‹ Manuel de l'educateur de vers a soieChapitre 36 sur 57 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

Éducation proprement dite.

$1. Importance de l'éducation.

Nous allons suivre pas à pas, dans les paragraphes suivants, une éducation que j'appellerai industrielle, parce que nous pouvons nous dispenser désormais d'ajouter des explications théoriques à la description des procédés. Les explications, ainsi que les raisons de Îa préférence que j'ai accordée à ceux que je conseille ont été données dans les chapitres précédents. Les opéralions qui constituent la pratique d’une éducation vont se succéder sans interruption.

L'importance de l’éducation dépendra avant tout, 4° de l’espace qu’on peut lui consacrer dans le bätiment converti en magnanerie; 2° de la quantité de feuille qu'on est certain de récolter; mais il faudra également tenir compte des bras dont on peut disposer ; car si les ouvriers venaient à manquer pendant le

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dernier âge des vers, on se trouverait dans un embarras cruel.

Je suppose done qu'on peut donner à chaque lot de 50 grammes d'œufs 54 mètres carrés de tables et 4000 kilog. de feuille.

De plus on aura au cinquième âge, toujours pour 50 grammes d'œufs, trois personnes environ pendant huit jours.

Nous supposerons qu’on fait une éducation de 500 grammes d'œufs, c’est-à-dire celle à laquelle doit suffive la magnanerie dont nous avons donné les plans et la description. Cependant les chiffres que je donnerai pour la consommation de la feuille et l’espace occupé se rapporteront aux vers de 50 grammes d'œufs, par respect pour l'usage encore général de compter par once en pareille matière.

$ 2. Epoque de l’éducation.

On attendra, pour commencer l'éducation, qu'on n'ait plus à craindre de froids tardifs, capables de détruire les premières pousses du mürier. Cette époque variera suivant chaque localité et aussi toutes les années.

En général, on retire les œufs du lieu froid dans lequel on les conserve lorsque les bourgeons du mürier présentent quatre petites feuilles développées. Ordinairement alors l'aubépine est en fleurs. Cependant, en principe, il faut commencer de bonne heure et ne pas retarder sans de bonnes raisons. (Chapitre 1, page 105.)

ÉDUCATION INDUSTRIELLE. 2350 $ 3. Incubation.

Le moment convenable étant arrivé, on va prendre les.œufs dans le lieu où ils ont passé l'hiver.

Si on a cru devoir les placer dans une glacière, on prendra les précautions suivantes :

Les œufs sont dans des vases bien bouchés; le pre- ‘ mier jour on place ces vases entre les deux portes de la glaciere.

Le deuxième jour on les laisse dans la pièce qui précède la glacière, et s’il n’y en a pas, on les porte dans une cave fraiche.

Le troisième jour on les mionte au haut de l'escalier de la cave.

Le quatrième jour on les transporte dans la chambre d’incubation, dont on a soin de fermer les volets dans le cas où les croisées seraient frappées par les rayons du soleil à une heure quelconque de la journée.

Si les œufs ont été conservés à la cave, on les portera successivement et de jour en jour à l'entrée de la cave et dans-la chambre d'incubation, en leur faisant faire au besoin un séjour plus prolongé dans des parties du bâtiment de plus en plus chaudes.

On voit, par ce qui précède, qu'il importe de faire passer les œufs par des températures très graduées de- ‘puis la glacière ou la cave jusqu’à la chambre d'ineubation.

Dans cette pièce, disposée comme il a été ditchap. If, page 64, les œufs seront distribués sur les tablettes basses d’abord.

Si les œufs sont encore fixés sur les toiles ou les papiers, il suffira de déployer ceux-ci sur les tablettes. Si les œufs sont détachés, on les étalera avec soin sur des morceaux de vieux linge, qui seront de la grandeur d'une feuille de papier. Chacun d’eux recevra 54 grammes d'œufs environ.

Par-dessus les œufs on étendra et on fixera avec des épingles un morceau de tulle à larges mailles, dit tullebobin. Ce tulle aura été débarrassé de son apprèt par un bon savonnage dans l'eau chaude, de manière à le rendre bien souple. Les œufs se trouveront ainsi fixés jusqu'à un certain point entre le linge et le tulle. 1} sera bon enfin de placer aussi une feuille de papier sous le linge afin de faciliter le transport du linge, dans le cas où l’on voudrait le changer de place.

Les choses étant ainsi disposées, on installera l’hysromètre et le thermomètre.

Si l'hygromètre indiquait moins de 75° d'humidité, il faudrait dès à présent le ramener à ce degré au moins, en faisant quelques arrosements sur le sol, ou bien en suspendant dans la pièce quelques linges mouillés.

