‹ Manuel de l'educateur de vers a soieChapitre 37 sur 57 · D HT · texte numérisé non relu

D HT

Figure 42.

on Îles divise de manière à former au centre de la table

une bande qui en occupe toute la longueur. Pour cela, on écarte un peu les vers sur la litière, et on divise celle-ei avec la main en deux morceaux, qui sont ensuite ajustés à la suite les uns des autres (fig, 45). A

Figure 43.

A partir de ce moment on pourra employer les grands filets pour les délitements, et les vers s’étendront à volonté sur la toile, à mesure qu'ils deviendront plus volumineux.

Si les vers étaient peu avancés au moment où l’on est furcé de les transporter dans l'atelier, on pourrait se dispenser de diviser les feuilles de litière. Dans ce cas, on les rapprocherait les unes des autres (fig. 44), de

Figure 4%.

manière à réduire presque de moitié l’étendue des bords libres, Comme il faut toujours bien garnir ceux-ci de feuille de mürier, afin que les vers qui les occupent ne pâtissent pas, il en résulte une perte qu'on évitera en grande partie en supprimant, pour ainsi dire, la moitié des bords par leur rapprochement.

C'est à la fin du troisième âge qu’on occupera successivement les tables restées vides au moment du transport des vers. Cette occupation des tables aura lieu par les dédoublements qu’on opérera à la troisième mue, et même au besoin par les délitements. |

Dans le premier cas, les vers en retard se trouveront toujours portés sur la table immédiatement supérieure à celle sur laquelle on les enlève. Ils y trouveront un peu

plus de chaleur, et en seront hâtés d'autant. On les déplacera facilement au moyen d’un cadre mobile, tendu avec de Ja toile, et de la grandeur des filets dont on se sert. Le filet placé sur ce cadre sera porté avec luisur une autre table.

Si le transport des vers d’une table sur l’autre doit se faire par des délitements, on y procédera, soit au moyen de filets ou de papiers percés, soit tout simplement en donnant un repas un peu abondant. Quand les vers sont montés sur la nouvelle feuille, on les enlève à la main ; on les réunit dans une corbeille qu’on vide ensuite sur: une autre table, et on étale les vers. Cette opération n’a aucun inconvénient quand on a soin de la faire au moment où le repas de feuille est encore entier, parce qu’alors on saisit facilement à la fois vers et feuilles. Il en serait tout autrement si l’on voulait enlever des vers placés sur une litière nue ; dans ce cas il faudrait que les mains saisissent les vers eux-m êmes.

6 8. Quatrième âge.

Nous entrerons dans le quatrième âge vers le 30 mai, qui sera le seizième jour de l'éducation.

Les vers ont déjà de 25 à 30 millimètres de longueur. Is occupent environ 48 mètres carrés de table.

Le quatrième âge durera six jours comme Île précédent.

Les vers recevront huit repas au moins dans les vingt-quatre heures.

Ïls consommeront environ 450 kilogrammes de feuille. On pourra se dispenser ordinairement ‘de Ja couper.

Deux délitements seront nécessaires : un le troisième jour, un autre le cinquième jour.

Les dédoublements ont été assez bien faits aux mues précédentes pour qu'il ne soit plus nécessaire d’y recourir ; mais si l’on s'aperçoit cependant qu'il reste au sommeil et au réveil un certain nombre de vers retardataires, il faut les enlever et les rejeter.

Pendant le quatrième âge les vers grossissent beaucoup. Si quelques tables sont trop épaisses, on les éclaireit par le procédé indiqué ci-dessus. Cependant on n’exagérera rien. Si les vers s’écartaient par trop les uns des autres, il en résulterait une grande perte de feuille, On l’évitera en les rapprochant. Les vers doivent occuper dans le quatrième âge la moitié de la surface des tables.

La quatrième mue arrivera vers le 4 juin, c’est-à-dire le vingt et unième jour de l'éducation.

$ 9. Cinquième âge.

Les vers sortiront de la quatrième mue le 5 juin, qui sera le vingt-deuxième jour de l'éducation, et commenceront leur cinquième âge.

Il sera de huit à neuf jours.

Les vers auront d’abord de 40 à 50 millimètres de longueur, mais croitront avec une étonnante rapidité.

Ils couvriront bientôt les 54 mètres carrés qui ont été réservés pour 50 grammes d'œufs.

Les repas seront au nombre de huit dans les vingtquatre heures, etemploieront plus de 750 kilogrammes de feuille. D’importants approvisionnements seront

donc devenus nécessaires; c’est maintenant surtout qu'il faudra veiller à la bonne conservation de la feuille, et la mouiller toutes les fois que les circonstances l’exiseront.

J'ai expliqué, page 65, dans quels cas exceptionnels il convient de la couper.

C'est au cinquième âge qu'on observera ce qu'on a appelé la grande frèze. Elle se présentera les sixième et septième jours ; alors la consommation de la feuille sera énorme. Elle diminuera sensiblement le huitième jour, et sera réduite presque à rien le neuvième, qui sera le trentième jour de l'éducation. On sera alors au 45 juin.

