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CHAPITRE NH

Préparation des œufs.

$ 1. Quantité des œufs à préparer.

Aussitôt après la récolte des cocons, l’éducateur doit s'occuper de la préparation des œufs.

Elle exige au plus haut degré ses soins, son attention, sa coopération personnelle. En effet, de cette préparation bonne ou mauvaise dépend le succès de l'é-

ducation prochaine et, de plus, la conservation ou la dégénérescence de la race des vers.

La première chose à faire est de bien caleuler la quantité d'œufs dont on aura besoin l’année suivante, soit pour sa propre éducation, soit pour la vente.

L'expérience a démontré qu’un kilogramme de eocons donnait de 50 à 60 grammes d'œufs. Avec cette donnée on aura bientôt calculé la quantité de cocons qu’on doit employer.

$ 2. Choix des cocons.

On ne saurait être trop sévère dans le choix des cocons pour graine. En effet, il est impossible de ne pas admettre que leurs défauts tiennent à quelque vice, ou quelque maladie dont les vers ont été affectés. Ces vices ou ces maladies ne sont que trop sujets à se perpétuer. En conséquence, ce sont les plus beaux cocons, les cocons les plus parfaits sous tous les rapports, qu on choisira pour faire les œufs.

On n'entendra pas par là les cocons les plus gros ; car il pourrait arriver qu'on ait, en procédant ainsi, un excès de femelles, ce qui serait un inconvénient.

Pour choisir les cocons, on en prendra dans les corbeilles une certaine quantité ; on leur enlèvera la bourre et on les étalera sur une table couverte d’un linge blanc. L’éducateur lui-même, ou une personne irès experte, enlèvera alors et mettra de côté tous les cocons qui paraîitront avoir un défaut quelconque. Les très gros et les très petits seront également éliminés.

Si la race est blanche, on tiendra aussi compte, dans le choix, de la nuance du blanc, et l’on enlèvera tout ce qui ne sera pas d’un blanc pur.

Pour les jaunes, on supprimera ceux qui auront une teinte trop foncée; ils sont en général satinés.

Les cocons irréprochables qui resteront après les ditférentes éliminations serviront à la préparation des

œufs.

$ 3. Séparation des sexes.

La séparation des sexes est nécessaire quand on veut donner à la graine toute la perfection possible. On y procède de la manière suivante.

Les cocons femelles ont plus de poids que les cocons mâles. 11 ne s’agit donc que de les peser comparative ment. On prend cent cocons au hasard; on les met dans la balance; ils pèsent par exemple 200 grammes. Le poids moyen est done 2 grammes. Il est clair que tous les cocons qui pèseront plus de 2 grammes seront des femelles; ceux qui auront moins que ce poids serom des mâles.

Sur une table étroite on dispose une petite balance. Deux personnes se placent vis-à-vis l’une de l’autre.

La première place les cocons un à un dans le plateau de la balance. L'autre lève la balance et, suivant que le cocon est lourd ou léger, le jette dans une corbeille à droite ou à gauche. Quand on a pesé et séparé ainsi une centaine de cocons, on les compte dans les deux corbeilles. Il peut arriver alors que les cocons lourds soient plus nombreux que les cocons légers. On en conclut que le poids moyen, 2 grammes, est trop faible pour opérer une séparation exacte. On ajoute dans la balance À ou 2 décigrammes, et on recommence sur les mêmes cocons. Si l'on arrive alors à une séparation par moitié, à quelques cocons près, par exemple quarante-cinq d'un côté et cinquante-cinq de l’autre, on continue l'opération sur le tout.

Si ce sont les cocons légers qui se trouvent en trop grand nombre, on diminue un peu le poids moyen ; on ne met que À gram. 8 décigrammes dans la balance.

Par ce moyen on séparera les sexes à un dixième près. Il serait difficile d'obtenir un meilleur résultat. C'est en vain qu’on prétendrait distinguer à la forme les cocons mâles et les cocons femelles. Les caractères prétendus qui les distinguent sont très vagues ; l'erreur porterait sur un beaucoup plus grand nombre de cocons.

$4. Fixation des cocons.

Il est nécessaire maintenant de fixer les cocons. Les papillons pourraient éprouver de grandes difficultés à quitter les cocons qui ne seraient pas fixés.

On peut à la rigueur se contenter de ranger les cocons en couche simple sur une table couverte d’un linge grossier et usé. Le linge les retient assez bien. Mais il y a un autre procédé, beaucoup meilleur et si facile à pratiquer, qu’on ne serait pas excusable de le népliger.

Sur des feuilles de papier gris collé, on étend avec un pinceau de la colle de farine, en couche de 2 muillimètres environ.

On prend les cocons un à un et on les dépose en rangées, côte à côte, en les posant sur la colle. On a soin que les rangées soient séparées par un intervalle de 40 à 45 millimètres, afin que les papillons, d’une part, ne trouvent pas d’obstacle quand ils sortent la tête, et, de J'autre, puissent atteindre avec leurs pattes le cocon qui se trouve en face d’eux pour s’y accrocher et faciliter ainsi leur sortie ({g. 49).