Quant au thermomètre, il marquera probablement dans cette saison 15 à 48 degrés centigrades.

Le deuxième jour on fera dans le poële un feu très léger pour élever la température de 4 à 2 degrés. On l’entretiendra jour et nuit; on y parviendra sans peine par un moyen très simple.

Au lieu de faire un feu de bois qui durerait peu et serait tantôt trop vif, tantôt presque éteint, on disposera

LA

ÉDUCATION INDUSTRIELLE. 257 dans le poële du poussier de charbon, ou de la sciure de bois, ou enfin du charbon à demi couvert de cendres. Avec un peu d'adresse on entretiendra ainsi une température très douce et facile à graduer.

Le troisième jour on élèvera encore de 4 à 2 degrés centigrades. On sera à 18 ou 20 degrés, suivant le point de départ.

On aura le plus grand soin d'entretenir l'humidité. Les deux thermomètres sont placés près des œufs, l’un en bas, l’autre en haut. Si l’on s’apercevait qu'il y eût entre eux plus de 2 degrés de différence, on aurait soin de changer les œufs de place, de manière à les faire tous participer à leur tour à cette température plus élevée.

Les jours suivants ont augmente peu à peu l'intensité du feu, de manière à élever la chaleur par À ou 2 degrés, jusqu'à 25 degrés centigrades.

Arrivé là, on porte le plus grand soin à empécher que la température s'élève au-dessus.

On entretient rigoureusement 80° au moins d'humidité par des arrosements fréquents. On place sur le poêle un grand plat rempli d’eau.

Au bout de dix à douze jours, quand les œufs ont été pris dans la glacière et à compter de leur sortie ; au bout de six à sept jours, quand ils ont été conservés à la cave ou dans un lieu frais, les vers commencent à se montrer.

Si l'on a pris la peine d’étudier les caractères que présentent les œufs successivement, à mesure qu'ils approchent de l'éclosion, on est parfaitement averti

de cet événement la veille et même l’avant-veille, par la teinte blanche des œufs et l'apparition du petit point noir qui indique la présence du museau du ver à soie

(page 9).

$ 4. Levées des vers.

C’est le moment de tout disposer pour les levées des vers. Que les œufs soient détachés ou non, on étend sur eux un tulle bien dégommé qui les recouvre tous.

La veille de léclosion prévue, on place sur ces tulles quelques lanières de feuilles de mürier. Pendant la nuit elles se dessèchent. Cela n’empèche pas les preiniers vers qui apparaissent de s'attacher à elles. On se leve de grand matin et l’on répand sur les tulles une petite quantité de feuille coupée.

C’est le premier jour de léclosion.

Dans une petite éducation, on jette les vers du premier jour ; ils formeraient une série insignifiante; maïs si l'on a mis à l’incubation 500 grammes d'œufs, on peut réunir en une seule série les vers qui paraissent sur toutes les tablettes, car ces vers précoces sont excellents.

Pour les réunir, on pose les uns sur les autres tous les tulles qui les portent. Bientôt les vers se réunissent sur le tulle supérieur qui reçoit les repas.

Le premier jour on ne fera qu’une levée, c’est-àdire qu'on attendra neuf heures du matin environ pour lever les tulles. Pour éviter de créer trop d’imégalités parmi ces premiers vers, on les laissera tous monter sur un seul repas. Plus tard, quelques dédoublements les elasseront convenablement.

Si l’on manquait de tulles pour faire les levées, on pourrait les remplacer par les petits filets destinés aux premiers délitements; mais les filets, quelle que soit eur souplesse, ne s'appliquent jamais aussi exactement que les tulles sur les œufs, et tous les vers qui naissent au même moment ne peuvent pas arriver en même temps sur la feuille.

Le prix du tulle est insignifiant. On le vend 1 fr. le mètre. Quelques mètres suffisent pour une grande éducation et doivent durer de longues années.

À défaut de tulle et de filets, on peut lever les vers avec du papier fin qu’on a criblé de petits trous. Mais tout cela ne vaut pas des tulles, et un éducateur soigneux doit s’en procurer.

Un mètre carré de tulle suffit pour couvrir quatre feuilles d'œufs, ou 400 grammes environ quand ils sont détachés. Il faut deux ou trois rechanges. C’est donc tout au plus 40 mètres qu’il faudra pour notre éducation de 900 grammes.

Je ne dis rien du procédé qui consiste à lever les vers avec de petits bourgeons de müriers, parce que c’est le moins bon de tous et qu’il faut l’abandonner absolument.

Deuxième jour d’éclosion.

Sur 50 grammes d'œufs, 40 grammes environ donnent des vers le deuxième jour. C’est, ou à peu près, le tiers. C’est, à vrai dire, le premier jour de l’éclosion.

