CHAPITRE I
Récolte.
$ 1. Époque de la récolte.
Ce n’est donc que sept jours au moins après la mon-
tée qu’on devra s’occuper de la récolte des cocons ou du déramage.
Au surplus, avant d'y procéder, on pourra s'assurer facilement si l'opération peut avoir lieu sans inconvénients. On détachera quelques cocons des parties de balais qui auront été garnies les dernières, et on les ouvrira avec un canif. Si tous ces cocons renferment des chrysalides, on pourra procéder au déramage.
Si l’on trouvait au contraire dans quelques-uns des vers qui n'auraient pas encore accompli leur métamorphose, il faudrait attendre un jour ou deux de plus avant de toucher aux cocons.
$ 2. Manière d’opérer la récolte.
Lorsqu'on juge que le moment opportun est arrivé, les ouvriers enlèvent les balais sur les tables, en ayant soin de ne pas trop les secouer. Ils les portent dans le grand passage de l'atelier, ou dans une pièce quelconque, où plusieurs ouvrières pourront s’établir. Celles-ci s’asseoient autour du tas de balais; elles ont à leur portée des corbeilles pesées à l'avance, afin de pouvoir déduire leur poids du poids total, quand
on pèsera les corbeilles remplies de cocons. Les ouvrières prennent alors les balais l’un après l’autre et en détachent les cocons.
Avant de dépouiller un balai, elles doivent s’assurer sil ne contient pas ce qu'on appelle des capellans. Ce sont des vers qui ont été blessés d’une façon quelconque, sont morts dans le balai sans faire leur cocon, se sont pourris et convertis en un liquide noir et infect que contient à peine leur peau désormais très facile à déchirer. Les capellans crevés sans précaution peuvent salir et changer en chiques plusieurs bons eocons. On doit donc les enlever avec soin quand il s’en trouve dans les balais.
Quand la récolte de cocons doit être vendue immiédiatement, on ne fait aucun triage. Tous les cocons sans distinction sont réunis dans les corbeilles et pesés.
Si, au contraire, l’éducateur se propose de faire filer, il convient de faire immédiatement un triage. Les ouvrières ont alors à leur disposition trois corbeilles : une grande corbeille pour recevoir les bons cocons, et deux petites; l’une pour les cocons doubles, l'autre pour les chiques.
Les doubles sont faciles à reconnaître. Ce sont des cocons dans lesquels deux et quelquefois même trois vers se sont réunis. Les doubles sont gros, ronds, très durs. Leur aspect diffère essentiellement de celui des cocons simples. Ils sont formés d’un tissu cotonneux et mat très facile à distinguer.
On donne le nom de chiques aux cocons défectueux, mais surtout à ceux qui sont tachés.
ÉDUCATION INDUSTRIELLE, 259 $ 3. Appréciation de la récolte.
La récolte devra être appréciée sous deux rapports : 4° Sous le rapport de la quantité ; 2 Sous le rapport de la qualité.
À. Quantité de la récolte.
Nous avons pesé les cocons. L'expérience a démontré qu’on n'obtenait que rarement plus de 60 kil. de cocons, avee une race ordinaire, par 54 grammes 25 centigrammes d'œufs de vers à soie.
En conséquence, si l’éducateur trouve au déramage 600 kil. de cocons pour 550 grammes d'œufs qu'il a mis à l’incubation, il peut considérer ce résultat comme un succès.
Et cependant il a fait de grandes pertes, ainsi qu'il est facile de le démontrer.
Pour établir nos calculs, nous avons supposé une éducation de 54 grammes 25 d'œufs (ou 50 gram. en nombre rond), et nous avons eu soin de nous assurer du nombre de ces œufs. 11 y en avait 40,000 environ.
A la rigueur on devrait avoir 40,000 cocons. Pour s'en assurer, on prend dans les corbeilles un kilosramme de cocons et on les compte. Il s’en trouve, par exemple, 500. On recommence quatre ou cinq fois là nième opération, en puisant des cocons dans diverses corbeilles. Le kilogramme donne les nombres 500, 505, 495, 502, 498, dont la moyenne est 500.
