu d’enlever le filet chargé de vers, deux ouvrières se placeront en face l'une de l’autre entre les deux premiers poteaux 4 et 2 (/ig. 50), et saisiront les bords du filet, en étendant les bras, d'un poteau à l’autre.

Comme il n’y a que 4",55 entre les deux chevilles les plus éloignées, les ouvrières pourront les atteindre en ouvrant les bras.

Après avoir saisi le filet solidement, elles le tendront carrément avec force, de manière qu'il fasse la poche le moins possible. Elles l'enlèveront ensemble , en le tenant toujours bien tendu, jusqu’à ce qu’elles puissent passer les chevilles à 6 (fig. 50), dans les mailles les plus rapprochées.

Des ouvrières qui s’y prennent bien, accrochent le filet d'un seul coup dans les cinq chevilles. S'il n’en est pas ainsi, après l'avoir fixé dans les deux chevilles les

ET PROCÉDÉS. 499 plus éloignées, elles le passent dans les chevilles intermédiaires en le tendant modérément.

Aussitôt après, les ouvrières répètent la mème opéralion sur la seconde, puis sur la troisième partie du lilet entre les autres poteaux 2-5 et 5-4.

Quand le filet chargé de vers est ainsi suspendu sous la table supérieure(/ig. 51, page 95), les deux ouvrières saisissent par une de ses extrémités le filet couvert de litière , et le roulent sur lui-même d'un bout de la table à l'autre , en le secouant le moins possible, afin que les crottes ne tombent pas sur le canevas.

Enfin le filet et la litière sont emportés dans une corbeille ou une boîte C (fig. 50), ou simplement à la ain comme un paquel.

S'il reste assez de crottes sur le canevas pour qu'il paraisse nécessaire de les enlever, on le fait très facilement, soit avec une carte un peu forte, soit avec une main d’épicier en fer-blance. En frappant lépèrement la toile entre les traverses qui la supportent, les crottes se rassemblent en tas, et chacun d’eux est enlevé d’un seul coup.

Pour descendre à sa place le filet chargé de vers, les ouvrières font exactement le contraire de ce qu'elles ont fait pour l'enlever. Elles saisissent les mailles passées dans les chevilles les plus éloignées, a, b (fig. 50), les décrochent , tendent le filet, le détachent par cela même des chevilles intermédiaires, et l’abaissent sur la toile en le tenant toujours bien tendu.

Si elles éprouvaient quelque difficulté à procéder ainsi, elles commenceraient par décrocher le filet des

200 PRINCIPES GÉNÉRAUX chevilles intermédiaires et saisiraient seulement après l'avoir fait, en étendant les bras, les mailles passées dans les deux chevilles extrèmes, 4, b.

Quand le filet est étalé sur la table, les ouvrières se placent aux deux bouts, prennent les quatre coins du filet et le dressent carrément sur la place qu'il doit occuper.

Toutes ces opérations, dont la description peut paraitre longue, doivent se faire avec des tables et des filets de la dimension indiquée, en cinq minutes à peu près.

Ainsi done, dans cinq minutes, et en trois temps pour monter le filet et trois temps pour le descendre, on délite une surface de près de 6 mètres carrés (5”,75" carrés), et cela sans aucun appareil spécial, sans préparatifs, sans déplacement des vers, sans perte de place, au moyen de quelques chevilles plantées dans la bordure des tables.

Quelques personnes qui ont exécuté ce procédé sans intelligence, se sont récriées sur la poche que forme le filet dans son milieu, et se sont apitoyées sur le sort de quelques vers qui roulent du bord du filet à son centre.

Si ces personnes maladroites avaient tendu le filet en le soulevant, elles auraient évité qu'il fit une poche assez prononcée pour avoir un inconvénient quelconque. Quant aux vers qui roulent en petit nombre au centre du canevas, ils sont fort peu à plaindre. Dès que le filet est remis à sa place, les vers ont bien soin de se répartir de nouveau à la surface de la table, surtout au premier repas qui leur est servi.

