‹ Manuel de l'educateur de vers a soieChapitre 35 sur 57 · CHAPITRE XIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIV

Maladies des vers à soie.

$ 1. Généralités.

Les vers à soie sont sujets à différentes maladies plus ou moins redoutables et plus ou moins difficiles à pré-

224 PRINCIPES GÉNÉRAUX venir. On est lrès peu avancé dans la connaissance des causes de ces maladies, ei surtout dans l’art deles guérir.

Mais ce que l'expérience démontre continuellement, c’est que les maladies sont plus rares et peu meurtrières dans les éducations bien dirigées, tandis qu'elles déeiment ou détruisent en totalité les éducations négligées.

Il résulte de ces considérations que j'ai très peu de chose à dire sur les maladies des vers à soie. Les prévenir par des procédés rationnels, des soins assidus et une surveillance active, voilà ce qu’on peut faire de mieux. Si quelque maladie se déclare malgré cela, il faut se hâter de passer en revue tout ce qu'on a fait précédemment et ce qui se fait au moment même où la maladie éclate. Si l’on examine ainsi toute chose en conscience, on découvrira certainement le côté faible de sa conduite.

On aura négligé le feu, ou les repas, ou les délitements. Les dédoublements n’auront pas été faits. Il y aura eu trop d'humidité ou trop de sécheresse. On n'aura pas proportionné le nombre des repas à la température, ou celle-ci n'aura pas été en rapport avec les exigences de la transpiration, etc.

Les maladies des vers à soie proviennent presque toutes de la même cause : exagération ou insuffisance de la transpiration.

Quand la transpiration est sens par la chaleur, il faut multiplier les repas et mouiller la feuille.

Lorsqu'au contraire la transpiration est entravée par un excès d'humidité dans l'air, et que cependant la feuille trop mouillée ou aqueuse par elle-même Ja

ET PROCÉDÉS. 225 rend plus nécessaire que jamais, il faut se hâter de chauffer et de ventiler énergiquement.

Si je voulais rappeler ici tout ce qu’il faut faire pour prévenir ou arrêter les maladies, je serais entrainé à répéler ce que j'ai dit dans presque tous les chapitres dé ce manuel. Je me bornerai done à répéter que l'éducateur intelligent préviendra les maladies en se conformant rigoureusement aux principes que nous avons tracés, et arrêtera leur progrès, autant que possible, en se hâtant de revenir à l'observation des règles moment:nément négligées.

Quelques mots maintenant sur chacune des affec— tions auxquelles les vers à soie sont le plus ordinairement exposés.

$ 2. Les vers passis ou flétris.

în décrivant les classements ou dédoublements, je fais ressortir les inconvénients qui résultent du mélange de vers plus ou moins avancés. Si l'on néglige cette pratique essentielle, on a bientôt sur lestables un grand nombre de vers arriérés, faibles, effilés, de chétive apparence ; ce sont les passis. Incapables d’atteindre la feuille fraiche en même temps que les autres, ils sont foulés aux pieds et réduits à vivre pour ainsi dire dans la litière. A chaque mueils sont enterrés ou dérangés, parce qu'ils arrivent trop tard ou trop tôt. Ils finissent par périr.

Des classements opérés par des dédoublements méthodiques évitent complétement les passis, et lorsqu'il s'en montre quelques-uns, on peut les sauver en les isolant promptement à la première mue. Une fois

226 PRINCIPES (GÉNÉRAUX classés à part, on leur prodigue les soins que réclame

leur faiblesse, en leur donnant de la chaleur, de la feuille tendre et de nombreux repas.

$ 3. La clairette ou luzette.

Dans cette maladie les vers deviennent transparents, surtout du côté de la tête, qui acquiert en même temps un volume beaucoup plus considérable que dans l’état naturel.

Cette maladie s’observe principalement après la quatrième mue. Les vers qui en sont affectés cessent de croître, deviennent courts et se transforment en chrysalide sans faire de cocons, ou bien meurent.

Il est probable que cette maladie est due à une insuffisance d'alimentation qui résulte souvent de l’accumulation des vers. On l’évitera facilement en tenant les vers suffisamment espacés et en les nourrissant bien.