Il y a 50 kil. de cocons en tout, ou en nombre 30,000. C'est donc 40,000 cocons qui manquent, ou environ un quart. Cette perte peut paraître considérable et cependant elle est ordinaire; car l'expérience
apprend, ainsi que. je l'ai dit ci-dessus, qu'on n'obtient que rarement plus de 60 kil. de cocons avec 51 orammes 25 d'œufs d’une race ordinaire.
Après avoir comparé le poids des cocons au poids des œufs, on en fait autant relativement à la feuille.
L'expérience nous servira encore de guide en cette occasion. Elle apprend qu’il ne faut pas moins de 45 à 20 kilogrammes de feuille pour obtenir 4 kilogramme de cocons.
Si donc nous avons employé 1,000 kil. de feuille et obtenu 60 kil. de cocons, ce sera, comme on voit, 16 kil. 500 de feuille cueillie pour 4 kilogramme de cocons. Le résultat sera des plus satisfaisants.
Mais il arrivera très souvent qu'il sera de beaucoup inférieur à ce que nous ‘venons de dire. Par exemple, on aura employé 20, 22 et même 25 kilogrammes de feuille pour 4 de cocons.
Ce résultat fâcheux, au moins en apparence, pourra tenir à diverses causes :
4° Si la feuille récoltée et pesée contenait une grande quantité de brindilles, de rameaux et mème de branches, il n’est pas étonnant que les vers en aient consommé un poids aussi considérable ; mais cette consommation n’est énorme qu’en apparence, parce qu’en définitive on n’aura récolté sur les arbres que la quantité de feuille réellement nécessaire à l'alimentation des vers.
2° Il peut être resté beaucoup de feuille dans les litières. Ce résultat sera dù à l'emploi de feuilles trop dures, ou fanées, ou distribuées sans discerne-
ment. Je renvoie à ce sujet au chapitre Alimentation.
5° Enfin une consommation exagérée de feuille peut être due à la perte d'un grand nombre de vers au cinquième âge. Il est évident que s’il en meurt en foule dans les derniers jours de l'éducation, c’est autant de moins pour le produit en cocons, et la consommation de la feuille n’en est guère réduite, puisque les vers sont arrivés presque au terme de leur existence.
C'est là ce qui peut arriver de plus fâcheux à un éducateur.
Ainsi donc, en ce qui concerne la quantité du produit, nous aurons d'une part 60 kilogrammes de cocons par 91 gr. 25 d'œufs, et À kilogrammes de cocons par 46 kilogrammes 500 de feuille.
B. Qualité de la récolte.
Il n’est pas moins nécessaire de nous édifier sur la qualité de la récolte, non-seulement pour notre propre satisfaction, mais encore pour justifier nos prétentions au prix de vente que nous allons demander.
L'appréciation de la récolte portera sur plusieurs points :
4° La proportion des chiques et des doubles ;
2° La grosseur, le poids, la bonne conformation des COCONS ;
9° Leur richesse en matière soyeuse.
$ 6. Chiques et doubles.
Dans une bonne récolte, il ne doit pas se trouver plus de 5 à 5 pour 400 de cocons doubles. La proportion dans les éducations défectueuses du midi est de 10 à 42 pour 400.
Pour vérifier celle que présente notre provision, nous prendrons, en puisant un peu dans toutes les corbeilles, 40 kil. de cocons. Nous en extrairons les doubles et les chiques. Il suffira de les peser pour connaître la proportion qui se trouve dans la masse, et nous ne manquerons pas de faire valoir cette faible proportion que nous devons à nos soins assidus et à notre excellent ramage.
$ 5. Grosseur des cocons.
Si nous élevons tous les ans la même race, il nous sera extrémement facile de comparer la récolte d’une année à celle d’une autre année. Il suffira pour cela de conserver un échantillon de cocons dans un bocal couvert de papier. A la vue, on pourra juger à peu près si les cocons d’une récolte sont plus volumineux que ceux d’une autre.
Mais si l’on désire se rendre un compte plusexact, on s'y prendra de la manière suivante.
Sur une table on posera une règle d’un mètre et on limitera les deux extrémités avec deux livres, deux briques ou deux morceaux de bois (/ig. 45).
D'un côté de la règle on rangera des cocons, pris au hasard, bout à bout. 11 y en aura 50.