On pourra faire trois délitements dans le cinquième âge: le troisième, le sixième et le huitième jours, soit les 7, A0 et 42 juin. Cependant si la saison l’exigeait, on déliterait tous les deux jours et même tous les jours.

Les vers ont plus que jamais besoin d’espace, d'air et de chaleur.

On aura donc soin de les répartir bien également sur les six tables qui leur sont destinées, en les éclaircissant dans les parties trop chargées par le moyen qui a été décrit plus haut.

Le renouvellement de l'air sera opéré sans interrup- ‘ion par l’un des moyens indiqués au chapitre VII, page 69.

On ouvrira les croisées toutes les fois que le temps le permettra ; au besoin on fera marcher le tarare. S'il fait trop sec, on donnera des repas de feuille mouillée. Si l'humidité domine au contraire, on élèvera la température de manière à hâter la transpiration des vers.

La température de 25 degrés centigrades adoptée pour toute la durée de l'éducation sera entretenue avec soin, à moins de circonstances exceptionnelles qui obligeraient à l’abaisser ou à l’élever.

À la fin du cinquième âge les vers ont acquis leur plus grand développement. Ils peuvent avoir jusqu'à 40 centimètres de long quand ils sont d’une forte race. Le poids varie de 5 à 5 grammes, quelquefois il dépasse 6et7 grammes.

L'uniformité des vers en volume et en poids est en ce moment un témoignage certain de la bonne direction qu'a reçue l'éducation.

Les vers doivent être d’une couleur franche, soit en blanc, soit en gris. Ils doivent manifester leur état de bonne santé par une certaine vivacité, par leur ardeur à monter sur la feuille, par la nature de leurs crottes, qui doivent être fermes et noires.

Quand on touche avec la main des vers bien portants, ils se roidissent et deviennent durs. Des vers qui restent mous et flasques sont dans un état de souffrance et menacés de quelque affection grave.

Pendant le cinquième âge surtout on sera très attentif au moindre signe de maladie qui pourrait se manifester. En pareil cas, la première chose à faire est un délitement général dans lequel on rejette impitoyablement tous les vers paresseux qui sont restés sous le filet chargé de feuille fraiche.

Suivant les circonstances on élève ou on abaisse la température. On trouvera quelques détails à ce sujet au chapitre des maladies.

$ 10. Maturité des vers.

Si toutes les conditions prescrites ont été accomplies régulièrement, plusieurs phases de la vie des vers auront été abrégées ; d’ailleurs, malgré la construction la mieux entendue, certaines parties de l'atelier seront plus chaudes que les autres.

Il est donc probable que plusieurs séries de vers présenteront dès le vingt-huitième jour les signes de la maturité, ou du moins un certain nombre de vers. On les verra abandonner la feuille et courir sur les bordures, grimper aux poteaux, en un mot chercher à monter.

Les vers auront pris les caractères propres à ce nouvel état. Ils seront jaunes, transparents, mous. Leur volume et leur poids diminuent rapidement; leur peau se flétrit, surtout vers la tête.

Il ne faudrait pas trop se hâter de ramer des tables entières, parce qu’il se montrerait ainsi un certain nombre d’avant-coureurs. On arrangera quelques balais dans le bout d’une table disponible, et l’on y portera tous ces vers précoces.

Mais bientôt la maturité deviendra générale dans la première série, c’est-à-dire celle qui est née le premier jour de l’éclosion. La feuille la plus fraiche sera dédaionée par les vers qui la fouleront sous leurs pattes. Ils la fuiront pour ainsi dire, ou du moins resteront immobiles sur elle, dans une position analogue à celle qu’ils prennent pendant la mue.

Alors il n’y aura pas un instant à perdre, il faudra ramer.

$ 11. Ramage.

On se rappelle que l’éclosion des vers a eu lieu en trois jours. ]l y a done dans l'atelier trois grandes séries qui devront être encabanées successivement à un jour d'intervalle environ. Cette division du travail le rendra facile.

Prévenu par la connaissance que nous avons des termes de chaque âge et de la fin de l'éducation, nous avons préparé à l'avance ce qui est nécessaire pour le boisement.

Je suppose que sur les 72 tables que contient l’atelier, 60 seulement sont garnies de vers. Il faudra de 50 à 40 balais pour chacune d'elles ; en tout 2,000 à 2,400.

Un homme fera aisément 500 balais par Jour.

1] conviendra donc de commencer cette besogne environ quatre jours avant la montée. On y emploiera un ouvrier intelligent.

Il est bien entendu qu’on s'est procuré au moment le plus opportun les matériaux nécessaires, tels que colza, bruyère, bouleau, vélar, chicorée, herbe à balais, asters, armoise ou toute autre plante rameuse.