$ 4. La jaunisse et la grasserie.

Les meilleurs observateurs s'accordent pour reconnaitre que les vers dits jaunes, et les gras ou porcs, sont affectés d’une même maladie. Elle paraît due à l’'insuffisance de la transpiration. Elle consiste dans une bouffissure ou gonflement de tout le corps des vers, accompagnée d’une teinte jaune prononcée dans les vers à soie jaune. C’est uneespèce d'infiltration, dans tous les organes de l'animal, du liquide nutritif qui lui tient lieu de sang. Cette infiltration commence autour des stigmates, se propage de là aux articulations des anneaux qui serelévent en bourrelets, et gagne bientôt

toutes les parties du corps. Les pattes paraissent alors raccourcies à cause du gonflement des parties environnantes, et le ver n’exerce qu'avec peine tous ses mouvements.

Les jaunes -ou gras se montrent constamment vers [a {in du cinquième âge. C’est dans ce moment que les vers ont plus besoin que jamais d’exhaler par la transpiration la grande quantité d’eau qu'ils prennent avec leurs aliments. Aussi observe-t-on surtout cette maladie lorsqu'on donne au dernier âge de la feuille tendre, aqueuse, de seconde pousse ou de multicaule.

Une chaleur humide favorise aussi, à ce qu'il parait, le développement de la jaunisse ou grasserie.

Il est évident qu'on s’y soustraira en observant avec soin les préceptes que nous avons posés en matière d’éducation. Du reste, quelques races de vers y sont plus sujettes que d’autres. Nous aurons soin de les indiquer.

6 5. Les vers courts.

Lorsque les vers à soie sont parvenus à l’état de maturité, ils cherchent pour faire leurs cocons une place convenable. Lorsqu'ils ne la trouvent pas bientôt, ils errent çà et là, répandent leur soie sur leur passage, se raccourcissent, jaunissent et quelquelois se transforment en chrysalides sans avoir formé leur cocon. Souvent aussi ils meurent. C’est ce qu'on appelle les vers courts.

Il est aisé de comprendre qu’un ramage tardif, insuffisant, mal disposé, auquel les vers n'arrivent qu’après de longues recherches, doit donner lieu à un grand

nombre de verts courts , tandis qu'ils seront très rares lorsque les rameaux sont placés à propos et arrangés de facon que les vers les trouvent promptement.

S'il se montre quelques vers courts malgré les soins qu’on a pris, on peut sauver une partie de leur soie en les plaçant dans les balais, ou mieux encore dans de petits cornets de papier. Mais il est évident que cela n’est praticable que dans une petite éducation.

C’est surtout dans les éducations tardives et les secondes éducations que l’on est exposé à voir se former un certain nombre de vers courts. |

$ 6. La muscardine.

On donne différents noms à la maladie que nous désignons sous celui de muscardine, ou aux vers qui en sont atteints. On les appelle morts-blancs, morts-flats, dragées, muscardins.

La muscardine est une maladie qui attaque le ver à soie dans ses différents états.

Elle est due à la présence d’un végétal du genre des moisissures, qui se développe et croit aux dépens de Ja substance même du ver. On a donné à ce végétal le nom de botrytis bassiana.

Après avoir envahi les organes intérieurs de l'animal et déterminé sa mort, le cryptogame se montre à la surface du cadavre sous la forme d’une moisissure blanche. Le cadavre lui-même se concrète et se dessèche promwptement.

La muscardine peut être communiquée par l’mocu -

lation.

Elle se communique aussi par voie de contagion. Les sporules du végétal, ce qu’on pourrait appeler ses graines, sous forme d’une poussière blanche excessivement fine, se transportent dans Pair et par tous les autres objets sur lesquels ils sont attachés, et vont répandre le serme de la maladie sur les vers à soie qui sont à leur portée.

La muscardine est done éminemment contagieuse.