Lorsque, dans des circonstances exceptionnelles, 1l n°y aura qu’une seule ouvrière pour faire les délitements , elle pourra très bien y procéder. Pour cela elle acerochera d’abord tout un côté du filet, avec un peu de précaution et en passant dans les chevilles les mailles du bord. C’est en soulevant le côté opposé qu'elle devra tendre le filet. Cette opération, très faisable avec les filets de 1°,20 de largeur, ne le serait pas avec des lilets de 4 mètre ou plus étroits encore, à moins de serrer les tables à 50 ou 55 centimètres, au lieu de 50 centimètres que nous avons prescrits d’une table à l’autre. Mais pour faire cette modification , il faudrait changer tout le système, et l’on tomberait dans une foule d’inconvénients qu’il n’est pas nécessaire d’énumérer.

Nous ne répétons pas ici ce qui a été dit plus haut, sur les délitements et la séquestration des vers retardataires ; l’éducateur qui prend ce manuel pour ouide aura soin d'en étudier toutes les parties.

Il ne suffira pas toujours de donner un repas aux vers pour les déterminer à monter sur le filet. Souvent on en verra un grand nombre qui se contenteront de passer la tête par une maille et parviendront à ronger ainsi la feuille qui se trouvera à leur portée. Si on soulevait le filet dans ces circonstances , il resterait beaucoup de bons vers sur la litière.

Il arrive aussi du troisième au quatrième âge, quand on commence à employer les grands filets, que les vers encore petits tombent à travers les mailles.

On remédie très facilement à ces deux inconvénients, en donnant deux repas au lieu d’un sur le filet destiné

à l'enlèvement des vers. En général , voici comment on procédera.

Les tables qu'ii faut déliter ayant été marquées par le chef de l'atelier, les ouvrières étendent les filets au repas de neuf heures du matin. On procède au délitement après la distribution du repas de midi et pendant que les vers le dévorent, à peu près à une heure. En général, on suspend la cueillette de la feuille pendant les heures les plus chaudes de la journée; les ouvrières sont alors disponibles et peuvent s'occuper des délitements.

Les filets doivent être lavés de temps en temps ; par exemple, tous les trois ou quatre ans.

D. Papiers percés ou filets de papier.

Nous venons de décrire les délitements opérés avec des filets de fil. On peut les faire également avec des feuilles de papier percées de trous proportionnels à la taille des vers.

De tout temps on s'était servi de papiers criblés de petits trous, pour recueillir les jeunes vers au moment de l’éclosion, et dans quelques parties de l'Ialie on opère, depuis un temps immémorial, quelques déliteinents avec des feuilles d’un carton mince percées de irous.

Mais grâce à de nouveaux perfectionnements introduits dans la fabrication du papier et dans le percement des trous, l'usage des fñets de papier a pris dans ces derniers temps un grand développement.

Le principal avantage que présentent les papiers

ET PROCLDÉS. 205 percés consiste dans le peu de dépense qu'il faut faire pour se les procurer ; mais cel avantage ne saurait compenser les inconvénients nombreux qu’ils offrent comparativement avec les filets ordinaires.

La grandeur des papiers est très limitée, soit par celle du pa pier lui-même, soit par l'impossibilité de soulever une certaine étendue de papier chargé de vers , sans le briser. Il faut donc renoncer au délitement de #randes surfaces .

Le papier ne permet pas le mouillage de la feuille de mürier, et quand on distribue forcément des feuilles moutllées, les délitements deviennent où impossibles ou tout au moins très difficiles.

Les papiers percés ne peuvent pas être suspendus audessus de la table qui les portait, comme le filet de fil; ou du moins il faut les garnir en divers sens de rubans collés, pour leur donner de la force. Il en résulte une dépense et un travail minutieux, et en tous cas on ne peut agir que sur de petites surfaces.

Les papiers, mème percés des trous les plus grands, offrent encore la moitié de leur surface pleine, Il en résulte que posés sur des tables à claire-voie, ils interceptent la circulation de l'air et la dessiccation de la litière sur la moitié de la surface totale.

Les filets de papier ne peuvent pas être lavés et conservent, d’une éducation à l’autre, les taches, la mauvaise odeur, les germes de maladie dont ils ont été imprégnés.

Enfin, malgré tous les soins possibles, une grande partie des papiers employés dans une éducation est mise

204 PRINCIPES GÉNÉRAUX hors de service , el doit être remplacée pour l'éducation prochaine.

On ne saurait donc hésiter entre l'emploi des filets et celui des papiers percés. Cependant ces derniers rendront un très grand service. Séduits par leur bas prix, les petits éducateurs en feront l'essai. Ils seront émerveillés de l'avantage que présente ce procédé de délitement, comparé à celui qu'emploient encore beaucoup d’entre eux ; puis trouvant sous la main les matériaux nécessaires, ayant souvent dans la mauvaise saison des jours de chômage, ils fabriqueront eux-mèmes des filets de fil dont l'emploi améliorera immensément les petites éducations.