De l’autre côté, on les disposera côte à côte. 1| s'en irouvera 50. Les deux nombres additionnés donnent un total de 80.
ÉDUCATION INDUSTRIELLE. 263 L'année suivante, on aura les chiffres 55 et 55, total 90, Il est clair que ces derniers cocons sont sensiblement plus petits que les premiers, puisqu'il en tient un plus grand nombre dans le même espace. C’est un avertissement qu'il ne faut pas négliger. Cependant il pourrait arriver que les cocons fussent plus petits et meilleurs; ce sérait dans le cas où, ayant moins de volume, ils auraient un poids égal ou supérieur.
$ 6. Poids des cocons.
Rien de plus facile que de prendre le poids de nos eocons. Nous avons vu plus haut qu'il en entrait 500 en moyenne dans un kilogramme; chaque .cocon pèse donc 2 grammes. Mais il s’est établi un autre usage, qui revient au même, en définitive.
On tient compte du nombre de cocons qui entrent dans un kilogramme. Il est clair que des cocons dont il faut 600 pour un kil. pèsent un cinquième de moins que d’autres cocons dont il n'entre que 500 dans le même poids. Pour mon compte je préfère l’autre système, parce qu'il y a une sorte de contradiction à prendre le nombre le plus fort comme l'expression de la moindre qualité, et à établir un rapport inverse. Il vaut mieux comparer des chiffres en rapport direct.
Dans le premier cas, on a des cocons dont le poids moyen est de 2 grammes.
Dans le second, le poids moyen est À gram. 66. On verra, au chapitre Races, quel est le poids moyen de celles qu'on élève le plus ordinairement. Ces essais devront être faits le jour même du déramage et avec des cocons non débourrés.
264 LDUCATION INDUSTRIELLE.
$ 7. Conformation des cocons.
Il ne suffit pas que des cocons soient gros et lourds; il faut encore qu'ils aient une bonne conformation.
Les bons cocons sont réguliers; on n'en voit pas de petits mélangés avec des gros.
Leurs bouts sont arrondis; ils ne sont pas pointus, surtout pas percés.
Ils sont durs, surtout aux extrémités. Ils ont un grain fin, c'est-à-dire que l’étofie dont ils sont formés est serrée et non lâche, molle, cotonneuse. Entre de bons et de mauvais cocons il y a presque la même différence qu'entre du calicot et du molleton.
Les cocons ne doivent pas être satinés. On donne ce nom à des cocons dont l’étoffe est épaisse, et par conséquent lâche; ils sont très brillants.
En général les bons cocons-sont plutôt cylindriques (/ig- 46) que sphériq''es (fig. 47); is sontctranglés dansle centre (fig. 48). Cette dernière forme est la plus estimée.
Figure 47. Figure 48.
ÉDUCATION INDUSTRIELLE. 265 $ 8. Richesse des cocons.
Il est de la plus‘haute importance pour l'éducateur de s'assurer si les cocons qu'il a obtenus contiennent toujours la mème proportion de soie, c’est-à-dire s'ils n’ont rien perdu de la richesse propre à la race à laquelle ils appartiennent.
Prenons au hasard le nombre de cocons nécessaire pour faire exactement le poids de 100 grammes. Il en faudra, je suppose, cinquante. Les cocons sont déborrés. On les ouvre avec un canif, et l’on place à mesure dans la balance les chrysalides qu’on en extrait. Les cinquante chrysalides pèsent 88 grammes.
Si l’on pèse, d'un autre côté, les coques soyeuses qu'on vient de briser, on trouve que leur poids est de 12 grammes ; total 400.
Il est évident que les cocons renferment 12 pour 4C0 de soie et 88 pour 400 de chrysalide.
Si l’année suivante on trouvait 45 pour 100 de soie, il est évident que les cocons auraient plus de qualité; s'ils n’en contenaient au contraire que 44 pour 400, ils auraient perdu.
Ces essais doivent être faits le jour même du déramage.
On comprend sans peine leur importance. Le filateur devra payer plus cher des cocons riches en soie que des cocons pauvres.
L'éducateur trouvera de son côté dans cette expérience, ou un encouragement, où un avertissement salutaire.