Quand des vers sains sont atteints de la muscardine, on ne remarque pas d’abord en eux de caractères bien distincts, si ce n’est le ralentissement progressif, puis l'extinction totale des battements du vaisseau dorsal. Mais ces vers, qui sont extrémement mous et flasques à l'instant de la mort, reprennent au bout de quelques heures de la fermeté et une teinte rougeâtre ; puis, au lieu de passer à la putréfaction, ils se durcissent par degrés en conservant l'attitude qu'ils avaient au moment de leur mort, et finissent par se dessécher entièrement au bout de quelques jours. Lorsqu'on les laisse dans la litière ou qu'on les met en tas, ils se couvrent en se séchant d’une espèce de duvet cotonneux d’un beau blane, qui n'est autre chose qu’une moisissure.

La muscardine est un fléau redoutable pour les éducateurs. Elle détruit chaque année une partie des récoltes en tuant les vers, le plus souvent au cinquième âge, quand ils ont consommé la feuille qui leur était destinée, et alors que tous les frais de main-d'œuvre et de chauffage ont été faits. On estime à un sixième au moins du produit annuel les pertes qui en résultent pour Îles éducateurs français.

Îl serait donc d’un intérêt immense de découvrir les causes premières du développement de cette maladie et les moyen de l’éviter ou de la guérir.

Malheureusement on est encore fort peu avancé dans ces recherches. Les lecteurs qui voudraient se mettre bien au courant de l’état des choses à ce sujet pourront consulter un ouvrage spécial que j'ai publié sur la muscardine.

Ici je me bornerai à dire que les améliorations introduiles dans ces derniers temps, dans le système des éducations, ont apporté quelques changements favorables dans les résultats.

Les repas fréquents, la feuille mouillée, les délitements par les filets, une chaleur uniforme, une aération continue, ont amoindri dans un grand nombre d'ateliers les ravages de la muscardine. On est même parvenu quelquefois à maîtriser la maladie par des délitements journaliers, qui enlèvent de l'atelier les litières infectées par les vers qui ont succombé.

Mais il reste beaucoup à faire, et ce n’est pas sans raison que la Société royale et centrale d'agriculture a fondé un prix de 5,000 francs pour celui qui résoudra le problème.

Quand un magnanier se verra menacé par la muscardine, il redoublera de soins et de vigilance pour l'observation rigoureuse des préceptes que nous avons exposés. Entre autres choses, il mouillera la feuille si l'air est sec, et remédiera aux inconvénients d’un excès d'humité si c’est le cas qui se présente. Il opérera des délitements tous les jours, et fera jeter tous les vers

ET PROCÉDÉS, 251 qui n'auront pas montré assez de vigueur pour monter vivement sur la feuille fraiche.

Les litières enlevées de la magnanerie seront enfouies et recouvertes de terre, de façon que leurs émanations ne puissent en aucune façon pénétrer dans l'atelier.

Quand on aura eu le malheur d’être frappé par la muscardine, malgré tous les soins qu'on aura pris pour s’en préserver, on devra pour la saison prochaine s’entourer des précautions suivantes :

4° On se procurera des œufs provenant d’un atelier dans lequel la muscardine n'aura pas sévi depuis longtemps, ou mieux encore d'un propriétaire qui n'aura jamais eu la maladie dans sa magnanerie.

2° Environ quinze jours avant l’époque de l’éducation, on fera dans sa magnanerie une forte fumigation avec du soufre, dont on fera brûler plusieurs kilogrammes dans une terrine, sur un réchaud, après avoir pris toutes les précautions contre l'incendie. On aura eu soin de calfeutrer portes et fenêtres, afin que les vapeurs du soufre ne s’échappent pas et agissent dans toutes les parties du local.

Il est bien entendu que les filets et les canevas ou les toiles et les cordes auront été soigneusement passés à la lessive bouillante.

5° On évitera toute communication qui ne serait pas indispensable avec des ateliers ou des lieux dans lesquels la muscardine régnerait ou se serait montrée l’année précédente.

4 On commencera l'éducation le plus tôt possible,

252 PRINCIPES GÉNÉRAUX ET PROCÉDÉS, et l’on donnera à l’incubation une attention toute parüiculière.

Si, malgré tout ce qu'on aura pu faire, la muscardine se montre de nouveau sérieusement, il faudra faire hardiment le sacrifice d’une ou deux éducations, laisser l'atelier sans emploi pendant deux années, vendre sa feuille, et recommencer seulement après celte longue interruption.

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