‹ Manuel de l'educateur de vers a soieChapitre 34 sur 57 · CHAPITRE XHI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XHI

Des ennemis des vers à soie.

$ 1. Fourmis.

Les fourmis sont des ennemies redoutables pour les vers à soie. On les a vues quelquefois dépeupler tout un atelier. Les auteurs en citent plusieurs exemples.

On connaît les habitudes de ces insectes. Quand une proie facile a été découverte, la peuplade tout entière se porte vers elle sous la forme d’un courant vivant, et cause d'immenses ravages. Nos colonies surtout y sont fort exposées.

Une fois, à Poitiers, un accident de ce genre nous est arrivé. Une bande de fourmis s’était introduite dans la magnanerie et avait envahi plusieurs tables couvertes de vers.

Notre premier soin fut d'enlever dans des corbeilles les vers, la litière et les fourmis qui s’y trouvaient mélées en grand nombre. Le tout fut déposé sur une table; on eut l’idée, pour empêcher les fourmis de se répandre ailleurs, de placer une assiette pleine d’eau sous chacun

ET PROCÉDÉS. 221 de ses pieds ; mais quel fut notre étonnement, en revenant quelques instants après, de ne plus trouver une seule fourmi!

S'étant aperçues sans doute que la retraite leur était coupée par les lacs artificiels dans lesquels nous avions placé les pieds de la table, elles s'étaient toutes laissées tomber du bord de cette table et avaient fui. On put reporter les vers dans l'atelier.

Voilà donc un moyen de se débarrasser des fourmis qui auraient envahi quelques tables d’une magnanerie.

Mais si l’on craignait de voir se renouveler cet accident, il faudrait le prévenir par l’un des deux procédés suivants : On coupe, par bandes de 6 à 8 centimètres de largeur, du coton en cardes, et on entoure le pied de chaque montant avec une pièce de ce coton. Les fourmis ne peuvent que très difficilement franchir cet obstacle.

On peut leur en opposer un autre en traçant au pied de chaque montant, avec de la craie très molle ou du blanc d'Espagne, une large raie. Quand les fourmis cherchent à passer sur la craie, ses parcelles se délachent et tombent avec elles. Souvent elles se lassent de renouveler leurs tentatives.

Ilest bien entendu que le premier soin du magnanier vigilant doit être de boucher avec du plâtre ou du mortier les fissures et les trous par lesquels les fourmis pourraient tenter de s'introduire dans l’atelier.

$ 2. Oiseaux.

On a proposé d'élever des vers à soie sur les müriers

eux-mêmes, ou tout au moins en plein air, sous des abris ouverts de tous côtés. Dans ces deux cas les oiseaux sont de véritables ennemis des vers à soie. Ilest indispensable de les tenir éloignés par des filets. On conçoit qu'il puisse en être aiusi dans une expérience; mais s'il s'agissait d'une éducation sérieuse, comment envelopper de filets des centaines de müriers quelquefois très grands?

$ 3. Rats et souris.

Les rats et les souris peuvent causer de très grands dommages aux éducateurs.

Ces animaux sont très avides des œufs de vers à soie. ll est donc de la plus haute importance de placer sa provision à l'abri de leurs atteintes. Pour cela il suffit de suspendre les œufs, détachés ou non, à quelque plafond, avec des cordes ou des fils de fer.

Les rats peuvent aussi détruire un très grand nombre de vers à soie, mêmeau dernier âge. On a plusieurs exemples de ce fait, et souvent on à vainement cherché la cause de pertes importantes, qui étaient dues à ces animaux destructeurs.

Mais ce sont les cocons surtout qui sont exposés aux plus grands dangers. Les souris les percent pour manser la chrysalide. Ces animaux, avec un instinet qui peut être funeste, ont soin d'attaquer les tas de coeons en dessous, de telle sorte que tout peut être dévoré avant qu'il paraisse rien à la surface.

Les producteurs de cocons, et les filateurs qui en font provision, auront donc à veiller avec un soin extrême un ennemi si redoutable.

ET PROCÉDÉS. 225 On a conseillé divers moyens de destruction pour les rats et les souris. Celui qui parait avoir eu le plus de succès est une pâte appétissante dans laquelle on fait entrer un dixième de son poids de carbonate de baryte en poudre impalpable. On trouve ce sel tout pulvérisé chez les pharmaciens et les droguistes. Il remplace avec un grand avantage l’arsenic qu’on fait entrer ordinairement dans la composition de la mort aux rats, d’abord parce qu'il est infiniment moins dangereux en cas de méprise, ensuite parce que les souris et les rats le mangent sans répugnance, tandis qu'ils délaissent les préparations auxquelles on a ajouté de l’arsenic.

$4. Cousins, ichneumons.

Les insectes connus sous ces noms ne sont guère à craindre en Europe pour les vers à soie, mais il n’en est pas de même dans la plupart de nos colonies où l’on a tenté d'introduire l'industrie de la soie. Les ichneumons sont assez forts pour attaquer et tuer les vers à soie. Il est donc indispensable de les tenir éloignés au moyen de toiles claires qui ferment toutes les issues de la magnanerie.

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