Ce jour-là les levées doivent avoir lieu toutes les heures, c’est-à-dire que d’heure en heure on enlève les tulles chargés de vers et on les remplace par de nouveaux

tulles sur lesquels on répand de la feuille coupée menu.

On a soin qu'il se trouve de la feuille sur toutes les parties du tulle, afin que les vers puissent tous en atteindre un fragment.

Si les levées d’une même heure paraissent trop claires, on les réunit en superposant les tulles.

Les levées recoivent à mesure une étiquette. Les vers qui apparaissent passé neuf heures du matin doivent être rejetés comme retardataires.

Troisième jour d’éclosion.

Aujourd’hui on recueille le plus grand nombre des vers; ceux de 46 à 18 grammes d'œufs sur 50 grammes.

Les levées seront faites d'heure en heure, avec le plus rand soin. 1] y en aura cinq au moins.

Quatrième jour de l’éelosion. |

Il ne reste guère que 5 à 5 grammes d'œufs sur 50 grammes, qui donneront des vers le quatrième jour. Il faudra nécessairement réunir, en les superposant, les levées de plusieurs tablettes.

Cinquième jour de l’éclosion.

Enfin, le cinquième jour, il paraitra encore quelques vers retardataires ; mais on ne les recueillera pas. Il est à craindre qu'ils portent en eux quelque vice de constitution qui les ferait périr après avoir consommé en pure perte une certaine quantité de feuille.

$ 5. Premier âge.

Prenons maintenant une de nos séries de vers. Pour

plus de clarté, supposons qu'elle est née le 45 mai et qu'elle se compose de tous les vers provenant de 50 grammes d'œufs. Suivons-la pas à pas.

Nous sommes dans la chambre d’incubation, où nous entretenons une température de 25° centigrades et 80° au moins d'humidité. L’air se renouvelle suffisamment par l’ouverture fréquente de la porte d'entrée.

Les vers naïssants ont 2 à 5 millimètres de long.

La durée du premier âge est de cinq jours.

Les vers naissants occupent deux à trois feuilles de papier, suivant qu'ils sont plus ou moins pressés.

Ils recevront au moins douze repas, dans lesquels ils consommeront de 2 à 4 kilogrammes de feuille coupée très menu et entretenue très fraiche. La petite quartité de feuille qui est nécessaire à cet âge n’exige guère qu'on en ramasse d'avance. On ira done cueillir de la feuille pour chaque repas du jour. Le soir seulement on fera une petite provision pour la nuit. Dans cette saison, il suffira généralement d'exposer la feuille à l'air libre pendant la nuit pour qu’elle s’entretienne en bon état. S'il pleuvait, on la rentrerait à la cave, et si elle ne s'y conservait pas très fraiche, on pourrait ou l'humecter, ou tout au moins la couvrir d’un linge mouillé.

Les repas seront distribués à la main, avec adresse. Pour le faire plus commodément, on procédera de la manière suivante : nous sommes dans la chambre d'incubation ; les vers sont sur des tablettes mobiles. On prendra celles-ci l’une après l’autre, on les posera sur une table placée devant la fenêtre, et là, au grand jour,

dans une position très commode, on fera la distribution de la feuille. S’ilen tombe à côté des vers, elle sera recueillie sur la table et ne sera pas perdue.

En procédant ainsi, on peut se servir de tamis ; mais c’est un expédient peu utile.

La feuille sera coupée pour chaque repas et jamais d'avance.

On fera un délitement le quatrième jour. Pour cela on étendra sur les vers un petit filet très souple. On le chargera d’une couche mince de feuille bien fraiche, coupée menu. On donnera un second repas deux heures après, et quand les vers paraitront tous bien occupés à le dévorer, on enlèvera le filet par les quatre coins et on le posera sur une feuille de papier propre. Les vers retardataires restés dans la litière seront jetés avec elle, à moins que, faute d'expérience, le délitement ait été mal fait et qu'un grand nombre de vers soient restés dans la litière.

S'il en était ainsi, on recueillerait ces vers avec un autre filet, et on les réunirait aux premiers en superposant les deux filets, à moins toutelois que chacun d’eux fût assez chargé pour composer une série,

Si l’on manquait de petits filets pour les délitements du premier et du second äge, on pourrait employer des tulles à larges mailles, ou bien enfin on procéderait comme il a été dit, page 205, Délitements sans filets.

Quand l'éducation marche très rapidement et que le premier âge ne dure que quatre jours, on peut à la rigueur se dispenser de déliter.