Figure 49.

Il'est bien entendu que les cocons mâles et les cocons femelles sont collés sur des feuilles séparées, Au bout

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de quelques heures, la colle est sèche et les cocons adhèrent suffisamment au papier.

$ 5. Incubation des papillons.

Les papillons se montreront au bout d’un temps plus ou moins long, suivant que les cocons auront été conservés dans un lieu plus ou moins chaud.

Quand on ne fait pas de grandes provisions d'œufs, on porte les cocons pour graine dans la chambre d’incubation, et on y entretient la température à 20 à 25 degrés.

Si la chambre d’incubation est insuffisante, on emploie la magnanerie elle-même; mais comme on se trouve alors dans la saison la plus chaude de l’année, il est rare qu'on soit obligé de faire du feu pour entretenir la température convenable. Cependant, si les nuits sont froides, on a soin de fermer le soir et de supprimer les courants d’air, afin de conserver, autant que possible, la chaleur du jour.

Il n'est pas nécessaire d'opérer dans l'obscurité. On évitera seulement que le soleil frappe directement les cocons, les papillons et surtout les œufs.

Ordinairement les papillons commencent à se montrer quinze à vingt jours après la montée. Celle-ci a eu lieu du 45 au 44 juin, dans l'éducation que nous avons décrite; c’est done du 4° au 5 juillet que commencera la naissance des papillons.

$ 6. Naissance des papillons.

Elle aura lieu le matin, depui; le lever du soleil jusqu'à la troisième ou quatrième heure après.

Le premier jour il naîtra près de la moitié des papillons ; le reste viendra dans les jours suivants.

IL faut être présent à la naissance des papillons, ou du moins s'éloigner très peu.

A mesure qu'ils paraissent, on les saisit par les ailes et on les pose sur des toiles tendues, soit sur la muraille, soit aux échelettes du petit ou du grand atelier. Les papillons s’attachent sur-le-champ à la toile. Les sexes seront assez éloignés l’un de l’autre pour ne pouvoir pas se réunir.

On laisse ainsi les papillons pendant une heure environ, ou jusqu'à ce que leurs ailes soient retombées à plat sur leur corps. Ils se débarrassent pendant ce temps d'une liqueur rousse, épaisse, résidu du travail de la métamorphose.

Ordinairement les mâles naissent avant les femelles. Quelquefois même le premier jour on a beaucoup plus des uns que des autres. On garde pour le lendemain ceux qui sont en excès. Il suffit de les poser sur un linge et de les éloigner.

$7. Choix des papillons.

Un éducateur soigneux devra passer en revue les papillons qui naissent et supprimer tous ceux qui ne sont pas parfaits.

Les mâles qui se trouvent mélés aux femelles sont nécessairement excellents, puisque c’est leur grand poids qui les a fait confondre avec ces dernières. On Les conserve.

Au contraire, les femelles mêlées avec les mâles doi-

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vent être généralement supprimées, parce que c’est leur faible constitution qui les a fait passer pour des mâles.

$ 8. Accouplement.

Aussitôt après l'évacuation de cette liqueur rousse dont je viens de parler, on peut rapprocher les papillons des deux sexes pour faciliter l’accouplement.

On prend les papillons mâles par les ailes et on en place un à côté de chaque femelle. La réunion des sexes est immédiale,

On peut laisser les couples sur la toile tendue perpendieulairement. Il est mieux cependant de lui donner un peu d’inclinaison.

On surveille assidüment pendant la journée les papillons. Quelquefois les couples se séparent; on les rapproche, et, au besoin, on amène un nouveau mâle, quand celui qui a quitté la femelle ne parait pas en état de la reprendre.

L'usage est de laisser durer l'accouplement jusque vers quatre heures du soir : environ six heures.

Alors on procède à la séparation des sexes. On saisit la femelle par le ventre, délicatement avec trois doigts, de la main gauche, et, sans la détacher du linge, on la maintient à la place qu'elle occupe.

De la main droite on prend le mâle par les ailes et on l'enlève.

Les mâles d’un jour sont réservés pour le lendemain, parce qu'il pourrait arriver qu'il n’en naquit pas un nombre suffisant. On peut se contenter de les placer sur un linge, dans un endroit éloigné des femelles.

ÉDUCATION INDUSTRIELLE. 275 $ 9. Ponte.

La ponte commence souvent immédiatement après l'enlèvement des mâles, quelquefois une heure seulement après la séparation.

Les œufs sont recueillis de la manière suivante : on choisit un papier commun, d’un grain un peu grossier et collé. On laisse les feuilles ployées en deux, comme elles le sont naturellement. C’est donc sur la moitié seulement de leur surface qu’on reçoit les œufs ; l’autre moitié reste entièrement libre.

Ces feuilles sont attachées sur des claies, planches , cadres, toiles, ou de toute autre manière, avec une inelinaison suffisante pour que les papillons puissent s’y tenir accrochés sans trop d'efforts (fig. 50).

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