Si les matériaux manquent pour compléter le ramage, on y supplée par des rameaux cueillis dans les haies, les broussailles et sur les ormes, chênes, aunes et autres arbres. On emploie ces rameaux avec leurs feuilles ; elles ne nuisent en rien.

Les fagots de mürier, provenant de la taille précédente, peuvent offrir aussi d’utiles ressources.

Je ne décrirai pas de nouveau ici l'opération du

ramage ou boisement, parce que je suis entré à ce sujet dans tous les détails nécessaires au chapitre XII, page 207.

K 12. Montée.

Tout est disposé : la montée a lieu. Les vers se portent en foule sur les rameaux, grimpent dans le sommet des balais et s’y établissent.

Une grande et active surveillance devient indispensable pendant le jour et la nuit. Les vers courent sur les bordures des tables et sur les poteaux. Il faut les diriger vers le pied des balais.

Quelques-uns se laissent tomber; on les ramasse et on les met à part au pied de quelques rameaux disposés exprès. Si on mélait ces vers avec les autres, ils pourraient, en mourant eten pourrissant dans les balais, gäter plusieurs cocons.

Enfin, sur les tables mêmes on voit des vers malheureux qui cherchent vainement les rameaux; il faut les y placer. Si l’on négligeait ces précautions, on aurait un certain nombre de vers courts qu'on peut éviter.

J'ai recommandé de supprimer toutes les brindilles qui dépassent les tables. Il faut y veiller avec soin. La moindre négligence pourrait occasionner un incendie dont il serait à peu près impossible d’arrèter les ravages. Cependant on placera sur les planchers, à la portée des travailleurs, tous les arrosoirs pleins d’eau dont on pourra disposer. Des seaux d’eau avec un drap ou une vieille nappe sont aussi des ressources qui peuvent étouffer à l’instant un commencement d'incendie.

La montée durera de douze à vingt-quatre heures au

plus dans des séries de vers qui auront été bien classées par les dédoublements. Elle sera donc achevée le trentedeuxième jour de l'éducation au plus tard pour chaque série, soit du 44 au 45 juin pour les vers nés le 45 mai.

6 13. Nettoiement et retardataires.

J'ai décrit page 216 le dernier nettoiement des tables.

On y procède aussitôt que le nombre des vers qui restent sur la litière permet de les enlever à la main sans un travail trop considérable. C’est de dix-huit à vingtquatre heures après le ramage qu’on peut s’en occuper.

On place quelques feuilles fraiches au fond d’une corbeille pour recevoir les vers qu'on enlève à la main.

Quand ils sont réunis, on les plonge avec la corbeille trois ou quatre fois dans un baquet plein d'eau de rivière ou d’eau de puits qu'on a exposée au soleil. Puis, après les avoir un peu égouttés, on les dépose sur une table propre garnie de balais. On leur donne de la feuille fraiche toutes les heures. Bientôt ils montent à leur tour.

Aussitôt après l'enlèvement des retardataires, on nettoie les tables en s’y prenant comme il a été dit page 216.

Le nettoiement répand toujours dans l’atelier une assez mauvaise odeur. On aura donc soin d’activer - laération dans ce moment, soit en ouvrant les fenêtres, soit en faisant marcher le tarare soufflant.

Dans aucun cas on ne cherchera à masquer cette odeur désagréable par des fumigations quelconques.

Pendant la montée et le nettoyage, et les jours sui-

vants, on entreliendra avec soin, jour et nuit, environ 25 degrés de chaleur; ce serait une grande faute que de laisser tomber la température. On ne cessera le feu que si la chaleur de l'atmosphère est suffisante pour entretenir environ 25° dans l'atelier. La nuit, il faudra probablement le rallumer. Cependant, comme il n'existe plus de cause d'infection dans l'atelier depuis que les litières sont enlevées, on pourra quelquefois se contenter de tenir tout bien clos, pour conserver jusqu'au lendemain matin une température suffisante. L’aération, qu'il ne faudrait pas supprimer complétement, est devenue moins exigeante.

Quant aux degrés d'humidité, à partir du boisement il faut faire tous ses efforts pour les diminuer et ramener l’hygromètre à 60° s'il est possible. L'urine des vers et leur énorme transpiration sont des causes d'humidité incessantes et dangereuses desquelles on ne saurait trop se défier.

Les choses resteront dans cet état pendant sept jours au moins. En effet, il faut trois jours environ au ver à soie pour déposer sa soie et confectionner son cocon.

Après ce travail il se convertit en chrysalide. Celle-ci doit être affermie avant qu’on touche les cocons. Enfin tous les vers ne finissent pas en même temps et leur travail et leur métamorphose. L'expérience a fait voir que sept jours d'attente étaient nécessaires à partir de la montée, et qu'il n’était pas prudent de s'occuper plus tôt de la récolte. On s’exposerait à enlever des eocons dans lesquels il y aurait encore des vers.

Dans le midi, cette attente de sept jours au moins est

devenue même une condition de la vente, et son inobservation serait une cause suffisante pour la rupture d’un marché.

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