Dans une magnanerie bien montée, on aura une certaine quantité de papiers percés, pour faire quelques dédoublements partiels et quelques petits délitemenis, pour lesquels les grands filets seraient très génants. On évitera par ce moyen l'acquisition de quelques filets de moindre dimension, dont le besoin se fait sentir parfois.

Depuis que l’usage des papiers percés s'est répandu, on a fait fabriquer des papiers spéciaux, très nerveux et qu'on fait percer par des procédés expéditifs.

Les papiers percés coûtent de 7 à 40 centimes le mètre carré, suivant la qualité du papier et le diamètre des trous.

Comme on trouve maintenant de ces papiers partout où l’industrie de la soie est vulgaire, je ne conseillerai à personne de les fabriquer.

La faible consistance des papiers percés ne permetiant

ET PROCÉDÉS, 205 pas de les suspendre comme les filets de fil, on s’y prendra autrement pour opérer les délitements.

Si les tables sont de grande dimension, comme les nôtres, on réservera à l’une de leurs extrémités une place vide, d’une étendue égale à celle d’un papier percé. Quand les vers seront montés sur les papiers, on enlèvera et on posera sur la place vide le papier le plus voisin, On neltoiera la place qu'il occupait et on y portera le deuxième papier. On continuera ainsi d’un bout à l'autre. La place vide se trouvera reportée à l'extrémité opposée de Ja table.

On peut aussi , au lieu de perdre une certaine surface de table, se servir d’une planche ou d’une claie sur laquelle on pose le premier papier. On nettoie la place, qui recoit le deuxième papier, et ainsi de suite. Enfin le premier papier se trouve reporté, avec les vers dont il est chargé, à l'autre extrémité de la table.

Est:l besoin de faire remarquer la différence de ces manœuvres successives avec l'enlèvement si facile et d'un seul coup d’un vaste filet de fil par le procédé des chevilles?

On a eu l’idée de percer du calicot commun et de employer en guise de filets. Je n’ai aucun renseignement sur ce procédé ; mais il est permis de douter qu'il puisse réussir. Que deviendra ce calicot criblé de trous au premier lavage ?

$ 3. Délitements sans filets.

À la rigueur, les délitements peuvent être opérés sans filets. Dans ce cas, on a soin de faire enlever sur les nit-

riers, à la serpette ou au sécateur, des rameaux couverts de feuilles. Ces rameaux sont étendus symétriquement sur les vers qu’il s’agit de déliter. Ceux-ci montent sur les feuilles. Alors on enlève les rameaux chargés de vers et on les dépose sur une autre table ou sur une partie de la table. On nettoie la partie débarrassée au moyen des papiers qui couvrent les claies ; puis on replace les rameaux.

Il est facile de comprendre que ce procédé est long, incomplet, coûteux. Par cela mème, i oblige à réduire le nombre des délitements et expose l’éducation tout entière aux inconvénients qui résultent de l’accumulaon et du séjour prolongé de la litière sur les tables.

Les Chinois ont imaginé un autre moyen de séparer les vers d’une litière malsaine qu’il ne serait pas possible d'enlever immédiatement. Supposons, par exemple, que des vers, au lieu de monter à peu près tous au bois dans vingt-quatre à trente-six heures, se trouvent retardés. Les litières humides s'accumulent, fermentent et peuvent nuire considérablement aux retardataires trop nombreux pour être enlevés. En pareil cas on hache de la paille, à peu prèscomme pour la donner aux chevaux, c'est-à-dire en fragments de 2 à 5 centimètres. Cette paille hachée est répandue sur les vers en une couche de 2 à 5 centimètres. Les vers ne bougent pas d'abord, ou se contentent de débarrasser leur tête en éeartant les brins de paille par quelques mouvements brusques.

Mais si, par-dessus la paille, on donne un repas de feuille fraiche, les vers se hâtent de quitter la vieille litière pour monter sur la feuille et se trouvent séparés du

ET PROCÉDÉS. 207 fumier par la couche propre et sèche de paille hachée. Cet ingénieux procédé peut être utilisé quelquefois.

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