Le 19 mai, nos vers commencent leur première mue,

ÉDUCATION INDUSTRIELLE, 245 Nous en profiterons pour opérer les premiers dédoublements. Je ne décrirai pas de nouveau cette opération dont j'ai parlé avec détail, page 182. Elle donnera quatre séries :

Par un dédoublement avant la mue : 4° celle des vers qui se seront endormis les premiers ; 2 celle des vers qui se seront endormis les derniers ;

Par deux dédoublements après la mue, 3° et 4° les premiers réveillés dans chacune des deux séries précédentes.

Par ces trois dédoublements les vers seront éclaircis et parfaitement classés.

$ 6. Deuxième âge.

Le 20 mai, ou le sixième jour, nos vers sont réveillés. Ils ont déjà 5 à 6 millimètres de long et paraissent assez blancs.

Le deuxième âge sera de quatre jours.

Les vers occupent près de 2 mètres carrés ou environ huit feuilles de papier.

On leur distribue dans les vingt-quatre heures douze repas de feuille coupée un peu moins menu que pour l’âge précédent.

La quantité consommée sera ide 45 kilogrammes environ. On évitera encore autant que possible les approvisionnements.

Les repas seront distribués comme au premier âge, en descendant les tablettes.

On fera un délitement le troisième jour.

Le 25 mai, les vers entrent dans Ja seconde mue.

Il sera bien important d'en profiter pour opérer un dédoublement tout pareil à celui du premier âge.

S'il est fait avec soin et intelligence, les vers seront tellement bien classés, qu'on pourra se dispenser de dédoubler aux autres mues plusieurs séries ; le sommeil et le réveil des vers se présenteront avec une grande uniformité. On pourra se contenter d'enlever les retardataires au sommeil, c’est-à-dire le petit nombre de ceux qui chercheront encore à manger lorsque l'immense majorité sera déjà endormie.

Quant au réveil, il sera assez régulier pour qu'on puisse se dispenser le plus souvent d'enlever les premiers réveillés. Ils pourront attendre sans inconvénient l'achèvement de la mue de leurs voisins.

$ 7. Troisième âge.

Le 24 mai, nous entrons dans le troisième âge, et nous commençons le dixième jour de l'éducation.

Les vers ont maintenant 42 à 45 millimètres de long. Is sont tout à fait blancs si telle doit être leur couleur. Dans le cas contraire, on aperçoit les taches qui doivent les distinguer.

Le troisième âge dure six jours.

Les vers occupent une surface de 4 à 5 mètres, ou quinze à vingt feuilles de papier.

Ils consomment dans cet âge, à raison de douze repas par jour, environ 50 kilogrammes de feuille. Il faut encore la choisir jeune ettendre; les vers profiteront mieux qu'avec de la feuille récoltée sans choix.

On la coupe proportionnellement au volume des vers;

de petits approvisionnements commencent à devenir nécessaires.

Nous ferons un délitement le quatrième jour ; deux peut-être si la saison n’est pas favorable.

La plupart des séries devront encore être classées par des dédoublements. S'il en résulte la séparation de quelques retardataires peu nombreux, ils seront sacrifiés ; on aura opéré ce que nous avons appelé des séquestrations (page 188).

Mais ce qui caractérise surtout le troisième âge des vers, c’est leur transport dans le grand atelier.

En effet, ils ont tellement grossi, les séries se sont multipliées à tel point, que la chambre d'incubation ne suffit plus à les contenir.

La première chose à faire, quand on veut transporter les vers dans la magnanerie, est d’échauffer celle-ci jusqu’à 25 degrés, non pas que les vers puissent souf- Îrir d’un changement même très brusque de température, mais ils seraient retardés, et ce serait là un inconvénient réel. |

Quel que soit le nombre des séries et des feuilles de papier qu’elles occupent, il sera toujours facile de calculer le nombre de ces feuilles qui représentent les vers de 50 grammes d'œufs. On formera alors avec les vers les plus égaux des séries d’une once.

Chacune de ces séries occupant une travée cemposée de six tables, offrira une superficie de 54 mètres ; seulement les vers ne seront pas distribués à l’instant sur toutes les tables; ils n’en occuperont que trois, de deux en deux, en réservant toujours la plus haute.

Quand ces dispositions seront prises, on commencera à transporter les vers. On aura, je suppose, quinze feuilles de papier couvertes de vers. Cinq seront portées sur la table la plus basse, cinq sur la troisième, et le reste sur la cinquième. Le transport est facile, puisque chaque feuille occupe une tablette. Arrivéesur la table, la tablette est posée à côté de la place que doit:oceuper la feuille de papier ; puis celle-ci est tirée sur la toile, par le côté où la tablette n’a pas de rebord.

Quandles cinq feuilles de vers sont en place (fig. 42:),

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